astrologie-saturne-pluton

Une plongée dans les astres

Dans cet entretien avec Guillaume Attewell nous évoquons les relations entre l'astrologie et la mythologie, ainsi que les mythes dans l'histoire, ceci nous conduit à explorer ce que pourrait être le mythe du XXIe siècle. Il est également question de la triple conjonction actuelle entre Jupiter, Saturne et Pluton

 

2+
symbolisme-coronavirus

Le sens symbolique de la pandémie de Covid-19

Que nous apprend le monde en ce temps de confinement ? Observons les symboles, décryptons leur langage. Le confinement n'est-il pas une invitation à regarder à l'intérieur ? Alors que le coronavirus, cette mal-à-dit, continue de se répandre, que peut nous dire l'analyse des symboles sur la situation que traverse le monde ? Et à l'échelle individuelle, en quoi les symboles nous permettent-ils de décrypter le sens de ce que nous traversons ?

Comme il s'agissait d'un direct, pendant les trois premières minutes le son n'est pas au point, il est bien meilleur ensuite. Désolé pour cet inconvénient.

Cet entretien réalisé grâce à Myriam Bourré et Emma est disponible ici :

3+

Pandémie : le virus, une ruse de la vie ?

Le virus, une ruse de la vie ?

Bien sûr, c’est la guerre, la guerre, la guerre, la guerre, la guerre, la guerre (six fois) car nous sommes dans un monde où nous avons besoin d’ennemis pour réussir une « union sacrée » qui, nous aurions tord d’en douter, se délitera dès les premiers beaux jours revenus.

À moins que ?

A moins que nous ne puissions explorer et approfondir cette situation autrement que dans une logique causale et violente qui dit « non à la vie », une logique qui développe des armes pour atteindre des cibles. Celle-ci qui prévaut plus que jamais dans un monde politique phagocyté par une économie devenue omniprésente et toute-puissante. Qui, dans les années soixante, hormis certains spécialistes, suivait les cours de la bourse ?

Aujourd’hui, par un retournement dont la vie a le secret, l’économie est contrainte de servir les hommes. En même temps, elle dévoile sa dimension relative puisque, contrairement à toutes les règles considérées jusqu’ici comme intangibles, une manne financière tombe du ciel, une pluie d’argent cliquette partout, tendez l’oreille… Mais qui paiera ? Faudra-t-il envisager une annulation de toutes ces dettes ? L’argent naguère introuvable pour l’hôpital, l’école ou les sans-abris surgit comme par magie. Mais alors à quoi bon travailler ? L’argent, plus que jamais, est éphémère, liquide…

Par delà son aspect sanitaire cette crise ébranle l’ensemble de la société et ses valeurs puritaines nées de la Réforme de Luther. L’Histoire nous rappelle que les guerres ont à chaque fois changé le visage des civilisations qui les ont traversées.

A noter que les nations qui ont choisi de ne pas se confiner – c’est une option qui a son sens – comme l’Angleterre et les Pays-Bas ont une longue tradition de commerce. La vie extérieure fait partie des gènes qui ont construit l’identité de ces nations.

Nous sommes donc confinés à la vie intérieure pour une durée indéterminée. Et nous observons que l’intériorisation conduit à l’extériorisation des qualités du cœur envers les soignants, mais aussi les proches et les moins proches. Avec un peu de chance, cela va durer suffisamment longtemps pour ancrer ces nouvelles dispositions dans les consciences. Avec un peu de chance, les consolations de la société de consommation ne seront plus désirables car la vie intérieure, physique d’abord par le confinement, puis psychique par l’approfondissement de la conscience, aura œuvré à transformer un peu l’homme moderne. Paradoxalement – mais tous les fondamentaux contiennent en germe une chose et son contraire – la liberté intérieure croit dans l’enfermement extérieur, rééquilibrant ainsi plus d’un siècle de projections effrénées hors de soi, hors du Soi. Ce Soi qui est, pour chacun, un espace de lumière et d’amour dansant dans un corps d’argile.

Cela n’ira pas sans la traversée de zones de turbulences comme la peur du manque ou l’angoisse de l’avenir. La conscience qui n’est pas habituée à l’introspection trouvera, surtout au début et vers la fin, le temps long. Elle est pourtant assise sur un trésor, ce trésor qu’elle chercha si longtemps et si vainement dans le monde non confiné.

Alors oui, ce virus est une ruse de la Vie qui porte dans son nom la couronne (corona). Dans notre monde, si orienté business, peut-être nous invite-t-il à remettre la couronne à sa place, autour du cœur. Il s'agit en effet du seul organe de notre corps qui la porte d’une manière légitime puisqu’il s’agit des coronaires, ces artères qui nourrissent en sang oxygéné l’organe de l’amour. Jusqu’à présent la couronne était portée sur la tête dans un monde qui bichonnait l’intelligence, la pensée, la critique et les résultats aux examens.

Faut-il rappeler, toujours dans l’ordre symbolique, que l’anglais earth (la Terre) est l’anagramme de heart (le cœur)… et que tous deux contiennent, l’oreille, l’organe de l’écoute (ear) ? Écouter plutôt que faire, sentir la vibration du souffle au creux de l’oreille et de l’oreillette plutôt que d’agir pour piller les richesses écologiques de cette Terre qui nous a donné vie en même temps que des milliards d’autres espèces…

Quoi d’autre ?

Nous sommes tous interconnectés sur cette planète, pas seulement entre humains mais aussi avec toutes les formes de vie, si petites soient-elles.

Et chez les humains la hiérarchie des valeurs change et se rééquilibre. Une trader est-il plus utile qu’un livreur pour l’harmonie sociale dans cette période de crise ? Un influenceur plus essentiel qu’une caissière pour le bien-être de tous ? Un chef d’entreprise est-il plus un « premier des cordée» qu’une infirmière ? Notons que le féminin resurgit comme une valeur au moins aussi essentielle que les disciplines habituellement considérées comme masculines, synonymes de forces et de conquêtes.

Nous sommes, si nous le voulons, à l’aube d’un grand retournement.

Luc Bigé

24+

L’incendie de Notre-Dame

Propos inactuels sur l'actualité… puisque tout le monde a un avis sur l'incendie de Notre-dame, voici une réflexion fondée sur l'analyse en quatre quadrants que nous avons développée dans La Force du Symbolique. Bien sûr, chacune de ces approches est un scandale intellectuel pour les trois autres. Elles sont pourtant complémentaires. Ce ne sont que des lambeaux de pensées.

Premier quadrant :

- C’est un bâtiment qui brûle, et alors ? Avec de l’argent nous le reconstruirons en 5 an, avant les JO de 2024, c’est plus fonctionnel
-
Deuxième quadrant :

- Immense tristesse car un pan de l’histoire collective part en fumée. La mémoire est brisée, élan collectif pour panser cette blessure, engouement des jeunes pour les métiers de couvreur et charpentiers et la sauvegarde du patrimoine. (Les jeunes sont souvent les plus sensibles aux besoins collectifs qui surgissent dans le présent). Tien, c’est bizarre, cela se passe le premier jour de la semaine sainte et à l’heure du discours présidentiel ! Peu importe, nous reconstruirons un bâtiment plus grand, plus beau, plus moderne.

Quadrant trois :

- Le cœur de la Cité, serré dans les bras de la Seine, brûle. Sa plus haute pointe s’écroule et part en fumée, mais les deux beffrois résistent. Le XIXe s’en va mais les fondamentaux du XIIe siècle sont toujours là. L’un des beffrois abrite le bourdon nommé précisément « Emmanuel ». Il faudrait bien sûr plonger plus en détail dans l’histoire du bâtiment, mais une géographie du sens s’impose : il y a urgence (le feu), les valeurs du XIXe siècle (les Misérables ; les conditions sociales désastreuses et économiques très inégalitaires de ce siècle qui ont conduit aux deux GM) sont à transformer (le feu), Emmanuel (la cloche et le Président) qui reste debout face à la catastrophe devrait peut-être revenir vers les fondamentaux de l’histoire de France et de l’Europe tels qu’ils furent formulés (à leur manière) aux XIIe et XIIIe siècle.

Il y a donc une crise majeure qui se dessine dans l’inconscient collectif, elle est sur le point de se traduire en événements historiques. Il est urgent (le bourdon) de repenser et de reconstruire les valeurs de fraternité symbolisées par le clocher de 1843 abattu par l’incendie. Ce clocher fut en effet construit sous la direction de Viollet-le-Duc à l’époque de la publication du Manifeste de Marx ( 1848) et, pour les astrologues, de la découverte de Neptune (1846). Notre-Dame étant la Vierge Marie, le moment est aussi venu de questionner (et valoriser) le rôle du féminin dans l’histoire et dans l’organisation sociale.

Or le Président, un « Monarc » (anagramme de Macron) « Émane – nu – Elle », ou « encore aima-nu-El » (Emmanuel) », se vit ravir sa parole par une autre Parole plus essentielle : en relation étrange avec son nom et son prénom. L’événement suggère donc de passer d’une logique gouvernementale figée dans les valeurs utilitaristes du passé pour oser les valeurs féminines en toute vérité (nudité) : le lien social, l’écologie, la diplomatie, la bienveillance, le sens de l’unité nationale et européenne, le partage des richesses, la dissolution des frontières de classe, de territoire, d’éducation, etc.

Quadrant quatre :

- L’histoire, la fréquentation et la dévotion ont sacralisés cet espace de la Cathédrale. Un champ morphogénétique a pris forme, et cet endroit est devenu vivant, habité par un grand Déva (la Vierge elle-même ?) qui veille sur la Cité et sans doute sur la Capitale. Celui-ci s’est soudain réveillée et son cœur s’est embrasé, comme pour manifester son embarras par rapport à des décennies d’empoussièrement. Sa flamme est l’énergie de notre choc, le signal d’un nécessaire renouveau, un signe du monde du Mystère qui, la veille de la Résurrection, ne peut trouver une meilleure image. Le corps de la Cathédrale brûle et sa flamme devient visible, peut-être est-il temps que l’Esprit de la France (Nation dédiée à la Vierge) renaisse de son sommeil pour réexprimer dans le monde son génie particulier ?

Pour aller plus loin sur l'approche des quatre quadrants : La force du symbolique (e-book)

7+

Le monde a-t-il besoin d’être ré-enchanté ? (2/2)

Dans un précédent article nous avions exploré les prérequis pour un ré-enchantement du monde, notamment notre capacité à « décoloniser » notre imaginaire et à questionner nos représentations. À présent nous proposons un certain nombre de paradigmes qui pourraient fonder ce ré-enchantement et contribuer à son développement dans nos sociétés, sans que cela soit bien sûr exhaustif.

Nous en avons déterminé quatre principaux :

La conscience de groupe

La conscience de groupe n’est pas une simple conscience du groupe commune à toutes les cultures qui privilégie ce que l’on appelle aujourd’hui le « vivre ensemble », ce que l’on nommait naguère la convivialité ou le partage. Un groupe ressemble à une chaîne d’or avec des anneaux réunis les uns aux autres : sa force dépend du maillon le plus faible. Que signifie alors « être le maillon d’une chaîne humaine » ? Cela signifie être soi-même jusqu’au bout des ongles dans l’interdépendance. Et, dans notre lecture symbolique « être soi-même » veut dire accomplir son mythe fondateur, réaliser en conscience et en acte les schèmes de sens qui nous fondent. Alors un groupe « d’âmes » se forme naturellement entre ceux et celles qui se reconnaissent comme porteurs de schémas d’existence communs. Plus tard ces mythes se rassembleront à leur tour pour porter la note commune de l’humanité.

Ceux qui se reconnaissance dans Narcisse seront fascinés par les miroirs et les dîners aux chandelles en tête-à-tête.

Ceux qui se reconnaissance dans Narcisse seront fascinés par les miroirs et les dîners aux chandelles en tête-à-tête.

Voici quelques exemples de « mythes fondateurs » empruntés à la mythologie grecque pour :
Ceux qui se reconnaissance dans Narcisse (2) seront fasciné par les miroirs et les dîners aux chandelles en tête-à-tête. Et s’ils suivent jusqu’au bout le chemin proposé par l’Enfant, ils resteront un jour immobiles à se regarder dans le vrai miroir, dans le lac de leur intériorité jusqu’à en mourir. Jusqu’à épuiser leur narcissisme et découvrir la source de cet amour qu’ils eurent tant de mal à donner.
La grande famille des Narcisses apporte au monde cette sensibilité à fleur de peau qui, à force de s’approfondir et de descendre dans les entrailles, ouvre les hommes à un authentique émerveillement devant la beauté du vivant.

La grande famille des Icariens nous rappelle sans cesse qu’un monde meilleur et différent est toujours possible, à condition toutefois de vérifier que notre sincérité est bien chevillée à notre corps.

La grande famille des Icariens nous rappelle sans cesse qu’un monde meilleur et différent est toujours possible, à condition toutefois de vérifier que notre sincérité est bien chevillée à notre corps.

Dédale et Icare jouent une toute autre partition (3). Dédale, qui se traduit du grec par « ingénieux », est l’ingénieur précisément du labyrinthe de Cnossos (« gnose ») et de nombreux autres jouets. C’est l’archétype du technicien capable, par ses réalisations, d’imiter la nature et de ruser avec elle. Mais, nous dit le mythe, à chaque nouvelle réalisation le vivant s’éloigne et son univers devient aussi complexe qu’irrespirable. C’est pourquoi l’archétype de l’ingénieur enchaîne sur une autre image représentée par son fils Icare : le désir irrépressible de sortir du labyrinthe en cherchant à s’envoler vers un nouveau soleil, vers une vérité ontologique. Mais le jeune homme, en s’approchant du soleil, voit la fine pointe de cire qui relie ses ailes d’aigle à son corps d’enfant fondre. Et c’est la chute suivie de la noyade. En un mot si Icare avait été sin cera (du latin « sans cire ») qui a donné « sincère » en français, il aurait réussi son aventure.

La grande famille des Icariens nous rappelle sans cesse qu’un monde meilleur et différent est toujours possible, à condition toutefois de vérifier que notre sincérité est bien chevillée à notre corps. Cette histoire traite bien sûr de la difficile question philosophique de la vérité et du mensonge.

La grande famille des Prométhéens apporte aux hommes la liberté, la pensée inventive et le courage de questionner sans cesse les évidences des autres.

La grande famille des Prométhéens apporte aux hommes la liberté, la pensée inventive et le courage de questionner sans cesse les évidences des autres.

Et puis il y a encore Prométhée associé au moderne mythe du Progrès, qui vacille depuis quelques années (4). Tous ceux qui pensent qu’une meilleure invention sauvera le monde, que demain sera plus beau qu’aujourd’hui et qu’une meilleure théorie va résoudre les problèmes du chômage, sont des enfants de Prométhée. Le Titan défend la libre pensée et la liberté humaine. Mais c’est aussi un fou de la lumière qui ne mettra jamais les pieds dans la fange. Sa force, ce sont les étincelles de connaissance qu’il a volé aux dieux et qu’il donne sans relâche aux hommes. Ceux-ci, par mésusage de ces savoirs, produiront, dans le mythe, le Déluge climatique qui nous pend aujourd’hui au nez. Le mythe se « résout » lorsque Prométhée accepte enfin la bague qui va lui permettre de monter dans l’Olympe. C’est en osant une alliance avec les qualités du féminin que ces merveilleux savoirs deviennent inoffensifs.

La grande famille des Prométhéens apporte aux hommes la liberté, la pensée inventive et le courage de questionner sans cesse les évidences des autres. Cette histoire traite de l’importante question du mariage entre les valeurs masculines et les valeurs féminines. Ce féminin métaphorisé dans les mythes par le personnage de la Grande Déesse et dans la vie ordinaire par l’immense Nature. Ce féminin si maltraité par une société patriarcale et prométhéenne.

 L’intrication quantique

Chaque fois que l’on pose un acte, que l’on a une pensée ou une émotion, cela crée un champ morphogénétique, une vallée plus ou moins profonde dans la conscience collective.

Chaque fois que l’on pose un acte, que l’on a une pensée ou une émotion, cela crée un champ morphogénétique, une vallée plus ou moins profonde dans la conscience collective.

La mécanique quantique nous apprend que, dans certaines conditions, les particules élémentaires sont « liées » quelque soit la distance qui les sépare (5). Ce phénomène disparaît lorsqu’elles commencent à s’unir pour former des atomes, des molécules et bien sûr des êtres humains. Mais nous pouvons cependant penser l’intrication de manière analogique. Nos consciences individuelles serait-elles « intriquées » ? Est-il de plus en plus facile d’apprendre à faire du vélo et à utiliser un ordinateur ? Car si nos consciences sont liées, l’expérience des un profite à celles des autres. C’est en tout cas ce que le biologiste Rupert Sheldrake semble avoir démontré à travers de nombreuses expériences (6).
Chaque fois que l’on pose un acte, que l’on a une pensée ou une émotion, cela crée un champ morphogénétique, une vallée plus ou moins profonde dans la conscience collective. Ces vallées, formées de tous nos savoirs et de toutes nos habitudes se retrouvent partout dans le monde et profitent à l’ensemble des consciences humaines. Chaque acte que l’on pose nourrit l’humanité en beauté, en intelligence ou en horreur, selon sa nature.
Que serait un monde où chacun serait conscient des interconnexions de toutes les consciences ?

L’historialité de l’Histoire

Nous devons ce concept d’« historialité » à Henry Corbin, philosophe, traducteur et orientaliste français (1903-1978). Posons une hypothèse : ce n’est pas l’histoire qui crée les mythes, mais les mythes qui produisent l’histoire. À priori l’histoire semble chaotique, sans queue ni tête. Il n’en est peut-être rien. Pourquoi l’Empire Romain a-t-il disparu ? Probablement parce que les Romains eux-mêmes n’y croyaient plus, parce qu’ils n’étaient plus animés par le mythe fondateur qui alimenta leur civilisation millénaire. Nous sommes aujourd’hui dans une situation comparable où l’adhésion au mythe du Progrès s’estompe, laissant une sorte de no man’s land idéologique où s’engouffrent tous les démons du passé.

Nous sommes aujourd’hui dans une situation comparable où l’adhésion au mythe du Progrès s’estompe.

Nous sommes aujourd’hui dans une situation comparable où l’adhésion au mythe du Progrès s’estompe.

Certaines époques furent des périodes d’enthousiasme et de foi envers de nouveaux modèles de civilisation. Ainsi, dans les années 1920, pourquoi tant de personnes donnèrent-t-elles joyeusement leur vie au nom d’un idéal appelé « communisme » ? Un archétype était en train de s’incarner dans l’Histoire et certains y furent particulièrement sensibles (7). Il faudrait alors décoder ces grands courants de force qui animent l’histoire pour ne plus en devenir l’otage, pour les accompagner et les transformer en espérances. S’ils ne sont pas métabolisés par les citoyens ils bouleverseront encore et toujours les sociétés et manipuleront les individus.
Devenir conscient des cycles historiques signifie acquérir, à chaque période de l’histoire, un plus haut degré de liberté et créer un jour une société ré-enchantée ou « l’âme du monde » deviendra de plus en plus visible et opérante.

Penser globalement

Penser globalement signifie développer successivement une question en l’abordant sous son angle technique et rationnel, mais aussi en termes de complexité (8), de sens symbolique et d’opérativité sur notre conscience. « Connaissance » retrouve alors sa dimension première maintenue par l’étymologie de « con-naissance », « naître avec ».
Passons sur la technique et son idéal du « zéro défaut » si répandu dans notre monde. Edgar Morin a montré l’insuffisance de cette approche en développant la pensée complexe qui considère notre réalité comme un plat de spaghettis : si l’on cherche à en extraire un seul pour l’analyser c’est l’ensemble du système « pâtes » qui bouge. On voit immédiatement les limites de l’approche cartésienne et la nécessité de développer un regard « écologique » sur notre monde. Puis le symbolisme cherche à voir au-delà du plat de nouilles : qu’est-ce transparaît derrière ce qui paraît ? Quel sens le « hasard » de la répartition des pâtes sur l’assiette a-t-il ?
Enfin la pensée « opérative » suppose que toute connaissance authentique transforme naturellement le penseur qui « naît avec » ce qui le traverse.
Un monde ré-enchanté suppose une approche globale de la connaissance fondée sur ces quatre regards, qui sont aussi des scandales méthodologiques les uns pour les autres : la raison cartésienne, la complexité, le symbolisme et l’opérativité (9).

Article écrit d’après une conférence donnée par Luc Bigé à Bordeaux et à Paris en 2017, intitulée "Aux âmes, citoyens"
(1) Article de Luc Bigé, paru dans la revue Acropolis de mai 2017 (n°285) : Ré-enchanter le monde, changer notre vision de la réalité
(2) Luc Bigé, L’éveil de Narcisse, Éditions de Janus, 2006, 154 pages
(3) Luc Bigé, Icare, la passion du soleil, Éditions de Janus, 2008, 3184 pages
(4) Luc Bigé, Prométhée – Le Mythe de l’Homme – La sublime irrévérence, Éditions de Janus, 2005, 326 pages
(5) Massimo Théodorani, Entanglement, L’intrication quantique, des particules à la conscience, Éditions Macro Éditions, 2016, 185 pages
(6) Rupert Sheldrake, Réenchanter la science, une autre façon de voir le monde, Éditions J’ai lu, 2016, 602 pages
(7) La nature et le rythme d’incarnation des archétypes dans l’histoire peuvent être suivi au moyen du modèle astrologique. Lire Vers un modèle astrologique de l’Histoire  – Communisme (1846-1989) – Guerres de religion (1559-1703) et prospectives pour le XXIe siècle, Éditions de Janus, 2012, 228 pages
(8) Edgar Morin, La Méthode, (coffret en 4 volumes), Éditions du Seuil, Collection Opus, 2008
(9) Luc Bigé, La force du Symbolique, Éditions Dervy, 2003, 235 pages
0

Le monde a-t-il besoin d’être réenchanté ? (1/2)

 À vrai dire nul ne ré-enchante le monde, il s’agit seulement d’une question de regard. L’œil utilitariste rend la nature utile, la vision poétique la rend belle et lumineuse.

Aujourd’hui, il ne suffit plus d’améliorer notre savoir technique, il nous faut aussi découvrir un ordre sensé du monde et notre place dans celui-ci. Tel était déjà le programme de Descartes. Un projet dont seul le premier pas est en voie d’accomplissement, et avec quel brio !

Il faudrait aujourd’hui compléter cet immense succès qui nous conduit droit vers des déséquilibres psychologiques et planétaires dangereux par un « Traité de la Mythode », une jolie expression que nous empruntons à Gilbert Durand (1).

C’est-à-dire explorer le monde imaginal, cette réalité invisible qui est comme la racine céleste des choses visibles. En ces espaces inconnus fleurissent les mythes, les légendes, les sources d’inspirations des créateurs, des inventeurs et des mystiques, les esprits des plantes,  les ondines et l’âme du Monde.

Cet univers que toutes les cultures, à l’exception notable de la nôtre, ont exploré a le pouvoir, pour celui qui le contacte, de susciter de la joie et de le transformer profondément.

Cet article aborde le ré-enchantement du monde en deux parties : un premier volet explore ce que serait un monde un ré-enchanté, puis nous évoquerons dans une seconde partie un certain nombre de paradigmes qui pourraient contribuer à sa révélation.

Un monde qui s’ouvre sur l’infini

Que serait un monde ré-enchanté ? Peut-être et surtout une organisation sociale qui favorise l’ouverture des personnes à la perception de l’infini. Deux grandes disciplines contribuèrent à la transformation de l’humanité : les religions et les sciences fondées sur les mathématiques.

Or toutes deux traitent, à leur manière, de ce qui dépasse la condition humaine : la transcendance d’un côté et, de l’autre, ce grand mystère qui reconnaît la rationalité des choses. S’ouvrir à l’infini et regarder les étoiles dans la nuit décentre le « moi » de ses préoccupations quotidiennes et de ses systèmes de croyance qui rendent sa vie souvent si malheureuse. Progressivement cette ivresse des hauteurs descend dans notre finitude, l’enrichit et la transforme.

Cette posture d’accueil inconditionnel a pourtant un préalable qu’il faut trancher en son cœur : l’univers est-il accueillant ou est-ce une dure lutte pour la vie ? Dans le premier cas la compétitivité et les peurs viscérales qui habitent tout être humain n’ont plus de justification et peuvent être abandonnées. Dans le second cas elles conditionnent notre survie et nos comportements. Parions ici que pour ceux qui posent leur conscience dans leur cœur l’univers leur offre sa bonté spontanée.

Il y a 62 millions d'année, un gros astéroïde s'écrasa au large du Mexique, entraînant le 5e extinction sur Terre

Il y a 62 millions d’année, un gros astéroïde s’écrasa au large du Mexique, entraînant le 5e extinction de masse sur la Terre

Le contact avec l’infini transforme les sociétés

Sur le plan historique cette porte vers l’infini s’est ouverte au XIXe siècle, en synchronicité avec la découverte de Neptune (1846). Deux ans plus tard Marx publiait son Manifeste, ce qui lança le mouvement socialiste qui fut une sorte de messianisme laïc cherchant à dépasser les frontières de la fraternité et des nations. En ce même siècle la théosophie et le mouvement Baha’ï (1) rencontrèrent chacun l’enthousiasme de millions de gens. De leur côté des mathématiciens comme Cantor réussirent à mettre l’infini en équation. Le XIXe siècle fut un immense respir pour dépasser les limites humaines en insufflant l’infini dans la conscience des masses (Marx), dans la physique (Georges Cantor (2)) et dans la pensée (H.P. Blavatsky). Le XXe siècle opta pour le matérialisme, étouffa ces espoirs de renouveau et changea la donne avec ses grandes guerres. La découverte de Pluton en 1930 fut signal symbolique de cette nouvelle époque. Ré-enchanter le monde c’est accomplir au XXIe siècle les grands rêves mystiques portés par le XIXe siècle dans la conscience des profondeurs et de leurs puissances sauvages explorées au siècle dernier.

Déconditionner notre imaginaire

Cette ouverture sur l’infini n’est envisageable que pour celui qui accepte et apprend à déconditionner son imaginaire. Cela signifie arrêter de croire tout ce que nous racontent nos pensées. Cela signifie voir que les problèmes sociétaux, écologiques, militaires, de chômage et de pauvreté ont leur racine non dans l’économie ou dans quelque autre facteur objectif mais dans nos représentations, c’est-à-dire dans nos pensées. Une pensée complexe crée un monde complexe, une pensée apeurée crée un univers militarisé, une pensée bienveillante produit une réalité bienveillante. Concrètement ré-enchanter le monde suppose de changer notre interprétation du monde, de privilégier par exemple ce qui nous apporte de la joie, ce qui vient du cœur ainsi que les élans héroïques surgissent de notre âme.

Ceci n’est pas une vue utopique mais une simple conséquence du fonctionnement du cerveau. Lorsque nous regardons des objets le rayon lumineux qui s’y réfléchit passe par le cristallin de notre œil qui, comme toute lentille, inverse l’image. Donc, normalement nous devrions voir les choses « tête en bas ». Puis cette image inversée se transforme en un courant électrique pour atteindre le centre de la vision dans le cerveau. Alors seulement nous avons la « conscience de voir des objets ». En d’autres termes, le cerveau fonctionne comme une boite noire qui reconstruit en permanence ce que nous appelons « la réalité ». Comprendre que nous ne possédons que des interprétations est la clé pour déconditionner notre imaginaire. Ainsi ce morceau de papier que vous avez dans votre portefeuille et que vous appelez « argent » ne fonctionne que parce que tout le monde croit qu’il a de la valeur. Quelle personne sensée donnerait sa plus belle montre contre quelques rectangles de papier imprimé ?

Les grandes mutations se font dans les « no man’s land »

S’ouvrir à l’infini en déconditionnant notre imaginaire ne suffit pas. Il faut encore des conditions historiques favorables, sans doute réunies aujourd’hui puisque nous nous dirigeons vers la sixième grande extinction (3) du vivant sur la Terre. La dernière eut lieu il y a 62 millions d’années lorsqu’un gros astéroïde s’écrasa au large du Mexique actuel. Les dinosaures disparurent et avec eux un grand nombre d’espèces vivantes. Ce fut une chance inespérée pour un petit mammifère de la taille d’un chat qui a pu, au fil des millénaires suivants, se diversifier car le champ était libre. Il donna naissance au cheval, au rhinocéros, à l’éléphant, au chat, à la souris et… à l’être humain. Les changements profonds qui annoncent des âges nouveaux ont besoin des « no man’s land », des espaces où il n’y a plus de « dinosaure ». Il y a alors suffisamment de ressources et de liberté pour élaborer de nouveaux systèmes de pensée, de nouvelles visions du monde, loin des grandes « dinosaures » dominant, ce que nous appelons aujourd’hui « le système ». Une crise financière, écologique ou politique laisse un espace psychique libre pour s’ouvrir à l’infini et déconditionner l’imaginaire. En attendant il sera toujours possible de découvrir quelque no man’s land caché et discret pour préparer le nouveau monde.

Les clefs du vivant pour traverser les crises

Le foraminifère « sait » fabriquer des chausse-trappes à partir du mica recueilli au fond de l’océan pour attraper les petites proies dont il se nourrit.

Le foraminifère « sait » fabriquer des chausse-trappes à partir du mica recueilli au fond de l’océan pour attraper les petites proies dont il se nourrit.

Personne n’est seul pour ré-enchanter le monde. La vie sur terre, qui à déjà traversé bien des crises, a réussi ces prouesses grâce à plusieurs clefs dont celles de la coopération, de l’ouverture à l’intelligence collective et de l’intégration des fonctions.
Le lichen poussa très loin la coopération et réussit à conquérir tous les continents. Ce petit organisme est le fruit d’une alliance entre une algue photosynthétique pourvoyeuse d’énergie solaire et d’un champignon dont le mycélium absorbe les sels minéraux de la terre. L’un sans l’autre, ils seraient restés localisés dans de discrets et fragiles biotopes. Ici la coopération fut plus puissante que la compétition. Et si d’anciennes bactéries que nous appelons aujourd’hui des « bâtonnets » n’avaient pas décidé de vivre dans notre œil et de coopérer avec lui notre vue serait infiniment moins performante.

Le lichen est le fruit d’une alliance entre une algue photosynthétique pourvoyeuse d’énergie solaire et d’un champignon dont le mycélium absorbe les sels minéraux de la terre

Le lichen est le fruit d’une alliance entre une algue photosynthétique pourvoyeuse d’énergie solaire et d’un champignon dont le mycélium absorbe les sels minéraux de la terre

Une autre clef de transformation qu’utilise le vivant pour évoluer est la « confiance » dans une forme d’intelligence collective présente dans l’inconscient de la Nature (dont nous faisons partie). Il existe par exemple une petite cellule d’à peine un millionième de gramme, sans système nerveux et encore moins de cerveau, qui vit dans la mer. Ce foraminifère « sait » fabriquer des chausse-trappes à partir du mica recueilli au fond de l’océan pour attraper les petites proies dont il se nourrit. Comment est-ce possible sans cerveau ? Cette « intelligence émergente » dont l’instinct animal n’est pas étranger, pas plus que l’intuition humaine, contribue immensément au processus d’évolution et de transformation des êtres vivants. Saurons-nous lui faire confiance sans la brouiller par tous nos « jugements rationnels » qui l’étouffent ?
Mais qu’est-ce que l’évolution ? Le modèle biologique répond à sa manière, très pratique, en intériorisant les fonctions. En d’autres termes ce qui était d’abord à l’extérieur est devenu un intérieur au fil du temps. C’est ainsi que la carapace chez la tortue est devenue os chez les mammifères. Les fécondations entre ovule et spermatozoïde chez les conifères primitifs se faisant au hasard des flaques d’eau disponibles, puis vinrent les plantes à fleurs qui intégrèrent le processus de fécondation dans leurs corps. Qu’est-ce que signifie pour un être humain « intégrer les fonctions » ? Nous avons un terme pour le dire : « symboliser ». Symboliser, c’est transformer une expérience extérieure en un enrichissement de conscience intérieure, c’est intérioriser son sens afin de grandir en maturité et en liberté. En symbolisant nous intériorisons la conscience et contribuons au prochain pas évolutif du vivant.

Les êtres vivant utilisent une recette qui a fait ses preuves depuis quatre milliards d’années en coopérant, en « symbolisant » à leur manière très physique et en ayant confiance dans les « intelligences émergentes », cette force de « l‘inconscient » qui représente le moteur de l’évolution. Saurons-nous encore une fois accompagner individuellement et collectivement les forces de la Vie si puissante et si merveilleuse en nous ouvrant à l’infini ?

Dans le prochain article nous explorons quelques paradigmes qui pourraient nous aider à aller vers un monde ré-enchanté.

(1) Professeur de Philosophie, d’anthropologie et de sociologie (1921-2012), l’un des précurseurs des recherches sur l’imaginaire et auteur de Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Éditions PUF, 1960
(2) Religion abrahamique et monothéiste proclamant l’unité spirituelle de l’humanité, fondée en 1863 par le Persan Mirza Husayn-Ali Nuri (1817-1892)
(3) Dans l’histoire de la Terre, cinq grandes extinctions d’origines géologiques ou cosmogoniques ont eu lieu et 95% des espèces ont disparu
Par Luc BIGE
Article écrit d’après une conférence donnée par Luc Bigé à Bordeaux et à Paris en 2017, Aux âmes, citoyens
Luc Bigé
Docteur en Sciences (biochimie), s’intéresse à l’astrologie et notamment à l’astrologie mondiale. Auteur de nombreux ouvrages sur l’astrologie, le symbolisme et la mythologie grecque.
Principaux ouvrages :
Le chœur des planètes, système solaire symbolique, Éditions de Janus 2014
Vers un modèle astrologique de l’Histoire, Éditions de Janus 2012
L’homme réunifié en Occident et Orient, Éditions de Janus, 2002
La Voie du héros, les douze travaux d’Hercule, Éditions de Janus, 2010
http://reenchanterlemonde.com
0

Vibraconférence « Aux âmes, citoyens ! »

Cette conférence en ligne enregistrée le 9 mai 2016 autour des causes du désenchantement du monde et ses voies de réenchantement.

Le monde dans lequel nous vivons est en crise aujourd'hui..ce n'est pas seulement une crise économique mais bien une crise ontologique c'est à dire qui amène à une nouvelle perception de la nature humaine et du rapport entre l'homme et son environnement.

2+