La Lune Noire en astrologie

 La Lune noire en astrologie

Nous avons, jusqu’à présent, exploré le contenu de cette « Lune Noire » sur la base d’une analyse symbolique de sa définition astronomique et du matériel mythologique, pour l’essentiel grec et judéo-chrétien, conservé dans la mémoire collective.

Ces réflexions suggèrent plusieurs pistes pour comprendre le sens astrologique des points remarquables du système Terre-Lune. En voici un résumé :

-       La Lune Noire, dans un thème, doit être déployée en croix afin de tenir compte de la présence du petit axe de l’ellipse formée par la révolution de la Lune autour de la Terre.

-       La Lune Noire moyenne, la Licorne, est un lieu d’absolu où gît le mythe fondateur de l’être, son désir essentiel, le don divin qu’il porte en son cœur et en sa claire conscience  de détenir la Vérité.  Mais ce mythe si essentiel  il a tendance à le croire unique au risque d’une extrême intransigeance. Il veut l’imposer à tous en croyant « faire le bien ». Derrière cette attitude intransigeante se cache un refus d’incarnation, c’est là toute l’ambiguïté de la couleur blanche : refus de se salir les mains en les plongeant dans le pétrin, ou pure réflexion de la Lumière  Incréée ?  Enfin la Licorne possède une forte composante sexuelle, mais un sexe situé dans la tête, une vitalité créatrice qui ne peut lui faire aimer que ce qui est de l’ordre de la révélation.

-       La Lune Noire corrigée est un lieu où les énergies émotionnelles et vitales non assimilées par l’ego se sont condensées sous la forme de peurs, d’angoisses, de désirs de mort, de pertes de conscience et de confusions. Pour retourner à la Licorne il faut traverser Lilith, nettoyer ces mirages  émotionnels  qui encombrent l’accès au don de Grâce que chacun porte en lui. Si la Licorne maintient  les images du paradis originel, Lilith incarne celles de la chute en raison de l’orgueil fondamental de l’être qui, à un moment de son histoire, s’est pris pour Dieu.

-       La Lune Noire vraie indique la meilleure manière de revenir vers cet absolu sans sombrer dans l’océan des illusions généré par Lilith. Cultiver les qualités du signe, de la maison et du symbole sabian de cette Lune Noire nous protège de celles-ci.

-       Priape, le point opposé à Lilith, est un point de compensation où l’ego conscient, la personnalité « normale », bien vue par son entourage, chérie par les siens, va se construire. Pourquoi « compensation » ? parce que Priape est la « meilleure » attitude que l’être à trouvé pour échapper à Lilith, à ses peurs et ses angoissent les plus profondes. Dans ce contexte la personnalité se construit contre la peur, grâce à la peur.

-       Hécate, toujours exactement conjointe à la Licorne dans le thème de naissance, propose toujours un choix fondamental. « Fondamental » signifie ici plus que « de vie ou de mort » - c’est le domaine de Pluton qui, au contraire, impose et ne laisse guère choisir ! - mais se réfère à la dialectique existence / inexistence. En faisant ce choix, dont la nature est donné par la maison de la Licorne, l’être décide d’aller ou non vers la lumière de l’hyperconscience qui l’habite… en sachant que celle-ci peut le brûler ou le régénérer pour de longues années. Tous les 10 ans en moyenne – le temps d’un retour de la Licorne sur elle-même dans le thème de la naissance – ce type de décision essentielle se pose.

La sexualité de la Licorne est toute cérébrale, elle ne peut s’affirmer que dans l’admiration de la clarté d’esprit de ses compagnons. A travers l’expérience sexuelle elle cherche à contacter la pure lumière de la volonté divine, l’éclair qui illumine la nuit de son incarnation en lui promettant de revenir, ne serait-ce qu’un instant, à l’expérience intime de l’information  signifiante dénuée de toute lourdeur qui est à son origine, à l’étoile chère au poète qui brille dans la « claire lumière  des azurs limpides ».

La sexualité de Lilith est ivresse des sens ; profondeur, voire lourdeur, du ressenti, jusqu’à la perte de conscience et l’annihilation de soi dans un retour vers la chaude indifférenciation de la matrice primordiale.  Elle s’oppose bien entendu à la claire et fière conscience  de sa différence qu’affirme la Licorne.

La sexualité de Priape est parodie de création, elle multiplie les formes biologiques, culturelles et intellectuelles sans même concevoir une seule seconde qu’en leur sein un Sens cherche son chemin. Ce Sens qui fascine  la Licorne  et que Lilithn a détourné, trahi, pour son plus grand drame. Et par nécessité évolutive.

Seules les Lunes Noires sont des vortex d’inergies actifs. Les autres points - Priape, Affirmation et Soumission, puis, nous en reparlerons ultérieurement, Phœbus, Purification et Elévation - sont là pour endiguer, transformer et finalement  rendre visible à la conscience le mystère sacré qui gît au cœur du couple Licorne-Lilith. La croix n’a d’autre but que de dévoiler les stratégies adoptées par l’être essentiel  pour échapper puis revenir pas à pas vers le sens de son existence, vers son seul désir : l’étoile qui brille au centre de son âme, la mission  à lui imposée par la « volonté de Dieu ». D’abord imbu de la présence Divine (Licorne), puis athée et n’ayant d’autre dieu que sa réussite matérielle et sociale (Priape) il va revenir, plus modestement, certes, vers l’affirmation et l’accomplissement du sens de sa destinée (la Licorne, à nouveau).

La Lune Noire corrigée (Lilith) est une construction énergétique consécutive au refus de la Licorne de s’incarner et de renoncer à son orgueil ontologique. C’est un pur mirage composé des souvenirs non encore digérés de la chute. A l'origine du processus évolutif il n'y a que l'être essentiel : la Licorne. C’est par intransigeance et orgueil spirituel qu’elle construit Lilith. Bien malgré elle il est vrai ! Ici, le proverbe qui affirme que « celui qui veut faire l’ange fait la bête » est à prendre littéralement ! L’ambiguïté de la Licorne mythologique, à la fois douce et terrible, n’est pas une vaine image.

La différence entre Lilith et la Licorne c'est que, avec la Licorne, il n'y a rien de fusionnel. Du point de vue de la Licorne le paradis est d'ordre mental, elle aspire à la fusion avec toute l'information de l'univers, au paradis de la connaissance et du savoir pur. Mais le mental est séparatif, intransigeant, et n'accepte pas l'erreur. Les yeux renvoient à la vision : voir c'est comprendre. La lumière, c’est aussi la Connaissance.

Dans un thème il est essentiel de distinguer Lilith de la Licorne, surtout quand ces deux points ne se trouvent pas dans le même signe. Le signe de la Licorne indique quel est le mythe fondateur de la personne. Le signe de Lilith représente la nature de ses angoisses et de ses peurs les plus profondes, les plus inconscientes aussi. La psychanalyse dira de Lilith qu’il s’agit du noyau psychotique de l’être, là où, s’il y accède trop tôt, il risque d’être « démembré », déstructuré, de perdre toute confiance en lui et en ses capacités.

L’utilisation des sous-phases et des symboles sabians différencie la note de l’absolu de celle du lieu de souffrance, notamment lorsque les Lunes Noires sont dans le même signe, ce qui est assez fréquent. Mais il est sommes toute logique que le lieu de chute soit en résonance avec la nature des excès, des refus et des intransigeances.

Si les deux Lunes Noires sont sur le même degré l’accès aux zones de souffrance est plus difficile, ce qui est à la fois un avantage et un inconvénient ! Si elles se trouvent dans deux signes différents, ou proches de leur maximum de distance (12° d’orbe) alors il est plus facile de rencontrer l’ombre et la peur de l’inexistence… ce qui est aussi à la fois un avantage et un inconvénient !

De même, lors d’un transit par une planète, il est important d’observer précisément  laquelle des Lunes Noires est touchée puisqu’elles prennent des sens totalement différents. Joëlle de Gravelaine avait bien senti cette distinction sans cependant les attribuer aux différentes positions astronomiques. Tantôt, dans son ouvrage Le Retour de Lilith,  elle détaille les valeurs d’intransigeance et d’exigence de la Licorne, tantôt ce sont ses valeurs de confusion émotionnelle, de dépression, de vortex d’énergies négatives, de perte de conscience conjugué avec une d’exacerbation des instincts et du désir, de ce quelque chose d’orgiaque qui appartient à Lilith. Or, dans la pratique, elles sont conjointes mais distinctes.

En termes métaphysiques, la Licorne garde le souvenir du paradis originel. Psychologiquement, c'est l'absolu, la connaissance infuse.

En termes métaphysiques, Lilith est le lieu de la chute hors du paradis originel. Psychologiquement, ce sont les peurs et les angoisses.

Sentez bien cette zone d'intransigeance, de lumière froide et de silence aristocratique, une zone où se côtoient en même temps à la peur de l'inexistence et à un désir d'absolue existence.

L’ennui, c’est que la Licorne veut tout, et tout de suite ! Elle est tellement fascinée par son absolu qu’elle voudrait déjà l’avoir atteint. Selon elle son état normal est juste la perfection. Une impatience qui se conjugue avec un refus de passer par des étapes, de dégrossir le diamant de sa gangue. Elle dira « je veux tout, tout de suite, parce que c’est une évidence, j’en ai la connaissance infuse, la certitude intérieure » tout en se sentant « lie-corps-ne », en refusant les imperfections de l’expérience. Un autre adage du moyen Age affirmait que la Licorne se laissait  mourir de soif au bord de la fontaine car l’eau n’était jamais assez pure. Tout se passe comme si elle vivait en dehors de l’espace et du temps. Elle sait pertinemment ce qui est juste mais ne va surtout pas se donner la peine de le matérialiser, ce serait risquer de dénaturer la pureté de son rêve d’absolu. Le désir de la Licorne est claire conscience. Son refus d’expérimenter est refus de la banalité, de l’imperfection et de la souillure. Elle est soif d'absolu et de pureté. Ici un compromis est une compromission. Jamais l’eau de la fontaine ne sera assez pure. Par fidélité à son idéal elle préférera se laisser mourir de soif plutôt que de prendre le risque d’une eau souillée, même un peu. La Licorne ne supporte pas les à-peu-près, les adaptations, les limitations d’elle-même et de ses compagnons. L’exigence domine ! Jamais elle ne pardonne ni ne remercie car il est normal d’être parfait. Et toute la difficulté sur le chemin de l'évolution sera de transformer cet absolu froid et distant en conscience mystique ouverte au monde et à l'univers. C'est l'incarnation (le Coagula) qui permettra de développer la conscience objective (l’initiation du Nadir) puis la conscience mystique.

La Licorne symbolise le commencement de la grande aventure de l'âme qui a choisi l'incarnation. Si elle devient négatifve elle confronte à la déstructuration de l'image corporelle. La Lune construit l’image du corps de chair et la Licorne le refuse.

La maison de la Licorne sera dans un premier temps une maison refusée ou, plus exactement, inaccessible en raison même de l’exigence qui l’habite. Dans ce champ d’expérience il est « normal » d’être parfait. Une telle exigence vis-à-vis de soi-même et/ou des autres se révèle tellement invivable que, bien souvent, la personnalité va se « réfugier » sur Priape, c’est-à-dire dans le signe et la maison opposés à ceux de la Licorne. Là, elle sera reconnue, valorisée, efficace, construira son ego, acquérra confiance en elle… mais conservera toujours dans le secret de son cœur la nostalgie de ce « seul désir » dont Dame Licorne détient le secret.

On ne peut pas discuter avec une Licorne encore au début du processus évolutif parce qu'elle sait quelle est la vérité. Et elle a raison, sauf qu’elle considère que sa vérité est La Vérité. Elle ne réalise pas qu'il y a 360 degrés zodiacaux, pense qu'il n'y a que le sien, est imperméable à toute conscience objective, c'est-à-dire à toute irruption du monde extérieur, à tout ce qui est autre que sa mythologie personnelle dans la compréhension de sa propre vie. C'est l'orgueil essentiel, celui généré par la conscience d’être une essence.

Prenons un exemple : Licorne en Maison V. C’est la maison de la créativité, de l’éducation des enfants, de l’expression affective, des plaisirs de la vie, ce sont les expériences par lesquelles le personne « prend son pied ». Avec la Licorne en maison V, l’être aura la connaissance infuse de ce qu’il faut faire pour élever les enfants, créer une œuvre, danser, dessiner, vivre une relation amoureuse avec un grand « A »… mais en reste souvent là car produire quelque chose d’imparfait serait à ses yeux une trahison. C’est pour cela que la croix existe : pour l’aider à façonner l’abat-jour filtrant la lumière de son étoile. Mais pour la Licorne c’est là  un difficile chemin de Croix. Evidemment, sur le plan événementiel,  de nombreuses personnes avec une licorne en V ont des enfants : l’interdit n’est pas toujours situé à ce niveau  là ! Mais toutes ont cette même exigence dans l’éducation, toutes acceptent difficilement les conseils des autres car elles « savent » exactement ce qu’il faut  faire, aucune ne supporte les à-peu-près et toutes en souffrent. Leur créativité  est tellement emprunte d’exigence  qu’elles préfèrent ne rien faire plutôt que de créer une œuvre imparfaite. Ce sera tout ou rien… et, le plus souvent, rien.

La maison de la Licorne est le champ d’expérience où nous avons une connaissance infuse,  nous savons ce qu’il faut faire, ce qui est juste. Et en plus nous avons raison : c’est bien là le problème ! La grosse difficulté est que, bien que sachant ce qui est juste, la vie va nous interdire de le mettre en application, et nous allons devoir poser un véritable acte d’humilité :  reconnaître qu’il est impossible de faire comme ça même si nous savons que c’est cela qui est juste. L’impossibilité de vivre dans la pure conscience de la vérité perçue n’est pas due à une illusion d’optique, mais à l’orgueil. Un orgueil ontologique qui ne tient pas compte des limitations et des faiblesses, les siennes et celles des autres. Un orgueil qui voit d’emblée à travers l’autre ce qu’il pourrait être s’il était parfait en passant allègrement par dessus sa nature « humaine », trop humaine. La  Licorne à voulu imposer un absolu, juste en soi, mais non adapté à la réalité. Dans un premier temps, otage de son idéal, elle ne réalise jamais que l’autre existe, elle n’a pas le sens de l’altérité .Son exigence est faite de lumière, non d’amour.

Elle a besoin de découvrir l’amour, le sens de l’Autre dans toute sa différence et sa spécificité à jamais inaccessible. Elle devrait reconnaître qu’elle ne peut pas tout connaître, que la corne du pourvoir ne peut à elle seule percer tous les secrets de ce monde.

Une Licorne en VII sauratrès bien quel mode de relation absolue elle veut établir avec l’autre mais, en général, elle n’en établit pas parce quelle exige que ce soit tellement parfait  - tellement sacré en réalité - qu’elle n’en a pas ou, si elle en a une, elle risque de projeter sur son compagnon cette exigence de pureté, de considérer comme normal qu’il soit parfait, de demander qu’il la comprenne silencieusement en une même communion au sein « des azurs limpides ». La Licorne en VII sait ce que devrait être une relation, mais elle ne réalise pas vraiment qui est l’autre. Elle porte en son cœur le sens d’une relation spirituelle et sacrée –  dans le couple, mais aussi dans toute relation de personne à personne. Cependant, cette mission l’habite tellement qu’elle éprouve de la difficulté à accepter chez autrui tout ce qui brouille sa vision, ne serait-ce qu’un peu. Alors, fidèle à son exigence, elle risque de se retrouver seule. Lilith en VII, par contre, révèlera une peur viscérale du rejet, des mémoires obscures d’avoir été «chosifié » dans le relation et la peur de se laisser manipuler, d’être trahi et trompé. Lilith en XII rappelle des mémoires d’enfermement physique ou psychique (selon son signe), le peur de ne pas avoir d’espace, mais aussi celle profonde, viscérale, inconsciente de se laisser manipuler par des groupes à orientation ésotérique qui utilisent des rituel ou des cérémonies « magiques ».

La maison de Licorne sera dans un premier temps vécue en termes de refus, d'absolu et d'intransigeance. La demi-mesure sera considérée comme une trahison. En maison V, la personne pourra faire le sacrifice de son potentiel créateur en se voyant incapable de produire un « Picasso » dès le premier coup de pinceau. Au début du chemin évolutif la maison de la Licorne est refusée pour deux raisons :

-       Le désir de perfection inhibe l’action, l’idéal reste au ciel.

-       Le plus souvent Lilith côtoie le Licorne dans le thème de naissance. L’absolu est entouré de mauvaises fées qui susurrent  « si tu fais cela, tu vas mourir, tu risques de retomber dans l’insupportable expérience de l’inexistence ».

Le but du jeu consiste prendre conscience de ces peurs puis de mettre la croix en mouvement afin de ne pas rester coincé dans la maison et le signe des Lunes Noire. De se souvenir aussi sans cesse que la Licorne est une grâce.  Souvenons-nous de la relation Licorne/MC, étoile intérieure/étoile extérieure. L’idée générale étant de parvenir à exprimer la vérité que porte cette Licorne avec l’orgueil  en moins et l’Amour en plus. Une des clés pour travailler la Licorne est l’ouverture du cœur à l’aide des valeurs représentées par Neptune dans le thème.

Une fois encore, il faut traverser Lilith pour retourner à la Licorne. « Traverser Lilith », c’est réaliser intérieurement qu’il s’agit d’une construction émotionnelle qui, si elle n’est pas doucement conscientisée, nous conduit régulièrement à nous mettre dans des situations répétitives de fuite, des conduites d’échec, qui nous spolient de ce qui, pour nous, est essentiel : le « seul désir » de la Licorne. « Traverser » ne veut pas dire passer son temps à faire de la psychothérapie[2], cela signifie voir que ce sont ces peurs, les voir afin de ne plus se laisser manipuler par elles. Mais il ne s’agit pas de passer son temps à travailler dessus, il vaut mieux développer les qualités d’Uranus dans le thème natal. Uranus est la clé qui permet de « voir » Lilith et Lilith est la clé qui ouvre la porte de la Licorne. Lilith, c’est le « gardien du seuil », le dragon mythologique qui garde l’accès au potentiel de lumière.

Le signe de la Licorne révèle la nature du mythe personnel, le type d'absolu qui alimente la vie intérieure. Le signe de Lilith dévoile la nature des peurs et des angoisses qui submergent l'être, tout ce qui le confronte à un sentiment d'inexistence.

 


[1] Les autres éphémérides donnent en général les positions moyuennes (Licorne) et corrigées (Lilith), alors que les logiciels calculent la position de Lilith, mais il est prudent de vérifier.

[2] De nombreuses psychothérapies contemporaines (pas toutes, heureusement !) traitent du plan de la personnalité et cherchent à adapter celle-ci aux comportements sociaux en vigueur. Or le « travail » sur la Lune Noire touche la plan essentiel, métaphysique, de l’être. Une dimension que la psychologie contemporaine ignore, voire considère comme pathologique.

Pour aller plus loin : La Lune noire, un vertige d’absolu

 

 

 

L’histoire d’Israël : les enjeux du processus de paix

L'histoire d'Israël et son avenir, vus par l'astrologie

Note : cet ouvrage fut écrit en 1995

Ce processus de paix commencé subjectivement en 1982 et officiellement en 1993, que va-t-il advenir ? Certes, ce que la clairvoyance des nations en fera ! Si cette clairvoyance a quelques chances d'être soutenue par la lecture cyclique et symbolique des processus historiques, c'est en dégageant aussi clairement que possible les enjeux du futur en termes de sens et de dates.

En termes de sens nous avons noté l'interférence de deux structures cycliques à partir de 1966-1967 :

  • Celle relative à la naissance puis à la consolidation de l'Etat israélienau sein du Moyen-Orient. Il s'agit du Grand Cycle Saturne-Pluton détaillé dans cet ourage, il arrivera à son apogée en 2001-2002.
  • Celle, plus générale, qui concerne l'ensemble de cette région du globe jadis représentée politiquement par les Empires byzantin puis ottoman. Sur les ruines de Baghdad (1055) puis sur celles de Byzance (1453) les Turcs construisent ce qui deviendra l'une des puissances majeures de l'Europe et du Moyen-Orient. Ce cycle est symbolisé par la séquence des conjonctions Uranus-Pluton. L'implantation des colonies juives en territoires occupés commencée après la guerre des six jours et inlassablement poursuivie depuis, malgré les accords d'Oslo, relève de la phase croissante d'un de ces cycles.

Les précédentes conjonctions Uranus-Pluton eurent lieu en 1850-1851, 1710-1711, 1597 et 1453-1455. Cette dernière date, nous l'avons déjà souligné, marque la fin de l'Empire Romain d'Orient. Le début des années 1850, date qui correspond aux premières implantations juives en Palestine, interfère avec les destinées de l'Empire ottoman sur le déclin. Cet Empire, que les chancelleries occidentales qualifiaient de "vieil homme malade", sera officiellement enterré en 1923 avec la proclamation de la République turque.

Il convient donc de replacer la naissance d'Israël dans un contexte historique plus large, à savoir la succession des Empires romain, byzantin puis ottoman. Tour à tour les Romains, les Grecs, les Francs et les Turcs ont envahi ces immenses territoires quasi-désertiques du Moyen-Orient. Seule la civilisation musulmane née à Médine avec Mahomet a su rassembler les tribus indigènes, les réunir au nom d'une foi commune, puis développer une civilisation florissante. Or l'Empire islamique vit - vivait - au rythme des conjonctions Uranus-Neptune alors que les "colonisations" successives sont symbolisées par les cycles Uranus-Pluton. Finalement, pour comprendre les enjeux contemporains du Moyen-Orient, il faut réfléchir non pas aux deux mais aux quatre structures cycliques qui, à des degrés divers, interviennent et parfois interfèrent :

  • La première, la plus importante en raison de son affinité avec la société juive d'Israël, nous l'avons analysée en détails en suivant pas à pas le G.C. Saturne-Pluton.
  • La seconde est relative à la nature et au devenir des peuples moyen-orientaux rassemblés sous une même foi, l'islam. Elle est symbolisée par les cycles Uranus-Neptune. Malheureusement, une argumentation de cette affirmation dépasserait le cadre de cet ouvrage. Notons simplement que l'enseignement de Mahomet (620-632) et la conquête extrêmement rapide qui s'ensuivit survinrent en synchronicité avec une conjonction entre ces deux planètes dans le signe de la Vierge en 623-624. Rappelons que le calendrier musulman commence avec l'Hégire, l'expatriation du Prophète et des premiers musulmans de la Mecque vers Médine, daté du 16 juillet 622.
  • La troisième est relative aux invasions du Moyen-Orient par des puissance militaires étrangères désireuses d'y fonder un empire : l'Empire romain d'abord, puis les Turcs et les Croisés. Les étapes de d'union et de désunion du moyen-orient sont scandées par les cycles Uranus-Pluton.
  • La quatrième matérialise - sens de Saturne - la fonction "Uranus" de la conjonction Uranus-Pluton de 1851-1852. Il s'agit des cycles Saturne-Uranus marqués par les conjonctions de 1897, 1942 et 1988. Ces cycles sont surtout représentatifs de l'évolution, de la transformation et de l'application de l'idée de liberté, une idée qui prit corps dans le champ économique sous la forme de la doctrine libérale et de l'esprit d'entreprise. Négativement cette fonction conduit, dans les domaines intellectuel et économique à la spéculation, et, dans l'univers social, au clivage entre riches et pauvres.

Le processus de paix n'appartient pas au même courant signifiant que la question des Territoires occupés relatifs à la conjonction Uranus-Pluton en Vierge de 1965-1966. Le premier parle de dialogue, de reconnaissance mutuelle des Etats palestinien et israélien, d'établissement de justes relations entre deux peuples ; le second réactive la mémoire collective des croisades et, plus proche de nous, les souvenirs de la colonisation franco-britannique perçue comme une ingérence occidentale. Or, le carré croissant entre ces deux planètes se formera seulement entre 2012 et 2015, dates où le processus de colonisation des Territoires risque de subir de profonds revers si une solution n'est pas trouvée d'ici là. A titre d'illustration, le demi-carré (45°) entre Uranus et Pluton était exact pour la cinquième fois le 9 décembre 1987, le jour même du début de l'Intifada à Gaza, suivie de son extension rapide en Cisjordanie.

En Israël cette conjonction Uranus-Pluton s'intègre dans un existant : une situation de tensions politiques où la survie de la nation est en jeu et une mentalité collective qui s'efforce sans cesse de concilier liberté et pouvoir au sein d'une "démocratie autoritaire". Partout dans le monde, en ces années de révolte, la liberté battait en brèche les systèmes répressifs. Or Israël, dans le même temps, installait un nouveau système répressif en territoires conquis.

Alors, qu'en conclure ?

Conclure, ce sera sans doute l'Histoire qui s'en chargera. Nous ne pouvons ici que proposer des hypothèses :

  • Le rêve du "Grand Israël" que crurent accomplir certains en occupant militairement Gaza et la Cisjordanie reçut, au milieu des années soixante, le "coup de pouce inergétique" de la conjonction Uranus-Pluton, une conjonction qui, à chaque fois qu'elle se forme, pose la question du dialogue entre Orient et Occident, fut-ce le plus souvent par les armes. En réalité, la question des Territoires occupés soude le fragile consensus qui réunit les pays arabes bien plus qu'elle ne permet de construire l'élargissement territorial d'Israël. Dans une certaine mesure elle nuit à la sécurité nationale puisque ce cycle Uranus-Pluton interfère dans les esprits avec le processus de paix qui devrait se matérialiser en 2001-2002 par deux Etats se reconnaissant mutuellement.
  • Ce rêve réactive les souffrances, les humiliations et les incompréhensions nées des croisades entre les trois protagonistes que furent les Latins, les Grecs et les Musulmans. Elles sont réactualisées à chaque ingérence occidentale dans le monde oriental. La question, aujourd’hui d'importance, d'une réunification des valeurs véhiculées par l'Orient et l'Occident se pose au rythme des cycles Uranus-Pluton. Israël, tant géographiquement que culturellement, pourrait devenir un point pivot pour cette réunification. Ce serait exprimer les valeurs d'Uranus (individualisme et démocratie) et de Pluton (puissance de la volonté et sens du Tout) d'une manière nouvelle, en cohérence avec l'évolution planétaire qui entre rapidement dans la société d'information. Les territoires ne sont plus géographiques mais intellectuels.
  • Si le futur est envisagé à coup d'idéologies et de visions à court terme la politique de colonisation des Territoires pourrait se poursuivre bon an mal an jusque dans les années 2012-2015, malgré le coup de semonce donné par l'Intifada au moment exact du demi-carré Uranus-Pluton. En 1987 l'esprit de liberté (Uranus) renaissait au mépris de la volonté de puissance (Pluton). Il renaîtra encore de manière plus violente et, surtout, plus définitive au moment du carré si rien n'est fait pour concilier ces deux fonctions inergétiques. Le monde arabe pourrait alors prendre conscience de son unité de manière plus concrète. Deux à trois ans auparavant, vers 2009-2010 lors du second carré du cycle 5, une nouvelle crise aura secoué l'Etat hébreu, une crise qui mettra en lumière les limites et les imperfections des accords signés en 1993 et matérialisés en 2002 sans que soit intégré un règlement de la question des Territoires occupés.

Si cette question des "Territoires" occupe bien une place à part elle n'en doit pas moins trouver une solution pour affronter la période cruciale de 2012-2015 avec sérénité.

La conjonction des trois cycles dès 1851-1852 suggère l'existence d'une confusion entre trois motivations qui guidaient l'installation des premiers colons en Palestine. Motivations qui, à l'époque, en raison même de la nature de la conjonction, étaient loin d'être claires :

  • L'implantation dans un territoire et, à terme, la création d'un Etat juif : le Grand Cycle Saturne-Pluton.
  • Une entreprise néo-coloniale visant à démanteler encore un peu plus l'unité politique du Moyen-Orient : les cycles Uranus-Pluton. Cette thèse est défendue par les pays arabes sous influence socialiste et, bien sûr, par les Palestiniens.
  • Le rôle de la Diaspora qui soutient financièrement et intellectuellement le projet national sans s'impliquer physiquement : les cycles Saturne-Uranus. Ces cycles, en réalité, dépassent largement le cadre de la Diaspora puisqu'ils scandent l'histoire du progrès scientifique et économique depuis 1760. Les motivations, ici, sont d'ordre financières et technologiques.

 

 

Cinq cerveaux pour un Sapiens

La coupe verticale d'un cerveau d'homo sapiens dévoile trois zones biochimiquement et fonctionnellement distinctes. Paul Mc Lean, chef du laboratoire de recherche sur l'évolution cérébrale et le comportement au National Institute for Mental Health, a montré que celles-ci correspondaient à trois étapes de l'évolution.

La partie située immédiatement sur le pourtour du tronc cérébral avec, notamment, le cervelet, est la plus ancienne. L'homme la possède en commun avec les reptiles, les tortues et les lézards. Ce cerveau reptilien contrôle les instincts les plus fondamentaux communs à toutes les espèces vivantes : la volonté de survivre, les rapports de force de type dominance/soumission, les rituels, la défense du territoire, les "forts" qui se liguent contre les "faibles", les parades sexuelles.

Au-dessus de cette zone de réflexes immémoriaux est venue se greffer au fil de l'évolution une nouvelle structure que nous possédons en commun avec tous les mammifères : rat, lapin, kangourou. Ce système limbique enregistre des émotions comme la faim, la soif, le plaisir, la douleur, etc. En bref il est le siège de la motivation. Avec lui l'organisme manifeste sa colère, sa peur, son intérêt, sa passion. Il gère le fonctionnement du système nerveux autonome et possède déjà la capacité de s'abstraire de l'immédiateté de son environnement. En effet, si le cerveau reptilien est le lieu du réflexe de survie, la stimulation du système limbique perdure longtemps après la disparition du stimuli. Il possède "une intelligence affective" grâce à laquelle il interprète à sa manière son environnement en réagissant sur le mode de la valeur : "j'aime ou je n'aime pas, c'est bon ou mauvais". Si on supprime le système limbique d'un singe il conserve ses capacités motrices mais son comportement ne ressemble plus à celui du singe. Il tentera de manger des ordures, de copuler avec des poules. En un mot il perd contact avec le savoir de son espèce, avec "l'esprit" du monde des singes.

Le troisième "cerveau", qui n'appartient qu'aux primates, et que l'homme a particulièrement développé, est plus connu : il s'agit du néocortex. Il contrôle les activités conscientes ainsi que les relations avec les événements extérieurs de l'environnement. Notons que la concentration sur une pensée ou un objet stimule particulièrement une petite zone spécifique du néocortex. Par conséquent la concentration est une diminution du champ de conscience. Ici le recul par rapport à la réalité immédiate atteint un sommet puisque, par la pensée, l'homme est capable de se "re-présenter" le monde, voire de le théoriser. Aucune trace d'émotion n'émane du néocortex. Il ne cherche pas à savoir ce qui est "bon" ou "mauvais" mais différencie le "vrai" du faux".

Au fond, chaque individu possède dans sa mémoire des comportements reptiliens, mammaliens et humains.

"Gay Talese dans The Kingdom of the Power a fait remarquer que la place où l'on s'assied dans la salle de rédaction du New-York Times n'est jamais fortuite. Comment ces gens si savants ont-ils appris à se comporter de cette façon - en lisant la description que fait Liewellyn Evans d'un combat de lézards noirs, pour la première place, sur un mur de cimetière ?"

D'après Paul Mc Lean les connexions anatomiques entre le néocortex et les deux cerveaux anciens sont relativement rares et transmettent l'influx nerveux lentement. Cette "schizophysiologie" serait responsable d'un profond déséquilibre du comportement humain qui se manifeste par une croissance exponentielle de la techno-science, alors que l'éthique n'évolue pas et reste confinée dans la vision idéaliste d'un Christ ou d'un Bouddha. Pourtant l'urgence d'une réconciliation entre l'intelligence du cœur et la perspicacité du mental est plus que jamais nécessaire à l'heure où la maitrise technologique de l'environnement est susceptible de matérialiser les démons les plus archaïques qui hantent l'esprit des organismes vivants. Une non intégration de ces trois cerveaux - reptilien, mammalien et néocortical - conduirait à une impasse évolutive et, à terme, à la quasi disparition de l'espèce. Des phénomènes tels que l'antisémitisme ou la diabolisation de la société occidentale par l'Islam intégriste ne sont pas nouveaux en soi. La différence - fondamentale - c'est que, aujourd'hui, le besoin de boucs émissaires qui jaillit des cerveaux anciens récupère à son profit le pouvoir d'action sur l'environnement développé par le néocortex. La diabolisation n'est plus simplement un moyen "naturel" d'exprimer ses peurs et ses angoisses. Une formidable synergie s'opère avec le développement scientifique de sorte que ce qui devait rester une expression émotionnelle envahit le plan physique et événementiel. L'holocauste n'est que la matérialisation de cela.

Ce que Jung appelait "l'intégration de la personnalité" sera probablement la grande œuvre du XXIe siècle, imposée par l'urgence du danger qu'induit l'actuel déséquilibre entre extériorité et intériorité, représentation du réel (néocortex) et expérimentation du monde (système limbique). Toute évolution se fait sous la pression de la nécessité ; nous en sommes cependant arrivé à un point où l'homme peut - doit - participer consciemment à ce grand processus dont la fin lui échappe encore.

A cette structuration du cerveau humain en trois zones fonctionnelles qui gardent les traces de la phylogenèse s'ajoute une division, en deux parties anatomiquement comparables, du néocortex et du cerveau mammalien (ou limbique). De sorte que l'homme possède cinq "cerveaux"

Le cortical gauche et le cortical droit

Le limbique gauche et le limbique droit

Le reptilien

L'hémisphère gauche, situé derrière l'œil gauche, donne des ordres à la partie droite du corps ; l'hémisphère droit, situé derrière l'œil droit, commande la partie gauche du corps.

Un pont de matière grise transmet les informations entre les deux parties du néocortex : le corps calleux. La commissurectomie, ou section chirurgicale de ces fibres, entraîne la perte de coordination entre les deux hémisphères cérébraux. Les informations perçues par l'un sont inconnues de l'autre. C'est précisément de telles opérations qui ont mis Roger Sperry sur la piste de l'autonomie fonctionnelle et de la spécialisation très poussée de chaque hémisphère.

" Si, par exemple, on donne à un patient commissurectomisé un crayon dans sa main droite qu'il ne peut voir, il peut immédiatement dire que c'est un crayon car sa main droite le connecte avec son hémisphère gauche. Mais si le crayon est placé dans sa main gauche, l'hémisphère droit reste silencieux, incapable de donner à l'hémisphère gauche l'instruction nécessaire pour décrire le crayon."

Cette spécialisation hémisphérique semble caractériser l'homme adulte. Elle n'existe ni chez les primates ni chez le nouveau-né jusqu'à l'âge de deux ou trois ans. Il est probable que cette différenciation soit en rapport avec l'apprentissage du langage. Dans l'état actuel des recherches il semble que 95% de la population traite l'information de la manière suivante :

 hémisphère gauche   hémisphère droit
 verbal  non verbal
 nomme   visualise

 analytique

 holistique (global)
 rationnel   intuitif
 traite des séquences en discontinu  recherche la synthèse
 le temporel  le spatial

Classification essentiellement occidentale valable pour un monde de droitiers qui écrivent de gauche à droite. Il semblerait que le fonctionnement cérébral des peuples extrême-orientaux, des Chinois et des Japonais, ne soit pas aussi spécialisé. De plus, en Occident, l'homme utiliserait préférentiellement la partie gauche du cerveau alors que la femme serait une adepte du côté droit.

Le cerveau gauche :

- Nomme et, par conséquent, objectivise le réel.

- Mesure et, par conséquent, normalise le réel.

Alors que le cerveau droit :

- Voit la totalité d'une situation et cherche à comprendre son unicité.

- Cherche la fonction de l'objet au sein de son environnement, 
c'est-à-dire son sens.

En s'appuyant sur les travaux de ces neurophysiologistes, Ned Hermann développa un outil capable de mesurer la dominance cérébrales des individus, complétant ainsi la description des caractéristiques fonctionnelles des quatre cerveaux, limbique et néocortical.

La description des diverses zones fonctionnelles du cerveau humain, si importante soit-elle pour la philosophie des sciences, ne répondra jamais à cette question plurimillénaire qui ressurgit aujourd'hui de manière cruciale : qu'est-ce que la pensée ?

Est-ce, comme le suggère John Eccles, prix Nobel de médecine, dans son livre Évolution du cerveau et création de la conscience " un champ de conscience dépourvu de masse et d'énergie, qui exerce pourtant une influence sur la transmission de l'influx nerveux en activant certaines particules biologiques élémentaires dans les synapse ", ou est-ce un épiphénomène fugace et transitoire généré par l'activité électrochimique des neurones comme le laisse entendre J.P. Changeux dans L'Homme neuronal ?

Force est de reconnaître que, dans l'état actuel de nos connaissances, il est impossible de trancher définitivement entre ces deux hypothèses de travail.

Le cerveau est-il organe de réception qui capte un "champ d'information" immatériel ou est-ce un créateur de pensée et de signification ? Se comporte-t-il comme le poste de radio qui décode d'invisibles et intangibles ondes, ou comme un caillou jeté dans l'océan du monde dont la chute infinie soulève une kyrielle de pensées frétillantes ?

L'histoire des sciences depuis Pythagore jusqu'à Newton montre que la cohabitation de ces deux a priori métaphysiques s'est, bon an, mal an, déroulée sans prise de pouvoir excessive de l'un sur l'autre. L'apogée de la culture Arabe, au XIIe siècle, fut même une héroïque tentative de synthèse entre ces deux manières d'appréhender la réalité. Or les trois derniers siècles du millénaire ont conduit la civilisation occidentale sur la pente dangereuse d'un déséquilibre en faveur du cerveau gauche analytique, rationnel, coupeur de cheveux en quatre dans le sens de la longueur, aux dépens de l'hémisphère droit plus synthétique, plus esthétique aussi.

Nous soulignions il y a un instant l'urgence d'un rééquilibrage et d'un fonctionnement complémentaire des deux hémisphères (du cerveau, de la planète) pour éviter la construction d'une société dangereusement schizophrénique. Une telle tentative impose de voir clairement les enjeux ainsi que les conséquences, tant philosophiques que pratiques, du déséquilibre cerveau droit / cerveau gauche. Il sera seulement possible, alors, de proposer des solutions ou, plus exactement, une méthode qui intègre analyse et synthèse (gauche et droite), cœur et intelligence (limbique et cortical).

Pourquoi réenchanter le monde ?

A vrai dire nul ne réenchante le monde, il s’agit seulement d’une question de regard. L’œil utilitariste rend la nature utile, la vision poétique la rend belle et lumineuse. Aujourd’hui, il ne suffit plus d’améliorer notre savoir technique, il nous faut aussi découvrir un ordre sensé du monde et notre place dans celui-ci. Tel était déjà le programme de Descartes. Un projet dont seul le premier pas est en voie d’accomplissement, et avec quel brio ! Il faudrait aujourd’hui compléter cet immense succès qui nous conduit droit vers des déséquilibres psychologiques et planétaires mortels par un « Traité de la Mythode », une jolie expression que nous empruntons à Gilbert Durand. C’est-à-dire explorer le monde imaginal, cette réalité invisible qui est comme la racine céleste des choses visibles. En ces espaces inconnus fleurissent les mythes ; les légendes ; les sources d’inspirations des créateurs, des inventeurs et des mystiques ; les esprits des plantes ; les ondines et l’âme du Monde. Cet univers, que toutes les cultures, à l’exception notable de la notre, ont exploré à le pouvoir, pour celui qui le contacte, de susciter de la joie et de le transformer profondément. C’est à cette exploration que nous souhaitons consacrer ce site, sur la base de nos travaux en symbolisme, mais aussi en consacrant des espaces aux différentes initiatives qui « réenchantent le monde », que ce soit dans les arts, la politique, la littérature, l’économie, le développement intérieur ou la science.

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réenchanter le monde

 

Qu’est-ce qu’un symbole ? 

C’est un langage. Grâce à lui nos rêves nous parlent, la nature s’exprime, l’univers murmure. Le lecture symbolique est un formidable moyen pour entrer en contact avec les autres mondes, avec ces "énergies signifiantes" qui organisent notre vie quotidienne au moins autant que les forces mécaniques. La racine grecque sumbolon signifie « rassembler » et désigne un « objet de reconnaissance ». Le symbole est un pont entre le visible et l’invisible. Une fleur, une situation, un événement, un style de vêtement, une couleur, un mot, une lettre, un son, une parole, un geste, un rêve… tout est symbole pour celui qui sait voir ce qui transparaît derrière ce qui paraît. Pour l’esprit mécanique ces choses précédemment citées sont logiques et de l’ordre du démontrable. Pour le symboliste ces même choses existent afin de montrer quelque chose, car l’univers n’est pas seulement une immense horloge, c’est aussi un éternel dialogue où s’échangent en permanence des flux d’informations palpitantes.

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L’entreprise icarienne

L'entreprise, se sont avant tout des individus. Or l'individu est à la fois un être rationnel et un être symbolique. Quelque soient ses objectifs les deux voies sont toujours indissociables et intimement mélangées. Si je désire une voiture c'est à la fois pour des raisons rationnelles (me déplacer) et symboliques : la voiture est aussi l'expression de ma propre valeur, de ma réussite, une manière d'afficher l'image ma personnalité. La voiture doit donc être à la fois efficace, rapide, économique et esthétique, puissante, confortable.

Nos sociétés occidentales ont développé depuis trois siècles des outils physico-mathématiques extrêmement performant pour maîtriser et appliquer les lois du monde physique régi par la rationalité. D'où notre extraordinaire savoir-faire en termes d'infrastructures, de ponts, de téléphones, de voitures, de cartes à puces, de grattes ciel et autres merveilles technologiques.

Il  nous manque encore la connaissance des lois du monde symbolique pour prendre en charge et déployer l'aspect esthétique, l'aspiration à la beauté et au sens, de la nature humaine. Une entreprise qui saurait répondre à ces aspirations, loin d'être défavorisée dans la course à la compétitivité, serait immédiatement reconnue comme nouvelle et, répondant aux besoins du plus grand nombre, fructifierait en dehors du système actuel. Un système devenu mécanique et robotisé à force de rationalité.

Nous vivons dans un univers économique extrêmement efficace qui a éradiqué les famines et les épidémies, qui donne à certains beaucoup plus que leurs besoins. Mais nul ne sait où va ce système, beaucoup ont l'impression d'être l'otage d'une machine soudain emballée qui roule pour elle seule.

Aveuglément. Elle distribue richesse et facilités à tous ceux qui ont su ou pu se placer au bon endroit au bon moment comme le suggère la spéculation boursière. A tel point que la question n'est plus de savoir s'il faut ou non aller vers la mondialisation de l'économie : c'est un fait qui est en marche, que nous le voulions ou non, imposé par l'histoire et ses aléas.

La question serait plutôt de savoir de quelle mondialisation nous voulons, et quel sens nous voulons lui donner. Il faudra peut-être un jour inverser les priorités : le sens devrait gouverner l'économie. Aujourd'hui c'est la richesse économique, individuelle et collective, qui donne sens à nos vies et à nos efforts.

L'entreprise icarienne, c'est une entreprise qui se construit des ailes pour échapper au labyrinthe infernal des chemins de traverse ne conduisant nulle part, pour s'évader de ces itinéraires touffus, semblables aux circuits financiers, semblables aux parcours des marchandises sur le globe, semblables à la multiplicité des "idées" et des "conseils" qui, sous couvert de nouveauté, promettent des ersatz d'autoroute pour sortir de la complexité.

L'entreprise icarienne, c'est aussi une entreprise qui ne se brûle pas les ailes au soleil de midi, car elle connaît son rôle et son sens au sein du plus grand tout où elle produit et dont elle dépend. Evitant ainsi de se croire à l'image Dieu (ou de la vérité, ou de la pensée dominante, ou le héraut d'un système idéologique) elle évite la chute. Une banque prête et reçoit des capitaux : pour qui ? pour faire quoi ? quelle image de la société défend-t-elle inconsciemment (ou non) ? Bref! avant de se servir, à quoi sert-elle ? La NEF est un bon exemple de banque qui annonce aux épargnant à quoi sert leur argent. Un producteur d'électricité doit, certes, fournir la population en énergie. Est-ce suffisant ? Que signifie "alimenter le corps social en énergie ?". L'industrie nucléaire, par exemple, ne devrait-elle pas se pencher sur la teneur symbolique du mythe de Faust pour comprendre son identité, les peurs irrationnelles qu'elle soulève, les réels dangers qu'elle fait encourir à l'humanité et enfin les conditions pour ne pas être broyée par son aventure faustienne ? Le développement de la métaphore du fonctionnement du corps humain avec le cœur (biologique / nucléaire) qui pulse la force vitale (sanguine / électrique) vers toutes les cellules du corps (physique / social) n'enrichirait-elle pas AREVA en lui fournissant de nouvelles valeurs sur la manière de concevoir son travail ?

L'entreprise icarienne c'est une entreprise qui connaît et honore son identité et sa mission. celles-ci conditionnant et soutenant sa notoriété et ses productions. Un marchand de salades qui sortirait de la "logique financière"- plus expressément de la folle spirale concurrentielle qui anime notre société - pourrait-il encore vendre des produits emplis de pesticides, d'engrais chimiques, d'insecticides et autres poisons violents ? Combien de paysans ont leur jardin "bio" pour leur consommation personnelle à côté de leurs champs "industriels" dont les produits sont réservés à la vente ?

Une entreprise icarienne, contrairement à une entreprise libérale, ne vit pas sur un seul niveau de réalité car elle comprend que, créée par et pour des hommes, elle se doit de résonner avec la nature humaine dans sa globalité, une nature physique mais aussi émotionnelle, mentale, spirituelle....

Une entreprise icarienne, contrairement à une entreprise libérale, ne s'échine pas à parcourir le plus rapidement possible les chemins complexes de la concurrence pour monter sur la plus haute marche du podium du profit. Ayant réalisé sa note, étant fermement en accord - au sens musical - avec l'idée directrice qui l'anime, elle comprend l'importance de la coopération pour accomplir ensemble une mondialisation non concurrentielle.

Une mondialisation qui serait comme une symphonie où chaque entreprise aurait sa partition à jouer, mais où aucune ne répéterait indéfiniment le même morceau en laissant croire au public hypnotisé qu'il s'agit là du véritable chant de la Terre! Nous parlons par images, mais comment faire autrement ? La vision précède toujours la réalisation. Dire ou tenter de dire d'une manière non métaphorique ce que devrait être la mondialisation serait une gageure car, ici comme ailleurs, l'avenir se construit par épigénèse.

La forme de la civilisation mondiale dans cinquante ans est à peu près imprévisible. Mais ce qui est prévisible, ce qui est laissé à notre volonté, c'est le filum de sens sur lequel l'humanité va s'accorder - toujours au sens musical ! - pour réaliser l'unité planétaire. Si ce mythe est darwinien alors les cinquante prochaines années seront marquées par la victoire des tenants de la lutte pour la vie, de la concurrence, du non sens généralisé érigé en justification d'un pouvoir sans limites des uns sur les autres.

Peu importe à vrai dire de qui sur qui. Si le mythe est icarien et orphique, s'il inclue la multidimensionnelle de l'être humain, s'il reconnaît la complémentarité des savoirs technologique et symboliques - de la science et du sens -, alors les cinquante prochaines années seront telles. Tout cela ne dépend pas de notre savoir-faire, de nos prouesses technologiques, d'une invention nouvelle, mais de quelque chose de beaucoup plus simple à la portée de chacun : du regard que nous portons sur le réel.

Le filet d’Héphaïstos et Pygmalion, considérations astrologiques

Dans un précédent article nous avons développé le sens symbolique de deux structures mythologiques : Pygmalion et le filet d’Héphaïstos. Voici à présent leurs contreparties astrologiques afin de monter à quel point les mythes sont vivants à travers nos parcours d’existences.

Le filet d’Héphaïstos

Les indices astrologiques de ce mythe sont assez simples : une conjonction Vénus/Mars dominante, en aspect avec les autres acteurs du drame : Mercure, Neptune et Soleil.

Dominique Strauss-Khan, 25 avril 1949 à 11h10, Neuilly sur Seine (France)[1]

Le thème de D.S.K. présente une illustration parfaite des personnages mythologiques mis en jeu. La conjonction Vénus/Mars signe la passion nocturne des amants, mise soudain dans la lumière publique par les feux médiatiques par un Soleil (Hélios) qui les éclaire tous les deux en maison X. Cette triple conjonction appartient à la structure du « moi » puisque le soleil est le maître de l’ascendant Lion. Vénus et Mars, conjoints au maître de l’AS, deviennent dominants dans le thème natal. Cet amas planétaire à donc toutes les chances de passer du plan psychologique vers celui des événements. Quant à Mercure/Hermès, il est en Taureau, conjoint à Vénus, et complète ainsi la scène mythologique.

L’épisode médiatique de l’été 2011 fut donc la mise en scène d’une structure archétypale – d’où son pouvoir de fascination - avec Nafissatou Diallo dans le rôle de Vénus, D.S.K. dans celui de Mars, les médias ont endossé celui d’Alectryon et les avocats de Mercure. Quand à « Neptune », il est figuré par une nouvelle Lune progressée en maison XII au moment des faits. Le héros du feuilleton mythologique de l’été du encore verser une amende pour se libérer de sa prison-filet et traverser le sentiment de honte en reconnaissant publiquement sa « faute ».

Et puis, ultime ironie de l’histoire, le coq (Alectryon) qui annonce le nouveau soleil est le symbole de l’état Français. Or celui qui était promis aux plus hautes fonctions publiques fut victime d’un dysfonctionnement du Galinacée. En d’autres termes cet épisode devrait, plus amplement, nous interroger sur l’état de l’Etat français : somme nous occupés à fuir notre propre lumière, c’est-à-dire le génie de la nation, où à annoncer le futur de la civilisation comme le firent en leur temps les révolutionnaires de 1789 ?

Bien sûr, les transits au moment des faits ont extériorisé le mythe sous une forme événementielle.  Le 14 mai 2011 (inculpation) Uranus passe sur la Lune, réactivant son opposition à Neptune et la confusion entre la personne et la déesse, Jupiter céleste est en conjonction à Mars natal, il amplifie les désirs… et une nouvelle progressée se forme en maison XII, sur le cinquième degré du Cancer, dont le Symbole Sabian est étonnamment parlant : « une automobile écrasée par un train gît près d’un passage à niveau ». Rudhyar propose l’interprétation suivante : « la probabilité de désastre lorsqu’un désir irrationnel vient contrarier le cours impersonnel et presque inéluctable des usages collectifs »[2].

Sylvio Berlusconi, 29 septembre 1936, 5h40, Milan (Italie).

Ses frasques passionnent et désespèrent l’Italie. Le thème présente un sextile entre Vénus et Mars qui encadre les acteurs du mythe du « filet magique » : Vénus-Aphrodite, Mercure-Hermès, Soleil-Hélios et Neptune-Poséidon. Néanmoins, ici, le Soleil en Balance est dominant car il est conjoint à Mercure, le maître de l’AS. Il est lui-même « les projecteurs médiatiques » qu’il contrôle à son avantage. Un sextile à plus de recul qu’une conjonction. Cet aspect permet « d’organiser » ses passions sans s’identifier totalement à elles lorsqu’elles surgissent comme dans la conjonction.

Notons également la présence d’une opposition Lune-Neptune, comme sur le thème de DSK.

Bill Clinton, né le 19 août 1946, 8h51, Hope (Arkansas, U.S.A.)

L’ancien président des Etats-Unis passa lui aussi sous les fourches caudines d’une humiliation publique suite à une affaire sentimentale. Son thème présente une conjonction Vénus-Mars qui encadre Neptune. Celle-ci appartient à la structure du « moi » puisque Vénus est maîtresse d’un ascendant situé en Balance. Ses mésaventures sont assez semblables à celles de D.S.K : révélation par les médias d’une liaison, reconnaissance publique de sa « faute » et prix financier à payer. Par contre la triple conjonction se place en maison XII, celle des « choses cachées » et de la transcendance. Longtemps ses passions « vénus-mars » furent tenues secrètes.

Notons encore le sesqui-carré (135°) qui sépare la Lune de Neptune dans le thème de Bill Clinton.

La maison XII valorisée par la présence d’un amas planétaire, incluant le maître de l’As, le relie fortement aux forces de l’inconscient collectif et tend de faire de lui un bouc-émissaire lorsque ces énergies ne sont pas conscientisées, positivement cette connection à l’âme des peuples lui confère du charisme puisqu’il sent ce que les personnes veulent entendre. Dès le début de sa présidence, Clinton fait face à de nombreuses attaques personnelles de la part de ses adversaires politiques. Il sera ainsi victime d'un véritable acharnement de la droite conservatrice et de l'extrême droite. Après ses deux mandats il sera blanchi. Sauf pour l’affaire Lewinsky entre mai 1997 et novembre 1998. Pendant cette période Uranus s’oppose à l’amas en X et Saturne à l’autre amas en XII.

Les épouses et le mythe de Pygmalion

Les hommes cités plus haut possèdent tous dans leur thème un aspect dissonant Neptune-Lune, ce qui crée une confusion, au risque d’idéaliser la femme de chair (Galatée) en l’élevant au rang d’une déesse (Aphrodite). Or ces personnages ont rencontré leur « Pygmalion » en la personne de leurs épouses. Tout se passe comme si un aspect de tension entre la Lune à Neptune rendait l’homme disponible au rêve de façonnage des femmes pygmaliennes.

Les indices astrologiques du mythe se déduisent de son contenu. Un aspect entre Saturne et Mars pour la statuaire et une relation tendue (carré, opposition, demi-carré et sesqui-carré) entre Mars et Vénus. Le coup de burin qui frappe la statue de Galatée peut en effet se lire de deux manières contraires : une violence contre ce que l’on aime (carré Vénus-Mars) et/ou le désir de modeler l’autre sur le modèle de la beauté et du potentiel de réalisation que l’on perçoit en lui. En résumé « Pygmalion » est une association de trois planètes : Saturne, Vénus et Mars, avec un aspect de tension entre les deux dernières.

Anne Sinclair, née le 15 juillet 1948 à 16h30, New-York (U.S.A.)

Elle possède avant toute chose un mythe de Prométhée (Lune Noire en Verseau et Uranus en opposition au Maître de l’AS) et, secondairement, un mythe de Pygmalion avec un carré Vénus-Marsvalorisé (Vénus opposée au maître de l’A.S. et Mars en maison X) soutenu par Saturne en sextile à Vénus.

Hilary Clinton, 26 octobre 1947, 20h00 à Chicago (U.S.A.)

C’est un mythe de Pygmalion presque parfait avec une conjonction Saturne-Mars en carré à une vénus en scorpion et en maison V. celui-ci est identitaire, il fait partie du « moi », puisque Vénus est conjointe au maître de l’Ascendant.

Véronica Lario (Mme Berlusconi), née le 19 juillet 1956, 19h05, à Bologne (Italie).

Le maître de l’As relie le carré Vénus-Mars par quinconce et trigone. En 2009, « excédée par le comportement de son mari », elle décide de demander le divorce. Pendant cette période Uranus rétrograde entre 26° et 23° des poissons, réactivant le carré Mars-Vénus natal, et au trigone de la triple conjonction natale Mercure-Soleil-Uranus en VII.

Voici un thème masculin, celui de Georges Bernard Shaw[3] qui écrivit une pièce de théâtre à succès sur le mythe de Pygmalion :

Il présente exactement les facteurs astrologiques qui sont mis en scène pour procéder à la naissance Galatée : Saturne est valorisé par sa conjonction au maître de l’Ascendant, Mercure ; on observe également un carré Vénus-Mars mis en lumière par la présence du Soleil. Enfin un demi-sextile (large) relie Sature à Vénus.

Tous les Pygmaliens ne sont pas des artistes. Le signe et la maison de Vénus indiquent le type d’œuvre que la force de l’amour cherche à façonner. La conjonction Soleil-Vénus en Lion de Georges Bernard Shaw oriente son œuvre vers l’expression théâtrale et le jeu des dialogues (AS Gémeaux) ; Anne Sinclair à une Vénus en maison VII et en Gémeaux : c’est son compagnon qu’elle tente de façonner à l’aide de ses conseils ; Hilary Clinton à une Vénus en maison V, celles des projets, des enfants et des engagements affectifs. Il en est de même pour Véronica Lario, mais Saturne rétrograde au MC suppose une transformation du « moi » plutôt que celui des autres.

Luc Bigé

http://universite.dusymbole.free.fr


[1] Les dates de naissance proviennent de astrotheme.fr.
[2] Dane Rudhyar, Astrologie de la personnalité (Librairie de Médicis).
[3] George Bernard Shaw est né le 26 juillet 1856 à 0h55 à Dublin (Irlande).

Pygmalion, façonner l’autre au nom de l’amour ?

Les planètes sont des dieux. Leurs aventures sont les nôtres.

Au cœur du psychisme humain se jouent de grandes scènes mythologiques infiniment plus fondamentales que nos conditionnements culturels et sociaux. Par elles et grâce à elles nous nous transformons en profondeurs, à condition toutefois d’oser les vivre pleinement. Ces forces signifiantes ne sont pas personnelles, elles appartiennent à l’univers des archétypes, elles nous traversent et, en passant, nous transforment.

Chacun d’entre nous est en résonance avec un ou plusieurs mythes fondateurs qui sont autant de points de contact avec le monde spirituel. Parfois les événements qu’ils représentent nous harponnent, mais c’est pour mieux nous élever vers la lumière. Pourtant le mythe en soi n’est pas le plus essentiel, c’est le processus de métamorphose auquel il nous convie qui compte. Ces archives sans âge du psychisme humain jouent le rôle de la carte géographique vis-à-vis du territoire. Elles nous indiquent les vraies pistes et les faux chemins, les directions et les buts, les gares et les oasis, les pièges et les points de vue panoramiques. Mais elles ne nous dispensent jamais de partir, bien au contraire !

« Vénus » provient de la racine indo-européenne wen qui signifie « désirer » ; le Latin le transforma en veneris « désir sexuel », mot qui a donné le français « venin ». Ainsi de « valeur » à « vénéneux » en passant par « vénal » Vénus cache dans son étymologie toute la gamme de ses applications.

Façonner l’autre au nom de l’amour ?

Roi de Chypre, le lieu de naissance de Vénus, Pygmalion s’éprit de la déesse dès qu’il l’aperçut. Hélas ! celle-ci se refusa à lui. Alors il décida de sculpter son corps dans la pierre. Au fur et à mesure du progrès de l’œuvre, l’homme devint éperdument amoureux de l’image naissante. Désespéré de vivre un amour à sens unique, il supplia la (vraie) déesse d’avoir pitié de lui. Sensible à ses pleurs, Aphrodite pénétra dans la statue et lui donna la vie. La pierre animée prit le nom de Galatée (« d’une blancheur de lait »). Pygmalion est amoureux, non d’une personne, mais d’un idéal de pureté. Galatée porte dans son nom la couleur blanche d’une perfection sans tache. Il y a une grande naïveté à façonner une relation amoureuse exactement conforme à l’image idéale portée dans le cœur. Le nom se du sculpteur se traduit par « poing qui tremble ». Le poing est exactement contraire à une main ouverte, disponible et sensible, capable de donner et de recevoir. Ses cinq doigts se referment avec force sur un seul objectif. Pygmalion est une obsession qui ne sert qu’un seul but : révéler la beauté de l’autre au nom de l’amour. Geste grandiose auquel la déesse va répondre. Geste ambigu, comme le sont toutes les rencontres avec une situation archétypale. Geste désespéré car jamais une statue pierre ne sera une vraie Vénus.

Sans obsession, rien de grand ne pourrait se produire. Sans une inaltérable passion, rien de magique ne surgirait. L’amour du Pygmalien pour sa bien aimée la transforme en une déesse nimbée de beauté. Sa force attractive est si puissante qu’Aphrodite accepte de donner un peu d’elle-même a cette image adulée. Et pourtant ! Galatée n’est pas Vénus mais seulement son image, même parfaite.

Pygmalion imagine que, au nom de l’amour, il va pouvoir façonner l’autre pour l’accomplissement de sa beauté intérieure. Mais l’autre devient un « objet » que le Pygmalien en herbe tente de conduire à la découverte de son âme. En réalité l’artiste est amoureux, non d’une personne, mais d’un idéal qu’il projette sur celle-ci. L’amour éclaire et rehausse la beauté de l’autre, mais vouloir réaliser cette vision en cherchant à le façonner au meilleur de lui-même pour lui donner une nouvelle existence… n’en ferait qu’un bel objet simulant la beauté vivante.

Même si toutes deux naquirent sur la même île, Galatée n’est pas Vénus. L’âme de l’autre a besoin d’un espace d’accueil pour se révéler, elle ne peut se mouler dans une forme pré-figurée, si lumineuse et si juste soit-elle. La beauté intérieure d’un compagnon ou d’une compagne ne peut jamais être totalement sculptée par la volonté tremblante d’une passion ébahie, ce serait la diriger vers des espaces de révélation qui ne sont pas exactement les siens. Elle a surtout besoin d’une main ouverte pour l’accueillir sans prises de pouvoir, sans direction assignée, sans qualités prérequises.

Pygmalion oublie volontiers qu’il façonne une image. Il pense vivre avec une déesse alors que la femme qu’il voit devant lui est le fruit de son habileté jointe à son imagination amoureuse. Il perçoit d’abord la lumière et les dons de l’autre, sans savoir accueillir ses ombres.

Mais la vie n’offre pas que des Pygmalions amoureux. Des études ont montré que lorsque les enseignants attendent de bons résultats de leurs élèves ainsi qu’une amélioration de leurs capacités intellectuelles cela se produit comme imaginé. Mais l’inverse est vrai : si les professeurs n’attendent aucun résultats particuliers, les performances des étudiants vont stagner ou même diminuer.

L’amour est un puissant catalyseur qui accompagne la révélation et la croissance des dons de chacun. Mais combien de ces étudiants suivront plus tard, disons une filière littéraire, alors que leur vocation est scientifique, simplement parce que leur professeur de français sut les aimer ?

Et pourtant ! celui qui ne serait façonné par aucun lien d’empathie mourrait de solitude. L’autre devient tel qu’il est vu. Est-il vraiment vu tel qu’il est ? C’est en tout cas la question que devrait se poser Pygmalion.

Nous sommes en présence d’une situation archétypale qui affiche sa contradiction intrinsèque. L’amour porté aux autres révèle leurs qualités, mais celui-ci contient toujours une part de d’obsession qui enferme dans des formes préétablies. Cette « conjonction des opposés » garantit l’évolution du psychisme. Elle maintient la personne dans un état de questionnement permanent, bien plus stimulant que toutes les réponses qui pourraient lui être proposées.

Ajoutons qu’il est dangereux pour un simple mortel de coucher avec une vraie déesse ! Anchise s’en souvient encore. Remarqué par Aphrodite, celle-ci se métamorphosa en mortelle pour séduire l’appétissant jeune homme, ce qui ne fut pas très difficile ! Pourquoi un tel artifice ? On raconte que tout mortel qui aurait une relation directe avec un dieu ou une déesse vieillirait prématurément. Et Anchise ne voulait pas encourir ce risque ! Le sachant, la déesse prit soin de ne lui révéler son identité qu’après avoir partagé son lit. Elle lui demanda ensuite de garder le plus grand secret sur leur aventure. Or, un jour qu’Anchise était ivre, il se vanta de sa nuit mémorable. Entendant cela, Zeus, par pure jalousie, lui envoya la foudre et le jeune homme devint boiteux pour le restant de ses jours.

Le contact avec un dieu ou une déesse ressemble à un « coup de foudre » amoureux, il tétanise la psyché et le corps, il les immobilise et les fige sous l’effet d’une révélation foudroyante. Curieusement « Anchise » évoque le français « hanche » qui est précisément le lieu corporel qui alimente notre foi envers le divin.

Par son amour obsessionnel focalisé sur sa compagne, un groupe d’élèves, un projet social où une œuvre artistique, le pygmalien ouvre une porte par où va descendre la présence d’un Dieu, ou d’un archétype. Cela est nécessaire car tout projet à besoin d’une âme pour devenir vraiment vivant, pour quitter l’état de la pierre de taille emplie d’objectivité, de mesures et de retours sur investissements. Le défi de Pygmalion consiste à se laisser féconder par la force que sa concentration bienveillante à suscité, à se laisser éblouir et tétaniser par la révélation des beautés qu’il appelle de toute son âme. Alors seulement la déesse, son âme, pourra prendre tout l’espace dont elle a besoin.

Crise actuelle et mutation ontologique

"Quand Dionysos guidera, la terre dansera"
Euripide

Les crises actuelles – écologique, économique, énergétique et éthique – ne sont pas banales au sens où elles ressembleraient à des soubresauts inévitables dans le processus d’évolution continu de la civilisation humaine. Leurs analyse symbolique montre que nous sommes à la veille d’un profond changement de la nature humaine, mutation qui s’amorce déjà.

Vaste programme que « guérir la planète » ! Qu’est-ce en effet que « guérir » ? Qu’est-ce vraiment que la « planète » ? Et que signifient ces deux termes accolés ? L’être humain devrait-il y jouer un rôle, et si oui lequel ? Et comment ?

Pour simplifier il nous faut poser des hypothèses et adopter une posture philosophique, sans quoi ces questions seraient pour le moins abscondes et susceptibles d’interprétations multiples. Admettons ici que la maladie est le signe visible d’une disharmonie entre les parties d’un tout. Le symptôme désigne également le processus de la guérison visant à recouvrer cet équilibre perdu, mais à un niveau de conscience à la fois plus précis et plus inclusif. Admettons encore que la « Terre » est un être vivant et, comme le précise le Tibétain, une planète non-sacrée. Posons enfin l’hypothèse qu’une planète sacrée a réussi à fusionner son anima mundi avec sa nature matérielle et biologique. Qu’est-ce qu’un espace sacré si ce n’est une géographie orientée où chaque point cardinal est porteur de sens, c’est-à-dire d’une force signifiante qui imprègne les mondes visibles ? Nous pourrions alors envisager la maladie actuelle de la planète comme un processus nécessaire pour sa sacralisation. Ce sont ces points que nous allons développer.

La « maladie » actuelle

Il y a plusieurs manières de la diagnostiquer. La première, développée par le W.W.F.[1] et certains spécialistes de l’évolution, consiste à remarquer que nous nous dirigeons à marche rapide vers la sixième grande extinction. Cinq extinctions de masse ont déjà impacté la vie sur la Terre. Entre 50% et 95% des espèces ont alors disparu, selon des époques. La plus ancienne répertoriée, il y a 500 millions d’années, vit la disparition des trilobites et des brachopodes qui avaient alors envahi le milieu marin ; la plus récente, il y a 65 Ma procéda à l’élimination des dinosaures et, avec eux, disparurent 50% des espèces vivantes. Celle d’aujourd’hui est beaucoup plus rapide que les précédentes puisque la vitesse de la disparition des espèces est environ mille fois plus élevée que lors des autres catastrophes. Son origine est bien sûr anthropique. L’action de l’homme sur l’environnement avec l’agriculture, l’urbanisation, l’industrialisation et la pollution entraîne des modifications irréversibles de la biosphère. Il semble que de tels phénomènes aussi radicaux surviennent lorsqu’une espèce vivante a conquis tout l’espace disponible, mettant ainsi l’ensemble de l’évolution biologique dans une impasse. C’était le cas pour les trilobites du Cambrien et les dinosaures du Crétacé, c’est le cas aujourd’hui pour l’homo sapiens.

Pourtant, malgré la succession de ces catastrophes, la courbe représentant l’accroissement du nombre des espèces vivantes en fonction du temps revient toujours là où elle aurait dû être si ces phénomènes n’avaient pas eu lieu. Les « catastrophes » sont en effet suivies de l’apparition d’une floraison d’espèces nouvelles. Tout se passe comme si, en danger, la vie développait une extraordinaire créativité. C’est, du reste, grâce à la disparition des dinosaures que l’homme existe. Les mammifères apparurent à peu près en même temps que les dinosaures, au Trias Supérieur, il y a quelque deux cent trente millions d’années. Pendant 165 millions d’années, ils ont évolué dans l’ombre des grands reptiles, se transformant certes, mais restant petits – d’une taille inférieure à celle d’un chat - et peu diversifiés. Puis les dinosaures disparurent. Une dizaine de millions d’années « seulement » après la catastrophe de la limite Crétacé-Tertiaire, il existait déjà des mammifères d’une taille fort respectable (de la taille d’un ours), adaptés à des modes de vie variés.  Aujourd’hui, 65 millions d’années après la crise, notre monde est peuplé de rats, de chauves-souris, de baleines, d’éléphants, de fourmiliers, de guêpes, de chevaux et d’humains. Ce monde si varié est le résultat d’une vaste radiation évolutive grâce à l’effacement forcé des dinosaures. Ainsi les grandes extinctions sont toutes de formidables facteurs, si ce n’est de « progrès », du moins de renouvellement.

La crise formidable que traversent les autres règnes de la nature sous nos yeux aveuglés est accompagnée d’une crise de l’humanité prise dans la totalité de son histoire. Il y a plusieurs manières de la montrer, nous n’en développerons que deux ici[2]. Depuis l’époque des chasseurs-cueilleurs, il y a environ deux cent mille ans, la vitesse des communications s’est accélérée d’une manière exponentielle. Celle-ci conditionne à son tour l’accélération des découvertes, la transmission des idées et la rapidité des évolutions techniques et sociales.

Il y a trente mille ans la tribu primitive ne connaissait encore que la parole et les jambes, elle avait besoin d’un temps considérable pour transmettre ses idées à ses voisins. Plusieurs millénaires s’écoulaient parfois avant que des peuples d’origines différentes ne se rencontrent et décident de guerroyer ou d’échanger leurs poteries et leurs femmes. Il y a cinq mille ans environ les peuples nomades puis les agriculteurs réussirent à domestiquer des animaux pour se déplacer : chameau, cheval et âne. La communication devint tout à coup considérablement plus rapide, le délai pour échanger des idées passe subitement du siècle à l’année. Depuis trois siècles seulement, le monde industriel multiplie à l’envie les voitures, les voies télégraphiques, les bateaux de gros tonnage et les avions de lignes si bien que le temps de déplacement moyen pour transmettre une information d’un point à l’autre de la planète se réduit à la journée. Finalement, depuis moins de trente ans, Internet va à la vitesse de la lumière. Toute nouvelle découverte scientifique est instantanément transmise vers tous les laboratoires de la planète. Chemin faisant les moyens de communication se sont libérés du sujet en passant de la personne au cheval, puis  à la voiture et enfin à l’ordinateur, cet écran derrière lequel nous regardons le monde avec un processus de désinvestissement affectif croissant, à moins de vivre dans la bulle de l’imaginaire. La vitesse de transmission du savoir accélère le processus d’évolution en réduisant considérablement le temps mis par une invention pour faire le tour de la planète, mais son prix est cher payé car l’homme pense de moins en moins à ce qu’il est pour se décentrer de plus en plus de lui-même et évacuer sa participation sensible au monde extérieur.

Les moyens d’échange sont à l’avenant. Ils passent eux aussi de la terre vers le ciel, du concret vers l’abstrait. L’objet troqué par les nomades se transforme d’abord en jeton d’argent ou de bronze chez les agriculteurs. Puis le métal perd de sa densité pour se multiplier sous la forme de papier-monnaie et d’actions avec l’industrie. Finalement il disparaît dans l’invisible, véhiculé sur les ondes des échanges bancaires, réduit à un simple chiffre sur un compte dans le tourbillon généré par les échanges informatiques. Au final, le cheval, le champ et la chèvre sont devenus des nombres purs.

Et puis, entre le néolithique et maintenant, nous vivons une extraordinaire accélération du temps. Non qu’il le soit dans l’absolu, mais notre sens du temps est lui-même réduit au très court terme. Aujourd’hui nul n’envisage sérieusement l’avenir à plus de 10 ans alors que les Egyptiens construisaient des tombeaux-pyramides pour assurer la vie éternelle de leurs occupants avec vivres, bétail et serviteurs. Pourtant si, comme nous le suggérions précédemment, l’accélération de l’histoire est proportionnelle au temps que met une information pour faire le tour de la planète, infiniment longue (relativement à une vie humaine) à l’âge des cavernes, rapide comme l’éclair aujourd’hui, une telle accélération ne pourra plus se poursuivre. Après les chasseurs-cueilleurs, les agriculteurs, les industriels et les créatifs culturels, nous savons qu’il est impossible d’aller vers un « cinquième âge », non seulement en raison de sa vacance mythologique, mais aussi pour une cause purement physique : la vitesse de la lumière est théoriquement et expérimentalement indépassable.

Devant nous, le mur.

N’est-il pas symptomatique que ce lieu qui réunit vitesse maximale, des valeurs réduites à des chiffres sur un compte bancaire, le culte du nombre pur qui efface l’éthique, là où le temps est devenu de l’argent… s’appelle précisément Wall Street, la « rue du mur » ?

Après les nomades, les agriculteurs, les industriels et les informaticiens, il n’y aura pas de cinquième époque de la civilisation car la vitesse de la lumière est physiquement indépassable.

À moins d’un changement radical de la nature humaine.

Aujourd’hui le choix est entre l’Apocalypse et l’Illumination. La crise actuelle n’est pas économique ni même écologique, elle est ontologique. Elle invite l’être humain à une initiation collective qui le conduira vers une nouvelle espèce. Et toute initiation suppose un abandon radical de l’ancienne manière de se représenter le monde.

La grande mutation ontologique

Existe-t-il des signes de son approche ? Et à quoi pourrait-elle bien ressembler ? Comment faire aussi bien que le dinosaure qui sut si remarquablement se transformer à l’approche de la grande catastrophe en devenant oiseau ? Quel « oiseau » va jaillir de l’homme moderne, cette merveille en péril ?

mutation ontologiqueLes premières tentatives historiques pour aller vers un « homme nouveau » datent seulement de la « grande guerre » 1914-1948, une période rythmée par deux rencontres successives entre Saturne (le principe de réalité) et Pluton (le principe de métamorphose)[3] et marquée par la découverte de cette dernière planète en 1930 par Percival Lowell et Clyde Tombaugh. Les deux faces de son sens astrologique sont déjà codées dans les noms de leurs découvreurs : la « mort (tomb) pour autant que (aught) »… d’un côté et le « bon amour » de l’autre ! « Percer héroïquement le val (percival) qui conduit vers l’amour du cœur à moins de rencontrer la tombe de l’espèce humaine »…. Tel est le programme symbolique de Pluton et, historiquement, de la seconde guerre mondiale d’où jaillit une nouvelle vision politique barbare et immature : le national-socialisme prit le pouvoir au Reishtag en 1931, exactement un an après la découverte de Pluton. A l’Est, cette tentative pour créer un « homme nouveau » était déjà dans l’air depuis quelques années. Entre 1917 et 1933 les soviets imposèrent au peuple russe une marche forcée vers le communautarisme au nom d’un idéal de transformation de la nature humaine. Si les formes politiques meurent en raison de leur immaturité, les idéaux persistent dans l’inconscient collectif. Après l’échec des tentatives de métamorphoses du vieil homme en un nouvel homme par le mythe et la guerre (le nazisme), puis par la collectivisation et l’idéalisme (le communisme), la voie mécanique et matérialiste persiste : nos « élites » rêvent encore d’homme bionique et de « superman » au génome « amélioré » en qui se fondent nanotechnologies, biologie et puces électroniques.

Ces trois tentatives, un peu folles, sont fondées sur une conception matérialiste de l’homme (la biologie moderne), sur un idéalisme aveuglant (le communisme) et, d’une manière plus radicale avec le national-socialisme, sur le mythe d’une race pure ancestrale. Si l’inconscient collectif affirme l’urgente nécessité de transformer la nature humaine, il a des difficultés pour l’accomplir. Mais enfin, les dinosaures ne sont pas devenus oiseaux en un seul jour ! L’adhésion de la conscience humaine au mythe du surhomme s’est révélée foncièrement destructrice, elle a choisi la voie de la mort et non la percée du voile vers l’amour. L’idéalisme forcé de la société socialiste sans classes a rapidement sombré dans la rééducation idéologique. Enfin les choix contemporains pour bricoler le corps humain sont certainement aussi dangereux, bien que nous ne nous en rendions pas encore compte, car ils idolâtrent notre matière biologique, ce temple de l’Esprit.

Existe-t-il alors une quatrième voie qui conduirait vers la transformation de l’homme ?

L’année de la découverte de Pluton, en 1930, Sri Aurobindo publiait à Pondichéry un opuscule intitulé the superman. Il développera plus tard cette vision dans un autre ouvrage, La manifestation du Supramental sur la Terre.

Cette vision devient-elle aujourd’hui une réalité ? Les témoignages recueillis par le réalisateur autrichien Peter-Arthur Straubinger dans son documentaire « Lumière » semblent aller dans ce sens[4]. Combien sont-elles ces personnes qui ne se nourrissent plus que d’énergie éthérique (ou prana), sans nourriture solide et parfois sans eau, dans le monde ? Mille, cinq mille, dix mille ? Les opinions divergent sur ce point. Nous en avons rencontré deux, l’une au Portugal est mère de famille, elle cuisine pour ses enfants. L’autre habite à Nantes et vit de prana depuis maintenant huit ans. Tous deux vivent intensément dans le cœur. Henri Monfort organise des sessions de 21 jours pour mettre en place la nourriture pranique. Il insiste sur l’alignement des corps physique, émotionnel, mental et spirituel pour accomplir cette mutation ontologique et définit trois critères de réussite : une division par deux du temps de sommeil, la sensation d’avoir une grande énergie et la stabilisation du poids corporel. La plupart des personnes ayant réussi le changement de nourriture l’ont fait progressivement en devenant végétariennes puis crudivores et enfin praniques. Et puis il y a le cas étonnant de ces jeunes artistes « respiriens » en Equateur, Camila et Akahi, qui viennent de mettre au monde une petite fille[5]...

Ce qu’il y a de remarquable, c’est que ce phénomène soit mondial et indépendant des philosophies, des religions et des pratiques spirituelles. Certains y sont arrivés spontanément en réalisant soudain qu’ils ne pouvaient plus manger de nourriture, d’autres en pratiquant le processus de 21 jours proposé par Jasmuheen, d’autres encore par de longues pratiques de chi kong et des exercices respiratoires assidus.

Ce qui est remarquable c’est que pour la première fois dans l’histoire de l’humanité certains spécimens de notre espèce rompent le cercle mortifère où la vie doit se sustenter de la mort des autres espèces. Ici la vie se nourrit de la vie.

Et la légèreté, la liberté, la souplesse et l’ouverture du cœur l’emportent sur les autres considérations.

La chose semble si simple et si incroyable que la presque totalité des scientifiques et l’immense majorité du public adoptent une attitude de déni face à l’évidence[6] ! Tout se passe comme si la conscience ordinaire ne voulait ou ne pouvait pas voir la mutation en cours qui bouleverse radicalement cent mille ans de croyances : il faut manger de la nourriture solide pour vivre. Cela pose évidemment une question aujourd’hui sans réponse : comment font donc les cellules pour se nourrir uniquement de prana ?

Après les tentatives collectives avortées, ou en voie de l’être, du national-socialisme, du communisme et de l’homme bionique, après la réussite individuelle des respiriens chez quelques spécimens de l’espèce humaine tout autour de la planète, existerait-t-il d’autres signes avant-coureurs qui nous indiqueraient que la grande mutation de l’être humain est en cours ?

On sait que la radioactivité est corrélée avec le symbolisme de Pluton. La première réaction nucléaire réalisée en laboratoire le fut à la veille de la découverte de la planète, par le scientifique Allemand Otto Hahn en décembre 1929 ; les accidents de Tchernobyl et de Fukushima éclatèrent lorsque Pluton avait une position remarquable dans le ciel : son entrée en Scorpion en avril 1986 au demi-carré d’Uranus puis en Capricorne au carré de cette même planète en mars 2011. Deux zones d’exclusions s’ensuivirent, redonnées à la nature et donc libres de la pression de sélection liée à la présence de l’espèce humaine.

Comment lire symboliquement ces événements ? Est-ce le signe que le moment est venu d’intégrer psycho-spirituellement ce que la matière radioactive réalise objectivement, à savoir les trois caractéristiques de la radioactivité : l’émission spontanée de lumière, la transformation de l’état de la matière et une manifestation physique a-causale[7] ?

Mais n’est-ce pas cela que vivent les respiriens contemporains ? Ils se nourrissent de lumière, ils ont radicalement changé les habitudes plurimillénaires du corps humain et se laissent guider par les synchronicités de leur existence. Alors, plus besoin de « zones d’exclusion » pour libérer la planète de la voracité humaine puisque l’agro-alimentaire n’aura plus lieu d’être, pas plus que les industries pharmaceutiques et le modèle consumériste qui est le plus souvent une consolation compensatoire liée au faible alignement entre les corps physique, émotionnel, mental et spirituel de l’homme.

Certes, la planète est malade car de nombreuses espèces disparaissent à une vitesse vertigineuse. Et la race humaine arrive au terme d’un long développement psychologique et social qui n’a, aujourd’hui, pas d’autre horizon qu’un mur opaque : celui de la bourse. Pourtant la Nature et l’âme du monde ont plus d’un tour dans leur sac. Les grandes catastrophes écologiques, rarissimes dans l’histoire longue de la planète, cinq ou six seulement, permirent à chaque fois l’explosion de la vie et la floraison de nouvelles espèces. Le seul défi réel est de savoir si nous saurons accompagner consciemment ce passage historique en choisissant de devenir une nouvelle espèce, ou si la pression des événements sera l’aiguillon de notre métamorphose vers un monde où l’espace sera sacré et où le temps de la causalité sera dissous.


[1] World Wildlife Fund, http://www.wwf.fr/
[2] Luc Bigé, Prométhée, la sublime irrévérence (Janus).
[3] Luc Bigé, Les sept jours de la création d’Israël (Janus).
[4] Voir également les entretiens diffusés par la chaîne de télévision Internet http://suprememastertv.com/fr/bmd/?sca=bmd3 au mot clef « breatharianism » (sous-titrés en 42 langues dont le français).
[5] Tous deux se nourrissent uniquement de prana depuis plusieurs années. Si le corps peut vivre normalement dans ces conditions il peut également enfanter, comme le montre leur témoignage diffusé sur YouTube : http://pranique.com/video/tuavucevideo-camilacastilo-enceinte.html
[6] Dans le même ordre d’idée, mais à un degré moindre, un journaliste écrivait un jour dans un grand mensuel français, à l’occasion d’une enquête sur l’Inde, que Saï Baba, disait-on, transformait des objets en cendres. On sait qu’il n’en est rien puisqu’il matérialise, entre autres choses, de la vibuti, cette « cendre » qui les Indiens de l’ashram utilisent pour souligner l’espace du troisième œil. Tout se passe comme si la pensée de la matérialisation lui paraissait si impossible que, en une sorte de déni inconscient, il avait transformé le phénomène en quelque chose de supposé plus acceptable car observable dans la nature : réduire des objets en cendres. Pourtant des milliers de personnes, dont l’auteur de ces lignes, ont pu observer la création de vibuti et en ramener un peu chez eux !
[7] Voir l’article de Hubert Reeves dans l’ouvrage collectif  La Synchronicté, l’âme et la science (Albin Michel).

L’astrologie

L'astrologie est infiniment plus qu’une technique capable de parler de la personne et, éventuellement, des événements qui ponctuent sa vie. C’est avant tout, à nos yeux, une philosophie pratique qui a le mérite de relier l’abstrait avec le concret, l’archétype avec la vie quotidienne et le sens avec l’événement. C’est pourquoi un thème astrologique se déploie à la fois sur les plans métaphysique (le sens de l’existence), psychologique (la connaissance de soi) et pratique (sa mise en œuvre dans sa vie).

Souvent les écoles d'astrologie se spécialisent dans l’une ou l’autre de ces approches alors que celle-ci entrent en permanence en résonance les unes avec les autres. Les événements qui m’arrivent me parlent de qui je suis sur le plan psychologique. Ce « qui », à son tour, sert de véhicule pour l’expression des forces transpersonnelles présentes à la source de toute poésie et de toute création.

Certes, la prédiction des événements à partir du thème natal est possible. Encore faut-il se demander quel sens cela peut avoir. Trop souvent la prédiction sert à figer la conscience dans l’attente ou dans l’angoisse de ce qui est supposé advenir. Ce serait alors faire une astrologie enfermante qui focalise l’attention du consultant sur une forme événementielle au risque d’éclipser l’élargissement de conscience que cet événement pourrait produire.

D’une manière un peu provocante nous disons souvent que le monde extérieur n’existe pas. Il est simplement le reflet de nos plus intimes pensées. Tout ce qui nous arrive – une rencontre, un changement professionnel ou une maladie -  pourra alors être lu d’une manière symbolique car cet « événement » est un sens refusé qui s’est cristallisé dans une forme objective. Lorsque ce sens est intégré dans la conscience l’événement n’a plus lieu d’être, ou, en tout cas, ne pose plus de difficultés. Chaque situation extérieure devient alors un vivant miroir de nous-même qui nous aide à grandir, c’est-à-dire à devenir ce que l’on est. Le rôle de l’astrologue ne devrait pas être, dans ces conditions, de prévoir un événement mais de montrer en quoi cette situation peut se produire et se produira si sa signification profonde n’est pas perçue par avance. C’est ainsi que l'astrologie prédictive pourra enchaîner sur la seconde fonction de la lecture du thème : la connaissance de soi

L’interprétation psychologique du thème natal ne remplace pas un travail thérapeutique. Si la lecture du thème entraîne des prises de conscience, l’expérience montre que celles-ci sont souvent recouvertes par le retour dans la vie quotidienne. Par contre, la lecture astrologique  peut avantageusement accompagner un travail thérapeutique en dirigeant l’attention de la personne vers la nature de ses mémoires de souffrance, mais aussi vers ses dons et ses qualités particulières pour l’aider à déployer sa nature profonde. De plus, le thème dira le type de travail de développement personnel le plus adéquat, et le meilleur moment pour l’accomplir.

Descendre au cœur de soi-même ouvre sur les autres et sur le monde. Non d’une façon conventionnelle et culturelle, mais par la voie du cœur. C’est là toute la thématique du mythe de Narcisse qui décrit avant tout un processus de connaissance de soi. Aller au fond de son unicité ouvre à grand battant les portes de l’universel. A ce moment-là l’astro-psychologie devient une astro-mythologie et la question « comment puis-je réussir ma vie et développer mon potentiel ? » devient « comment puis-je accomplir mon destin et réussir la mission de mon âme ? ». Les grands mythes comme Prométhée, Icare ou Narcisse nous proposent une sorte de mode d’emploi de développement spirituel en nous mettant en garde contre les pièges du chemin. Le thème natal est alors utile pour connaître notre (ou nos) mythe fondateur. Nous entrons ici dans l'astrologie de la Lune Noire qui décrit comment l’universel s’incarne avec ferveur et intransigeance dans une personne particulière.

Ce contact direct avec l’étincelle divine en soi, ce plan métaphysique de l’être, ouvre encore un nouveau chemin : la contact avec l’anima mundi, l’âme du monde. L’astrologue qui s’engage dans cette exploration pratique ce qu’il est convenu d’appeler l'astrologie mondiale. Ici encore, la prédiction des événements mondiaux ne devrait être que la conséquence d’une philosophie et d’une vision, elle ne peut pas être un fin en soi. L'astrologie mondiale questionne le sens dans l’Histoire (et non pas le sens de l’histoire) et, pour le formuler comme cela, décrit les rythmes d’incarnation de l’âme du monde sur la Terre au moyen des communautés humaines. Ce n’est pas l’histoire qui a crée les mythes, mais les mythes qui produisent l’histoire. Ce sujet est en réalité d’une extrême importance. Mieux le comprendre nous permettrait, enfin, de prendre collectivement en main les conditions de notre futur, plutôt de que vivre dans une civilisation chaotique qui avance sans direction ni but.

L'astrologie est une science du sens qui fonde sans jamais les figer des systèmes de valeurs. C’est un langage composé de symboles qui nous facilite cette grande traversée qui va du questionnement sur des événements particuliers à notre existence jusqu’à la compréhension des grands défis de l’histoire du monde, en passant par le développement personnel et le questionnement spirituel. Cela peut paraître extravagant, mais la raison en est simple : la nature n’obéit pas seulement à des lois mécaniques, elle fonctionne aussi comme une unité où événements, psychologie, transcendance et Histoire s’interfécondent en permanence. Cette unité est ordonnée par la pensée analogique qui est précisément celle qu’utilise l'astrologie et, plus largement, les systèmes symboliques.

A quoi sert l’astrologie ?

A quoi sert l'astrologie dans notre monde moderne fondé sur la raison ?

Afin de mieux cerner l'essence de l’astrologie, il nous parait nécessaire de préciser d’abord ce qu'elle n'est pas. En effet, sa vulgarisation par les média en offre souvent une image simpliste, voire caricaturale.

  • L'astrologie n'est pas un art divinatoire, ni une technique de prédiction des événements au sens où cela est couramment compris.
  • Elle n'est pas non plus un déterminisme qui s'ajoute aux contraintes génétiques, biologiques, éducatives et sociales.
  • Elle n'est pas une clé résolvant comme par enchantement tous les problèmes.

Voyons à présent, très brièvement, ce que l'astrologie peut-être :

  • Un système symbolique permettant une meilleure connaissance de soi et des autres.
  • Un outil dont l'usage suggère à quel moment il est préférable d'employer telle « énergie » plutôt que telle autre pour arriver au but que nous nous sommes proposé d'atteindre.
  • Une vision globale (holistique) de l'homme qui retrouve ainsi sa place dans l'univers, une place décodée en terme de sens.

Il s'agit, dans un premier temps, de situer l'astrologie parmi les différents systèmes de pensée élaborés par l'homme au cours des âges dans le but d'atteindre à la plénitude de la présence. L'astrologie n'est pas une conception du monde, mais une vision du monde. C'est son ouverture sur le possible, l'absence de lois rigides et établies par avance, en un mot les multiples niveaux de perception autorisés par la méditation sur le symbole qui en font la richesse et l'inépuisabilité.

Le thème natal est un instantané du ciel au moment de la naissance. Il représente, au moyen d'un certain nombre de symboles, la position de la Terre et des autres planètes au sein du système solaire à l'instant exact du premier souffle. C'est, en quelque sorte, notre carte d'identité naturelle, unique et différente de toutes les autres. De ce fait, il est possible de se contenter d'apprendre l'astrologie pour travailler sur son thème, et donc sur soi-même.

Le thème ne représente pas ce que nous sommes mais ce que nous pourrions être si nous étions conscients de toutes nos potentialités. Il est l'image archétypale de ce que nous sommes. En ce sens, le thème de notre naissance représente plus que la simple photographie des étoiles au début de notre existence consciente. A notre naissance le cliché est encore en chambre noire, il révèlera ses véritables couleurs au fur et à mesure que la lumière viendra à lui. Au cours de la croissance apparaît un développement plus ou moins homogène des zones de brillance et des zones d'ombre… mais la qualité de la lumière n'est pas inscrite par avance sur la photographie.

L'étude des cycles des planètes dans le ciel après la naissance - appelés "transits" - ainsi que l'abord de cycles plus intérieurs (les "progressions") permettent de définir les grandes lignes du développement de la personnalité. L'astrologie propose un regard sur la trame de base de notre propre rythme d'évolution. Elle nous indique à quelle période de notre vie et dans quel champ d'expérience (familial, professionnel, financier,…) nous devrions porter notre attention consciente, et, pour cela, quelles qualités développer préférentiellement. C'est ainsi que certaines zones de la photographie recevront plus de lumière à tel ou tel moment du développement. Au fond, image photographique et personnalité se développent de la même manière : par réception et accrochage de la lumière. Lumière solaire ou lumière de la conscience.

Certaines zones du cliché recevront plus d'énergie lumineuse à tel ou tel moment de leur développement. Il sera alors possible de leur donner plus de relief et de les harmoniser avec l'ensemble en jouant sur la quantité et la qualité du rayonnement.

Au fil des âges

Voici un rapide survol historique afin de mieux saisir la place de l'astrologie dans le monde contemporain. Les racines de cette discipline se nourrissent des connaissances véhiculées depuis plusieurs millénaires par les plus anciennes civilisations. De tous temps des astronomes-astrologues ont tourné leurs regards vers les étoiles, scruté le ciel et soigneusement répertorié leurs observations. Chez les peuples de l'antiquité, astrologie et astronomie étaient sœurs jumelles. Ce double savoir, intimement lié, relevait bien souvent de la compétence du clergé. En fait, il existait une étroite convergence naturelle entre l'astronomie, l'astrologie et la vie spirituelle.

La conception du monde était alors fort éloignée de ce que nous considérons aujourd'hui comme valable.

La pensée du XIXème siècle, encore très présente dans nos mentalités modernes, considéra l'homme comme une machine biologique perdue sur une petite planète, la Terre, qui navigue dans un espace quasi-vide et sans vie. L'homme est seul dans un univers froid, sa présence résulte d'un accident ou d'un hasard. Ces considérations n'avaient pas leur place au sein des grandes civilisations dont la pérennité s'étendit sur plusieurs millénaires. Le subjectif, c'est-à-dire la vie intérieure de l'homme, n'était pas coupé de ce qui se passe à l'extérieur comme cela est aujourd'hui le cas. La dichotomie objectif/subjectif n'existait pas encore. Les anciens avaient découvert un lien symbolique unissant l'astronomie - l'observation du ciel extérieur - et ce que nous nommons aujourd'hui la psychologie, c'est-à-dire l'observation de nos constellations psychiques intérieures. Ce lien a pour nom astrologie.

Gardons-nous bien de considérer cette vision du monde comme « infantile » ou « archaïque ». Il s'agit plutôt d'une mentalité différente de celle que nous acceptons - souvent inconsciemment - comme valable. Si différente que nous avons, en réalité, grand-peine à en imaginer la richesse et le sens par delà les quelques poteries et autres objets qui nous sont parvenus.

Témoins privilégiés de ces anciennes cultures humaines, les Védas, les textes sacrés de l'Inde, dont l'origine remonte à plus de 6000 ans en arrière. Ce sont probablement les archives les plus anciennes de l'humanité. Celles-ci relatent la vie religieuse et sociale des premiers peuples indo-européens. Vie étroitement dépendante des conditions célestes. Dans le même ordre d'idées citons également la division géographique de l'Egypte pharaonique en 42 nomes ou "territoires", un peu comme les départements en France. Chacun de ces nomes trouvait sa correspondance symbolique avec une partie du corps d'Osiris, lui-même relié aux constellations zodiacales.

En occident, on retrouve également une certaine persistance - muette ! - de l'astrologie puisque la date des fêtes religieuses est fixée en fonction du cycle du Soleil et de la Lune. Chaque année Pâques est célébré le premier dimanche qui suit la pleine Lune de l'équinoxe de printemps. Il n'est pas rare non plus de découvrir dans certaines églises romanes des XIème et XIIème siècle (Issoire,…) une représentation des douze signes zodiacaux dans la partie la plus sacrée de l'édifice religieux.

Il existe donc encore, disséminés ici et là, un certain nombre de symboles astrologiques dont le sens profond est souvent perdu.

Après la chute de ces grandes civilisations, l'astrologie s'émancipa de la pensée religieuse. Elle se tourna de plus en plus vers la vie séculière, de sorte que bon nombre de personnages publics eurent leur astrologue-conseil. Les siècles s'écoulant, elle devient de plus en plus événementielle et se spécialise dans la prévision de l'avenir, l'anecdote et le détail. Néanmoins, loin des fastes de la cour et des spéculations de l'époque œuvraient dans l'ombre quelques astrologues et alchimistes anonymes. Certains ont laissé un nom dans l'histoire. L’un des plus éminents fut sans doute Paracelse. Médecin, astrologue et alchimiste réputé pour ses guérisons spectaculaires, il fut l'un des premiers à utiliser l'horoscope du malade pour établir un diagnostic.

Le XVIIe siècle marqua un tournant important dans l'histoire de la pensée. En effet, depuis l'antiquité, le thème natal était calculé pour la nation entière ou encore pour le roi qui avait en charge les destinées du pays. Le fait de dresser le ciel de naissance de tout le monde implique une importance croissante de l'individu par rapport au collectif. Le microcosme est à présent représenté par l'être humain et plus seulement associé à un territoire et au devenir du groupe qui l'habite.  Pour être complet il faut encore mentionner d'autres personnages dont l'histoire à retenu le nom pour leurs découvertes scientifiques. Citons Newton et Képler qui se sont intéressés à, et ont probablement pratiqué, l'astrologie et l'alchimie. Curieusement l'histoire des sciences a gommé une partie importante de l'œuvre de ces chercheurs pour n'en garder que ce qui correspond à la mentalité et aux croyances modernes.

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Différents types d'astrologie

En astrologie, pas plus qu'ailleurs, il n'existe de connaissance absolue. Tout est mouvance. Mais mouvance ne signifie pas errance. Le thème natal forme un tout structuré qui offre une vision globale du clair-obscur de la psyché. Il existe aujourd’hui différentes écoles et diverses voies de recherche, toutes complémentaires les unes par rapport aux autres. En d'autres termes il n'y a pas une astrologie mais des astrologies. Chacune est représentative d'une époque et d'une façon de penser. Ces diverses approches existent en fonction des besoins de l'humanité et de sa vision du monde. L'astrologie prit des formes diverses suivant les lieux et les temps. Ainsi il existe une astrologie Aztèque, Chinoise, Hindoue, Egyptienne, Sumérienne…. Tenter une étude un tant soi peu exhaustive de toutes ces branches serait une gageure pratique car nous ne sommes pas imprégnés de la mentalité chinoise ou aztèque. Parmi les différentes écoles se côtoyant actuellement dans le monde occidental, trois prédominent :

L'astrologie traditionnelle

Elle tire ses sources essentiellement des travaux de synthèse de Ptolémée, astrologue et astronome du deuxième siècle, à qui nous devons la représentation géocentrique de l'univers. Cette conception selon laquelle toutes les planètes, plus le Soleil et la Lune, tournent autour de la Terre, survécut dans la conscience de l'occident jusqu'à Galilée. Ptolémée eut le mérite de consigner par écrit la tradition astrologique de son époque, transmise jusqu'alors oralement. Il y associa également la théorie des quatre éléments formulée définitivement par Empédocle, philosophe Grec du VIème siècle avant notre ère. Au fil des âges cette astrologie devint de plus en plus événementielle, c'est-à-dire axée sur la prédiction des événements. L'être humain est soumis aux "influences" astrales et n'a d'autre choix philosophique que de lutter ou de subir. Apparaissent alors les notions de fatalité / libre-arbitre à partir desquelles on a imaginé tous les dosages possibles pour justifier des actes des hommes.

L'astro-psychanalyse

Les apports de la psychanalyse freudienne à la connaissance de la nature humaine ont incité certains astrologues à adapter cette lecture aux différents éléments du thème natal. Chaque planète correspond ainsi à une instance psychologique telle que le ça, le surmoi, le moi, et l'idéal du moi. Cette approche permet un gain en profondeur dans l'interprétation du thème natal. Elle reste néanmoins statique. Cela signifie que le thème astrologique est un constat de ce que l'on est au moment de la naissance, révélant un certain nombre de complexes, un certain degré de lucidité, des points forts, etc. Mais il ne nous est cependant pas donné la clé qui pourra mener la personnalité à une véritable prise en charge de son thème de naissance, et donc d'elle-même. La carte du ciel est le reflet des traumatismes vécus dans l'enfance, ainsi que des divers conditionnements qui font ce que nous paraissons être. Cette approche de l'astrologie ainsi que la précédente sont dualistes. Il existe des planètes "bénéfiques" et "maléfiques", des "bons aspects" et des "mauvais aspects". Tout cela a naturellement pour conséquence l'existence d'horoscopes "favorables" et "défavorables".

Cette analyse astrologique correspond à la vision du monde développée en Occident au XIXème siècle. Vision du type blanc ou noir, bien ou mal, vrai ou faux… maintenant matérialisée dans le langage binaire de l'informatique, avec la logique comme critère de connaissance.

L'astrologie humaniste

Le thème natal, simple carte d'identité, devient le nom symbolique de la personne. Nommer une chose, c'est la connaître, c'est lui donner une forme dans notre conscience. Le ciel de naissance devient ainsi un outil privilégié de connaissance de soi et d'action.

L'astrologie humaniste fut formulée pour la première fois dans les années 1930, aux Etats-Unis, par Dane Rudhyar. Celui-ci considère l'astrologie comme une technique d'étude des cycles de la vie individuelle, cycles qui entrent en résonance avec les rythmes des planètes. Les astres ne nous influencent pas, ils ne sont pas en dehors de nous mais en nous. Le thème natal est une représentation symbolique du monde intérieur à l’aide d’un nombre limité d'éléments. La force de l'astrologie vient du fait de ce nombre restreint de symboles. En d'autres termes, l'harmonisation de notre rythme personnel avec le rythme du cosmos nous permet de découvrir notre nom véritable et, par suite, de donner un sens à notre participation à la vie de l'univers.

Le thème nous aide à prendre conscience de ce qui est en nous, de ce que nous sommes en tant qu'individu. Nous sommes plus que nos conditionnements, ceux-ci sont des conditions à notre disposition pour devenir ce que l’on est. De ce point de vue, être totalement libre c'est vivre son thème à cent pour cent. A partir de ce moment-là tout jugement de valeur disparaît, il n'y a plus de "bonnes "ou de "mauvaises" planètes mais chaque élément du thème est ce qu'il est, une fonction parmi d'autres fonctions. Cette approche astrologique se base sur une nouvelle façon de penser, mais aussi et surtout sur le développement d'une nouvelle qualité d'être. La logique, de binaire qu'elle était auparavant, s'efforce de devenir ternaire, voire multidimensionnelle.

L'accent, lors d'une interprétation, ne porte plus sur les événements objectifs mais sur leurs correspondances symboliques dans la vie subjective d’une personne qui s'efforce de comprendre sa nature essentielle et la meilleure manière de l’exprimer. L'astrologue ne travaille plus avec des objets (planètes) mais avec des « énergies », présentes partout et à chaque instant, qui entrent en résonance les unes avec les autres en suivant des rythmes spécifiques.

L'astrologie transpersonnelle

Alors que l'astrologie humaniste est une voie pouvant conduire l'être à devenir une personne à part entière, l'approche transpersonnelle, également développée par Rudhyar, indique ce que serait cette personne si elle devenait canal pour une énergie plus-que-personnelle. Une énergie qui transcende ses intérêts immédiats et réponde à un besoin du collectif. Le thème natal reste toujours identique à lui-même, c'est le "niveau" d'interprétation qui change. Le ciel de naissance indique de quelle façon la personne peut repolariser son mode usuel de comportement dans le but de focaliser en elle une énergie spirituelle diffuse. Ce nouveau développement de l'astrologie est intimement lié à la prise de conscience croissante que l'humanité forme un tout… et à la découverte que "le soleil est aussi une étoile" voyageant au sein de la galaxie, accompagné de milliers d'autres.

Sur le plan symbolique, ces deux phénomènes entraînent un changement de regard. La conscience n'est plus focalisée sur la satisfaction des besoins personnels (symboliquement le "moi-soleil" posé au centre de l'univers) mais s'efforce de percevoir sa place au sein du plus grand tout qu'est l'humanité (symboliquement le Soleil est une étoile parmi d'autres dans la Galaxie). Les rapports humains passent d'une structure hiérarchique rigide (le Soleil, régisseur de son cortège de planètes) à un système basé sur la co-opération (le Soleil accompagné d'autres étoiles). L'humanité prise comme un tout essaie ses premiers pas sur la planète : peut-être l'ère du Verseau verra-t-elle ceux-ci se transformer en une danse adressée à l'univers entier.

Pour conclure, remarquons qu'il n'y a pas un système meilleur qu'un autre : on fait l'astrologie qu'on est. Que notre pensée se dirige plus naturellement vers l'abstraction ou la pratique, la rigueur ou l'intuition, chaque méthode donne un éclairage significatif.

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