Ascendant astrologie, signification profonde et calcul - ascendant astrologie signification profonde

Ascendant astrologie, signification profonde et calcul

Deux personnes nées le même jour, à quelques heures d'écart, ne se présentent presque jamais de la même façon : ce décalage se voit dès les premiers instants. L'une entre dans une pièce comme on enfonce une porte, l'autre observe longtemps depuis le seuil avant de s'avancer.

L'ascendant, en astrologie, a une signification profonde qui éclaire précisément cet écart, celui du mode d'apparition au monde. Il ne dit pas qui vous êtes au plus intime, il dit comment vous arrivez, comment vous vous montrez, comment vous répondez à l'inconnu. Nous vous proposons ici une lecture symbolique et mythologique de cette porte d'entrée de l'incarnation, sans prédiction ni promesse déterministe.

Ascendant, signification profonde et calcul

Temps de lecture : ~9 min

  1. Qu'est-ce que l'ascendant astrologique, définition et repères
  2. Ascendant en astrologie, la signification profonde d'un seuil
  3. Le masque social, un vêtement initiatique plutôt qu'un déguisement
  4. Différence entre signe solaire, signe lunaire et ascendant
  5. Comment calculer son ascendant sans se tromper
  6. Le maître de l'ascendant, la clé souvent oubliée
  7. Pourquoi se reconnaître davantage dans son ascendant que dans son signe solaire
  8. L'ascendant a-t-il une base scientifique prouvée
  9. Faire de l'ascendant un véritable outil d'incarnation symbolique
  10. Foire aux questions sur l'ascendant astrologique

Qu'est-ce que l'ascendant astrologique, définition et repères

Définition astronomique de l'ascendant

L'ascendant astrologique, par définition, désigne le degré de l'écliptique qui se levait à l'horizon Est au moment exact de votre naissance, pour un lieu donné. C'est une donnée astronomique avant d'être une donnée symbolique.

La Terre tournant sur elle-même en vingt-quatre heures, l'ensemble du zodiaque défile à l'horizon oriental en une journée, ce qui explique qu'un signe ascendant se lève en moyenne toutes les deux heures environ, avec des variations selon la latitude de naissance et l'inclinaison du signe concerné.

Dans la carte du ciel, ce point marque le début de la maison I, secteur associé à l'identité visible, à l'attitude spontanée et à la manière d'entrer en contact. L'ascendant dans le thème natal joue donc un rôle de charnière, il articule le ciel et la Terre, le moment et le lieu. Wikipédia comme les sites spécialisés tels qu'Astrotheme rappellent cette même définition technique : l'ascendant appartient à l'astrologie occidentale entendue comme système symbolique interprétatif, et non comme science expérimentale.

Ascendant en astrologie, la signification profonde d'un seuil

Une interface entre intérieur et extérieur

Si l'on cherche la signification profonde de l'ascendant, il faut le penser comme une interface entre l'identité intérieure et le monde extérieur. Tout ce qui vient de l'intérieur passe par cette porte pour se rendre visible, et tout ce qui vient de l'extérieur y est d'abord filtré.

ascendant astrologie signification profonde

C'est pourquoi l'ascendant est traditionnellement relié à trois registres complémentaires : la première impression que vous laissez, la réaction instinctive devant une situation nouvelle, et l'image sociale que votre entourage se forge rapidement de vous.

À quoi sert l'ascendant en astrologie, concrètement ? À comprendre votre comportement spontané, ce geste qui précède la réflexion. Face à un imprévu, certains attaquent, d'autres temporisent, d'autres encore séduisent ou analysent. Les astrologues interprètent souvent ce réflexe comme la signature de l'ascendant, tandis que le Soleil renverrait davantage à la volonté consciente et la Lune à la vie affective. La tradition associe aussi l'ascendant à l'allure, à la posture et au langage corporel.

Le masque social, un vêtement initiatique plutôt qu'un déguisement

L'expression ascendant et masque social revient partout, souvent mal comprise. Un masque, dans les cultures traditionnelles, n'est pas un mensonge. Dans les rituels grecs comme dans les théâtres sacrés, il permettait au porteur de laisser passer une force plus vaste que lui. Le masque est un instrument de passage, il rend visible ce qui, sans lui, resterait informe.

Lu ainsi, l'ascendant n'est pas un personnage artificiel plaqué sur une vraie personnalité cachée, il est la forme que prend votre énergie pour entrer dans la matière et dans la relation.

Cette approche est au cœur de l'astrologie symbolique et humaniste enseignée par Luc Bigé sur Réenchanter le monde. Chaque signe ascendant renvoie à un scénario mythique d'entrée dans le monde. L'ascendant Bélier, dans sa signification la plus dense, évoque la geste du bélier de Phrixos et le domaine de Mars, celui qui ouvre la voie, qui tranche et qui paie le prix de l'initiative. L'ascendant Scorpion, dans sa signification symbolique, convoque la figure du scorpion, d'Orion et de la descente aux enfers, une présence intense, discrète, qui teste avant de se livrer et que l'on cerne difficilement au premier contact. Ce ne sont pas des étiquettes de caractère, ce sont des trames narratives à éprouver par soi-même.

Bon à savoir

Lire son ascendant à travers le mythe correspondant au signe asyrologique permet de sortir des descriptions génériques et d'accéder à une question de fond : quelle épreuve d'entrée dans le monde ce masque me demande-t-il de traverser ?

Différence entre signe solaire, signe lunaire et ascendant

La confusion la plus fréquente concerne la différence entre signe ascendant et signe du zodiaque. Quand on vous demande votre signe, il s'agit presque toujours du signe solaire, celui que détermine la date de naissance. L'ascendant, lui, exige trois informations : la date, l'heure et le lieu.

La différence entre le signe solaire et l'ascendant est donc d'abord une différence de calcul, ensuite une différence de fonction dans le thème natal. Quant à l'ascendant et au signe lunaire, ils ne se recouvrent pas non plus : la Lune décrit la vie intérieure et les besoins affectifs, l'ascendant décrit l'entrée en scène.

Élément du thème Base de calcul Signification traditionnelle
Signe solaire Date de naissance Identité centrale, volonté, projet de vie conscient
Signe lunaire Position de la Lune à la naissance Émotions, mémoire, besoins affectifs et réactions intimes
Ascendant Date, heure et lieu de naissance Première impression, comportement spontané, manière d'aborder le monde
Comparaison entre signe solaire, signe lunaire et ascendant

Ces trois éléments ne se hiérarchisent pas, ils se composent. Un Soleil Poissons avec ascendant Capricorne ne vit pas la même tension qu'un Soleil Capricorne avec ascendant Poissons, et c'est précisément cette tension qui rend un thème natal intéressant à travailler. L'ascendant est plus immédiatement visible, le Soleil est plus durablement structurant, aucun des deux ne suffit seul.

Comment calculer son ascendant sans se tromper

Rassembler les données indispensables

Comment calculer son ascendant de manière fiable ? Il faut réunir la date, l'heure la plus précise possible, la commune de naissance, et vérifier le fuseau horaire ainsi que les changements d'heure légale en vigueur à l'époque. Le calcul de l'ascendant à partir de l'heure de naissance est sensible : quatre minutes d'écart déplacent le degré de l'ascendant et peuvent, près d'une frontière entre deux signes, changer le signe lui-même. C'est pourquoi l'acte de naissance intégral, qui mentionne l'heure, reste la meilleure source.

Avant de vous lancer, voici les vérifications qui évitent la plupart des erreurs de calcul.

  • L'heure figurant sur l'acte de naissance, et non l'heure racontée en famille.
  • Le lieu exact, commune ou coordonnées, car la latitude modifie la vitesse de lever des signes.
  • Le fuseau horaire et l'heure d'été appliqués par l'outil utilisé, qu'il s'agisse d'Astrotheme, de CalcForLife ou d'un autre calculateur.
  • Le degré obtenu, utile pour savoir si vous êtes en début ou en fin de signe.

Sans heure de naissance, aucun calcul ne peut être considéré comme fiable. Certains astrologues pratiquent alors une rectification astrologique, méthode interprétative qui reconstitue l'heure probable à partir d'événements marquants de la vie. Elle relève d'une pratique spécialisée et doit être présentée comme une hypothèse de travail, jamais comme une certitude.

Le maître de l'ascendant, la clé souvent oubliée

Comprendre la planète maîtresse de l'ascendant

Lire l'ascendant sans regarder sa planète gouvernante revient à lire le titre d'un livre sans l'ouvrir. Le maître de l'ascendant est la planète qui gouverne le signe ascendant : Mars pour le Bélier, Vénus pour le Taureau et la Balance, Mercure pour les Gémeaux et la Vierge, la Lune pour le Cancer, le Soleil pour le Lion, Mars et Pluton pour le Scorpion, Jupiter pour le Sagittaire, Saturne pour le Capricorne, Saturne et Uranus pour le Verseau, Jupiter et Neptune pour les Poissons.

ascendant astrologie signification profonde

Sa position dans le thème, la maison qu'elle occupe et les aspects astrologiques qu'elle reçoit racontent comment ce masque se met concrètement en œuvre. Un ascendant Bélier dont Mars se trouve discret et en tension ne se manifeste pas comme un ascendant Bélier dont Mars est valorisé par une conjonction au Soleil par exemple. Ajoutez les éventuelles planètes situées en maison I, et vous obtenez une lecture réellement personnalisée, très loin des portraits standardisés.

Pourquoi se reconnaître davantage dans son ascendant que dans son signe solaire

Beaucoup de personnes le constatent, elles se reconnaissent mieux dans leur ascendant que dans leur signe solaire, ou bien ce sont leurs proches qui les y reconnaissent. Plusieurs explications coexistent. L'ascendant décrit un comportement observable, donc facile à valider de l'extérieur, tandis que le Soleil décrit un projet d'individuation qui se déploie lentement, parfois seulement à la seconde partie de la vie. Les descriptions de signes solaires diffusées en masse sont par ailleurs très génériques, ce qui affaiblit le sentiment de reconnaissance.

Dans une perspective symbolique, l'ascendant relié à la personnalité fonctionne comme un point de départ, non comme une conclusion. Il indique par où l'on entre, le Soleil indique vers quoi l'on marche. Cette expérience de reconnaissance reste subjective et ne constitue pas une preuve, elle constitue un point d'appui pour la connaissance de soi.

Important

L'astrologie est une pratique interprétative et culturelle. Les descriptions d'ascendants ne sont pas une méthode scientifiquement validée pour mesurer la personnalité, prédire un comportement ou remplacer un accompagnement psychologique.

L'ascendant a-t-il une base scientifique prouvée

Non, et il est plus honnête de le dire clairement. Le calcul de l'ascendant repose sur une base astronomique rigoureuse, mais la signification qu'on lui attribue relève d'un système symbolique construit au fil des siècles. Aucune étude n'a établi que la position du zodiaque à l'horizon Est au moment de la naissance détermine le caractère, l'apparence ou le destin. Les sources spécialisées documentent des usages interprétatifs, pas des effets mesurés.

Cette clarté n'annule pas l'intérêt de la démarche, elle le déplace. L'astrologie symbolique n'est pas une science de la prédiction, c'est un langage de l'intériorité, une grammaire d'images qui aide à relier une trajectoire personnelle à une vision du monde cohérente. C'est cette approche que nous développons dans nos cours en ligne sur reenchanterlementde.com, portés par Luc Bigé, docteur en sciences et astrologue, qui articulent astrologie, mythologie et symbolisme dans un parcours progressif.

Faire de l'ascendant un véritable outil d'incarnation symbolique

L'ascendant est la porte par laquelle votre intériorité se rend visible, le seuil où la carte du ciel devient présence physique et sociale. Le lire sérieusement suppose une heure de naissance fiable, l'examen de son maître, celui des planètes en maison I, et surtout une lecture mythologique qui rend au signe son épaisseur narrative.

ascendant astrologie signification profonde

Considéré non comme une étiquette mais comme une épreuve d'entrée dans le monde, il devient un véritable outil d'incarnation symbolique, à condition de le replacer dans l'ensemble du thème natal.

FAQ sur l'ascendant astrologique

L'ascendant change-t-il au cours de la vie ?

Non. Fixé par la date, l'heure et le lieu de naissance, il reste identique toute la vie. En revanche, la manière de l'habiter évolue, un ascendant vécu de façon défensive à vingt ans peut devenir, plus tard, un outil relationnel assumé.

Deux personnes nées le même jour ont-elles le même ascendant ?

Pas nécessairement. Le signe solaire dépend surtout de la date, l'ascendant dépend de l'heure et du lieu. Deux naissances séparées de trois heures, ou survenues à Lille et à Marseille au même instant, peuvent donner des ascendants différents.

Peut-on avoir un ascendant identique à son signe solaire ?

Oui, cela se produit lorsque la naissance a lieu autour du lever du Soleil. La tradition y voit une identité particulièrement lisible, où l'image renvoyée coïncide largement avec l'intention consciente.

Faut-il tenir compte du degré de l'ascendant ?

Oui, pour toute lecture fine. Un ascendant à un degré du signe et un ascendant à vingt-neuf degrés ne se colorent pas de la même façon, et le degré conditionne aussi les aspects astrologiques reçus par ce point.

L'ascendant suffit-il à interpréter un thème natal ?

Non. Il constitue un point d'entrée. Une lecture complète mobilise le Soleil, la Lune, les maisons, les aspects, la lune noire et, dans une approche symbolique, les figures mythiques associées à chaque configuration.

Ascendant, astrologie et signification profonde : à retenir

L'ascendant en astrologie décrit la façon dont vous entrez en relation avec le monde : un seuil, un masque au sens initiatique, plus qu'une définition figée de votre personnalité. Calculé à partir de données astronomiques précises mais interprété dans un cadre symbolique, il gagne en pertinence lorsqu'on le relie à son maître planétaire, aux planètes en maison I et à l'ensemble du thème natal. Utilisé comme langage d'exploration intérieure plutôt que comme outil de prédiction, il peut devenir une ressource précieuse pour comprendre comment votre énergie singulière choisit d'apparaître au monde.

Signe solaire en astrologie symbolique, le guide 2026 - signe solaire astrologie symbolique

Signe solaire en astrologie symbolique

Demandez à quelqu'un quel est son signe et il vous répondra Bélier, Vierge ou Poissons. Cette réponse spontanée désigne le signe solaire en astrologie symbolique, c'est à dire le secteur du zodiaque que traversait le Soleil à l'instant de votre naissance. Réduire ce point du thème natal à une liste de traits de caractère revient pourtant à confondre la carte et le territoire.

Le signe solaire en astrologie symbolique décrit moins ce que vous êtes qu'un mouvement de conscience à accomplir. Nous vous proposons ici de reprendre la question à sa racine, en laissant de côté les rubriques d'horoscope.

Signe solaire en astrologie 

Temps de lecture : ~9 min

  1. Qu'est-ce que le signe solaire et que représente-t-il vraiment
  2. La symbolique du Soleil en astrologie, une énergie avant un portrait
  3. Comment connaître son signe solaire à partir de sa date de naissance
  4. Signe solaire, ascendant et signe lunaire, trois fonctions distinctes
  5. Le signe solaire suffit-il à décrire une personnalité
  6. L'astrologie symbolique, du portrait à l'archétype de conscience
  7. Apprendre à lire son signe solaire dans une perspective de connaissance de soi
  8. Aller plus loin avec le signe solaire
  9. FAQ sur le signe solaire

Qu'est-ce que le signe solaire et que représente-t-il vraiment

Définition du signe solaire

Le signe solaire est le signe du zodiaque dans lequel se trouvait le Soleil le jour de votre naissance. C'est le signe astrologique principal, celui que la plupart des gens citent lorsqu'on leur pose la question, et il constitue la porte d'entrée la plus connue de l'astrologie occidentale.

Les sources spécialisées s'accordent sur sa signification centrale, à savoir l'identité profonde, la vitalité et le noyau de personnalité. Le Soleil y est régulièrement décrit comme le cœur du thème astral, le centre autour duquel les autres planètes s'organisent.

Un axe de croissance plutôt qu'un caractère figé

Cette définition mérite une précision importante. Le signe solaire ne désigne pas un caractère figé, distribué à la naissance comme un lot de qualités et de défauts. Il indique un axe, une direction, une intention de croissance.

Dans une lecture symbolique, le Soleil représente l'essence individuelle, le moi profond, ce qui cherche à se manifester au fil d'une existence plutôt que ce qui est déjà acquis. Autrement dit, personne ne naît Lion ou Capricorne accompli. On le devient, ou non, selon ce que l'on fait de l'énergie mise à disposition.

La symbolique du Soleil en astrologie, une énergie avant un portrait

Le Soleil, principe de vitalité et de volonté

Dans la tradition astrologique, le Soleil est associé à la force vitale, à l'énergie créatrice, au rayonnement personnel et à la santé générale. Il incarne également la volonté consciente, la capacité de décider, de trancher, d'assumer une direction.

signe solaire astrologie symbolique

On parle volontiers de chemin de vie, d'individualité et de conscience de soi. Le Soleil correspond au principe yang, actif et centrifuge, ce qui explique qu'il soit souvent rapproché de l'ego, non pas au sens péjoratif du terme mais au sens du centre organisateur de la psyché.

Deux repères techniques éclairent cette symbolique. Le Soleil a pour domicile planétaire le signe du Lion, signe de l'expression créatrice et de la souveraineté personnelle. Il est aussi rattaché à la maison V, secteur du thème natal associé au jeu, à la création, aux enfants et à tout ce que l'on met au monde qui porte notre marque. Ces correspondances disent la même chose sous deux angles différents, à savoir que le Soleil désigne le lieu où quelque chose d'unique cherche à naître et à se montrer.

Une lecture ésotérique du Soleil

La perspective ésotérique va plus loin encore. Dans son Traité sur les Sept Rayons consacré à l'astrologie ésotérique, Alice Ann Bailey considère que le signe du Soleil indique la nature physique, mentale et spirituelle de l'être humain, ainsi que le rayon de la personnalité. Le signe solaire y devient un indicateur de la matière première à travailler, et non un verdict psychologique.

Bon à savoir

Le glyphe astrologique du Soleil, un cercle avec un point central, se lit symboliquement comme la manifestation d'un centre unique à l'intérieur d'une totalité, image de l'individuation.

Comment connaître son signe solaire à partir de sa date de naissance

Les périodes des signes du zodiaque

Connaître son signe solaire ne demande, en apparence, que la date de naissance. Chaque signe du zodiaque correspond à une période d'environ trente jours, du Bélier autour du 21 mars aux Poissons jusqu'au 20 mars. Les tableaux de dates largement diffusés dans la presse suffisent pour un repérage rapide.

Une nuance compte cependant pour les personnes nées à la charnière entre deux signes. Le Soleil change de signe à une heure précise qui varie selon les années, si bien qu'une naissance le 21 avril peut relever du Bélier une année et du Taureau une autre.

Pourquoi l'heure et le lieu de naissance comptent

La seule méthode fiable consiste donc à faire calculer son thème natal avec la date, l'heure et le lieu exacts de naissance. Ce calcul donne simultanément le signe solaire, l'ascendant, le signe lunaire et la maison occupée par le Soleil, information souvent plus parlante que le signe lui même. Un Soleil en Vierge en maison IX ne raconte pas la même histoire qu'un Soleil en Vierge en maison II.

Signe solaire, ascendant et signe lunaire, trois fonctions distinctes

La question du signe solaire face à l'ascendant revient constamment, et pour cause. L'ascendant est fréquemment présenté la manière dont vous abordez le monde et dont le monde vous perçoit en premier. Le Soleil, lui, renvoie à l'essence, au moi profond et à l'élan vital.

La différence entre signe solaire et signe lunaire suit une autre logique, celle de la polarité. La Lune concerne la mémoire, la sensibilité, les besoins affectifs et les conditionnements hérités, quand le Soleil concerne ce qui s'émancipe de ces héritages.

Comparaison du Soleil, de la Lune et de l'Ascendant dans le thème natal
Point du thème Ce qu'il symbolise Question intérieure associée Temporalité
Soleil, signe solaire Essence individuelle, volonté consciente, force vitale, chemin de vie qui suis-je en tant que personne ? S’affirmer à chaque instant
Lune, signe lunaire Mémoire, sensibilité, besoins affectifs, conditionnements De quoi ai-je besoin pour me sentir en sécurité Passé, habitudes acquises
Ascendant les conditions de ma naissance : biologique, individuelle et spirituelle Comment puis-je découvrir ma liberté intérieure a force d’explorations je grandis interieurement pour nourrir mon soleil

Ce tableau explique pourquoi des personnes ne se reconnaissent pas dans leur signe solaire. Il faut tenir compte de l’ensemble du thème et degager ce qui y domine. C’est parfois la Lune ou les planètes proches de l’ascendant.

Quelqu'un dont la Lune et l'ascendant se situent en signes d'eau pourra paraître discret et réservé tout en portant un Soleil en Bélier, autrement dit un projet de vie fondé sur l'initiative et le courage, qui reste précisément à conquérir.

Le signe solaire suffit-il à décrire une personnalité

Non, et c'est là que l'horoscope de magazine trahit la discipline qu'il prétend vulgariser. Un thème natal comporte dix corps célestes, douze maisons, un réseau d'aspects et plusieurs points sensibles comme la Lune Noire et les nœuds lunaires.

signe solaire astrologie symbolique

Ranger l'humanité entière dans douze cases revient à ne conserver qu'une variable sur plusieurs dizaines. Les prévisions généralistes publiées chaque semaine ne peuvent donc dire quoi que ce soit de précis sur une trajectoire individuelle, et cette confusion nourrit légitimement le scepticisme.

Le signe solaire prend en revanche tout son sens dès qu'on le replace dans l'ensemble du thème astral. Sa maison indique le domaine d'expérience où l'énergie solaire se déploie. Ses aspects aux autres planètes indiquent les alliances et les tensions qui conditionnent ce déploiement. Sa relation à l'ascendant et à la Lune indique le degré de cohérence ou de dissonance intérieure. Le signe solaire est un noyau, pas un résumé.

L'astrologie symbolique, du portrait à l'archétype de conscience

L'approche que nous défendons consiste à traiter chaque signe du zodiaque comme un archétype, c'est à dire une structure d'expérience universelle qui se retrouve dans les mythes, les contes, les rites et les images.

Le signe solaire n'est alors plus une étiquette de personnalité mais une question posée à votre conscience. Le Taureau interroge le rapport à l'incarnation et à la valeur. Le Scorpion interroge la métamorphose et le consentement à la perte. Le Verseau interroge la place de l'individu dans le collectif. Chaque signe propose une épreuve, une ressource et une manière de trahir cette ressource.

Cette lecture change radicalement l'usage que l'on fait de son thème. Au lieu de chercher une confirmation identitaire, vous cherchez une tâche. Au lieu de dire je suis Gémeaux donc je suis dispersé, vous demandez comment la fonction de relier, de nommer et de traduire cherche à s'incarner dans votre vie.

Le symbolisme ouvre là où la psychologie descriptive ferme, et c'est précisément pourquoi il intéresse celles et ceux qui traversent une reconversion, une rupture ou une remise en question profonde de leur trajectoire.

À retenir

Dans une lecture symbolique, le signe solaire ne prédit rien et ne décrit pas votre caractère actuel, il désigne le centre de gravité vers lequel votre conscience est appelée à se déplacer.

Apprendre à lire son signe solaire dans une perspective de connaissance de soi

Passer de l'horoscope à l'astrologie symbolique demande un cadre, des références et une progression. C'est le travail que nous menons sur Réenchanter le monde, l'université du symbole animée par Luc Bigé, docteur en sciences et astrologue, qui relie astrologie, mythologie grecque, langue des oiseaux et symbolisme du corps dans un même système cohérent.

signe solaire astrologie symbolique

L'objectif n'est pas de prédire des événements mais de rendre lisible une architecture intérieure, avec la rigueur intellectuelle que réclame ce type de démarche. Nos parcours en ligne sont organisés de manière progressive, du niveau d'initiation aux thématiques avancées comme la Lune Noire ou les planètes rétrogrades.

Le signe solaire constitue la première marche de cet apprentissage. Bien compris, il cesse d'être une réponse toute faite pour devenir une question féconde, celle du sens que vous donnez à votre présence au monde. Les onze autres marches attendent ensuite, et chacune éclaire la précédente.

Aller plus loin avec le signe solaire

Le signe solaire est le point le plus connu et le plus mal compris du thème natal. Il ne dresse pas votre portrait, il indique la source de votre vitalité, la direction de votre volonté consciente et la forme particulière que prend en vous l'élan de devenir soi.

Lu dans son contexte, avec sa maison, ses aspects, son rapport à l'ascendant et à la Lune, il retrouve sa fonction première de centre organisateur. Lu comme archétype, il devient un outil de connaissance du Soi plutôt qu'une distraction hebdomadaire.

FAQ sur le signe solaire

Peut-on changer de signe solaire au cours de sa vie ?

Non, la position du Soleil à la naissance est fixe. En revanche, la manière dont vous vivez cet archétype évolue considérablement. Beaucoup de personnes n'habitent réellement leur signe solaire qu'à partir de la seconde partie de leur existence, souvent après une crise ou un changement d'orientation majeur.

Que signifie avoir le Soleil en Lion ?

Le Lion est le domicile planétaire du Soleil, ce qui signifie que l'énergie solaire s'y exprime sans filtre. La question posée porte alors sur la souveraineté personnelle, la création et la capacité à assumer d'être vu, avec pour épreuve possible la confusion entre rayonnement et besoin de reconnaissance.

L'astrologie symbolique est-elle compatible avec une formation scientifique ?

Oui, à condition de ne pas la confondre avec une science prédictive. L'astrologie symbolique se situe du côté de l'herméneutique et de la philosophie pratique, c'est à dire de l'interprétation du sens. Notre approche part précisément d'une formation scientifique pour interroger le symbole sans renoncer à la rigueur.

Quelle différence entre astrologie humaniste et astrologie symbolique ?

L'astrologie humaniste, issue notamment des travaux de Dane Rudhyar, place la croissance de la personne au centre de l'interprétation. L'astrologie symbolique élargit le cadre en reliant le thème aux grands récits mythologiques et aux correspondances entre disciplines. Les deux se complètent plus qu'elles ne s'opposent.

Faut-il connaître son heure de naissance pour travailler son signe solaire ?

Pas obligatoirement pour identifier le signe, sauf en cas de naissance à la charnière de deux signes. L'heure devient indispensable dès que vous souhaitez connaître la maison occupée par le Soleil et votre ascendant, deux informations qui modifient profondément la lecture.

Par où commencer quand on part de zéro ?

Le plus efficace consiste à faire calculer son thème natal complet, puis à étudier successivement le Soleil, la Lune et l'ascendant avant d'aborder les autres planètes. Un parcours structuré évite l'effet patchwork qui décourage beaucoup d'autodidactes.

Comment lire son thème natal, le guide pas à pas 2026 - comment lire theme natal

Comment lire son thème natal, le guide pas à pas 2026

Un thème natal ressemble d'abord à un schéma illisible, un cercle couvert de symboles, de chiffres et de traits colorés pour qui ne sait pas encore comment lire son thème natal. Pourtant, cette carte du ciel raconte une histoire cohérente dès que l'on connaît son ordre de lecture.

Comprendre comment lire son thème natal ne demande ni don particulier ni mémoire prodigieuse, seulement une méthode progressive et une attention au sens des symboles. Dans ce guide, nous vous proposons un chemin en cinq étapes, du trio fondamental jusqu'à la synthèse. L'objectif n'est pas de prédire votre avenir, mais de rendre votre thème intelligible et utile à votre connaissance de vous-même.

Comment lire son thème natal, le guide pas à pas

Temps de lecture : ~10 min

  1. Qu'est-ce qu'un thème natal, exactement
  2. Avant de commencer, réunir les bonnes données
  3. Étape 1, le trio Soleil, Lune, Ascendant
  4. Étape 2, les planètes personnelles, sociales et transpersonnelles
  5. Étape 3, les maisons astrologiques
  6. Étape 4, les aspects entre planètes
  7. Étape 5, la vue d'ensemble et la synthèse
  8. Comment lire son thème natal sans se perdre quand on débute
  9. Aller plus loin avec un enseignement structuré
  10. Lire sa carte natale, un apprentissage progressif
  11. Questions fréquentes sur la lecture du thème natal

Qu'est-ce qu'un thème natal, exactement

Une carte du ciel unique à votre naissance

Le thème natal, aussi appelé carte du ciel ou thème astral, est la représentation des positions des planètes et des grands axes du ciel à l'instant précis de votre naissance, observées depuis votre lieu de naissance. Ce n'est donc pas un horoscope généraliste, mais une configuration unique, une sorte de carte géographique intérieure. Le thème astral s'explique moins comme un destin gravé que comme un langage, un ensemble de figures symboliques qui décrivent des tensions, des ressources et des vocations possibles.

Dans l'astrologie occidentale symbolique que nous enseignons, chaque planète renvoie à une fonction psychique et à une figure mythologique, chaque signe à une qualité d'énergie, chaque maison à un domaine d'expérience. Lire sa carte natale consiste à articuler ces trois niveaux, puis à observer comment ils dialoguent entre eux. Ce travail relie la question intime, qui suis-je et vers quoi vais-je, à une vision du monde cohérente, ce que promet toute lecture véritablement symbolique.

Avant de commencer, réunir les bonnes données

Les informations indispensables pour calculer le thème

Pour savoir comment calculer son thème natal, trois informations suffisent, mais elles doivent être exactes. La date, l'heure de naissance à quatre minutes près, et le lieu de naissance. L'heure conditionne l'Ascendant et l'ensemble du découpage des maisons astrologiques, c'est pourquoi une erreur de deux heures peut déplacer la totalité de la structure. En France, l'heure figure sur l'acte de naissance intégral, que vous pouvez demander à la mairie de votre commune de naissance.

comment lire son thème natal

Un logiciel ou un calculateur en ligne fiable produit ensuite la roue du thème en quelques secondes. Vous rencontrerez un choix de systèmes de maisons, le plus souvent Placidus ou Koch. Pour une lecture du thème natal débutant, gardez le système proposé par défaut et ne changez rien, la comparaison des systèmes est une question technique avancée qui n'apporte rien au premier apprentissage.

Bon à savoir

Si votre heure de naissance est inconnue ou approximative, un thème reste lisible en travaillant uniquement les planètes en signes et les aspects, en laissant de côté l'Ascendant et les maisons. Les astrologues expérimentés pratiquent aussi la rectification, en recoupant des événements marquants de la vie avec les axes du thème.

Étape 1, le trio Soleil, Lune, Ascendant

Poser les bases avec le Soleil, la Lune et l'Ascendant

Toutes les méthodes sérieuses convergent sur ce point, la lecture commence par le trio Soleil, Lune, Ascendant, qui forme le socle du thème natal. Le signe solaire indique le principe d'identité conscient, ce vers quoi vous tendez lorsque vous êtes fidèle à vous-même. Le signe lunaire décrit la mémoire affective, les besoins de sécurité et les automatismes hérités. L'Ascendant, enfin, désigne le degré du zodiaque qui se levait à l'horizon lors de votre naissance, autrement dit la manière dont vous abordez le monde en tant que personne.

Le trio fondamental du thème natal
Élément du trio Ce qu'il représente Question symbolique Où le repérer
Soleil Identité, vocation, centre de conscience Quelle lumière suis-je appelé à rayonner Signe et maison du Soleil
Lune Besoins émotionnels, mémoire, imaginaire De quoi ai-je besoin pour me sentir en sécurité Signe et maison de la Lune
Ascendant Porte d'entrée, comportement spontané, corps Comment je m'élance vers l'existence Pointe de la maison I, à gauche de la roue

La question de la différence entre signe solaire, signe lunaire et Ascendant revient sans cesse chez les débutants. Une image aide à la retenir, le Soleil est le projet, la Lune est le passé qui alimente ou freine ce projet, l'Ascendant est le véhicule qui permet d'avancer. Pour comprendre comment lire son ascendant, observez ensuite le maître de l'Ascendant, c'est-à-dire la planète qui gouverne ce signe, ainsi que la maison où elle se trouve. Cette planète joue le rôle de protagoniste du thème, elle indique où se joue concrètement votre chemin.

Étape 2, les planètes personnelles, sociales et transpersonnelles

Repérer le rôle de chaque planète dans le thème natal

Une fois le trio posé, ajoutez les planètes personnelles, Mercure, Vénus et Mars. Mercure décrit la pensée, la parole et la curiosité. Vénus concerne les valeurs, le goût, la manière d'aimer et de recevoir. Mars indique le désir, l'initiative et la façon de se battre. Notez pour chacune le signe, qui donne la coloration, et la maison, qui donne le terrain d'application.

Viennent ensuite Jupiter et Saturne, les planètes sociales, qui parlent de votre rapport à l'expansion, à la loi, à la reconnaissance et aux limites. Les planètes transpersonnelles, Uranus, Neptune et Pluton, décrivent des mutations collectives que vous vivez de manière personnelle, souvent au prix de crises fécondes. Dans une perspective d'interprétation du thème natal orientée connaissance de soi, ces planètes lointaines se lisent comme des appels à dépasser une identité devenue trop étroite, thème que la mythologie éclaire particulièrement bien à travers des figures comme Prométhée ou Protée, signés respectivement par Uranus et Neptune sur le thème.

Étape 3, les maisons astrologiques

Les douze maisons découpent le ciel autour de vous et non plus autour de la Terre. Elles répondent à la question du où, dans quel secteur de l'expérience une énergie se manifeste. Les maisons angulaires, I, IV, VII et X, sont les plus structurantes, car elles s'appuient sur les quatre axes du thème, l'Ascendant, le Fond du Ciel, le Descendant et le Milieu du Ciel. Une planète proche de l'un de ces axes gagne une force considérable et devient un marqueur de la personnalité.

Le Milieu du Ciel oriente la vocation et l'image sociale, le Fond du Ciel renvoie aux racines et à l'intériorité, le Descendant décrit ce que vous cherchez dans l'autre. Quant à la maison vide, elle inquiète souvent à tort. Avec dix planètes pour douze maisons, plusieurs maisons sont nécessairement inoccupées, ce qui n'annule aucun domaine de vie. On lit alors le signe qui se trouve sur la pointe de cette maison et la position de la planète qui maîtrise ce signe, ce qui suffit à décrire le sujet concerné. Un thème natal se lit en maisons et planètes de manière solidaire, jamais compartimentée.

Étape 4, les aspects entre planètes

Les aspects astrologiques sont les angles que forment les planètes entre elles, et ils constituent la grammaire du thème. Cinq figures majeures suffisent pour commencer. La conjonction fusionne deux fonctions, l'opposition les met face à face et demande un arbitrage, le carré crée une tension motrice qui pousse à l'action, le trigone offre une facilité parfois paresseuse, le sextile propose une opportunité à saisir.

comment lire son thème natal

Pour identifier les aspects les plus importants de son thème natal, appliquez trois critères simples de hiérarchisation avant d'entrer dans le détail.

  • Les aspects impliquant le Soleil, la Lune, l'Ascendant ou le maître de l'Ascendant, qui touchent au coeur de l'identité.
  • Les aspects serrés, dont l'écart à l'angle exact est faible, car leur intensité est nettement supérieure.
  • Les figures répétées, lorsqu'une même tension apparaît sous plusieurs formes, signe d'un enjeu central de la biographie.

Étape 5, la vue d'ensemble et la synthèse

Avant de conclure, prenez de la hauteur. Comptez la répartition des planètes par éléments, feu, terre, air et eau, puis par modes, cardinal, fixe et mutable. Un thème dominé par l'eau et le mode mutable ne fonctionne pas comme un thème de terre cardinale. Repérez ensuite la dominante planétaire, la planète la plus sollicitée par sa position et ses aspects, et vérifiez la secte du thème, diurne si le Soleil est au-dessus de l'horizon, nocturne s'il est en dessous. Cette distinction ancienne modifie la tonalité générale de la lecture.

Observez enfin les concentrations. Un stellium désigne un amas de trois planètes ou plus dans un même signe ou une même maison. Il signale une zone de surinvestissement, un domaine où la vie insiste, avec le risque d'y enfermer toute son énergie et la promesse d'y développer une compétence rare. La synthèse consiste à formuler trois ou quatre grands axes seulement, par exemple la vocation, les relations, le rapport aux ressources et la vie émotionnelle, puis à les relier en un récit cohérent, presque mythologique.

Comment lire son thème natal sans se perdre quand on débute

La difficulté du débutant n'est pas le manque d'informations, c'est leur abondance. La règle la plus utile consiste à partir d'une question précise, une reconversion, une répétition affective, un rapport difficile à l'autorité, puis à ne convoquer que les éléments du thème qui concernent cette question. Une autre règle consiste à toujours lire du plus structurant vers le plus fin, sans sauter d'étape et sans additionner des significations toutes faites. Les interprétations de thème natal gratuites générées automatiquement juxtaposent des paragraphes indépendants, ce qui produit un patchwork, jamais une lecture.

Apprendre l'astrologie du thème natal suppose donc un parcours balisé. Des ouvrages de référence existent, comme Interpréter son thème astral publié aux Éditions Eyrolles, qui propose plusieurs méthodes d'interprétation et des exercices. Mais la progression s'accélère nettement lorsque la technique est adossée à une intelligence du symbole, celle qui relie une planète à un mythe, un signe à un paysage intérieur, une maison à une étape du chemin.

À retenir

Un thème natal ne dit pas ce qui va arriver, il décrit une structure de sens et des potentiels à incarner. C'est cette orientation, la connaissance de soi plutôt que la prédiction, qui distingue l'astrologie symbolique de la voyance.

Aller plus loin avec un enseignement structuré

C'est précisément le choix de Réenchanter le monde fondé sur l'enseignement de Luc Bigé, docteur en sciences et astrologue. Nous proposons des cours en ligne qui articulent astrologie symbolique, mythologie, langue des oiseaux et états de conscience, dans un parcours progressif où chaque notion technique s'éclaire d'une dimension de sens. Vous pouvez commencer par le cours d'initiation en astrologie symbolique et tester librement la démarche avant de vous engager. C'est souvent la manière la plus sûre de vérifier qu'une approche allie rigueur intellectuelle et profondeur symbolique.

comment lire son thème natal

Lire sa carte natale, un apprentissage progressif

Lire sa carte natale est un apprentissage progressif, comparable à celui d'une langue. On commence par un alphabet, les planètes, les signes et les maisons, puis on apprend la syntaxe, les aspects, avant de composer des phrases, la synthèse. En suivant ce thème natal guide pas à pas, du trio Soleil, Lune, Ascendant jusqu'aux dominantes, vous passerez de l'impression d'un schéma opaque à celle d'un miroir structuré. La question que signifie mon thème natal cesse alors d'attendre une réponse extérieure, elle devient un travail personnel, et c'est là que l'astrologie symbolique commence vraiment.

FAQ : questions fréquentes sur la lecture du thème natal

Faut-il des bases en astronomie ou en mathématiques pour interpréter son thème natal ?

Non. Les calculs sont aujourd'hui entièrement automatisés par les logiciels, et le travail d'interprétation relève de la lecture symbolique. Une curiosité pour la mythologie et une capacité à penser par analogie sont bien plus utiles qu'un bagage scientifique. Cependant, connaître les bases astronomiques et mathématiques de l'astrologie est un plus. Car il sera alors possible de comprendre le sens symbolique de ces données scientifiques qui fondent l'astrologie.

En combien de temps peut-on lire un thème de façon autonome ?

Cela dépend du rythme de travail, mais la plupart des apprenants parviennent à dégager les grands axes d'un thème après quelques mois de pratique régulière, à condition d'analyser de vrais thèmes et pas seulement de lire des définitions.

Peut-on étudier le thème natal d'un proche ?

Techniquement oui, à condition de disposer de ses données de naissance exactes. Sur le plan éthique, une lecture partagée sans demande explicite est rarement bienvenue, car un thème touche à des zones intimes et peut être reçu comme une indiscrétion.

Les transits ont-ils un rapport avec le thème natal ?

Oui, les transits sont les passages actuels des planètes sur les positions du thème de naissance. Ils s'étudient après la maîtrise du thème natal, car ils n'ont de sens que rapportés à la structure initiale.

L'astrologie symbolique est-elle compatible avec une formation rationnelle ?

Elle s'y prête bien, dès lors qu'on la considère comme une philosophie pratique et un langage du sens, et non comme une science prédictive. C'est l'approche que nous défendons, en partant de la rigueur pour interroger le sens. Le monde des symboles présents une forme de rationalité qui n'est pas, bien sûr, la même que la rationalité scientifique.

Astrologie symbolique vs prédictive, quelles différences - astrologie symbolique vs predictive

Astrologie symbolique vs prédictive, quelles différences

Consulter un astrologue ne recouvre pas la même réalité selon l'école à laquelle il se rattache. Certains praticiens cherchent à dater des événements, d'autres à éclairer une trajectoire intérieure et un rapport au monde. Ce clivage, que l'on résume par la formule astrologie symbolique vs prédictive, structure aujourd'hui tout le paysage francophone de la discipline.

Comprendre cette différence évite de confier une question existentielle à une méthode qui n'y répondra jamais. Voici les repères concrets pour distinguer les deux approches, leurs techniques, leurs promesses et leurs limites.

Astrologie symbolique vs prédictive, quelles différences

Temps de lecture : ~8 min

  1. Astrologie symbolique vs prédictive, deux finalités qui n'ont rien à voir
  2. L'astrologie symbolique, un langage de sens au service de la connaissance de soi
  3. L'astrologie prédictive, le chronométrage des cycles planétaires
  4. L'astrologie peut-elle vraiment prédire l'avenir
  5. Dépendance aux prédictions et éthique astrologique
  6. Quelle astrologie choisir selon votre situation
  7. La position de Réenchanter le monde
  8. Aller plus loin avec l'astrologie symbolique
  9. Questions fréquentes

Astrologie symbolique vs prédictive, deux finalités qui n'ont rien à voir

Définition générale de l'astrologie

L'astrologie se définit, dans son acception la plus large, comme un ensemble de croyances et de pratiques fondées sur l'interprétation symbolique de correspondances entre les configurations célestes et les affaires humaines. Cette définition, reprise notamment par Wikipédia, contient déjà toute la tension du débat. Le mot central est bien interprétation symbolique, pas mesure ni calcul de probabilité.

La notion de symbolisme astrologique désigne précisément ce système de correspondances entre des symboles, planètes, signes du zodiaque, maisons astrologiques, aspects planétaires, et des réalités matérielles ou psychologiques de l'environnement humain. Ce système existe en amont de toute revendication prédictive. Autrement dit, le symbolisme est le socle, la prédiction n'en est qu'un usage possible parmi d'autres, historiquement dominant mais nullement obligatoire.

La différence entre astrologie symbolique et prédictive tient donc moins aux outils qu'à la question posée. La première demande quel sens donner à ce que je vis. La seconde demande quand cela va se produire. Deux questions légitimes, deux postures radicalement distinctes face au temps et face au libre arbitre.

L'astrologie symbolique, un langage de sens au service de la connaissance de soi

Le thème natal comme miroir de la psyché

Dans l'approche symbolique, le thème natal n'est pas un programme à exécuter mais une grille de lecture qui révèle. Il se lit comme un texte, avec ses métaphores, ses tensions internes, ses figures récurrentes. Les astrologues qui s'inscrivent dans cette lignée parlent volontiers d'un miroir de la psyché.

astrologie symbolique vs prédictive

Deux filiations intellectuelles structurent cette approche. Celle de Carl Gustav Jung d'abord, avec la synchronicité, cette coïncidence signifiante entre un état intérieur et un événement extérieur, sans lien de cause à effet. Celle de Dane Rudhyar ensuite, fondateur de l'astrologie humaniste, qui déplace l'astrologie du terrain de la fatalité vers celui du développement de la personne. Le débat de fond n'oppose pas science et croyance, il oppose causalité et symbolisme. La causalité explique comment les choses arrivent, le symbolisme interroge ce qu'elles veulent dire. L'astrologie symbolique ne prétend pas que Saturne agit sur vous, elle propose que Saturne dise quelque chose de votre rapport à la limite, à la structure et au temps.

Concrètement, une consultation astrologique symbolique porte sur un thème natal symbolique, sur ses polarités, ses nœuds de conflit, ses ressources inexploitées. Elle n'annonce rien, elle décrit une architecture intérieure et propose des pistes d'introspection. Les praticiens sérieux posent ce cadre dès le premier échange, en rappelant qu'il s'agit d'un espace d'exploration, sans valeur prédictive ni statut scientifique, et qui ne remplace en aucun cas un accompagnement médical ou psychologique.

Bon à savoir

Le vocabulaire d'astrologie psychologique désigne le plus souvent une variante de l'approche symbolique, centrée sur les dynamiques inconscientes et les processus de maturation intérieure.

L'astrologie prédictive, le chronométrage des cycles planétaires

Les outils de l'astrologie prédictive

L'astrologie prédictive, aussi appelée astrologie prévisionnelle, se présente comme une spécialisation technique visant à formuler des prévisions de faits concrets ou psychologiques dotés, selon ses praticiens, d'une haute probabilité de se produire. Elle mobilise pour cela plusieurs méthodes utilisées simultanément, afin de faire converger les indications.

Les transits astrologiques constituent l'outil principal. Il s'agit de comparer la position réelle des planètes dans le ciel du moment aux positions du thème de naissance, afin de repérer des périodes d'activation. Viennent ensuite les progressions symboliques, qui font avancer le thème selon un mouvement fictif, souvent calé sur la course du Soleil, puis les retours, dont le retour solaire annuel, et les profections, technique de tradition qui attribue une maison astrologique à chaque année de vie. En France, André Barbault reste la figure historique de cette orientation, notamment pour ses travaux sur les cycles planétaires appliqués aux grands mouvements collectifs.

Il faut noter un point souvent ignoré. Les mêmes techniques servent aux deux camps. Un astrologue psychologique utilise transits, progressions et profections non pour dater un événement extérieur, mais pour repérer des activations psychologiques internes, des moments où un matériau intérieur remonte à la surface. L'outil est identique, la lecture change du tout au tout.

Comparaison entre astrologie symbolique et astrologie prédictive
Critère Astrologie symbolique Astrologie prédictive
Question posée Quel sens donner à ce que je vis Quand cet événement va-t-il survenir
Objet principal Correspondances symboliques, psyché, trajectoire de vie Chronométrage d'événements et de périodes
Techniques dominantes Thème natal, aspects planétaires, maisons, mythologie associée Transits, progressions symboliques, retour solaire, profections
Rapport au temps Temps vécu, rythmes qualitatifs, maturation Calendrier, dates, fenêtres favorables ou délicates
Place du libre arbitre Centrale, le thème décrit un potentiel à habiter Variable, dépend fortement de l'éthique du praticien
Usage typique Introspection, reconversion, travail sur soi, accompagnement Décision datée, anticipation de cycles professionnels ou affectifs

L'astrologie peut-elle vraiment prédire l'avenir

Limites scientifiques et usages symboliques

La réponse honnête doit distinguer deux plans. Sur le plan scientifique, les tentatives de validation des prétentions prédictives ont systématiquement montré que les affirmations issues de l'astrologie n'étaient pas toujours précises. Et ce en raison précisément des differents niveaux de lecture du théme. Un événement, pour suivre la pensés de Jung, est l'expression d'une structure psychique non digérée. Il nous renvoie en quelque sorte en miroir ce que nous sommes. Mais un peu d'introspection et de connaissance de soi fait, du coup, se dissoudre le surgissement de l’évènement.

Sur le plan de l'usage, la question se déplace. L'astrologie symbolique n'est pas concernée par ce test, puisqu'elle ne formule aucune prédiction falsifiable. Elle revendique un statut de langage, comparable à celui d'un récit mythologique ou d'une grammaire du sens. On ne demande pas à un mythe d'être vérifiable, on lui demande d'être opérant, c'est-à-dire de permettre de relire son expérience autrement. C'est précisément ce déplacement qui rend l'approche symbolique compatible avec un esprit formé à la rigueur rationnelle.

Important

En France, la pratique est encadrée par le droit commun, notamment les dispositions relatives à l'abus de faiblesse et à la publicité trompeuse, régulièrement mobilisées à propos des pratiques ésotériques. Une consultation astrologique ne constitue jamais un acte médical, thérapeutique ou juridique.

Dépendance aux prédictions et éthique astrologique

Le risque principal de l'astrologie prédictive n'est pas l'erreur, c'est la délégation. Lorsqu'une personne consulte tous les trois mois pour savoir si elle doit signer, partir, rompre ou attendre, elle transfère progressivement sa capacité de décision à un tiers. La prédiction produit alors un effet d'attente, parfois auto réalisatrice, qui appauvrit la lecture de sa propre vie. Des annonces anxiogènes sur la santé, la séparation ou l'argent peuvent en outre générer une détresse réelle chez une personne déjà fragilisée par un deuil ou une rupture.

astrologie symbolique vs prédictive

Les organisations professionnelles, dont la Fédération des Astrologues Francophones, insistent sur ces points de déontologie. Un praticien sérieux annonce le cadre, refuse les questions médicales, ne date pas de décès, respecte le libre arbitre du consultant et n'entretient pas de rendez vous à répétition. C'est une différence de posture autant qu'une différence de méthode.

Quelle astrologie choisir selon votre situation

Le choix dépend moins de vos croyances que de la nature de votre question. Voici les repères qui permettent de trancher rapidement.

  • Choisissez l'astrologie symbolique si vous traversez une reconversion, un deuil, une crise de sens professionnelle ou une remise en question identitaire, et que vous cherchez une grille de lecture cohérente plutôt qu'une réponse fermée.
  • Choisissez une approche prévisionnelle si votre attente porte explicitement sur un calendrier, en sachant que la valeur prédictive n'est ni démontrée ni garantie et que la décision finale vous appartient.

Un second critère mérite attention, celui de la cohérence intellectuelle de l'enseignement proposé. Une astrologie sans philosophie devient une collection de recettes interprétatives. C'est exactement ce que reprochent les praticiens confirmés aux contenus génériques qui répètent indéfiniment les mêmes descriptions de signes sans jamais relier l'astrologie au symbolisme, à la mythologie et à l'histoire des idées.

La position de Réenchanter le monde

Notre approche s'inscrit sans ambiguïté du côté symbolique. Luc Bigé, docteur en sciences et astrologue, défend depuis des décennies l'idée que l'astrologie est un langage du sens, en miroir des mathématiques qui décrivent le monde objectif. Cette double formation, scientifique et symbolique, permet d'aborder le thème natal comme un objet d'étude sérieux, relié à la mythologie grecque, à la langue des oiseaux, au symbolisme du corps et aux traditions de la conscience, plutôt que comme un oracle.

Les cours en ligne que nous proposons suivent cette logique progressive, des fondements du symbolisme astrologique jusqu'aux thèmes avancés comme la Lune Noire, les planètes rétrogrades ou les aspects complexes, toujours dans une perspective de connaissance de soi. Des contenus gratuits permettent de tester la démarche avant tout engagement, ce qui reste la meilleure façon de vérifier si une pédagogie vous correspond.

Aller plus loin avec l'astrologie symbolique

Opposer astrologie symbolique et astrologie prédictive n'a de sens que si l'on clarifie ce que l'on attend du ciel. L'une propose un langage pour relire son existence et en habiter les tensions, l'autre propose un calendrier dont la validité reste contestée. La première suppose que vous restiez l'auteur de votre vie, la seconde peut insensiblement vous en déposséder. Pour qui cherche à comprendre plutôt qu'à savoir d'avance, l'approche symbolique offre un terrain plus solide, à condition d'être portée par un enseignement structuré et intellectuellement exigeant.

astrologie symbolique vs prédictive

En résumé : astrologie symbolique vs prédictive

Astrologie symbolique et astrologie prédictive reposent sur le même langage de correspondances, mais en font un usage très différent. La première privilégie la lecture du sens, l'introspection et la maturation intérieure, tandis que la seconde cherche à dater des événements à partir des cycles planétaires, avec une validité prédictive qui reste non démontrée. Clarifier votre attente, rester auteur de vos choix et vérifier le cadre éthique du praticien restent les meilleurs repères pour savoir vers quelle approche vous tourner.

FAQ

Peut-on pratiquer les deux approches en même temps

Oui, de nombreux astrologues utilisent les transits dans une lecture purement symbolique, en les considérant comme des moments de maturation intérieure et non comme des dates d'événements. Ce qui change, c'est le contrat passé avec la personne consultée.

Faut-il connaître son heure de naissance exacte

Elle est indispensable pour positionner les maisons astrologiques et l'ascendant, qui portent une part importante de la lecture symbolique. En France, cette information figure sur la copie intégrale de l'acte de naissance, délivrée par la mairie du lieu de naissance.

Combien de temps faut-il pour lire soi-même un thème natal

Cela dépend du niveau visé. Une compréhension d'ensemble des signes, planètes et maisons demande quelques mois de travail régulier, tandis que l'articulation fine des aspects et des cycles relève d'un apprentissage de plusieurs années, comparable à celui d'une langue.

L'astrologie symbolique est-elle utilisable par un thérapeute ou un coach

Elle est souvent mobilisée comme outil complémentaire de dialogue, à condition de rester dans un cadre non médical et de ne pas se substituer à la méthode principale du praticien. La clarté du cadre annoncé au client est déterminante.

Un logiciel ou une intelligence artificielle peut-il remplacer l'astrologue

Les outils automatisent le calcul du thème et la détection des configurations, ce qui fait gagner un temps considérable. Ils ne remplacent pas l'acte d'interprétation, qui suppose de relier des symboles à une histoire singulière, exercice qui demande culture, écoute et expérience.

Yoga et Dame à la Licorne

Rendez-vous entre la Dame à la Licorne et le Yoga Millénaire : L'Or Riant 
Les Tapisseries de la Dame à la licorne, joyaux du Musée de Cluny, révèlent bien plus qu'une symbolique autour des 5 sens.
Elles dessinent un véritable itinéraire intérieur, une quête de l'or philosophal alchimique, un chemin initiatique en résonance avec celui du Yoga traditionnel millénaire .
En effet, chacune des tapisseries trouve un écho naturel avec les centres énergétiques du corps, appelés "chakras" dans le yoga.
Il semble que la Dame qui apparaît dans chaque tenture, avec ses différentes tenues et symboles, guide notre énergie de la matière brute à la conscience subtile .
Ainsi, dans les six pièces de la tapisserie de la Dame à la licorne, les cinq sens sont représentés (l'odorat, le goût, la vue, le toucher, l'ouïe) et une sixième intitulé "À mon seul désir".
Ce qui se prête  magnifiquement à une lecture en écho au Yoga Millénaire et à la Méditation.
Ouvrons cette perspective où les Tapisseries reliées aux cinq sens et à un sixième au-delà des 5 sens connus, invitent à un travail intérieur d'individuation et de connaissance du Soi, comme le Yoga profond .
Dans la tradition multi-millénaire et originelle du yoga, et d'après la synthèse des Yogas Sutras de Patanjali, il y a 8 étapes de maîtrise intérieure, et différents sens de perceptions appelés "indriyas".
Ces 8 étapes du Yoga, sont :
-l'éthique de vie et de relation ou "yamas."
-l'auto-discipline ou "niyama."
-les postures ou "asanas."
-la maîtrise du souffle et de l'énergie ou "pranayama."
-le retrait des sens appelé "pratyahara" , détachement des stimulis externes vers un niveau de perception plus subtile .
-la concentration ou"dharana."
-la méditation ou "dhyana".
-la dernière et huitième étape est l'unité originelle en la conscience universelle, appelée "samadhi."
Ce chemin, grand oeuvre alchimique de l'Or Intérieur, est autant celui du Yoga traditionnel millénaire que celui de cette Dame à la licorne et ses mystères insondables .
On peut voir les  tapisseries comme des étapes de ce cheminement intérieur.
Les sens "indriyas"sont d'abord pointés, observés et reconnus, avant d être raffinés et maîtrisés puis, dépassés dans l'évolution de vie, comme dans les étapes des Yoga Sutras.
La Dame qui sent, goûte, regarde, caresse, puis écoute, illustre la présence attentive où chaque acte sensoriel devient un point d'affinage de la perception et de la conscience, transformant la distraction en observation lucide .
La licorne, animal de la pureté originelle, farouche et indomptable, fonctionne comme symbole du Soi supérieur Divin ou de la Conscience éveillée unifiée, par delà les attachements sensoriels .
La sixième tapisserie intitulée "À mon seul Désir "peut être lue comme le libre arbitre dans le sens de Liberté intérieure au sens de la libération appelée  moksha" en yoga,  et également comme l'éveil de l'intuition, reliée à l'éveil du troisième oeil dans la science de l'intériorité qu'est le yoga profond.
Alors, s'intègrent et se transcendent les perceptions, et s'unifient amour et conscience .
Mais quel est cet unique désir qui fait que la Dame se déleste ainsi de ses richesses, de son or, comme on le voit dans la sixième tapisserie, avant son entrée sous la tente de la présence indicible.
Sur le haut de la tente est inscrit "À mon seul Désir ?
Mais quel est, pour chacun d'entre nous, s'il n'y en avait qu'un, là tout de suite, en fermant les yeux le temps de quelques respirations...cet ultime Désir ?
Nous sommes invités à travers ces tapisseries à une révélation.
Et je fus si profondément impactée par cette oeuvre tissée, que je suis allée très souvent depuis toute jeune, m'asseoir pour contempler ces oeuvres .À tel point, que je ne payais plus l'entrée, le gardien ayant vu mon assiduité à méditer là, les yeux ouverts m'accueillait ainsi : "Entrez Madame vous êtes chez vous "!
Elles se sont révélées comme étant une suite iconographique de pratique méditative : reconnaître les impressions, les ressentis émotionnels, les laisser passer sans s'identifier, stabiliser l'attention  en concentration, ce qui s'appelle "dharana" dans le cheminement yogique .
Puis vient la Méditation "appelée "dhyana"et enfin l'union silencieuse du "samadhi " que représente la Licorne blanche et pure.
Et tant d'autres mystères de révélations en révélations.
Les cinq sens évoqués dans ces tapisseries où chacune pointe particulièrement un sens, tout en invitant à une symphonie de tous les sens à la conscience, rejoignent donc les 5 premiers chakras de la tradition du yoga .
Ainsi chacun des sens est relié à un des 5 premiers chakras.
Le premier chakra du fondement  appelé "muladhara"est ainsi relié à la terre et au sens de l'odorat, que pointe la Dame dans la première tapisserie relié à ce sens. Elle tresse une couronne de fleurs odorantes tandis que tout en bas, un singe hume le parfum d'une rose .
Le deuxième chakra appelé "svadhisthana", le chakra sacré est relié à l'eau et au sens du goût, évoqué dans la deuxième tapisserie où la Dame offre à goûter ce qui est dans la coupe.
Le troisième chakra appelé " manipura" signifiant la cité des joyaux est relié en yoga à l'élément feu et au sens de la vue .
Lorsque dans la troisième tenture, la Dame tend le miroir à la licorne, elle nous donne à voir l'autre côté de la réalité ce qui ne se voit pas, à la fois le face à face avec la réalité crue en terme de sa propre ombre et simultanément la lumière divine.
Le quatrième chakra appelé " anahata", chakra du coeur, relié à l'élément de l'air et au sens du toucher dans la tradition du yoga, est évoqué par la Dame dans sa verticalité souveraine.Regardons, pour nourrir notre exploration, la quatrième tapisserie où elle caresse avec délicatesse la corne de la licorne .
Le cinquième chakra " vishuddha",  chakra de la gorge est relié à l'élément éther et au sens de l'ouïe.
Il est évoqué dans la cinquième tapisserie, par la Dame jouant d'un instrument à vent, nous appelant à écouter autrement comme dans le silence de la méditation et à ouvrir la clairaudience .
Le sixième chakra " ajna ", chakra du troisième  oeil, est celui du seuil de l'intuition relié au libre arbitre, à la liberté pointée par la sixième tapisserie où la Dame s'apprête à rentrer sous la tente de la Présence.
Avant son retrait sous le dais, elle dépose en offrande pour les offrir au monde, ses pierres précieuses, l'Or riant alchimique, issu de la transmutation des épreuves du chemin intérieur.
La tente est également ce voile de la connaissance qui se dévoile.Et c'est  le voile entre les mondes invisibles cosmiques, symbolisés par la tente et le monde visible terrestre représentée par  l'île sur laquelle se tient debout la Dame à la licorne.
Elle est la Dame qui offre le très-Or de la Connaissance Universelle, fruit de son propre chemin : L'Or Riant !
Et puis, .......respirez........, les mystères demeurent heureusement mystères.
Car Il y a cette fameuse septième tapisserie perdue, mais décrite par Georges Sand, lorsqu'elle était en visite au Château de Boussac en Creuse :  La Dame de face à présent, dans son altière souveraineté, tenant de chaque côté une licorne.Dès lors, non plus une licorne mais 2 .
La réitération, la multiplication de l'alchimie de l'Or Riant.Le Soi face à Soi où le miroir du monde .
Et il est dit que la licorne avec la pointe de sa corne vers les étoiles, purifie les eaux souillées afin que les êtres puissent de nouveau boire à la source .
Cette tapisserie manquante qui éveille par delà notre curiosité et notre imaginaire, notre conscience, questionne sans répondre, nous met en quête, ouvre la porte vers le mystère ultime .
Nous voici alors dans cette quête sans quête, du chemin sans chemin, à la rencontre de la conscience supérieure, l'Or Intérieur.
 - C'est l'Or Riant, que la Dame incarne , l'Or de la Co-naissance qui éclaire et réjouit l'être .
Ainsi se tisse dans la grande tapisserie de la vie, un chemin des sens à l'essence, du monde visible au monde invisible :   Un chemin de Yoga profond et spirituel dans son sens originel d'Unité entre la conscience individuelle et la Conscience Universelle.
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                                                      Si ce voyage vous touche, laissez-vous appeler.
Venez explorer un Yoga où le souffle réveille la souveraineté, où les postures éveillent le feu de l'énergie vitale et enracinent la             souveraineté de l'être, où les pranayamas ouvrent l'espace intérieur .
Et si vous goûtiez au Yoga Nidra, cette plongée en relaxation dans un voyage au coeur des profondeurs de soi?
Où entendez vous l'appel à explorer la Méditation de rencontre avec votre essence ?
Se pourrait-il que chaque séance soit une tapisserie que vous tissez en vos corps et conscience, et que l'Or Millénaire du Yoga - L'Or Riant - illumine votre propre chemin de souffle et de coeur ?
La Dame à la licorne vous y invite et votre première séance d'accès à cet espace de révélation, vous attend.
Cliquez sur le lien ci-dessous pour réserver votre accès en ligne, du confort de chez vous.
Christine Veda
Yoga et Méditations pour débutants et pratiquants avancés .

Colloque Ame des peuples : de la géopolitique vers une géopoétique

Inscription au colloque : https://www.eventbrite.fr/e/lame-des-peuples-de-la-geopolique-vers-une-geopoetique-tickets-1765769838119?aff=oddtdtcreator

Colloque animé par Le GRAPH (Groupe de Recherche Âme des Peuples et Histoire)et La Nouvelle Acropole.

En ces temps troublés où l’histoire semble chaotique, nous proposons une approche fondée sur l’âme du monde (anima mundi) différenciée en âmes des peuples, notamment en ce qui concerne l’Europe. La conscience puis la connaissance des grandes forces qui animent l’histoire ainsi que notre présent nous conduira à penser la géopolitique comme une géopoétique avec laquelle nous pouvons dialoguer. Les grands événements du monde sont aussi des souffles intimes et internes qui nous rendent complices de l’histoire. 

Cette approche non partisane à travers la science des archétypes et des symboles peut contribuer à transformer la cacophonie actuelle en une véritable symphonie. Elle insuffle plus de sens, d’amour et de clarté dans le coeur des hommes. 

9h30 : Ouverture du colloque 

Orientation et intention du colloque : Luc Bigé 

Présentation du Groupe de Recherche Âme des peuples et Histoire – 

Le G.R.A.P.H. : Nadine Outin 

et de la Nouvelle Acropole : Françoise Bechet 

9h40 : Luc Bigé 

Archétypes et Histoire 

Nous revisiterons l'histoire de l'Occident sous l'angle de sa relation avec l'anima mundi, l'âme du monde. Se peut-il que l'Esprit du temps souffle sur les hommes et que, de ces interactions, se déploient les grands événements qui sculptent notre histoire et organisent notre futur ? 

10h40 : Nadine Outin 

Connais-toi toi-même en tant qu’Âme d’un peuple 

L’âme des peuples influencerait-elle inconsciemment nos perceptions, nos créations, notre manière de rencontrer l’autre et de vivre l’histoire du monde ? Les voyages vers d’autres peuples nous confrontent à cette question. La Sagesse de la Tradition nous apporte des éclairages. Nous retiendrons particulièrement les réponses apportées par les enseignements de certains mouvements philosophiques occidentaux des 19ème et 20eme siècles tout en nous interrogeant sur la manière dont l’âme d’un peuple se métamorphose sous la pression d’une pluriculturalité de plus en plus dense en ce début de 21 siècle. 

11h20 - Pause – 

11h50 : Brigitte Deruy et Mathilde Sternat 

Habiter la Terre en poète 

Une invitation à une approche sensible de l’âme des peuples 

12h : Caroline Salagnac 

L’artiste, médiateur de l’âme des peuples ? 

Une réflexion sur le monde imaginal et le lien entre l’art et la quête spirituelle. 

12h30 – 14h : Pause déjeuner 

14h : Gérard Sutton 

"Les Musiques en Europe, le souffle de l'âme des peuples » 

Les notes sont vivantes et transforment la conscience. Il y a une musique qui libère et une musique qui asservit. Elle peut détruire ou bien construire intérieurement l’être. 

15h : Pause poétique 

Brigitte Deruy et Mathilde Sternat 

« Habiter la Terre en poète » 

15H10 Mathieu Laveau « L'âme de la France décryptée par les secrets de sa langue et de sa géométrie sacrée » 

" Peut-on appréhender la mission de l’âme de la France par l’étude de sa géographie, de sa géométrie hexagonale en lien avec la géométrie de l’Égypte des pyramides ; tout en décryptant les secrets de sa langue dite langue franche ? 

16h10 : Pause 

16h40 : Pause poétique 

Brigitte Deruy et Mathilde Sternat 

« Habiter la Terre en poète » 

16h50 : Fernand Schwarz 

« L’âme de la France, atouts et perspectives » 

Les quatre piliers symboliques qui animent l'âme de la France – la déesse mère, le politique, la guerrière et la mystique – possèdent aussi leurs parts d’ombres. Le décodage symbolique des quatre constantes qui forment l’âme du pays et leurs contradictions internes permet de mieux comprendre ses difficultés mais aussi d’évoquer son réenchantement en fonction de valeurs plus contemporaines. 

17h50 : Table ronde 

Clôture du colloque et perspectives avec tous les intervenants 

18h 30 : Temps de rencontres conviviales à La Passerelle autour d’un 

Les intervenants

 Luc Bigé : Co-fondateur du « Groupe de Recherche Âme des Peuples et Histoire » : Le GRAPH. Docteur en sciences (biochimie), astrologue, mythologue, consultant, enseignant et écrivain.). Il propose des formations en ligne sur les thèmes : Astrologie, Mythologie grecque, Symbolisme, Conscience. https://reenchanterlemonde.com/ 

Brigitte Deruy : Co-fondatrice du GRAPH. Poétesse, comédienne, auteur de la pièce : « Sur les Ailes de l’Invisible » présenté au Festival d’Avignon 2025. https://brigitte-deruy.fr 

Mathieu Laveau De formation scientifique en biologie, praticien énergéticien, il dévoile ses recherches et s’appuie sur la « Primosophie », cette nouvelle « gématrie des mots et des chiffres », pour écouter la voix de la France et in fine celle de sa géopoétique. https://www.mathieulaveau.com/ 

Nadine Outin : Co-fondatrice du GRAPH. Pédagogue. Après la chute du mur de Berlin elle accompagne les changements des politiques de l’enfance dans les pays d’Europe de l’Est en transition vers la démocratie. Cette longue expérience de terrain en situation interculturelle est le début de sa recherche sur l’âme des peuples. Une recherche éclairée par les enseignements des sagesses du monde. 

Caroline Salagnac : Professeure agrégée d'arts appliqués en métiers d'arts à l'École Boulle. Meilleur ouvrier de France en Mosaïque. 

Fernand Schwarz : Fondateur de l’École de philosophie Nouvelle Acropole en France. Philosophe et anthropologue, spécialiste de l’Égypte ancienne et de l’anthropologie du sacré. Il a consacré les trente dernières années de sa vie à étudier les structures mythiques et symboliques des sociétés traditionnelles et des sociétés modernes. Auteur de nombreux ouvrages et documentaires sur les philosophies et civilisations anciennes. 

Mathilde Sternat : 1er Prix, en violoncelle et en musique de chambre - diplôme de formation supérieure au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Violoncelliste du Travelling Quartet (quatuor à cordes) pendant près de 10 ans, elle accompagne également sur scène des grands noms de la chanson française. Composition de la musique de « Sur les ailes de l’invisible » au Festival Avignon 2025 

https://www.youtube.com/channel/UCG30MlyMT4XxmW_lkK3vdQ 

Gérard Sutton : Co-fondateur du GRAPH. Premier prix de thèse d’Histoire de la musique et de la danse, enseigne au C.N.R. de St Maur-des-Fossés, à la Schola Cantorum de Paris et au Conservatoire de Paris XIe. Président de Académie Musike et de l’association de l’Université du symbole. 

L’homme (prétendument) nouveau est de retour

L'homme (prétendument) nouveau est de retour

 Marie-Noëlle Dompé

 L’article qui suit était initialement conçu pour être publié dans la rubrique « Libre propos » du numéro spécial « La Nuit du Droit 2023 » d’une revue juridique. En 2018, dans le même cadre, j’avais rédigé un article intitulé « La nuit et le droit, un apparent paradoxe » essentiellement axé sur la mythologie de chacun de ces deux concepts. Luc l’avait relu et m’avait alors ouvert quelques pistes nouvelles que j’avais explorées. Cet article avait été publié sans encombre dans le numéro spécial La Nuit du Droit 2018[1]. Il n’en est pas allé de même pour l’article de 2023 sur l’homme prétendument nouveau, dont la publication a été refusée. Était-ce parce que j’y critiquais le wokisme dans lequel je voyais - je ne suis pas la seule - le dernier avatar du faux homme nouveau ? Sans doute, même si cette raison relève du non-dit. Car dès lors que m’avaient été données au moins quatre explications successives et divergentes pour fonder le refus de publication, il m’a semblé qu’aucune ne correspondait à la réalité. Luc m’a alors proposé de publier cet article sur son site et je l’en remercie vivement. On peut considérer cette publication comme un rappel historique de ce que furent les faux hommes nouveaux depuis 1789 ou comme une évocation des risques humains et juridiques générés par l’homme prétendument nouveau du mouvement woke. Ces deux approches sont pertinentes. Mais ce qui m’intéressait surtout, c’était d’ouvrir à un lectorat peu habitué a priori aux questions métaphysiques, la porte à ce que peut être un changement de plan de conscience. Car c’est bien le changement de plan de conscience qui fondera le véritable homme nouveau, que l’on se réfère, parmi d’autres, à certaines des paroles de Jésus, à l’œuvre de Sohravardi mise en lumière par Henri Corbin[2], à celles de Sri Aurobindo et de Mira Alfassa, entièrement axées sur cette recherche, aux Dialogues avec l’ange, bref à ceux qui nous ont parlé de cet au-delà du mental, si riche, si dense, si vaste et si complexe. Bien sûr, je ne pouvais, dans l’article en question me réclamer de ces personnages qui auraient immanquablement été considérés par beaucoup comme sulfureux ou inadéquats. J’avais donc évoqué très rapidement Arthur Rimbaud, Blaise Pascal, Spinoza, Plotin, saint Augustin, Ignace de Loyola et Simone Weil pour illustrer le fait que l’homme nouveau, le vrai, le seul possible, ne peut advenir que par l’effet d’une quête spirituelle qu’un Rimbaud par exemple, n’a pas poursuivie.

L’Homme Nouveau est le fruit d’un cheminement intérieur. Il ne peut être imposé de l’extérieur. Tous les concepteurs d’un prétendu homme nouveau, de Robespierre à Pol Pot en passant par Lénine et Hitler, ont généré des catastrophes humaines. À l’heure actuelle, on voit réapparaître le concept d’homme nouveau au travers d’idéologies qui interpellent l’humain et le droit.

Pourquoi évoquer l’Homme Nouveau dans une revue juridique à paraître un jour de l’automne 2023 ? Parce qu’il s’agit d’un archétype qui descend de temps à autre dans l’histoire sous une expression humaine dégradée, en particulier depuis 1789 en France avec son acmé en 1793. Il a ensuite essaimé en Russie, en Allemagne puis en Chine, entrainant les drames que l’on sait. Il revient depuis quelques années sous plusieurs formes égocentrées, tel le wokisme lequel, sous l’apparence d'une liberté à conquérir, « déconstruit » l’individu dans la jeunesse de sa vie, érigeant un mal-être éphémère en passage vers une prétendue métamorphose ou bien, négligeant l’universalisme né des Lumières, suscite l’identification de la personne à une de ses caractéristiques parcellaires - couleur de la peau, option sexuelle ou religion. Nous sommes là, en présence d’une énième tentative de création d’un faux homme nouveau, qui loin d’élever le niveau de conscience de l’humanité, l’abaisse, et qui loin de tendre vers l’unité, déploie l’individualisme. Elle n’est pas un dépassement de petites souffrances caractéristiques de la condition humaine, mais une fausse piste de plus qui engage le droit privé et le droit public.

D’Est en Ouest, du Nord au Sud, au fil des âges et des écrits des penseurs, l’Homme Nouveau  - avec des majuscules - est celui qui, ayant percé le plafond du mental et parcouru les strates qui le surplombent, sera parvenu à se fondre dans ce qui le transcende et ce faisant, aura sublimé la matière dont il est constitué. « Tout est involué, tout est déjà là dans la Matière, mais l'involution ne peut se défaire que par la pression d’en haut qui répond à l’appel d'en bas et brise le sceau, comme le soleil brise le tégument de la semence ». (Satprem. « Sri Aurobindo ou l’aventure de la conscience » , p. 354-355)

« En haut », c’est le « et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir ! » d’Arthur Rimbaud, c’est le « Joie, joie, joie, pleurs de joie » de Blaise Pascal à l’aube du 23 novembre 1654, c’est le « comprendre est un pur pâtir » de Spinoza, c’est « l’Un au-delà de l’être » de Plotin, c’est « Le Maître est au-dedans » de saint Augustin, c’est  « Ses yeux s’ouvrirent (…) Il sortit du rêve » d’Ignace de Loyola, c’est « La violence du temps déchire l’âme. Par la déchirure entre l’éternité » de Simone Weil.

« Nous sommes des êtres de transition (…) Si une révélation de l'Esprit sur la terre est la vérité cachée de notre naissance dans la Matière, si, fondamentalement, c'est une évolution de la conscience qui a lieu dans la Nature, l’homme, tel qu'il est ne peut pas être le dernier terme de l'évolution : c'est une expression trop imparfaite de l'Esprit, le mental est une forme trop limitée, un instrument trop étroit ; le mental n'est qu'un terme intermédiaire de la conscience. (Aurobindo. The Life Divine, 19:846-47) Nous sommes arrivés à une nouvelle crise de transformation » (Aurobindo. The Human Cycle, 15:221). « Nous pouvons être les collaborateurs conscients de notre évolution, accepter le défi, ou, comme dit Sri Aurobindo, nous laisser dépasser » (Satprem précité, p. 320).

Ni Robespierre, ni Hitler, ni Lénine et ses suiveurs, promoteurs d’un prétendu « homme nouveau », n’avaient accompli le chemin nécessaire pour le faire advenir. En voulant l’instaurer, ils ont provoqué des morts par millions.

  1. L’homme nouveau dans l’histoire

À lire Antoine de Baecque, l’origine de l’homme nouveau de 1789 - sans les majuscules - est d’inspiration religieuse. (« L’homme nouveau est arrivé », Antoine de Baecque. 1998. Revue « Dix-huitième siècle ». n° 20. p. 193 à 205. 1998. PUF ). Selon cet historien, le symbole le plus répandu de cette régénération reste la vision idéale de l’union générale de tous les français. Il est illustré par les propos empruntés à saint Paul par Camille Desmoulins dans le premier numéro de Révolutions de France et de Brabant : « Ce saint-Paul, qui aété éloquent deux ou trois fois dans sa vie, écrit admirablement quelque part : « Vous tous qui avez été régénérés par le baptême, vous n’êtes plus Juifs, vous n’êtes plus Samaritains, vous n’êtes plus Romains, vous n’êtes plus Grecs, vous êtes tous Chrétiens ». C’est ainsi que nous venons d’être régénérés par l’Assemblée Nationale, nous ne sommes plus de Chartres, de Monthléri, nous ne sommes plus Picards ou Bretons, nous ne sommes plus d’Aix ou d’Arras, nous sommes tous Français, tous frères ».

Nous sommes là en présence de la récupération d’une parole d’essence spirituelle - la référence à l’Un - à des fins politiques. La régénération évoquée par Camille Desmoulins, qui va jalonner l’ensemble du discours sur l’homme nouveau des révolutionnaires de 1789, passe directement de l’Épitre aux Galates à la Révolution. L’écart entre les mots tracés par saint Paul et leur instrumentalisation, c’est le gouffre ouvert par Robespierre, dans lequel vont être jetés les milliers de morts de la Terreur, suivis des millions de morts de la révolution bolchevique Russe, de la révolution communiste menée par Mao en Chine et par Pol Pot au Cambodge. L’homme nouveau du nazisme a une origine plus mythologique que religieuse et a fait autant de dégâts.

Pour Antoine de Baecque, « La régénération est d'abord porteuse d'une part de rêve : il s'agit d'imaginer le Français de demain, le Français du temps de « l’après » (…) Cependant, l'image de la rupture intègre de façon complémentaire la croyance dans la perfectibilité immédiate de l'espèce humaine et le retour de l'âge d’or. (…) La rupture est ici proche du miracle, du « miracle d’une nouvelle création », merveilleux brusquement introduit dans le domaine de l’imaginaire politique ».

Robespierre, rousseauiste halluciné selon l’expression de Frédéric Rouvillois - en bref, le peuple est naturellement bon et tout ce qui n’est pas le peuple est mauvais - n’a pas hésité à faire guillotiner à tour de bras, seule façon pour lui de tenter de soumettre le réel à son illusion d’un homme nouveau vertueux. C’est, comme l’exprime Marcel Gauchet, « l’acharnement dans la poursuite d’une idée, envers et contre tout. Il est forcé d’enregistrer le démenti que la situation apporte à sa vision vertuiste du peuple » (Marcel Gauchet, NRF. « Robespierre, l’homme qui nous divise le plus ». p. 199 ).

Robespierre a ouvert la voie sanglante de l’homme nouveau ; il sera suivi de nombre de thuriféraires, à savoir l’ensemble des initiateurs des totalitarismes du XXème siècle. Ces hommes nouveaux plus tardifs procèdent de celui-ci qui les fonde. Si l’on s’attache à ceux qui ont le plus marqué l’histoire, on trouve, dans l’ordre chronologique, l’homme nouveau de Lénine et de ses successeurs dont Staline, l’homme nouveau du nazisme, l’homme nouveau du maoïsme chinois puis cambodgien.

S’agissant de Lénine, Lavinia Betea (« L’Homme nouveau », p. 123-124. Lavinia Betea Politologue, Maître de Conférences à l’Université de Bucarest) fait valoir que « Le motif déclaré de l’idéologie communiste a été la création de « l’homme nouveau » (…) L’individu cherche à fortifier l’instance supérieure de « l’ego » en empruntant à unmodèle idéal extérieur, un surplus de valeur et de motivation. (…) Ce prototype humain de « l’homme nouveau » - « le prince charmant de laboratoire” ( F. Tanasescu, 1995) - est considéré comme supérieur à tous les individus qui ont peuplé la planète dans les époques précédentes ».

Lors de la révolution bolchevique, l’homme nouveau fabriqué - et non plus seulement conceptualisé - par Lénine est conçu comme on conçoit une machine. On sent que la révolution industrielle est passée par là. L’identification à un modèle artificiel élaboré de toute pièce est en soi un risque. Le caler sur la représentation d’un individu « associé à une identité collective » l’est davantage encore. L’échec de ce « prototype » est annoncé par « l’emprunt à un modèle extérieur ». L’homme nouveau qui ne procède pas d’une évolution intérieure, mais d’un modèle extérieur porte en lui le ferment de sa ruine

Cette sorte de robot communiste fabriqué en des millions d’exemplaires humains par des Mary Shelley de circonstance - le sous-titre de son ouvrage « Frankenstein » est « Prométhée moderne » - fera des dizaines de millions de morts dans l’univers soviétique.

L’homme nouveau conçu par Hitler est, pour Frédéric Rouvillois (Le Figaro du 11 avril 2014 a/s « Crime et utopie ». Entretien avec Eugénie Bastié), le fruit d’une utopie fondée sur la dimension biologique de la race - une « biocratie », écrit-il, sur le modèle de l’antiquité grecque, Sparte et non Athènes : « Il (Hitler)explique que son objectif est de faire de l'homme aryen, de l'homme véritable, une sorte de Dieu (…) »d’où le déploiement de moyens aussi terribles pour y parvenir. « Quand les philosophes antiques (Aristote notamment) ou chrétiens (Saint Thomas d'Aquin) parlent de perfection humaine ils ne disent pas pour autant que c'est à l'État de réaliser cette perfection. (…) L’Etat n'est pas là pour créer un peuple de saints ou de purs de manière artificielle et selon ses propres critères (…) La perfection et le salut sont d'ordre individuel, il n'y a pas de salut collectif. »

Sous Staline (« Construire, déconstruire l’homme nouveau », p. 7. Cécile Vaissié. Introduction à « La fabrique de l’homme nouveau après Staline ». PUF de Rennes.) l’homme nouveau, devenu « l’homme soviétique », est le fils naturel de Lénine et de Hitler.L’homme nouveau stalinien « est un ardent constructeur du communisme et un internationaliste, convaincu de la justesse des idéaux marxistes-léninistes, dévoué au régime. Approuvant le mode de vie soviétique, il se comporte en fonction des normes établies, a un physique de « surhomme » nietzschéen et ressemble donc beaucoup à son contemporain de l’Allemagne nazie ». On sait  à quel gouffre a mené ce preux.

L’homme nouveau de Mao est de la même farine. Il essaimera dans une large partie de l’Asie, Viet-Nam, Cambodge, Corée notamment, avant de gagner l’Afrique. Pour Marie-Claire Bergère (« Après Mao, le retour du vieil homme ». Vingtième Siècle. Revue d’histoire, p. 31- 46. Numéro thématique, « Histoire de l’avenir ». 1984 au rendez-vous d’Orwell), « l’ambition de Mao Zedong était de créer, non seulement une Chine nouvelle, mais aussi un homme nouveau (…) Mao voulait réinventer les rapports des hommes entre eux et remodeler l’âme de ses contemporains. Au pouvoir, l’utopie se fait tyrannie (…). Cet acharnement culmine pendant le mouvement contre les Quatre Vieilleries qui est lancé en 1966, au début de la révolution culturelle et pendant lequel, pour mieux extirper les racines du mal, on détruit de nombreux monuments historiques, on brûle des livres, on accule au suicide les représentants de l'ancienne culture. Créer le vide pour mieux installer le règne de la vertu ». Mao fut divinisé de son vivant, pas seulement par les chinois.

Enfin, pour en finir avec cette sinistre galerie des concepteurs de l’homme nouveau,  mentionnons Saloth Sar, devenu Pol Pot (Historia spécial  N° 22. Mars-avril 2015. Philip Short. Traduit de l’Anglais par Martine Devillers. « Les génies du mal » .p.79 ss.), admirateur de Robespierre, qui « dirige avec ses khmers rouges l’un des régimes les plus terrifiants du 20ème siècle ».

Au-delà de l’instrumentalisation de ces différents hommes nouveaux au profit du Parti, ils semblent tous procéder d’un idéal qui se heurte au principe de réalité. Comme l’a souligné Frédéric Rouvillois à propos de l’homme nouveau du nazisme - c’est valable pour tous, de Robespierre à Pol Pot - « c’est la démesure et la folie de l'homme, la conviction toujours vivace qu'il peut devenir une sorte de Dieu et réaliser la perfection ». Leur rival, c’est Dieu. Ils n’auront de cesse de l’éliminer, fut-ce en lui substituant une déesse de remplacement - c’est le cas de Robespierre - voire en le remplaçant eux-mêmes, comme le fit Mao.

On ne décrète pas l’Homme Nouveau. On ne l’impose pas à coups de décrets et de loi des suspects, on n’en assure pas l’émergence en faisant fonctionner la guillotine ou via les procès staliniens. Les révolutionnaires de 1789 et leurs successeurs du XXème siècle ont peut-être perçu l’Idée au sens platonicien de l’Homme Nouveau. Ils en ont été saisis et l’ont saisie pour faire régner leur ordre nouveau. Ce qu’ils n’ont pas compris, par manque d’élévation, c’est que préparer la naissance de l’Homme Nouveau est une alchimie intérieure, individuelle et personnelle.

  1. L’homme nouveau de l’actualité

L’une de nos députées « célèbre aujourd’hui un « homme déconstruit », quelle reconstruction veut-elle ? Sinon produire elle aussi un homme nouveau… », interroge Michel Onfray (« L’homme déconstruit », une nouvelle version de l’homme nouveau générée par la Révolution. Michel Janva. « Le salon beige » du 9 mai 2023). À l’heure actuelle, plusieurs prototypes de l’homme prétendument nouveau réémergent. Il y a l’homme nouveau du transhumanisme qui ne veut ni vieillir, ni mourir. Il y a l’homme nouveau écolo-apocalyptique qui décourage ses congénères d’entreprendre quoi que ce soit pour aider la Terre à survivre puisque nous allons tous mourir. il y a l’homme nouveau du wokisme, épicentre des luttes victimaires issues des options sexuelles et de la couleur de la peau devenues de nouveaux déterminants. C’est de ce dernier qu’il sera question ici, parce que les choix qui en résultent interpellent l’humain et le droit.

Traduit d’un mauvais anglais, le terme woke préféré à awake, éveillé, a pourtant une belle histoire. Alors que l’Éveil du Boudha signifie un état de libération parfaite et inconditionnée de toute limitation subjective, l’affranchissement de tout lien, il est devenu pour le mouvement woke, l’exact contraire, l’identification à des caractéristiques personnelles. Martin Luther King l’a promu dans un autre sens et dans un autre contexte ; il signifiait vigilance aux injustices subies ou dont on est le témoin. Il est devenu ressentiment, vengeance et fixation sur le passé.

Pour Caroline Fourest, le terme « désigne une vision binaire des identités, inspirée du monde anglo-saxon, qui bascule trop souvent de la victimisation surjouée à une censure démesurée » (Caroline Fourest, éditorial. Franc-tireur. Hors série n° 1. Juin-août 2023, p. 1). Pour Caroline Eliacheff et Céline Masson, « L'idéologie woke (éveillé), ou wokisme, selon certains auteurs « culture de la victimisation » (Bradley Campbell et Jason Manning), est un mouvement qui attise le sentiment victimaire, engageant ainsi un combat contre les injustices, inégalités, violences et discriminations, (racistes, sexistes…) que subiraient les « victimes » face à des agresseurs désignés (les hommes blancs, cisgenres, hétérosexuels…), qui bénéficieraient de privilèges au détriment des autres » ( Caroline Eliacheff et Céline Masson. « La fabrique de l’enfant transgenre » Éditions de l’Observatoire,  p. 92. Note de bas de page n° 2). C’est un mouvement qui nous vient des États-Unis, alors même que nous n’avons ni le même passé, ni le même vécu, ni les mêmes fondamentaux historiques.

Mais alors, pour quelles raisons ce mouvement a-t-il pu être importé avec tant de succès à l’intérieur de nos frontières ? À ce sujet, il est bon d’entendre ce que Régis Debray dit du renversement des forces agissantes dans « Civilisation. Comment nous sommes devenus américains ». En huit pages - de la page 91 à la page 99 - l’auteur énumère les trente dates-clefs des événements, sinon marquants du moins symboliques, par lesquels la France est, pour reprendre son expression, « descendue du podium », laissant la place marche par marche à la civilisation américaine. Elles vont de 1919, année du traité de Versailles, pour lequel - c’était une première - une version rédigée en anglais a été exigée par le président Wilson, à 2017 où le candidat à la présidentielle écoute la Marseillaise, non pas les bras le long du corps, mais dans la posture exigée des citoyens américains lors de l'exécution de l'hymne national : bras droit replié, main sur le cœur, en passant par Halloween (1998) où les citrouilles, masques et bonbons envahissent les grandes surfaces et magazines. Il ajoute, « Les empires se suivent et, contrairement au dicton, se ressemblent par plus d'un trait. Mais l'imprimante américaine a renouvelé l'ancestrale tradition hégémonique par la préemption technologique. La maîtrise en amont des normes et des formes permet d'ajouter à un système d'emprise économique, un système d'empreintes sociales et culturelles au point de pouvoir substituer le second au premier. C’est une originalité de l'américanisation, et aussi la difficulté de s'y soustraire » (Régis Debray. « Civilisation. Comment nous sommes devenus américains ». Essais Folio, p. 189). Le ton jubilatoire de l’ouvrage pourrait presque nous faire oublier la gravité du fond, mais les constantes références à l’empire romain - on songe sans cesse à sa chute - transforment le rire en larmes. En tous cas, c’est bien par l’effet de cette empreinte culturelle que le wokisme a pu être implanté, au sens chirurgical du terme, dans notre pays.

Il allait y être d’autant plus aisément acclimaté par l’effet de la culture de la plainte qui nous mine : « Nos sociétés sont de plus en plus des sociétés de la plainte et de la demande de soins. De même, de nouvelles catégories de victimes sont en train d'émerger à la faveur du mouvement intersectionnel qui veut promouvoir toutes sortes de nouvelles victimes », explique Jean-François Braunstein (Jean-François Braunstein. « La religion woke », Grasset, p. 96). Caroline Eliacheff et Daniel Soulez-Larivière font à peu près le même constat : « Une véritable culture du malheur intime s'est instituée dans notre société, avec son corollaire, l'exigence du bien-être. Dans ce contexte, toute personne qui souffre, peut se revendiquer « victime » et être considérée comme telle : sa souffrance est une injustice, ne pas souffrir, devient un droit. » (« Le temps des victimes », Collection Espaces libre, Albin Michel, p. 49). Sans oublier le propos d’Alain Besançon, « Au milieu du vide métaphysique prospère une vague religiosité humanitaire », tant de fois répété lors de son récent décès. Le wokisme semble s’inscrire dans cette veine de religion de substitution, tandis qu’Alain Finkielkraut lui préfère le terme d’idéologie et que d’autres, telle Sophie Audugé, choisissent celui de secte. À noter les « révélations » d’ordre religieux qui quelquefois caractérisent ce courant. L’épitre de saint Paul aux Galates dont se réclamait Camille Desmoulin lors de la Révolution française refait surface dans le propos de Paul B. Preciado, une femme devenue homme, auquel le prénom de Paul aurait été donné dans un rêve, sans compter ceux qui, ayant changé de sexe, se disent « deux fois nés » (Jean-François Braunstein précité, p. 120 s).

Précisons à ce stade que les authentiques transexuels méritent d’être soutenus dans leur quête d’harmonie entre ce qu’ontologiquement ils savent être et le corps qu’ils habitent. Ceux-là ne « détransitionnent » pas. J’ai eu à connaître en 1983 de la demande favorablement accueillie d’un Patrick devenu Patricia par l’effet d’un jugement du tribunal de Metz ; les juges n’avaient pas attendu l’émergence du wokisme pour statuer sur une requête motivée en changement de prénom/sexe, étayée par une sérieuse expertise médico psychologique. Le temps judiciaire accorde sa place à la réflexion et à l’objectivité plus qu’à un ressenti passager.

Peu importe la dénomination - idéologie, religion, secte - qui peut être donnée au mouvement woke puisque seuls importent les faits. Parmi ceux-ci, il y a le « tiers exclu », mis en lumière par Elisabeth Badinter : « Vous n’êtes pas d’accord avec nous ? Alors, vous n’existez plus. C’est la mort sociale » (Documentaire YouTube. Aux origines du "wokisme" - Racisé.e.s : une histoire franco américaine …). Il y a les traitements hormonaux appliqués à des enfants pour peu qu’ils en aient manifesté le désir : en France, expliquent Caroline Beyer et Agnès Leclair, (« Enfants trans : quand l’école fait face à la dysphorie du genre », Le Figaro du 27 janvier 2021, p. 14) « les opérations génitales ne se font pas avant la majorité. Mais des bloqueurs de puberté peuvent être prescrits vers 10 ans, puis un traitement hormonal à partir de 15 ans pour développer les caractères secondaires (comme la pilosité) du sexe choisi ». Il y a l’excommunication qui frappe des jeunes gens qui ont changé de sexe et qui quelques années plus tard, regrettant leur choix, « détransitionnent » : « En adoptant un autre prénom que son prénom d'origine, le jeune s'inscrit dans la communauté transgenre opérant une « transition spirituelle ». S'il veut s'en extraire, il sera considéré comme un traître, puisque « détransitionner » est perçu comme une hérésie par les fidèles ; les adolescents ou jeunes adultes, qui s’y risquent s’abstiennent bien souvent de témoigner à visage découvert, par peur des représailles ». (Caroline Eliacheff et Céline Masson précitées. « La fabrique de l’enfant transgenre », p. 16). Il y a la prise en mains des enfants dès leur plus jeune âge (Emmanuelle Hénin. « la fabrique de l’homme nouveau déconstruit ». 20 mai 2022. https://decolonialisme.fr/la-fabrique-de-lhomme-nouveau-deconstruit-a-linspe-de-paris/). Il y a les affirmations telles que : «  Les hommes sont enceints », « les femmes ont des pénis », « les trans femmes sont des femmes », « tous les blancs sont racistes », « tous les noirs sont des victimes », « si vous affirmez que vous n'êtes pas raciste, c'est que vous l’êtes », « la biologie est viriliste », « les mathématiques sont racistes », « Churchill est raciste », « Schoelcher est esclavagiste », etc. (« La religion woke », Jean-François Braunstein, précité, p. 11). Il y a le fonctionnement en forme de dilemme des « noyaux pervers » mis en exergue par le docteur Racamier (chap. 9 et 10. Paul-Claude Racamier « Le génie des origines ». Coll. Payot,) : « Le dilemme est clair : si vous dites que vous êtes raciste, vous l’êtes, si vous dites que vous ne l'êtes pas, vous l'êtes quand même. En refusant d'assumer le racisme, les Blancs font la preuve de leur fragilité. (…) Nous sommes alors en plein dans une situation de double bind, la double contrainte chère à l'anthropologue Grégory Bateson. Quoi que l'on dise, on est en défaut (…) » (Jean-François Braunstein, précité, p. 172).

C’est en s’attaquant à la raison que le mouvement woke risque de faire le plus de dégâts parce que, ce faisant, il sape la structure de notre société et les bases sur lesquelles elle a été élaborée, des civilisations gréco-latine, judéo-chrétienne et jusqu’aux principes issus des Lumières. Les coups de boutoir sont dirigés contre la science, les mathématiques, la biologie, au motif que ces disciplines seraient « blanches » et « virilistes ». C’est là que le droit est en risque : « La croyance en l'objectivité, associée au positionnement des Blancs, en dehors de toute culture, (donc étant de ce fait, la norme pour l’humanité), permet aux blancs de se considérer comme des humains universels qui peuvent représenter toute l'expérience humaine.  Ceux-ci ne tiennent pas compte de leur blanchité et pensent être un référent universel. Ils veulent croire que « les personnes blanches sont juste des personnes ». Les juristes à l'origine de la théorie critique de la race dénonçaient déjà la prétention des théories juridiques à être « aveugles à la race ». Il faut en finir avec cette prétendue objectivité juridique. (…) donc, en retour, la loi doit adopter le parti pris inverse et prendre le parti des racisés » (Robin DiAngelo, citée par Jean-François Braunstein, p. 229-230). Le droit devrait donc ne plus être une règle de portée générale applicable à tous.

Le travail du législateur est déjà influencé. Ainsi la loi du 31 janvier 2022 interdisant les pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre des personnes (JO n° 26 du 1er février 2022. ) devait sanctionner les thérapies de conversion homophobes. Jusque-là, tout allait bien. Mais au cours du débat parlementaire, l’interdiction a été élargie à toute pratique, comportement ou propos répétés visant à modifier ou réprimer l’identité de genre vraie ou supposée. (Art. 225-4-13 al.1 de ladite loi) « On est passé de l’orientation sexuelle à l’identité de genre, ce qui est un peu flou ». Aucun critère ne permet de dire si, en cas de changement de sexe, la volonté qui le sous-tend est vraie ou supposée. « On se base sur du déclaratif » font remarquer Céline Masson et Caroline Eliacheff (Lacan Web Télévision. YouTube, https://youtu.be/D7Ju43F55ZM?si=YWqwJflYsiu7hzf )

Les juridictions sont sollicitées au travers de demandes nouvelles. En 2022, a été obtenu, « pour la première fois en France, qu'une femme trans soit reconnue comme mère par la cour d'appel de Toulouse. Elle avait conçu l’enfant avec son appareil reproducteur masculin… mais sous son identité de femme. En février, la transparentalité a franchi une nouvelle étape avec la naissance, à Bourges, dans le Cher, d'un enfant d'un couple transgenre. Le bébé a été conçu par Matteo, un homme né femme, et Victoire, une femme née homme. Sur le livret de famille, Mattéo est cependant considéré comme la mère et l’affaire a été portée devant la justice », relèvent Stéphane Kovacs et Agnès Leclair. Sans oublier les procès sont engagés par de jeunes adultes qui déplorent leur changement de sexe intervenu à un âge trop précoce.

Le droit public est lui aussi contaminé, le courant woke se découvrant un ennemi dans les Lumières : « Ils s’en prennent d'abord à l'idée d’universalisme, qui n’est, selon eux, qu'une pure fiction. Pour les théoriciens racialistes, postuler qu'il existe un humain universel est une pensée typiquement blanche. Les racisés sont donc censés savoir que les hommes ne sont pas des hommes abstraits au sens de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (…) Pour les wokes, il n'y a que des noirs ou des blancs, des personnes de couleur ou non, des hommes ou des femmes, des trans et des cis, etc. Tous ne doivent donc pas être traités de manière égale au nom d'une vision abstraite de l’égalité, mais de manière équitable, c'est-à-dire avec des discriminations positives ou négatives, censées corriger les inégalités de fait. L'universalisme est alors un ennemi à combattre ». (« La religion woke », précité, p. 250-251). La liberté est attaquée, dès lors que, comme le remarque Elisabeth Badinter, certains intellectuels français sont interdits d’assurer la conférence qu’ils devaient tenir ; « ils sont « cancelled ». Caroline Eliacheff et Céline Masson précisent pour leur part, « S’autodéterminer devient un slogan (…) alors que ce vocable était plutôt employé à propos des peuples : le droit à l'autodétermination a constitué une avancée considérable en termes de liberté politique et a inspiré les mouvements de décolonisation. C'est significatif d’un glissement anthropologique, comme si aujourd'hui, les individus se prenaient pour des États ». Autrement dit, quand la partie se prend pour le tout, est à l’œuvre le même orgueil faustien que celui qui, dans l’histoire, animait les promoteurs d’un pseudo homme nouveau. Là se joue la nuit du droit, prise dans son sens crépusculaire.

On est donc loin de la notion de woke au sens de l’Éveil du bouddhisme qui aboutit au Nirvana, fin de l’ignorance, de l’égarement, de la haine, des désirs ; cette sorte d’achèvement, d’extinction de l’individualité et du soi. Au contraire même, puisque les tenants du wokisme s’identifient à une pièce du puzzle dont ils sont - comme tout un chacun - constitués : la couleur de la peau, l’orientation sexuelle, l’histoire et surtout sa souffrance à soi que l’on entretien comme un trésor identitaire, arme brandie contre l’Autre. Au lieu de tendre vers la réalisation de l’unité, comme y encouragent le Bouddha ou saint Paul récupérés par ceux-ci qui les nient, le mouvement woke cultive l’archipelisation de l’humain et au-delà, celui des sociétés dans lesquelles il vit. Ainsi s’explique la déstructuration prônée comme une fin en soi par ce courant à la mode ; son eschatologie n’en est pas une, la fin dernière étant précisément ladite déstructuration. Les moyens et la fin sont confondus.

« Il faut défendre l’idéal républicain car il est le seul compatible avec l’idée de l’émancipation », dit Pascal Brückner. Caroline Eliacheff et Daniel Soulez-Larivière émettent pour leur part, un espoir : « Heureusement on constate, aussi bien en France qu’aux États-Unis et dans bien d'autres pays, que la résistance s'organise : pourquoi faudrait-il qu'une société démocratique gardant ses idéaux de justice et d'égalité renonce à la liberté d'expression, à la créativité, à la tolérance, à assumer son passé, à réduire les inégalités, à protéger les plus faibles ? Si les victimes veulent régner par la guerre, nul doute qu'il y aura d'autres victimes ». Mais la route sera escarpée car dans un monde privé de sens, toute idée nouvelle, toute morale qui donne l’illusion de permettre l’identification à une cause a tôt fait de devenir une prison pour soi-même et pour les autres.

[1] Numéro spécial La Nuit du Droit. La Semaine Juridique éd. G. n° 40. 1er octobre 2018, p. 1006 s.

[2] « L’homme et son ange ». Henry Corbin. Fayard

 Marie-Noëlle Dompé a exercé trois métiers du droit au long de sa carrière - magistrate,  directrice juridique de la Commission des Opérations de bourse et avocate - mais sa seule fidélité est celle qui la lie à l’au-delà depuis toujours. 

À quoi servent nos cinq sens ?

À quoi servent nos cinq sens ? (extrait du Parchemin magnifique vol. 5 : les cinq sens)

Dans un premier temps, les cinq sens préparent et servent la sexualité du petit bassin. Le baiser sur la bouche dit le désir des petites lèvres et du pénis métaphorisé par la langue ; l’odeur de la peau confirme plus sûrement que n’importe quelle déclaration enflammée la compatibilité amoureuse ; le timbre de la voix est un puissant outil de séduction et se regarder les yeux dans les yeux ouvre la relation amoureuse vers l’indicible. Dans un deuxième temps, les cinq sens servent le ventre avec ses besoins de sécurité et de reconnaissance. Écouter, voir, parler, toucher et renifler préviennent des dangers. Chaque sens sert l’instinct de survie et les besoins de protection fondamentaux de tout être vivant : l’oreille se met aux aguets, la parole s’enroule comme une seconde peau qui protège le sujet d’un contact direct avec l’autre, parfois jusqu’à l’enfumer ; les yeux scrutent les changements et déjouent les mauvaises surprises ; le contact avec des mains amies rassure tout en maintenant une distance. C’est seulement dans la psychologie du ventre que s’applique pleinement la « logique du miroir » devenue si à la mode dans notre société de consommation : parler pour être vu, écouter pour être aimé, toucher pour se sentir exister, regarder pour se reconnaître dans l’œil de l’autre. Plus tard, lorsque la conscience-énergie se posera dans l’espace cardio-pulmonaire, ces facultés se retourneront vers l’intérieur. Elles se métamorphoseront en intuitions et en sentiment d’unité avec le non-moi. Car nos sens ont aussi des contreparties immatérielles, si peu développées dans l’humanité moderne ! Le sujet avec un cœur ouvert et un cerveau au repos « touche » la présence de son/sa bien-aimé(e) quelle que soit la distance qui les sépare ; de nombreux saints furent gratifiés du charisme d’osmogénésie : ils marquaient leurs présences par des parfums qui émanaient naturellement de leur corps. Padre Pio est un bon exemple de ce phénomène olfactif. Côté audition, Beethoven « entendait » les sons de ses futures symphonies avant de les offrir au papier et, pour la vue, Swedenborg « vit » à plusieurs centaines de kilomètres de distance le grand incendie de Stockholm du 17 juillet 1759, au moment précis où la ville s’embrasait[1]. Les sens de celui qui s’identifie progressivement au Soi ne sont plus limités par l’espace ordinaire. Car la poitrine, ce repaire du divin en l’homme, est le lieu corporel où la conscience s’émancipe du réel objectif pour pénétrer dans le mystère du sacré.

Pourtant, malgré les services qu’ils rendent à la reproduction, à la sécurité du sujet et à la réalisation du Soi, nos sens ne se situent ni sur nos membres inférieurs, ni sur notre ventre, ni même autour du thorax mais bien sur la tête. Seul le toucher se répartit sur l’ensemble du corps. Utile mise en garde symbolique envers la fascination pour des expériences sensuelles où les saints eux-mêmes pourraient se perdre.

Nous explorons le symbolisme des cinq sens en suivant le schéma de la remontée le long du visage : d’abord le toucher, avec une peau délocalisée sur l’ensemble du corps, puis le goûter par la bouche, le palais et la langue ; sentir ensuite par le nez ; entendre au moyen des oreilles et enfin voir grâce aux yeux. Cette séquence qui va du toucher au voir est aussi celle des Éléments qui débute par le dense pour s’élever jusqu’au plus subtil : la Terre du toucher que le visage réunit autour du menton, un terme qui se traduit par « montagne » ; l’Eau de la salive et du goût ; l’Air chargé des matières fines flairées par le nez ; l’Air pur du Souffle faisant vibrer les tympans qui n’en conservent que le mouvement déjà immatériel et, finalement, le Feu de la lumière reçu par les yeux. La fréquence vibratoire des perceptions s’élève à mesure que nous montons le long du visage. La Terre solide du toucher précède l’Eau fluide du goût, puis viennent l’Air mélangé de la respiration et l’Air pur des perceptions auditives, finalement le Feu intouchable est reçu par la pupille. Posés dans cet ordre naturel, chaque sens de l’homme « voit » plus loin que le précédent : le toucher a besoin d’un corps à corps, une dizaine de mètres suffit à l’odorat pour apprécier une odeur, l’ouïe perçoit des sons jusqu’à une centaine de mètres et la vue élargit l’horizon des perceptions jusqu’à quelques kilomètres, parfois beaucoup plus loin sous un ciel étoilé.

Au cours du développement embryonnaire l’ordre de mise en route des sens suit la même séquence. Le fœtus déploie des perceptions tactiles à la fin du second mois, puis il acquiert simultanément le goût et l’odorat au cours du quatrième et ses tympans sont définitivement formés à six mois. Finalement ses paupières s’ouvrent et son œil devient sensible à la lumière au cours du septième mois[2].

En dernière analyse, il n’existe qu’un seul sens : le toucher. Les autres organes – œil, oreille, nez et bouche – sont des spécialisations de la peau destinées à toucher plus loin ou encore de manière plus fine et plus subtile. Tous conduisent à des sensations de plus en plus raffinées qui demandent, pour être appréciées, une sensibilité croissante. Nous appelons cela beauté ou laideur (vue), harmonie ou disharmonie (ouïe), agréable ou désagréable (nez), bon ou mauvais (goût) selon l’organe qui les génère. Ces informations ne deviennent des sensations qu’après être entrées dans le temple du corps et reconstruites pas le cerveau[3].

Se pose alors l’ultime et grande question à fleur de peau de tout être humain : celle de la transparence, de son identité consciente en relation avec le Tout. Pourquoi la transparence est-elle le pas ultime de l’évolution ? Parce qu’elle boucle l’aventure du vivant. Il y a longtemps, très longtemps, une première petite cellule se referma sur elle-même et se sépara pour toujours de son milieu. Comme tout ce qui vit sur la Terre, nous sommes ses descendants. Avec la transparence la séparation originelle prendra fin. Le sentiment d’unité d’abord perçu dans l’espace de la poitrine deviendra, dans la tête, une conscience de l’identité. En chemin, l’univers s’est construit une kyrielle de consciences séparées afin de se sentir sous tous ses angles possibles et s’éveiller à sa propre nature. Par exemple, côté vue, des milliards d’yeux humains et non-humains, comme les poissons dans les abysses, les mouches dotées d’une vue panoramique, les rats dans les champs et les astronomes derrières leurs télescopes, observent en permanence les plus fins recoins du réel. Et autant de nez le reniflent sans cesse, autant de bouches le dévorent sans modération afin qu’il connaisse son propre goût.  Pour accomplir cette grande boucle, pour que l’univers prenne conscience de lui-même, il lui a fallut élaborer des corps biologiques, puis des structures psychiques appelées « moi » et enfin un « Soi » capables de transformer l’immense richesse de sa nature en états de conscience.

Le corps ressemble à une pierre posée dans l’eau vive, traversé par le flux ininterrompu du temps ; le moi est le tourbillon de son courant et le temps s’organise déjà en rituels, habitudes et calendrier. Le Soi ressemble au fleuve, conscient de sa source et déjà avide de sa fin : le retour vers la grande mer qui unifie tout.

Selon les cultures et les époques, les sens firent l’objet d’une ascèse, d’un interdit ou d’une exacerbation hédoniste comme aujourd’hui en Occident. Pourtant, ils ne sont destinés ni au refoulement ni à la prééminence. Ce sont des médiateurs entre le moi et le non-moi, des outils qui aspirent à accomplir l’idéal de la peau : devenir transparente au monde, sans s’y perdre.

Chaque sens déploie un langage aux mille nuances. L’Homo Sapiens en a surtout développé deux : celui qui sort de sa bouche et celui qui entre par ses oreilles. Même si la parole et la musique furent de tous temps des moyens d’expression privilégiés de l’homme, ce ne sont pas les seuls possibles. Il y a encore le langage muet des formes et des couleurs, que nous appelons « le symbolisme » capté par les yeux, et le parler spécial des odeurs, si familier aux autres mammifères. Quant au goût, chaque repas pris en commun dit « je t’aime ».

L’homme communique par la parole, la musique, les odeurs, l’amour partagé et le signe. En terre chrétienne son odorat fut longtemps considéré comme un sens mineur supposé le ramener vers l’animalité. Quant au goût, il est resté l’apanage de l’intime. C’est tellement vrai que les déficients auditifs ou visuels souffrent d’un handicap reconnu par la société et pris en charge médicalement, il n’en est pas de même des altérations de l’odorat et du goût. Ceci se traduit dans le vocabulaire. Tout le monde sait ce que sont l’aphasie, la surdité et la cécité mais peu sauront dire ce que signifient « anosmie » et « agueusie » qui désignent respectivement la perte de l’odorat et du goût, signant ainsi la moindre valorisation culturelle accordée à ces deux autres sens.

Or le goût et l’odorat sont stimulés par les molécules de l’environnement extérieur alors que la vue et l’ouïe reçoivent des vibrations. Ces deux derniers sont sensibles à la géométrie des ondes bien plus qu’à la forme matérielle des molécules. Est-ce la raison pour laquelle nous les considérons comme des sens plus « nobles » car moins matériels ? Quant au toucher il reçoit à la fois la forme dense et la vibration subtile. Il reçoit le proche et le lointain, la matière des choses immédiates aussi bien que l’immatériel lorsque surgissent des pressentiments et des frissons révélateurs sans cause objective.

Les sens du lointain comme la vue et l’ouïe se laissent plus facilement analyser symboliquement que ceux de la proximité comme le goût et l’odorat. En effet, la lumière et le son, en tant que phénomènes vibratoires, sont décrits par seulement trois grandeurs physiques : la fréquence, l’intensité et la polarisation de l’onde. Il n’en est pas de même pour une odeur qui peut intégrer un grand nombre de substances chimiques. Même en se limitant à quelques composés purs une molécule ne se laisse pas caractériser par trois paramètres. C’est pourquoi les sens du lointain sont régis par des « lois » générales alors que les sens de la proximité s’attachent aux cas particuliers. D’où le fait que les visuels et les auditifs conceptualisent des grands systèmes alors que les nez et les gourmets jouissent des particularités du vivant.

Notons enfin que les doigts de la main, si importants dans le processus d’hominisation[4], connaissent le langage de tous nos sens puisque l’on peut « se fourrer le doigt dans l’œil » (se tromper) ; parler vivement au risque de « s’en mordre les doigts » (regretter) ; atteindre ses objectifs « les doigts dans le nez » (facilement) ; mettre « le doigt sur une plaie » ou « toucher un point sensible ». Il sera enfin souhaitable d’« écouter son petit doigt » (suivre son intuition) pour éviter tous ces désagréments.

Chacun de nos sens porte donc une spécialité. La bouche raconte l’intime ; le nez parle de la vie et de la mort ainsi que des processus de métamorphose ; l’oreille bannit la peur avec sa sensibilité aux accords et aux harmonies ; la vue informe sur ce qui transparaît derrière ce qui paraît et le toucher ose la transparence. Chacun de nos sens développe un langage qui, mis ensembles, permettent de conter la totalité du réel.

Et, surtout, chaque sens représente une porte d’entrée vers le temple crânien en métaphorisant une voie de réalisation spirituelle. La bouche choisit la jouissance de l’expérience mystique ; le nez médite immobile, il observe le va-et-vient du Souffle, les mouvements de l’âme du monde ; l’oreille écoute les sons inaudibles et inouïs des mondes subtils ;  l’œil plonge dans le vide, dont l’anagramme forme les lettres du mot « Dieu[5] » et enfin la peau se colore du dieu tutélaire du sujet et confirme ainsi la jonction Esprit-Matière.

Notes et références

[1] Emmanuel Swedenborg est un chercheur d’origine suédoise. Dans la première partie de sa vie, il fut un scientifique et un inventeur remarquable, ce qui lui valut le surnom de « Léonard de Vinci du Nord » et d’« Aristote de Suède ». À cinquante-six ans il réussit sa « troisième naissance » et commença à discuter avec les anges et les esprits, parfois avec Dieu Lui-même. Ses visions, dont celle que nous rapportons ici, ont beaucoup contrarié Kant qui, au nom de la raison, ne pouvait concevoir la possibilité d’une connaissance suprasensible, ce qui aurait ruiné sa philosophie. Or la philosophie kantienne fonde notre monde moderne, d’où la difficulté de reconnaître que les approches non rationnelles sont aussi des voies de connaissance.

[2] La position des organes des sens sur le visage se justifie par des arguments de type adaptatif ainsi que par la phylogénèse. Mais il ne faut pas surestimer cette lecture. Les papillons et les mouches à viande ont leur organe gustatif sur leurs pattes Il leur suffit de se poser sur un aliment pour en détecter le goût.

[3] Le Parchemin Magnifique Vol. 6, à paraître.

[4]Luc Bigé, Le Parchemin Magnifique Vol. 3, éditions Réenchanter le monde

[5] En ancien français le U et le V étaient confondus.

Les 33 années à venir

Le ciel, en 2020-2021, présente une triple conjonction entre Jupiter, Saturne et Pluton dans le signe du Capricorne.

Chaque planète symbolise un archétype, c’est-à-dire une force signifiante qui baratte l’inconscient collectif des peuples. Saturne, le Cronos grec, pose des limites, ferme des frontières et contraint à une plus grande intériorisation. Pluton, le maître du royaume des morts, détruit les formes obsolètes qui freinent l’évolution. Lorsque ces deux planètes se rencontrent tout se passe comme si l’ombre du collectif refaisait surface, suscitant en réaction un effort de contrôle. Les dernières conjonctions Saturne-Pluton du XXe siècle sont synchrones à des climats de paranoïa collective générant des mesures liberticides ou des conflits : 1914/1915 avec la première guerre mondiale, 1947/1948 et la guerre froide, 1982 et la pandémie du S.I.D.A. puis 2020 et la Covid-19.

Du point de vue psychologique, les conjonctions Saturne-Pluton entrent en résonnance avec les personnes et les groupes qui ont une prédilection pour l’élitisme comme la ploutocratie, l’intégrisme religieux, les « élites » d’une nation. C’est la peur de la mort qui motive l’ascèse et les efforts insensés de ces groupes sociaux. Elle les contraint à rester sérieux et raisonnables, bien loin de ces choses si contraires à l’éthique puritaine que sont la danse, la fréquentation des tavernes et les jeux de carte. L’ordre moral efface la joie de vivre au nom d’une rédemption espérée.

La dernière fois que Saturne et Pluton se sont rencontrés en Capricorne, c’était il y a exactement cinq siècles. C’était en 1517 lorsque Luther affichait ses 95 thèses et fonda le protestantisme en réaction aux trafic des indulgences. Puis la paix de Passau (conjonction SP de 1552) suivie des accords d’Augsbourg (1555) donnèrent une existence légale aux villes et aux États luthériens situés dans le très catholique Empire des Habsbourg. La conjonction qui suivit survint en synchronicité avec le traité de Nemours (1585). Puis ce sera le déclanchement de la guerre de Trente-Ans (1617-1648) entre catholiques et protestants. Ce conflit européen d’une rare violence commença et se termina également avec une conjonction Saturne-Pluton. Ces longs désaccords entre deux systèmes de valeurs aboutiront au traité de Westphalie (1648-1650) qui changea radicalement le visage de l’Europe en donnant naissance aux États-Nations tels que nous les connaissons aujourd’hui.

Max Weber a montré que les différentes sectes protestantes ont donné naissance au capitalisme moderne qu’il décrit comme une « mécanique implacable dont les contraintes écrasantes déterminent aujourd’hui le style de vie de tous les individus nés dans ses rouages[1] ». L’éthique du travail « absurde et pauvre en joies » est en réalité une sortie de l’ascèse hors des monastères. Les capitalistes protestants puis laïcs fonctionnent comme des moines, ils visent la croissance financière au détriment des plaisirs. L’argent est devenu le substitut de la grâce.

C’est donc en 1517 que naquit le protestantisme qui changea le visage du monde occidental. En 2020 la nouvelle conjonction SP du Capricorne réactive l’ordre moral et le contrôle de la pensée. Néanmoins la période actuelle, en plus de mettre fin au gaspillage et de mondialiser l’éthique du capitalisme, a une plus grande portée encore.

Pour des raisons astrologiques impossibles à détailler ici, quatre cycles Saturne-Pluton ont une importance majeure en termes de métamorphose de la civilisation :

379-411 : une période de 33 années qui débuta en Bélier

1083-1115, un cycle qui commença en Poissons

1786-1820, le cycle du Verseau

2020-2053, le cycle du Capricorne

Gibbon situe la ruine du paganisme entre 378 et la mort de Théodose en 395[2]. C’est-à-dire entre la conjonction SP du Bélier et l’opposition de ces deux archès en 394-395. C’est donc dix-sept années de violence au nom d’une intuition transcendantale, typique d’un mode de fonctionnement Bélier, qui précipita la fin de Rome. Entre 1083 et 1115 le vent de la métamorphose soufflait sur un mode Poissons. Les hommes d’alors étaient habités par le mythe du sauveur, dont le Sauveur fut le parfait archétype. Le « monde d’avant » fondé sur le désir de réaliser Dieu par la prière et le jeune s’effaça au profit d’un désir irrépressible d’élargir le nombre d’âmes converties et de territoires conquis. La prise de Jérusalem par les croisés le 15 juillet 1099 se produisit de manière synchrone avec l’opposition Saturne-Pluton qui suivit la conjonction de 1083. Puis, entre les prémisses de la Révolution française (1786) et le début du monde industriel (1820), les valeurs changèrent à nouveau considérablement. Les régimes de droit divin sont remplacés par des régimes parlementaires et le libéralisme économique s’impose dans le monde. Ces notions de liberté politique et entrepreneuriale caractérisent le signe du Verseau. Les années 1786-1820 sont à la source du monde actuel finissant : un « monde libre ». Car voici venu le temps d’un autre archétype lié aux valeurs du Capricorne et de Cronos (2020-2053). Le Titan est le seul dieu mâle à être enceint de ses œuvres. À peine nés, il mangeait ses enfant. Avidité sans frein d’un côté, intériorisation du monde extérieur et art de laisser fructifier la vie de l’autre.

Si nous suivons cette logique des métamorphoses de l’histoire, 2020 est donc une année charnière qui clôt les passions de l’ancien monde fondées sur les libertés individuelles, les démocraties et les luttes sociales. Les valeurs du Verseau s’effacent au profit de celles du Capricorne. Déjà, des sociétés privées comme les G.A.F.A.M., au capital sans limite, s’arrogent des droits régaliens réservés aux États démocratiques comme la censure de l’information et la création de monnaie.

Le Capricorne est un signe solsticial. A partir du 21 décembre la longueur du jour croît. Un nouveau soleil se lève. C’est pourquoi cette date du calendrier fut choisie pour fêter la venue du Messie il y a deux mille ans. L’Appel du Soi murmure dans certains cœurs emplis de silence et de gratitude, bien loin de l’avidité sans frein d’une ploutocratie qui cherche le contrôle du monde. Il y aura à l’avenir des « César » pétris d’ambition et de dureté qui tenteront d’instaurer un gouvernement mondial, il y aura aussi des « Christ » qui reviendront vers la vie intérieure. De plus en plus de personnes profitent du confinement pour s’interroger sur les besoins de leur âme et revenir vers leur essence. Deux univers se préparent à diffuser leurs croyances et sans doute à lutter, rejouant ainsi sur un autre niveau de conscience les conflits entre catholiques et protestants des XVIe et XVIIe siècle. Luther professait la sola scriptura, la lecture directe de la Bible. Les « nouveaux Luther » aspirent à une lecture directe de leur âme, bien loin des excès générés par le capitalisme moderne né de l’éthique protestante. Et qui sait quels en seront les conséquences sur l’organisation de la civilisation ?

Les 33 années qui viennent seront donc cruciales pour l’avenir du monde occidental. Le carré de 2029, l’oppositions de 2036 et le second carré de 2044 verront des tensions intenses entre les nouveaux « convertis » à la présence de l’âme du monde et les adeptes de la prédation qui veulent toujours plus de biens matériels et de pouvoir personnel au détriment de ce que les peuples premiers préservent encore : la biosphère perçue comme l’épiphanie de la grande déesse.

Luc Bigé

[1] M. Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Champs classique.

[2] E. Gibbon, Histoire du déclin et de la chute de l’empire romain. Laffont, collection Bouquins.

Transhumanisme et posthumanisme

Transhumanisme et post-humanisme

Nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins. Le transhumanisme façonne une nouvelle espèce humaine avec la technologie, l’intelligence artificielle et la manipulation génétique des corps. Le post-humanisme propose un élargissement de la conscience humaine en l’extirpant de son bocal narcissique. Dans tous les cas l’homme après l’homme est en marche.

L’humanisme naquit discrètement au Quattrocento à partir de 1399. Il prit un visage scientifique avec Francis Bacon (1561-1626) puis rayonna dans les découvertes de Newton (1642-1727) et la philosophie de Descartes (1596-1650). Il devint finalement un idéal philosophique aux nuances multiples avec les Lumières du XVIIIe siècle.

A l’aube du XXe siècle ces idéaux qui plaçaient l’homme et sa liberté au-dessus de tout, au-dessus de la Nature et du sacré, volèrent en éclat dans deux guerres mondiales et de multiples inégalités sociales. Ce fut leur arrêt de mort car nous prîmes conscience que la liberté humaine et la libre pensée mènent aussi à la violence la plus extrême. Néanmoins sa force et son empreinte continuent toujours d’imprégner nos consciences.

L’une de ces empreintes futuristes est le transhumanisme qui cherche à matérialiser la métaphore de l’homme-machine proposée par Descartes. Placer l’homme au centre de l’univers et au-dessus de tout a pour conséquence de produire un type d’humain hyper-narcissique avec des sociétés à l’avenant, en perte de lien avec la biosphère et avec l’Esprit. Au Moyen Âge, la nature était chantée, louée, magnifiée, comme un monde mystérieux où pouvait s’épanouir les plus profondes qualités humaines : l’amour courtois et l’initiation au mystère métaphorisée par la quête du Graal. Quant aux peuples premiers, ils considéraient la Nature végétale comme l’épiphanie de la grande déesse. Aujourd’hui, le narcissisme humaniste développe la vision d’hommes aux pouvoirs augmentés par la technologie. Comme l’adolescent présenté par Ovide[i], ces hommes recherchent la perfection du corps, l’éternelle jeunesse et l’immortalité. Ils sont également insensibles à la souffrance causée par leurs désirs de toute-puissance à l’ensemble du vivant. Sans aller jusqu’au transhumanisme, qui n’en est que la conséquence logique et presque caricaturale, la vieillesse est cachés dans des maisons spécialisées et la mort derrière les murs des cimetières. Notre société valorise l’adolescence, les corps en mouvement, les fêtes et les distractions alors que nos vieux ne sont que adolescents fatigués. En d’autres temps, dans d’autres lieux, c’étaient des « anciens » à qui on allait demander conseil, des conseils nés d’une longue vie maturante où la souffrance conduisait encore à une forme de sagesse.

Narcisse, un mythe de connaissance de soi

À la naissance de Narcisse, sa mère, la nymphe Liriopé, alla voir Tirésias et lui posa cette question : « Mon fils atteindra-t-il un âge avancé ? » Le devin lui répondit : « Il vivra longtemps s’il ne se connait pas ». Narcisse est donc, fondamentalement, un mythe de connaissance de soi[ii]. Mais il précise aussi que le désir immature de vivre une éternelle jeunesse doit être sacrifié pour aller vers la découverte puis l’expérience du Soi en traversant la mort. De ce point de vue, le transhumanisme est un « déshumanisme » car il souhaite maintenir le sujet dans un état de conscience immature, de toute puissance, libéré de la souffrance. Ceux qui s’inscrivent dans ce courant de pensée sont des Narcisses qui cherchent l’immortalité[iii] (l’éternelle jeunesse) et n’ont pas le courage de mourir à eux-mêmes par peur de la dissolution de moi, par peur de s’ouvrir à leur sensibilité si fragile, par crainte de la souffrance. Néanmoins, lorsque Narcisse se regarde vraiment dans le miroir, dans la source, il réussit à abandonner à ses images chéries pour naitre à lui-même. Agonisant, il descend dans le monde sous-terrain et se métamorphose enfin dans la fleur qui porte son nom : le narcisse. Il découvre enfin sa véritable identité et se connaît lui-même, accomplissant ainsi la prophétie de Tirésias.

Le transhumanisme est l’aboutissement logique de notre société hyper-narcissisée qui a oublié le premier commandement inscrit au fronton du temple de Delphes : « Connais-toi toi-même ». Grâce à certaines technologies prométhéennes comme les nanotechnologies et le génie génétique les transhumanistes cherchent à amener le sujet à réaliser tout son potentiel, dans ce qu’il a de plus beau et de plus accompli, mais seulement en termes de valorisation égotique. Ils ignorent les autres règnes de la nature car ils ne sont pas dans la conscience du cœur. Tant que la personnalité n’a pas touché cet espace cardiaque, elle ne peut pas vraiment comprendre qu’il y a autre chose qu’elle-même dans l’univers[iv].

Sans même aller jusqu’au transhumanisme, la logique rationnelle qui imprègne encore tant notre civilisation occidentale nous conduit à penser nos vies comme des enchainements de situations à maitriser, à planifier nos existences, à envisager des plans de carrière, à nous inscrire à des programmes d’amélioration de soi et de son corps, à des séances de fitness, à faire du jogging et à penser des investissements pour une future retraite. Ces choses mystérieuses et irrationnelles que l’on nomme la confiance, la grâce, le destin, la fatalité, l’honneur, la gratitude, l’amour, la joie, l’imaginaire, l’intuition et la poésie disparaissent lorsque l’être humain entre en compétition avec les machines pour, comme elles, atteindre la perfection du zéro défaut.

Pourtant, si nous les lisons symboliquement les événements exceptionnels apparus dans les années 1900, nous observons que nous somme entrés dans une nouvelle époque de la civilisation, une époque posthumaniste. Celle-ci propose en effet la dissolution des repères narcissiques sécurisants pour ouvrir la conscience humaine à l’Immense.

Le nouveau monde est déjà là

Cela commença au crépuscule du XIXe à l’aube du XXe siècle avec Freud, Einstein, Max Planck, Niels Bohr, Husserl, Cantor et Kandinsky. Qu’ont en commun la psychanalyse (1900), la Relativité (1905), l’intrication quantique (1900), la phénoménologie transcendantale (1913), l’affirmation de la réalité ontologique des ensembles infinis (1874) et l’art abstrait (1903, Le cavalier bleu) ? Absolument rien dans la forme, mais ils ont tous en commun une même Idée : ce que nous avons jusqu’à présent appelé « réalité » est sous-tendu par une surréalité qui dépasse nos capacités de représentation intellectuelles. Comment, en effet, réaliser que le « moi » est une simple partie émergée d’un inconscient dont nous ignorons presque tout  (Freud) ? Comment réaliser que nous vivons dans un univers à quatre dimensions où le temps n’est pas séparable de l’espace (Einstein) ? Comment réaliser que les électrons qui gravitent autour des noyaux de nos atomes constituant notre corps ont une probabilité non nulle d’être aussi à l’autre extrémité de l’univers (Bohr) ? Comment réaliser les essences qui fondent notre réalité objective (Husserl) ? Comment réaliser que certains infinis sont objectivement plus grands que d’autres (Cantor) ? Et enfin comment réaliser et peindre les forces formatrices qui sous-tendent les formes objectives (Kandinsky) ? Les ouvrages d’Alice Bailey datent aussi de cette époque.

Ces questions se résument à un seul constat : l’intelligence humaine est devenue capable d’interroger une surréalité que notre conscience actuelle est incapable de saisir. C’est le défi des cinq siècles en cours que d’élargir notre vision du monde à cette surréalité, jusqu’à considérer un jour qu’il s’agit de quelque chose de normal. Pour comprendre cette difficulté, il suffit de penser à la Renaissance italienne qui offrit au monde la perspective, la presse à imprimer et l’humanisme. Combien était-il alors difficile pour un contemporain de se détacher d’une représentation du monde fondée sur la foi chrétienne, les images saintes, le système féodal et l’obéissance aveugle à l’argument d’autorité ! Aujourd’hui nous avons le même problème, mais il s’agit de nous libérer de la rationalité cartésienne, du narcissisme confondu avec l’individuation, d’une certaine idée du libre arbitre, de la croyance que le monde est constitué de choses séparées et que l’homme et sa société sont au centre de toutes choses. Penser le post-humanisme ressemble un scandale intellectuel… exactement comme le fut en son temps l’humanisme par rapport au christianisme alors que  Brunelleschi introduisait la perspective dans l’art.

Que serait un monde post-humaniste fondé sur la conscience du surréel ?

Le mythe dominant se sera plus l’extase dionysiaque collective du Moyen Age, métaphorisée dans la culture chrétienne par le sacrement de la transsubstantiation, le partage du pain et du vin, un rituel emprunté à la fois au dieu grec et au romain Mithra. Ce ne sera pas non plus Prométhée réveillé de son long sommeil par les philosophes des Lumières, l’inventeur disruptif qui imagine qu’une nouvelle théorie et son partage avec des sujets prometteurs améliorera la société en lui apportant plus de raison, de conscience et de lumière. La surréalité est de nature protéenne. Elle ressemble aux vieux Protée, le gardien du troupeau de phoques d’Apollon. Comme l’eau sans limite de l’Océan, la surréalité est sans forme mais peut les prendre toutes. Comme l’eau, elle ignore les barrières et les catégories. Comme l’eau, elle se glisse dans les interstices du monde phénoménal pour l’irriguer du sens de l’Immense. Comme l’eau, elle est insaisissable par la main qui cherche à la retenir. Lorsque la conscience humaine entre dans le flux de la surréalité, elle se libère de son identification à ce petit caillou qu’elle appelle son « moi ». Elle sent alors d’une manière très tangible, mais non physique, ce que veut dire « intrication quantique » ; elle perçoit dans une communication de sujet à sujet la vie des plantes, des animaux et des minéraux terrestres ; elle devine la trame du tapis cosmique qui dessine les lignes directrices d’une métahistoire ; immobile, elle pénètre dans la nature du temps et se libère de la tyrannie de l’espace ; elle « touche » la présence des archétypes, ces vagues surgies de l’inconscient collectif qui se forment et se déforment sans cesse. L’organisation du cerveau humain, dans son extraordinaire plasticité, se modifie pour devenir comme une eau sensible à la lumière des étoiles, réalisant ainsi l’autre sens du mot « réfléchir ».

Aujourd’hui, l’exploration du surréel découvert par la psychanalyse, la mécanique quantique et l’art moderne se fonde toujours sur l’ancien paradigme de la rationalité, issu des cinq derniers siècles, avec tous les paradoxes que cela entraine. Il est possible que le carré Neptune-Pluton de 2064-2066 puis l’opposition de 2135 accompagnent le développement de nouveaux moyens d’investigation de la surréalité et développent des modèles expérimentaux fondés sur des facteurs immatériels comme la conscience, la « magie » et l’action à distance non causale. L’accent sera mis sur l’interdépendance vécue intérieurement pour dépasser le rapport sujet-objet que nous avons aujourd’hui avec le monde. Il sera alors possible d’explorer objectivement notre univers, proche et lointain, comme un ensemble de relations de sujet à sujet[v]. Bien plus que de nouvelles découvertes, les cycles Neptune-Pluton nous parlent de la mentalité collective et de notre représentation du monde en tant que civilisation[vi].

Hegel (1770-1831) porta haut la lumière de l’ancien monde de la Raison, mis en place par l’humanisme du Quattrocento. Nietzche (1844-1900), qui balaya si lucidement les errances du christianisme et du rationalisme, est peut-être le prophète du nouveau monde. C’est en 1889, qu’il sombra dans la folie. En sortant de son hôtel, il vit un cocher maltraiter son cheval. Incapable de supporter cette vision il s’approcha de l’équidé, l’enlaça et pleura sur sa joue. Pris d’un « délire » né d’un contact avec le surréel, il chanta et hurla sans cesse, prétendant être le successeur de Napoléon venu pour refonder l'Europe et créer une « grande politique ». Sa conscience s’identifia alors à deux grandes figures mythiques et mystiques : Dionysos et Christ. Ces divinités ont en commun de déployer en l’homme l’espace de son cœur, d’ouvrir les portes qui gardent l’entrée dans le palais du Soi, là où l’amour métamorphose les souffrances collectives pour guérir les communautés humaines. Les dernières paroles du philosophe furent « je suis Dionysos ! ». En 1892, au moment exact de la conjonction Neptune-Pluton, Nietzsche tomba dans un état végétatif. Le contact avec le surréel, c’est-à-dire avec la nature protéiforme de l’âme du monde, qui a absorbé tant d’amertumes au cours de l’histoire, ouvrit le philosophe à une immense compassion qui lui rendit soudain la conscience de la souffrance collective, déclenchée par l’expérience malheureuse du cheval, littéralement insupportable.

Le Narcisse humain, peu habitué à s’ouvrir à autre chose qu’à lui-même, réalise alors à quel point il maltraite les autres êtres vivant. Sommes-nous prêts pour l’intégration un tel choc ? Sommes-nous prêts à vivre en conscience l’interdépendance pour élaborer un modèle de civilisation en cohérence avec celle-ci ? Nous avons encore quatre siècles devant nous pour intégrer dans notre conscience collective les mémoires de souffrance et les promesses de l’âme du monde afin de trouver notre place dans l’ensemble du vivant.

Bien sûr, ce nouveau monde portera aussi ses parts d’ombre comme le risque de la folie ; l’addiction à une surréalité artificielle façonnée par la technologie ; la confusion psychique en raison de la dissolution des repères du « bien et du mal » ; la perte des identités individuelles, nationales et transnationales qui pourra soulever des peurs viscérales capables d’alimenter de nouvelles formes de fascisme ; la manipulation des foules qui se mouleront sur des discours surréaliste. Une société fondée sur la compassion ne sera possible que lorsqu’une majorité de ses membres aura transféré leur conscience de leur nombril narcissique, avec ses besoins illimités de reconnaissance, vers l’immense simplicité du cœur. Dans le cas contraire, les réactions du « moi », inquiet de la perte de ses prérogatives et, finalement, confronté à sa propre sa mort, produiront une humanité soumise, manipulable et oublieuse des grands acquis de cinq siècles de science, à savoir le doute et le questionnement du réel.

Le transhumanisme représente le summum narcissique du processus d’involution. L’homme se prend alors « légitimement » pour dieu et cherche à réaliser les qualités naguère attribuées à la divinité : l’immortalité, l’omniscience et la toute-puissance. Le post-humanisme représente, au contraire, une époque de conversion : le moment où la conscience humaine collective se tourne vers l’Immense, le moment où elle pénètre « corps et âme » dans le mystère du surréel. Alors la création ne viendra plus du sujet narcissique. Elle sera le fruit inattendu de la spontanéité de la première pensée et du geste surgissant.

Luc Bigé

Références

[i] Ovide, Les Métamorphoses, Les belles lettres

[ii] Luc Bigé, l’Éveil de Narcisse, Janus

[iii] Bill Gates et Bernard Alexandre, deux thuréfères du transhumanisme, portent dans leurs thèmes astrologiques un mythe de Narcisse.

[iv] Luc Bigé, Le Parchemin Magnifique, vol. 3. Réenchanter le monde.

[v] Wolfgang Pauli, Physique moderne et philosophie, Albin Michel ;  Werner Heisenberg, La partie et le tout, Champs sciences.

[vi] L’humanisme est né avec la conjonction Neptune-Pluton de 1399 en Gémeaux, la suivante se forma en 1892 au crépuscule du XIXe siècle.