1559 : une année charnière, la naissance du capitalisme en Europe

Ce texte est extrait de "vers un modèle astrologique de l'histoire" (éditions de Janus).

Si on respecte le symbolisme astrologique il va de soi que le grand cycle Saturne-Neptune initié en Taureau s’adresse préférentiellement aux questions liées à la possession économique et territoriale. Nous savons en outre que la relation Saturne-Neptune représente un incessant ballet entre deux principes, entre deux valeurs : l’autonomie et l'union. L’impulsion vers l’unité (Neptune) cherche à se cristalliser dans des expériences ou des événements concrets (Saturne), quitte parfois à s'enfermer dans un dogme sclérosante. Nous touchons la profonde ambivalence déjà signalée entre ces deux archétypes. La phase croissante du Grand Cycle diffuse les idéaux universalistes neptuniens. Ensuite le second hémicycle s’efforce coûte que coûte de maintenir les acquis. L’universel se spécialise et perd sa vocation première. Enfin, le dernier quart du Grand Cycle procède au dépeçage des anciennes formes pour en libérer l’esprit si cela s'avère nécessaire.

La conjonction Saturne-Neptune de 1559 exprime les valeurs du Taureau. En d’autres termes sont ici en jeu les possessions territoriales (colonisation), l’organisation et la stabilisation des flux financiers (mercantilisme). Le pain, l’artisanat, les richesses matérielles devraient normalement occuper la conscience émotionnelle des Européens. Les nations qui sauront structurer et organiser (Saturne) l’expansion illimitée (Neptune) des valeurs matérielles (Taureau) telles que l’or, l’argent et les colonies sont promises à un bel avenir. Les autres, toutes celles qui ne sauront pas saisir l’esprit du temps, vont provisoirement s’effacer de la scène mondiale.

Avant de détailler la teneur signifiante et événementielle des quatre cycles qui couvrent la période 1559-1703 il convient pour plus de clarté d'en dessiner dès à présent les grandes étapes :

Certes, ni l'Angleterre ni, plus tard, la Russie communiste n'eurent le monopole des valeurs de renouveau spirituel et matériel véhiculées par la conjonction. Cependant, pour des raisons inconnues, ce furent elles qui répondirent le plus intensément - mais pas nécessairement le mieux - aux opportunités historiques. Rappelons, au risque de nous répéter, que l'histoire de la création de l'empire maritime anglais s'insère dans le contexte historique du cycle Uranus-Neptune proche de son apogée, c'est-à-dire au moment où les Habsbourg dominent le monde. Charles Quint pouvait affirmer à juste titre que jamais le soleil ne se couchait sur son Empire. Il vient d'abdiquer et de léguer sa charge à Philippe II. La conjonction Saturne/Neptune de 1559 se forme à 26° du Taureau et réactive par opposition les mémoires historiques de la conjonction Uranus/Neptune de 1478 à 30° du Scorpion. L’Angleterre et d’une manière générale les porteurs du G.C. Saturne/Neptune deviendront progressivement des contre-pouvoirs à l’hégémonie des Habsbourgs.

Le nouveau visage politique de l'Europe :  l’année 1559.

Physique

Espagne : Philippe II rejoint la péninsule ibérique depuis la Flandre où il résidait. Ce roi sédentaire et studieux va dès lors centraliser le pouvoir en développant une bureaucratie pesante. Le traité de Cateau-Cambrésis (1559) a donné l’Italie à l’Espagne : le blé de la Sicile, les banques et la flotte de Gênes, les soldats de Lombardie seront les pièces essentielles de la monarchie. Une perspective cyclique de l’histoire souligne l’importance de ce traité pour le maintien des acquis territoriaux conquis lors du premier hémicycle Uranus-Neptune. Logiquement ce traité devait profiter à l’Espagne puisque ce pays s’est chargé d’incarner le cycle Uranus-Neptune qui va atteindre son apogée cinq ans plus tard, en 1564. Deux années auparavant le Portugal, avec son immense Empire commercial en Afrique et en Amérique du sud, amorçait une décadence brutale. La mort du roi Jean III (1557) laisse le pouvoir dans les mains de son fils qui ne rêve que de conquêtes. Allant contre l’esprit du temps, ne comprenant pas que l’apogée du cycle Uranus-Neptune impose le début de la consolidation et non la poursuite effrénée des rêves de grandeur, l’ambitieux souverain entraînera son pays dans le plus complet désarroi.

France : Le 10 juillet 1559 Henri II meurt à la suite d’un accident de tournoi. Le pouvoir, fortement ébranlé, est fermement repris en main par Catherine de Médicis dès 1560.

Angleterre : En 1558 la mort de Marie Tudor fait monter sur le trône d’Angleterre sa demi-soeur, Elisabeth. Agée de 25 ans, la nouvelle reine va propulser l’Angleterre sur les rails du développement économique via la création d’un empire maritime inégalé. Cette même année Jenkinson rejoint la Perse en remontant la Volga. La route maritime pour le commerce vers l’Orient et la Chine est enfin ouverte. Cet événement en soi anodin sonne le glas du monopole commercial portugais, d’autant plus que des corsaires à la solde de l’Angleterre comme John Hawkins naviguent jusque sur la côte d’Afrique occidentale et ramènent de l’or, de l’ivoire et des esclaves au nez et à la barbe de la flotte portugaise.

Suède : Eric XIV hérite du pouvoir à la mort de son père, Gustave Vasa, en 1560. C’est un prince ambitieux, mais menacé par la folie, qui inaugure l’impérialisme suédois dans la Baltique.

Le cas particulier des Provinces-Unies : Malgré leur rôle commercial déterminant aux XVIe et XVIIe siècles elles se sont greffées sur un autre cycle interplanétaire. Fondées en 1579 par l’union d’Utrech au moment d’une conjonction Saturne-Uranus en Verseau la république des Provinces-Unies prit fin en 1795 au moment d’un carré décroissant entre ces mêmes planètes.

En ces années 1558-1560 les principaux acteurs du drame européen entrent en scène. Un souffle d’expansion euphorique qui voile provisoirement la phase de déclin du continent imprime une direction qui perdurera jusqu’en 1630 au moment d’opposition du Grand Cycle Saturne-Neptune. Le déchirement du voile des illusions en sera d’autant plus douloureux. Mais avant de décrire ce processus en termes d’événements il convient de se souvenir que ceux-ci sont les symboles d’une contrepartie subjective. Que signifie la constitution des empires maritimes si ce n’est une puissante stimulation du corps émotionnel de l’humanité et le besoin de le canaliser dans de nouvelles institutions, dans de nouvelles règles, dans de nouvelles pratiques ? L’organisation (Saturne) de la vie maritime (Neptune), c’est aussi l’organisation (Saturne) de la vie religieuse (Neptune) sous son angle émotionnel et utilitaire : la foi et les oeuvres.

Ethérique

Espagne : La banqueroute des finances espagnoles et françaises la même année  - en 1557, à la fin du G.C. Saturne-Neptune précédent - oblige les deux protagonistes à signer le traité de Cateau-Cambrésis. Néanmoins la conjonction de 1559 donne un nouvel élan aux flux d’argent grâce à une augmentation considérable de la quantité de métaux précieux en provenance des mines du nouveau monde. Et s’il fallait un symbole supplémentaire d’une transformation radicale de l’économie dans les années à venir il suffit de constater que le métal argent importé supplante définitivement, en quantité, l’exploitation des gisements aurifères. L’énergie (financière) passe d’une symbolique solaire (l’or) à une symbolique lunaire (l’argent) : les forces vives de la terre ne sont plus mises au service du sacré (le Soleil associé à l'or) mais vont servir à alimenter les besoins en confort et en sécurité de la vie quotidienne (la Lune associée à l'argent métal). Les richesses espagnoles et la pratique des hauts salaires attirent de nombreux artisans qui fuient la pauvreté et les persécutions religieuses de leur pays d’origine. Ces savoir-faire, en provenance de France notamment, alimentent l’Empire en forces vives, créatrices et innovatrices. Le parallèle est aisé avec la situation mondiale actuelle : la conjonction Saturne-Neptune du nouveau Grand Cycle qui commençait en 1989 s’accompagne d’un afflux de réfugiés politiques et économiques en provenance des pays de l’Est, vers l’Europe occidentale. La différence essentielle réside dans la position de ce G.C. Saturne/Neptune au sein du cycle Uranus/Neptune : la conjonction exacte de ces deux dernières planètes en 1993 annonçait une nouvelle tentative vers l’unité européenne réalisée  une fois encore par le jeu complexe des alliances lors du traité de Maastrich. Philippe II, au contraire, devait affronter les risques contenus dans la phase d’opposition du G.C., à savoir une dislocation de l’unité européenne.

L’arrivée massive d’argent entraîne une hausse des prix qui secoue toute l’Europe. Une fois encore, qu’il s’agisse de l’immigration ou de l’inflation, la nécessité de réguler (Saturne) les flux (Neptune) devient de plus en plus évidente aux yeux des contemporains. Les premières mesures efficaces seront proposées en 1568 au moment du premier carré Saturne-Neptune. C’est sans doute l’Angleterre qui a su réagir avec la plus grande efficacité aux bouleversements mondiaux : dès 1558 Thomas Gresham propose à la reine Elisabeth une réforme monétaire qui assurera à son pays la meilleure monnaie d’Europe. Et pour longtemps.

La hausse des prix qui caractérise cette période ne lasse pas d’inquiéter les contemporains qui ont connu une relative stabilité des prix tout au long du siècle précédent. En 1568 Jean Bodin donna pour la première fois une explication du phénomène en le mettant en relation avec l’afflux d’or des Amériques. Pour qui sait regarder les significations la théorie mercantiliste est un reflet quasi-exact de cette relation planétaire commencée en Taureau[1] :

“L’idée de base est qu’il y a dans le monde une quantité fixe de richesses, que les divers peuples ne peuvent que se partager ; le problème est donc pour chaque pays d’accroître sa part, c’est-à-dire d’attirer chez lui l’or et l’argent par l’excédent de sa balance commerciale. Afin de réduire les importations et de valoriser les exportations, il faut donc incorporer dans les produits le plus possible de travail, ce qui offre en outre l’avantage de lutter contre l’oisiveté ; il faut aussi empêcher que d’autres peuples ne s’approprient les profits du commerce, et pour cela il faut reprendre aux étrangers le transport maritime, et créer des compagnies commerciales. Enfin il faut étendre et compléter les possibilités de l’économie nationale en colonisant des terres nouvelles.”

Evidemment, une telle théorie n’est pas encore explicitement formulée en 1559. Ces concepts sont bien plutôt la conséquence de l’état d’esprit qui régnait à l’époque. Mais qu’est-ce que “l’état d’esprit” d’une période historique si ce n’est la sensibilité plus ou moins confuse des contemporains à la qualité inergétique de l’instant ? Ce temps de l’histoire a développé l’idéologie du travail et le sens de l’utilité de chaque citoyen. Jamais depuis les heures les plus sombres du Moyen-Age la pauvreté n’a fait tant de ravages, jamais tant d’efforts n’ont été déployés pour donner un métier à tous, pour supprimer le vagabondage, enfermer les mendiants et créer des oeuvres de charité.

Emotionnel.

Luther édicta sa Réforme dès 1517 mais les cristallisations idéologiques à l’origine des guerres de religion se figèrent dramatiquement à partir de 1559. Comme on pouvait s’y attendre l’esprit de la Contre Réforme part de Rome. Pie IV à qui échoit la fonction suprême en … 1559 attire aussitôt dans la ville pontificale, selon l’usage du temps, son jeune neveu de 21 ans qu’il nomme cardinal. Charles Borromée brûle d’un saint zèle pour la réforme de l’Eglise catholique. Initiateur ardent du renouveau spirituel[2]

« …le jeune cardinal-neveu prend son rôle avec un sérieux et une piété extraordinaires ; il vit en ascète, travaille avec acharnement et, sitôt terminé le Concile de Trente, il se charge d’appliquer les réformes en prêchant l’exemple. »

Mais il n’est pas le seul à brûler dans la flamme ardente des espoirs de renouveau. D’autres semences ne demandent qu’à germer en cette période fascinante de début de cycle. Ignace de Loyola meurt en 1556. Les Jésuites sont alors un millier. Ils seront 5000 en 1581 et 13 000 en 1615 ! C’est peu dire que l’aspiration religieuse touche les foules. Les grandes orientations apostoliques de la Compagnie de Jésus sont fixées à la mort du fondateur : missions dans les pays lointains (Inde, Chine, Amérique) et lutte contre l’hérésie protestante en Europe. Pour cela les Jésuites mirent au point un remarquable système d’éducation et fondèrent de nombreux collèges en proposant des études gratuites. Pourtant Rome n’a pas le monopole du renouveau spirituel même si, par fonction, elle en accentue le pôle saturnien structurant. En Espagne la future sainte que deviendra Thérèse d’Avila expérimente entre 1556 et 1560 quatre années d’intenses expériences mystiques : extases, ravissements, visions de l’enfer et enfin transverbération. De celles-ci elle tirera l’énergie et la volonté indispensables pour fonder de nombreux couvents et rénover l’ordre des Carmélites. De 1567 (premier carré Saturne-Neptune) jusqu’à sa mort en 1582 elle en instituera presque un chaque année. Dans le monde protestant Calvin ouvre à Genève, toujours en 1559, une académie destinée à former les ministres du culte. Il structure ainsi son Eglise et lui donne un statut social ainsi qu’une ville d’élection. Pendant que Thérèse manifeste dans son corps la dimension mystique et neptunienne du cycle, le calvinisme se charge jusqu’à l’excès de pôle saturnien de la conjonction faisant ainsi écho à l’ascétisme rigoureux prôné par le cardinal Borromée. Dans l’édition de 1559 de l’Institution Chrétienne Calvin esquisse un plan d’organisation religieuse et politique très strict[3] :

« L’ordre moral calviniste règne sur la ville. Genève est une cité de verre, chaque foyer est soumis à la surveillance d’une véritable police spirituelle. Pendant une génération Consistoire et Conseil travaillent la main dans la main : le premier excommunie les ivrognes, les débauchés, etc. le second les châtie. »

Du point de vue symbolique il n’est pas inutile de rappeler que cette ville, qui va accueillir de nombreux pèlerins fuyant l’intolérance religieuse (celle des autres, évidemment !) fait ses premiers pas dans une industrie qui deviendra célèbre : l’horlogerie ou la maîtrise du temps.  Du physique à l’émotionnel la rigueur et le contrôle imposent leurs marques sur la ville et ses habitants. Cette volonté de rejeter les éléments impurs qui ne se conforment pas à l'idéal en vigueur, nous l'avons déjà rencontrée. C'était la houlette de fer de Staline qui imposait par le goulag le paradis communiste. L'ordre moral calviniste impose, lui aussi, aux habitants de Genève de vivre en parfaite conformité avec leur religion. C'est à nouveau la marque "purificatrice" de Pluton qui, en 1559, formait un carré avec Saturne. Même situation astrologique et mêmes conséquences politiques. Toutes proportions gardées évidemment !

En France Catherine de Médicis est plus pragmatique. Les conflits religieux ne l’enthousiasment guère. En femme politique qui observe la cristallisation des orthodoxies religieuses, elle s’efforce de réunir protestants (huguenots) et catholiques autour d’une même table afin d’ouvrir la voie à une conciliation. En 1561 le Colloque - terme choisi officiellement pour ménager les susceptibilités catholiques - ouvre ses portes en présence des cardinaux et des plus éminents théologiens de l’Eglise Réformée. Outre l’échec des pourparlers ce pseudo-concile fit prendre aux protestants la mesure de leur force et raviva les querelles. Dans le même esprit, les Edits de Tolérance accordés aux huguenots après 1562 ne firent qu'encourager l’intransigeance des deux groupes de croyants.  A un sincère désir de pacification et de rapprochement s’oppose l’esprit du temps symbolisée par la conjonction Saturne-Neptune : celui-ci insuffle dans chaque être réceptif un sentiment de fascination pour quelque chose de neuf qu’il interprète comme une vérité, comme une semence d’amour et de foi capable de changer les rapports humains. Or, en convoquant ce colloque, Catherine utilisait les outils d’une opposition. Elle croyait au dialogue et à l'objectivité. Mais c’est seulement lorsque les différences individuelles se sont estompées par l’épuisement des forces vitales et le retrait de la puissance fascinante de la conjonction que les protagonistes sont prêts à discuter objectivement de leurs croyances.

Ici encore le parallèle avec les événements contemporain et l’échec de Gorbatchev à conserver l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques est criant. Les revendications nationalistes séparatives (Saturne) l’emportent sur les forces de l’union (Neptune). Le poids du passé et des anciennes structures administratives scindent l’esprit d’universalisme (Neptune) en plusieurs courants irréductibles. La Yougoslavie et la Tchécoslovaquie subissent les mêmes avanies, encore que la conjoncture astrologique soit plus complexe à décoder (il faut tenir compte du rôle traditionnel du cycle Saturne-Pluton dans les Balkans, notamment en 1993 à l’occasion du carré entre ces deux planètes).

En Angleterre entre 1558 et 1563 la reine Elisabeth donne un statut politique à l’Eglise anglicane à mi-chemin entre les principes de la Réforme protestante et le catholicisme. C’est en 1559 exactement que le parlement anglais abolit les ordonnances de Marie Tudor (catholique) et donne à la reine le droit de décider du sort de l’Eglise.  Probablement est-ce là l’une des attitudes les plus judicieuses  face à un début de cycle : construire et structurer une nouvelle entité qui puisse profiter pleinement des temps nouveaux. C’est ainsi que le compromis élisabéthain fixe les traits de la nouvelle foi. Plutôt que de chercher une vaine conciliation entre les protagonistes comme le fit Catherine de Médicis, Elisabeth a su unir le peuple d’Angleterre sous l’égide d’une nouvelle croyance officialisée. Le puritanisme a un bel avenir devant lui.

A l’exception de la Russie encore à l’âge féodal le nord de l’Europe accepte sans douleur la Réforme qui prône un retour aux textes bibliques, l’absence de toute hiérarchie religieuse et la foi comme seule puissance rédemptrice. A partir de 1559 l’Europe se partage en trois zones d’influences. Au nord avec la Suède, les Pays Bas et les pays germaniques les religions de Luther et de Calvin emportent les convictions. Au sud avec l’Espagne et l’Italie la foi catholique se renouvelle grâce à la Contre Réforme Au centre avec la France et l’Angleterre des solutions conciliatrices sont mises en oeuvre.

Signalons pour mémoire la présence de la conjonction Saturne-Neptune dans le monde islamique. En 1556 l’héritier des Mogols, Akbar, était un enfant de 13 ans. En 1561 il fait assassiner son tuteur et prend définitivement le pouvoir. Enfin libre de gouverner, le Mogol commence une politique de conquête contre les Rajpoutes (1567-1569 / carré ) si bien qu’en 1576 (opposition) il a annexé tout le nord de l’Inde. A partir de ce moment ce souverain brave et belliqueux s’absorbe dans des problèmes religieux et dans l’organisation de son empire. En 1586 (carré décroissant) il annexe le Cachemire pour protéger ses frontières. Instigateur d’une nouvelle foi qui ne lui survivra pas le Grand Mogol se fit le défenseur de la liberté religieuse. Après sa mort en 1605 ses successeurs vécurent dans une magnificence qui voilait la décadence de l’empire. Cette étonnante épopée d’Akbar se calque exactement sur le premier cycle Saturne-Neptune, tant sur le plan géographique que culturel : mise au point d’un système fiscal plus équitable en répertoriant le cadastre des terres cultivées, centralisation administrative comme dans l’Espagne de Philippe II, rénovation religieuse et construction d’une nouvelle capitale. Justement surnommé Akbar le Grand par ses contemporains puis par l’Histoire cet étonnant personnage qui ne savait ni lire ni écrire su se mettre en phase avec les besoins de son temps en respectant intuitivement le rythme d’expansion (phase croissante) et de consolidation (phase décroissante) du cycle Saturne-Neptune.

Mental

L’effet de la conjonction Saturne-Neptune sur le mental collectif de l’humanité est peu visible, probablement en raison de son développement encore embryonnaire. La religion naïve dominait alors la conscience des masses. Les querelles théologiques et autres arguties intéressent peu les foules, même si celles-ci développent de vives réactions affectives face aux discours démagogiques des prédicateurs. Le seul indice que nous ayons pour caractériser l’expansion (Neptune) d’une organisation (Saturne) sur le plan mental à cette époque est l’extraordinaire effort des Jésuites pour rendre le savoir accessible à tous. Fondé sur la progressivité des études (les classes) et l’effort individuel (les compositions) l’enseignement comprend de la littérature (latin, poésie), des sciences et une formation philosophique (une innovation des Jésuites !). A côté de cela une large place est réservée aux sports et aux spectacles dramatiques joués par les élèves. La généralisation des collèges et les premiers pas du développement mental de l’humanité prise comme un tout sont à resituer dans le cadre d’un cycle pluriséculaire qui dépasserait l’objectif de la présente analyse.

1559 fut une année extrêmement riche en événements semences pour l’Europe. Un “événement-semence” ne ressemble en rien à un bouleversement ou un accomplissement objectif visible aux yeux du plus grand nombre. Sa nature qualitativement intense qui se cantonne à la sphère du local tient parfois au fil ténu de la vie d’un individu particulièrement réceptif. Ce fut le cas de Sainte Thérèse d’Avila et, à un autre niveau de la spirale, de Marx. Dans l’ombre des couvents espagnols et dans les salles silencieuses des bibliothèques de Bruxelles l’un comme l’autre s'efforçaient de répondre aux besoins de leur temps. Au dehors, les anciennes croyances sont rudement questionnées, le chaos s’empare du terreau humain afin de l’aérer et de le fertiliser jusqu’à ce que le mur des certitudes, construit à l’occasion du cycle précédent, se fendille et accueille le pouvoir fécondant de la nouvelle vision.



[1] Luce Pietri et Marc Venard, Le monde et son histoire (Vol. 1) p 508. Ed. Robert Laffont (1971).

[2] Luce Pietri et Marc Venard, Le monde et son histoire p 521. Ed. Robert Laffont (1971).

[3] Ibid. p 539.

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Quatre manières de voir le monde

Il existe au moins quatre manières d'aborder la question de la connaissance  :

La connaissance scientifique est analytique. Elle s'efforce de découvrir l'identité objective du monde concret. Elle est trop connue pour qu'il soit nécessaire de la détailler plus longuement.

La connaissance « écologique » dégage les lois qui lient ensemble des matériaux concrets. C'est le domaine de l'analyse systémique avec ses boucles de rétroaction. Avec elle les statisticiens modélisent l'évolution de la population de castors en fonction des variations climatiques, du nombre d'individus de chaque sexe et de bien d’autres paramètres.

Il reste les deux autres modalités. Toutes deux traitent d'une réalité abstraite, non matérielle et non physiquement interactive. Ce monde, celui de la signification, là où s'originent les grands mythes de l'humanité, là où les êtres inspirés, qu'ils soient scientifiques, poètes ou mystiques, vont puiser leurs inspirations, nous l'avons appelé ailleurs le monde des inergies par analogie avec le monde des énergies qui s'étend sous l'axe horizontal pour élaborer le contenu des deux premiers quadrants.

Penser l'homme de manière symbolique – troisième quadrant - revient à considérer que la forme de son corps, de ses organes, l'organisation des systèmes sanguins, nerveux et hormonaux par exemple, expriment du sens. De ce point de vue la réponse à la question "qu'est-ce que l'homme ?" serait toute entière révélée par sa forme. Il suffirait d'apprendre à la lire, exactement comme la science a appris à lire le monde objectif. Mais elle le fit d'une manière analytique (quadrant 1) en scrutant finement la composition chimique de la matière, en analysant la substance sans se préoccuper de la forme. Car la science s'est bien gardée d'investiguer la compréhension des formes car cela suppose l'introduction d'une fonction organisatrice, d'une force formatrice, trop proche de la théorie de la grâce divine contre laquelle elle s'est longtemps battue.

Le dernier quadrant fait appel à un mode de connaissance qualifié de "holistique" par Arthur Koesler. Le terme de “holon”, du grec holos - tout - avec le suffixe on suggérant partie, fut forgé dans les années 1930 par Arthur Koestler qui en propose la définition suivante :

“Il n’existe nulle part de partie ni de tout au sens absolu. Ni l’organisme vivant ni le groupe social ne sont des rassemblements de pièces élémentaires; ce sont des systèmes à niveaux multiples et hiérarchiquement organisés de sous-ensembles qui contiennent eux-mêmes des sous-ensembles d’ordre inférieur, à la manière des poupées russes. Ces sous-ensembles - ces “holons”, comme j’ai proposé de les nommer - sont des entités à tête de Janus qui ont en même temps les propriétés indépendantes d’un tout et les propriétés dépendantes d’une partie. Chaque holon doit sauvegarder et affirmer son autonomie, sans quoi l’organisme se désarticulerait et se dissoudrait en une masse amorphe; mais en même temps il doit rester subordonné aux exigences de l’ensemble existant ou en évolution. “Autonomie”, dans ce contexte, signifie que les organites, les cellules, les muscles, les nerfs, les organes, ont tous leur rythme intrinsèque et leur propre type de fonctionnement assisté d’appareils d'autorégulation, et qu’ils tendent tous à persister et à s’affirmer dans leurs types caractéristiques d’activité. Cette tendance à l’affirmation de soi est une caractéristique fondamentale et universelle des holons qui se manifestent à tous les niveaux. En revanche, les activités des holons sont déclenchées, inhibées ou modifiées par des directives venues de niveaux supérieurs de la hiérarchie. Le système régulateur du cœur, par exemple, est régi par le système nerveux autonome et par des hormones, qui à leur tour reçoivent leurs ordres de centres cérébraux qui peuvent contrecarrer les habitudes fonctionnelles des centres subordonnés. Ainsi la tendance affirmative du holon a-t-elle une contrepartie dans sa tendance à l’intégration qui le pousse à fonctionner comme une partie d’un ensemble plus vaste.”

La connaissance holistique, que nous appelons ici « opérative » afin de mettre l’accent sur la créativité, se distingue des approches scientifiques, écologiques et symboliques. Le holon existe comme un tout en relation avec un tout plus vaste au sein duquel il est plus ou moins bien intégré. Penser l'homme de manière holistique revient à comprendre son rôle spécifique vis à vis d'une transcendance, d'un tout plus grand que lui, et réfléchir également au rapport fonctionnel qu'il entretient avec les autres règnes de la nature. Le sens n'est plus exprimé par la forme de l'organisme mais par la position qu'il occupe au sein d'une hiérarchie. La connaissance opérative est nécessairement transcendantale car elle décrit comment  la partie se relie à un plus-grand-tout. Son idéal est le serviteur, c'est-à-dire celui qui accomplit parfaitement l'action que requiert l'heure présente pour l’accomplissement et la réalisation du tout. L’initié auquel nous faisons naguère allusion n’a d’autre but que de servir à travers ce qu’il est le « plus-grand-tout » avec lequel un contact conscient est établit. Arrivé à ce point la connaissance n’a plus rien d’intellectuel. Est-ce, du reste, un hasard si le terme « véda », signife « savoir », exactement comme le grec « gnosis ». Si le français « connaissance » se décompose en « co-naissance », naître avec, et si l’anglais « understand » signifie littéralement « se tenir en dessous » - en dessous de quoi, si ce n’est de l’idée ? Toutes ces coïncidences seraient-elles de simples caprices du langage ?

L’efficacité de la pensée opérative suppose au préalable la familiarisation avec un modèle analogique, en réalité une gnose,  utile garde-fou pour ne pas se laisser déborder par l’opérativité, c’est-à-dire la force transformatrice des symboles qui véhiculent une connaissance vitale, consubstantielle à la nature de l’univers et d’une efficacité redoutable. De tels modèles existent dans la pensée orientale, ce sont, par exemple, les hexagrammes du yi king ou l'arbre des séphiroths. En occident la tradition alchimique ou les logiques emboîtées du zodiaque jouent ce même rôle. Mais, pour l’heure, notre monde occidental s’efforce surtout d’élaborer des modèles logiques pour expliciter le comportement de l'univers-objet, avec le succès que l’on sait.

La pensée symbolique, dont nous discuterons bientôt des fondements, s’occupe essentiellement de la question du sens. Les symboles sont, en réalité, le langage du sens. C’est le meilleur moyen qu’aie trouvé l’univers pour se dire.

Seul l’homme s’interroge sur la réalité des entités mathématiques, seul l’homme élabore des mythes, seul l’homme fonde sa société sur des valeurs reconnues par tous et pouvant, à l’occasion, être modifiées. Seul il enterre ses morts : acte ô combien inutile d’un point de vue strictement matérialiste ! A la différence des sociétés animales son mode de vie collectif est, pour une même espèce, extrêmement diversifié : la culture Papoue est à cent lieues des cultures européennes ou américaines alors que toutes les colonies de fourmis appartenant à une même espèce ont des comportements comparables. Au sein de l’humanité le domaine social ne se résume pas, comme précédemment, à une kyrielle d’interactions internes (entre individus) et externes (avec l’environnement) mais suppose un facteur nouveau : un sens partagé. La reconnaissance de ce sens crée l’unité et la force d’un groupe, elle assure sa cohésion et le projette sur vers l’avenir. Le temps, enfin, commence à prendre sens. Or les symboles sont l’expression codée de ce monde du sens, peu importe que nous les comprenions ou non : ils sont omniprésents dans nos vies et dans la nature. Par contre la spécificité de l’homme pourrait bien être, en raison de sa capacité de créer des langages symboliques comme, par exemple, les pictogrammes, les idéogrammes, ou les panneaux de signalisation routière, de décoder le langage symbolique utilisé par la nature pour nous interpeller sur son sens. Évidemment, l’usage exclusif des logiques analytiques et circulaires nous conduiraient à affirmer respectivement que tout est matière où que tout est relation. La reconnaissance et l’emploi des symboles introduisent un nouveau risque totalitaire : tout est sens. En réalité ces strates se superposent. Un être humain est composé de matière, il a donc un statut d’objet ; il possède un dehors et un dedans qui font de lui un être de relation ; il possède aussi le sens du sens faisant de lui un animal à part capable de réagir aux symboles et, par suite, de créer des langages symboliques.

La pensée analogique, dont nous allons bientôt préciser la méthode et les limites, implique une sorte d’ « écologie verticale ». Si on définit l’écologie comme « l’étude des relations des êtres vivant entre eux et avec leurs milieux » nous voyons que celle-ci est la science reine du second quadrant. Par « écologie verticale » nous entendons l’étude des rapports entre des niveaux d’organisation différents, depuis l’atome jusqu’à l’étoile en passant par l’homme. Sans oublier que l’analogie traitera des significations découvertes dans le troisième quadrant, bien plus que des formes elle-même. L’analogie est une logique du sens. C’est une forme de pensée qui ordonne l’immense variété des significations en élaborant des systèmes théoriques simples. Mais ces systèmes ne traitent ni des mécanismes (Q1), ni des relations sociales (Q2), ni des valeurs (Q3) mais de la meilleure manière signifiante dont la partie peut participer à la vie du tout : le rôle de l’individu dans la biosphère par exemple, où son rapport avec les autres règnes de la nature.

La pensée scientifique objective l'homme. Son idéal est le robot.

La pensée écologique socialise l'homme. Son idéal est le citoyen

La pensée symbolique donne sens à la vie humaine. Son idéal est le sage

La pensée opérative (cf.infra) intègre l’homme dans l’univers, son idéal est l’initié

La première observe attentivement son objet d'étude pour le re‑produire

La seconde mathématise les relations et tente de prévoir l'évolution des ensembles

La troisième perçoit ce qui est derrière la forme pour révéler son sens caché.

La quatrième transforme l’être afin de le relier plus efficacement aux autres niveaux de réalité.

Il est aussi inutile que dangereux de juger d’une forme de pensée à l’aune des critères élaborés par une autre. Une telle attitude ne conduirait qu’à de fâcheuses mésententes, à une guerre idéologique en vue d’une « victoire finale » de la conception dominante, mais ce ne serait certes pas un questionnement pour l’acquisition de la connaissance, dans toutes les quatre sens de ce terme.

Ce qui fendillera les certitudes matérialistes (Quadrant 1) et les dogmes métaphysiques (Quadrant 4) ce sera un phénomène de cristallisation : à force d’avoir réponse à tout dans le cadre strict de leurs présupposés ces deux représentations du monde vont réaliser que la connaissance piétine, que les vraies questions – celles de l’origine, de la créativité, de la diversité, de la contradiction – leur échappent. Il leur faudra donc accepter que l’édifice se craquèle sur ses bases pour s’ouvrir à l’inconnu. Il ne s’agit pas ici de la simple remise en cause du savoir face à l’expérience qui est, par exemple, le propre de la science, mais d’un questionnement sur ses fondements même, sur sa méthode et non, simplement, sur ses résultats. Ces quadrants échappent difficilement à la cristallisation intellectuelle car leur contenu est cristallisable car fondé sur une hiérarchie qui accentue la rigidité. Le mètre étalon dans le premier quadrant et la hiérarchie des archétypes dans le quatrième.

Les deux autres quadrants, Q2 et Q3, sont au contraire familiers avec le particulier, la mouvance, le changement, l’adaptation aux besoins du temps. Toute hiérarchie est dissoute au profit d’un équilibre, d’une harmonie. La pensée écologique du second quadrant théorise l’incertitude des mondes physique et surtout biologique, la pensée symbolique du troisième quadrant décode la complexité de l’univers des représentations. Ces deux logiques ne risquent pas la cristallisation intellectuelle car, dans ces domaines, il n’existe aucune recette. A chaque instant tous les possibles sont à réinventer. Comprendre un rêve nécessite de parler avec le rêveur en intégrant son passé, son présent, ses espoirs, ses liens familiaux, sa situation économique, etc. De même, comprendre le fonctionnement d’un biotope suppose de prendre en considération un grand nombre de facteurs comme la qualité des sols, la nature des plantes environnantes, leurs relations entre elles, l’évolution du climat, etc. Autant d’éléments imprévisibles dont les « recettes » jamais ne rendront compte. Sans parler du fait que ce sont des systèmes complexes : la micro-perturbation d’un seul élément peut parfois changer la trajectoire de l’ensemble.

-       Les risques inhérents aux pensées analytiques et analogiques seraient de figer la réalité, cette inconnue,  dans des systèmes et des recettes qui marchent : recettes scientifiques comme aujourd’hui lorsque la technique prend le pouvoir sur la science, et recettes métaphysiques comme au Moyen–Age où la philosophie fut enfermée dans la pensée aristotélicienne.

-       Les risques relatifs aux représentations systémiques et symboliques seraient de baisser les bras face à un réel sans cesse en mouvement, céder à l’incertitude absolue et au doute car, à chaque fois, il faut toujours tout recommencer, tout réinventer, tout refaire.

La pensée analogique fait appel à un mode de connaissance qualifié de "holistique" par Arthur Koesler. Le terme de “holon”, du grec holos - tout - avec le suffixe on suggérant partie, fut forgé dans les années 1930 par Arthur Koestler qui en propose la définition suivante :

“Il n’existe nulle part de partie ni de tout au sens absolu. Ni l’organisme vivant ni le groupe social ne sont des rassemblements de pièces élémentaires; ce sont des systèmes à niveaux multiples et hiérarchiquement organisés de sous-ensembles qui contiennent eux-mêmes des sous-ensembles d’ordre inférieur, à la manière des poupées russes. Ces sous-ensembles - ces “holons”, comme j’ai proposé de les nommer - sont des entités à tête de Janus qui ont en même temps les propriétés indépendantes d’un tout et les propriétés dépendantes d’une partie. Chaque holon doit sauvegarder et affirmer son autonomie, sans quoi l’organisme se désarticulerait et se dissoudrait en une masse amorphe; mais en même temps il doit rester subordonné aux exigences de l’ensemble existant ou en évolution. “Autonomie”, dans ce contexte, signifie que les organites, les cellules, les muscles, les nerfs, les organes, ont tous leur rythme intrinsèque et leur propre type de fonctionnement assisté d’appareils d'autorégulation, et qu’ils tendent tous à persister et à s’affirmer dans leurs types caractéristiques d’activité. Cette tendance à l’affirmation de soi est une caractéristique fondamentale et universelle des holons qui se manifestent à tous les niveaux. En revanche, les activités des holons sont déclenchées, inhibées ou modifiées par des directives venues de niveaux supérieurs de la hiérarchie. Le système régulateur du cœur, par exemple, est régi par le système nerveux autonome et par des hormones, qui à leur tour reçoivent leurs ordres de centres cérébraux qui peuvent contrecarrer les habitudes fonctionnelles des centres subordonnés. Ainsi la tendance affirmative du holon a-t-elle une contrepartie dans sa tendance à l’intégration qui le pousse à fonctionner comme une partie d’un ensemble plus vaste.”

La connaissance holistique, que nous appelons ici « opérative » afin de mettre l’accent sur la créativité, se distingue des approches scientifiques, écologiques et symboliques. Le holon existe comme un tout en relation avec un tout plus vaste au sein duquel il est plus ou moins bien intégré. Penser l'homme de manière holistique revient à comprendre son rôle spécifique vis à vis d'une transcendance, d'un tout plus grand que lui, et réfléchir également au rapport fonctionnel qu'il entretient avec les autres règnes de la nature. Le sens n'est plus exprimé par la forme de l'organisme mais par la position qu'il occupe au sein d'une hiérarchie. La connaissance opérative est nécessairement transcendantale car elle décrit comment  la partie se relie à un plus-grand-tout. Son idéal est le serviteur, c'est-à-dire celui qui accomplit parfaitement l'action que requiert l'heure présente pour l’accomplissement et la réalisation du tout. L’initié auquel nous faisons naguère allusion n’a d’autre but que de servir à travers ce qu’il est le « plus-grand-tout » avec lequel un contact conscient est établit. Arrivé à ce point la connaissance n’a plus rien d’intellectuel. Est-ce, du reste, un hasard si le terme « véda », signife « savoir », exactement comme le grec « gnosis ». Si le français « connaissance » se décompose en « co-naissance », naître avec, et si l’anglais « understand » signifie littéralement « se tenir en dessous » - en dessous de quoi, si ce n’est de l’idée ? Toutes ces coïncidences seraient-elles de simples caprices du langage ?

Ces quatre logiques répondent, au fond, à quatre grandes questions fondamentales :

Qu’est-ce que c’est ? l’observation puis l’analyse sont d’un grand secours.

Comment ça marche ? la science des interactions s’avère indispensable dès que l’on quitte les cas les plus simples à deux variables

Pourquoi cela plutôt qu’autre chose ? la lecture symbolique révèle le sens de ce qui existe et montre en quoi toute chose est à sa place dans le meilleur des mondes possible en cet instant précis.

Où est ma place ? la lecture analogique décrit la place, en termes de sens et non en termes mécaniques, de chaque entité au sein d’un univers en perpétuel changement.

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les quatre voies de connaissance pour penser globalement

Il existe au moins quatre manières d'aborder la question de la connaissance  :

La connaissance scientifique est analytique. Elle s'efforce de découvrir l'identité objective du monde concret. Elle est trop connue pour qu'il soit nécessaire de la détailler plus longuement.

La connaissance « écologique » dégage les lois qui lient ensemble des matériaux concrets. C'est le domaine de l'analyse systémique avec ses boucles de rétroaction. Avec elle les statisticiens modélisent l'évolution de la population de castors en fonction des variations climatiques, du nombre d'individus de chaque sexe et de bien d’autres paramètres.

Il reste les deux autres modalités. Toutes deux traitent d'une réalité abstraite, non matérielle et non physiquement interactive. Ce monde, celui de la signification, là où s'originent les grands mythes de l'humanité, là où les êtres inspirés, qu'ils soient scientifiques, poètes ou mystiques, vont puiser leurs inspirations, nous l'avons appelé ailleurs le monde des inergies par analogie avec le monde des énergies qui s'étend sous l'axe horizontal pour élaborer le contenu des deux premiers quadrants.

Penser l'homme de manière symbolique – troisième quadrant - revient à considérer que la forme de son corps, de ses organes, l'organisation des systèmes sanguins, nerveux et hormonaux par exemple, expriment du sens. De ce point de vue la réponse à la question "qu'est-ce que l'homme ?" serait toute entière révélée par sa forme. Il suffirait d'apprendre à la lire, exactement comme la science a appris à lire le monde objectif. Mais elle le fit d'une manière analytique (quadrant 1) en scrutant finement la composition chimique de la matière, en analysant la substance sans se préoccuper de la forme. Car la science s'est bien gardée d'investiguer la compréhension des formes car cela suppose l'introduction d'une fonction organisatrice, d'une force formatrice, trop proche de la théorie de la grâce divine contre laquelle elle s'est longtemps battue.

La pensée scientifique objective l'homme. Son idéal est le robot.

La pensée écologique socialise l'homme. Son idéal est le citoyen

La pensée symbolique donne sens à la vie humaine. Son idéal est le sage

La pensée opérative (cf.infra) intègre l’homme dans l’univers, son idéal est l’initié

La première observe attentivement son objet d'étude pour le re‑produire

La seconde mathématise les relations et tente de prévoir l'évolution des ensembles

La troisième perçoit ce qui est derrière la forme pour révéler son sens caché.

La quatrième transforme l’être afin de le relier plus efficacement aux autres niveaux de réalité.

Il est aussi inutile que dangereux de juger d’une forme de pensée à l’aune des critères élaborés par une autre. Une telle attitude ne conduirait qu’à de fâcheuses mésententes, à une guerre idéologique en vue d’une « victoire finale » de la conception dominante, mais ce ne serait certes pas un questionnement pour l’acquisition de la connaissance, dans toutes les quatre sens de ce terme.

Ce qui fendillera les certitudes matérialistes (Quadrant 1) et les dogmes métaphysiques (Quadrant 4) ce sera un phénomène de cristallisation : à force d’avoir réponse à tout dans le cadre strict de leurs présupposés ces deux représentations du monde vont réaliser que la connaissance piétine, que les vraies questions – celles de l’origine, de la créativité, de la diversité, de la contradiction – leur échappent. Il leur faudra donc accepter que l’édifice se craquèle sur ses bases pour s’ouvrir à l’inconnu. Il ne s’agit pas ici de la simple remise en cause du savoir face à l’expérience qui est, par exemple, le propre de la science, mais d’un questionnement sur ses fondements même, sur sa méthode et non, simplement, sur ses résultats. Ces quadrants échappent difficilement à la cristallisation intellectuelle car leur contenu est cristallisable car fondé sur une hiérarchie qui accentue la rigidité. Le mètre étalon dans le premier quadrant et la hiérarchie des archétypes dans le quatrième.

Les deux autres quadrants, Q2 et Q3, sont au contraire familiers avec le particulier, la mouvance, le changement, l’adaptation aux besoins du temps. Toute hiérarchie est dissoute au profit d’un équilibre, d’une harmonie. La pensée écologique du second quadrant théorise l’incertitude des mondes physique et surtout biologique, la pensée symbolique du troisième quadrant décode la complexité de l’univers des représentations. Ces deux logiques ne risquent pas la cristallisation intellectuelle car, dans ces domaines, il n’existe aucune recette. A chaque instant tous les possibles sont à réinventer. Comprendre un rêve nécessite de parler avec le rêveur en intégrant son passé, son présent, ses espoirs, ses liens familiaux, sa situation économique, etc. De même, comprendre le fonctionnement d’un biotope suppose de prendre en considération un grand nombre de facteurs comme la qualité des sols, la nature des plantes environnantes, leurs relations entre elles, l’évolution du climat, etc. Autant d’éléments imprévisibles dont les « recettes » jamais ne rendront compte. Sans parler du fait que ce sont des systèmes complexes : la micro-perturbation d’un seul élément peut parfois changer la trajectoire de l’ensemble.

-       Les risques inhérents aux quadrants 1 et 4 seraient de figer la réalité, cette inconnue,  dans des systèmes et des recettes qui marchent : recettes scientifiques comme aujourd’hui lorsque la technique prend le pouvoir sur la science, et recettes métaphysiques comme au Moyen–Age où la philosophie fut enfermée dans la pensée aristotélicienne.

-       Les risques relatifs aux quadrants 2 et 3 seraient de baisser les bras face à un réel sans cesse en mouvement, céder à l’incertitude absolue et au doute car, à chaque fois, il faut toujours tout recommencer, tout réinventer, tout refaire.

Le dernier quadrant fait appel à un mode de connaissance qualifié de "holistique" par Arthur Koesler. Le terme de “holon”, du grec holos - tout - avec le suffixe on suggérant partie, fut forgé dans les années 1930 par Arthur Koestler qui en propose la définition suivante :

“Il n’existe nulle part de partie ni de tout au sens absolu. Ni l’organisme vivant ni le groupe social ne sont des rassemblements de pièces élémentaires; ce sont des systèmes à niveaux multiples et hiérarchiquement organisés de sous-ensembles qui contiennent eux-mêmes des sous-ensembles d’ordre inférieur, à la manière des poupées russes. Ces sous-ensembles - ces “holons”, comme j’ai proposé de les nommer - sont des entités à tête de Janus qui ont en même temps les propriétés indépendantes d’un tout et les propriétés dépendantes d’une partie. Chaque holon doit sauvegarder et affirmer son autonomie, sans quoi l’organisme se désarticulerait et se dissoudrait en une masse amorphe; mais en même temps il doit rester subordonné aux exigences de l’ensemble existant ou en évolution. “Autonomie”, dans ce contexte, signifie que les organites, les cellules, les muscles, les nerfs, les organes, ont tous leur rythme intrinsèque et leur propre type de fonctionnement assisté d’appareils d'autorégulation, et qu’ils tendent tous à persister et à s’affirmer dans leurs types caractéristiques d’activité. Cette tendance à l’affirmation de soi est une caractéristique fondamentale et universelle des holons qui se manifestent à tous les niveaux. En revanche, les activités des holons sont déclenchées, inhibées ou modifiées par des directives venues de niveaux supérieurs de la hiérarchie. Le système régulateur du cœur, par exemple, est régi par le système nerveux autonome et par des hormones, qui à leur tour reçoivent leurs ordres de centres cérébraux qui peuvent contrecarrer les habitudes fonctionnelles des centres subordonnés. Ainsi la tendance affirmative du holon a-t-elle une contrepartie dans sa tendance à l’intégration qui le pousse à fonctionner comme une partie d’un ensemble plus vaste.”

La connaissance holistique, que nous appelons ici « opérative » afin de mettre l’accent sur la créativité, se distingue des approches scientifiques, écologiques et symboliques. Le holon existe comme un tout en relation avec un tout plus vaste au sein duquel il est plus ou moins bien intégré. Penser l'homme de manière holistique revient à comprendre son rôle spécifique vis à vis d'une transcendance, d'un tout plus grand que lui, et réfléchir également au rapport fonctionnel qu'il entretient avec les autres règnes de la nature. Le sens n'est plus exprimé par la forme de l'organisme mais par la position qu'il occupe au sein d'une hiérarchie. La connaissance opérative est nécessairement transcendantale car elle décrit comment  la partie se relie à un plus-grand-tout. Son idéal est le serviteur, c'est-à-dire celui qui accomplit parfaitement l'action que requiert l'heure présente pour l’accomplissement et la réalisation du tout. L’initié auquel nous faisons naguère allusion n’a d’autre but que de servir à travers ce qu’il est le « plus-grand-tout » avec lequel un contact conscient est établit. Arrivé à ce point la connaissance n’a plus rien d’intellectuel. Est-ce, du reste, un hasard si le terme « véda », signife « savoir », exactement comme le grec « gnosis ». Si le français « connaissance » se décompose en « co-naissance », naître avec, et si l’anglais « understand » signifie littéralement « se tenir en dessous » - en dessous de quoi, si ce n’est de l’idée ? Toutes ces coïncidences seraient-elles de simples caprices du langage ?

L’efficacité de la pensée opérative suppose au préalable la familiarisation avec un modèle analogique, en réalité une gnose,  utile garde-fou pour ne pas se laisser déborder par l’opérativité, c’est-à-dire la force transformatrice des symboles qui véhiculent une connaissance vitale, consubstantielle à la nature de l’univers et d’une efficacité redoutable. De tels modèles existent dans la pensée orientale, ce sont, par exemple, les hexagrammes du yi king ou l'arbre des séphiroths. En occident la tradition alchimique ou les logiques emboîtées du zodiaque jouent ce même rôle. Mais, pour l’heure, notre monde occidental s’efforce surtout d’élaborer des modèles logiques pour expliciter le comportement de l'univers-objet, avec le succès que l’on sait.

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La grande mutation

Au début de cet ouvrage nous citions Peter Drucker pour qui « à intervalles de quelques siècles, l'Histoire de l'Occident a l'habitude d'entrer soudainement en métamorphose. Elle franchit ce que j'ai appelé une "coupure". En quelques dizaines d'années, la société se trouve complètement remaniée - dans sa conception du monde, ses valeurs fondamentales, ses structures sociales et politiques, ses arts, ses grandes institutions. En l'espace de cinquante ans, un monde nouveau surgit. Et les hommes qui naissent alors sont incapables ne serait-ce que de se représenter le monde où vivaient leurs grands-parents, et où leurs propres parents étaient nés ». Quel adolescent aujourd’hui pourrait comprendre et se représenter le monde dans lequel vivaient les hommes du XXe siècle avec ses luttes idéologiques, ses guerres mondiales, les enjeux de la décolonisation et la division de la planète en deux blocs idéologiques ?

C’est exactement en 1993 que fut mis sur le marché Mosaic, le premier moteur de recherche qui rendit Internet accessible au grand public. Sa simplicité d’utilisation est à l’origine du développement fulgurant du monde virtuel qui est en train de changer radicalement nos manières de vivre et de communiquer. Et, pour rester dans les événements symboliques qui en disent long, Kasparov, le champion du monde d'échecs, est battu pour la première fois par un ordinateur le 31 août 1994.

Sur le plan politique la conjonction de 1993 donnait un nouvel élan à la construction européenne avec l’entrée en vigueur du grand marché unique des douze pays de la C.E.E., l’abolition des frontières et la libre circulation des personnes. Depuis, l’Europe n’a cessé de s’étendre sur un mode juridique. Un processus pacifique assez semblable à celui qui donna aux Habsbourgs la suprématie sur le vieux continent grâce à un extraordinaire jeu d’alliances matrimoniales. Le demi-carré (45°) se formera en mai 2019 et le carré (90°) en 2039, deux moments privilégiés pour questionner la pertinence de la croissance géopolitique de l’Europe communautaire et réadapter éventuellement les institutions fondatrices pour assurer la stabilité du système politique. Les décisions prises en 2039-2042 suite à une crise et à un renouvellement des institutions européennes conditionneront la suite des événements, à savoir un nouvel échec et des divisions entre Etats qui remettront en cause la construction de l’Europe politique lors de l’opposition de 2078-2082. A moins que ne prédomine une nouvelle vision : la conscience que la construction européenne atteindra son apogée. Il s’agira ensuite de développer les dimensions sociale, culturelle, artistique, voire spirituelle de l’édifice économico-politique élaboré entre 1993 et 2078. Cette dernière date correspond analogiquement à l’« Europe des maxima » des années 1910 chantée par Paul Valéry. Juste avant son effondrement dans le cataclysme des deux guerres mondiales.

La triple conjonction Saturne/Uranus/Neptune formée entre 1988 et 1993 est suffisamment rare pour en dire un mot ici. Elle revient tous les 684 ans et se déplace de 64° dans le sens du zodiaque : 6° Cancer (-60), 10° Vierge (- 623), 14° Scorpion (1307) et 19° Capricorne (1993).

Une première triple conjonction prit place entre –60 et -54 en Cancer. C’est en –60, au moment exact de la rencontre d’Uranus avec Neptune, que César, Pompée et Crassus s’associent pour former le premier triumvira. Afin d’asseoir sa popularité, César se lance rapidement dans la guerre des Gaules (-58/-52). La conjonction de Saturne à Pluton de –58 n’est pas étrangère à ce déploiement d’ardeurs guerrières. A partir de l’hiver 54/53 la situation en Gaule se détériore et les révoltes se multiplient - la conjonction Saturne/Uranus est exacte en –54 - mais la reddition de Vercingétorix en –52 mettra fin à ces velléités d’indépendance.  C’est le 14 février -44 que le Sénat confère à César la « dictature perpétuelle ». Alors tout espoir de retour à la République disparaît, l’Empire romain est né. L’assassinat du dictateur un mois plus tard ne changera pas le cours de l’histoire. Après 14 ans de guerre civile Octave deviendra le maître absolu d’un empire pacifié. En trente ans la face du monde a changé pour longtemps.

Le rassemblement suivant des trois planètes se passait entre 622 et 626 dans le signe de la Vierge, c’est-à-dire en synchronicité exacte avec la naissance de l’Islam. En un peu plus de trente années les conquêtes musulmanes furent fulgurantes, elles conditionnent encore aujourd’hui la géopolitique du monde. Nous ne pouvons détailler ici les données astrologiques remarquables et complexes qui accompagnèrent l’assassinat d’Ali le 24 janvier 661, le quatrième successeur du Prophète. Ce drame conduisit au premier schisme et à la formation des courants Sunnites et Chiites. Ces derniers considèrent qu’Ali est le premier successeur de Mahomet et nient la légitimité des quatre précédents.  Bien qu’ils soient minoritaires dans l’Islam les Chiites sont majoritaires en Iran et en Irak. Ce courant religieux prit naissance lors du carré Uranus/Pluton de 661. Pour simplifier, le monde Sunnite résonne avec les cycles Uranus/Neptune et la communauté Shiite avec Uranus/Pluton… comme son « belligérant » actuel, les U.S.A.. Il se trouve que la triple conjonction Saturne/Uranus/Neptune de 1988-1993 du Capricorne formait un trigone (120°) à celle de la Vierge de 622-626… et que la conjonction Uranus-Pluton de 1965 naquit également en Vierge. Tout se passe comme si de vieilles mémoires historiques s’étaient réveillées en 1965 et en 1993, et remontaient dans les consciences musulmanes. Le chiisme hiérarchique et centralisé depuis 1965, et le sunnisme plus ouvert et plus « européen » depuis 1993 refont surface dans la politique mondiale.

Il faut encore citer la triple conjonction de 1306 dans le signe du scorpion qui suivit la fondation de l’empire Ottoman (1299) et accompagna l’épanouissement de la culture islamique.

Peut-on comparer les bouleversements des années 1988-1993 aux grandes transformations géopolitiques qui prirent racine en –60 (César), puis en 622 (l’hégire) et, dans une moindre mesure, en 1306 (l’empire Ottoman) ? Il est certes trop tôt pour l’affirmer, mais il serait prudent d’envisager la période 1988-1993 comme ayant posé les semences d’un monde totalement nouveau dans lequel vivront de nombreuses générations d’êtres humains pendant les sept prochains siècles. Ce ne sera évidemment pas 684 ans d’hégémonie européenne ni de réveil des peuples sud-américains ! Il faut concevoir ce temps comme un processus cyclique avec ses phases d’expansion (1993-2042), de diffusion (2042-2080 environ), de déclin ou de développement culturel (2080-2125) et enfin de remise en question ou de disparition (2125-2166).

Nous avons, jusqu’à présent, évoqué les grandes forces signifiantes qui animent les processus historiques avec la nouvelle Renaissance scientifique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe (conjonction Neptune-Pluton) ; le développement des technologies de l’information au risque de la manipulation, la poursuite de l’essor des U.S.A. et un questionnement sur la place de la Chine dans le monde, notamment une limite possible de son développement économique et, enfin, la triple conjonction Saturne/Uranus/Neptune de 1988-1993 qui concocte une nouvelle unité européenne et l’épanouissement de l’Amérique du Sud. Ces « blocs » sont porteurs d’idéaux et de valeurs distinctes qui devront trouver leur territoire d’influence géopolitique au fur et à mesure des interactions entre les trois planètes les plus lentes du système solaire : Uranus et les valeurs d’invention, de liberté, de changement, de révolte et d’indépendance ; Neptune et les valeurs de communion, de partage, de générosité et d’humanisme ; Pluton et les valeurs de métamorphose, de volonté de puissance, de sacrifice et d’affirmation identitaire. Cependant, pour rentrer dans le monde réel, celui des événements économiques, sociaux et politiques, ces valeurs que sont au fond la liberté (Uranus), l’égalité (Neptune) et la fraternité (Pluton) doivent se densifier et prendre des formes. C’est là le rôle de Saturne et de Jupiter dans le symbolisme astrologique. Nous avons longuement montré dans cet ouvrage comment les cycles de Saturne avec Neptune tentèrent de matérialiser l’utopie et, ailleurs, comment les cycles de Saturne avec Pluton explorent un difficile mariage entre le droit et la force[1]. Nous allons maintenant entrer dans le vif de l’histoire en explorant les cycle actuels de Saturne avec respectivement Uranus, Neptune et Pluton.

Pour comprendre comment cela fonctionne il faut se rappeler que ce modèle astrologique de l’histoire ne fonctionne pas avec une logique causale mais relève de la pensée analogique. D’autre part il ne traite pas des événements mais du sens. Chercher une causalité tournerait vite à l’absurde et entraînerait de facto le rejet de ce modèle. En effet il n’existe aucun rapport de cause à effet entre une crise économique et la position d’Uranus et de Saturne dans le ciel par exemple. Il n’existe pas non plus de relation mécanique entre les différentes valeurs attribuées à Uranus : libéralisme, génie créateur, invention, indépendance, impatience, individualisme, mythe du Progrès et sens du paradoxe. Pourtant on sent bien intuitivement que tous ces éléments sont liés par quelques chose. Ce « quelques chose » est un archétype, une force signifiante, un idéal – peu importe la manière de le désigner – unique qui anime la personne (indépendance), le modèle économique (libéralisme), la pensée (génie créateur), l’émotion (impatience) et le modèle social (mythe du Progrès). Certaines nations comme la Chine moderne n’ouvrent la porte qu’à la dimension économique de l’archétype « Uranus » avec l’ « économie socialiste de marché » sans que celui-ci  ne soit intégré dans la vie sociale (la démocratie) et psychique (la liberté individuelle). Ce simple exemple, le fait qu’un état totalitaire puisse devenir une puissance économique mondiale sans passer par la démocratie, montre que tous ces éléments de sens ne sont pas liés entre eux par la causalité. Accepter de penser analogiquement nous permet d’entrer dans le monde du sens et de percevoir comment un fil signifiant « s’incarne » dans des formes aussi diverses que celles que nous venons de citer. Les éléments de notre réalité s’agrègent en un nuage de formes psychiques et événementielles qui, en relation avec d’autres nuages, dessinent les printemps et les automnes des nations et des civilisations. Ce sont donc ces « climats » sociaux, politiques, et idéologiques que nous décrivons ici. Et, pour filer la métaphore, l’orage qui éclate soudainement prend les passants dépourvus de parapluie par surprise. Par contre un orage annoncé aura cette vertu de leur proposer le choix de s’en protéger… ou de profiter des bienfaits de ce don du ciel !



[1] Les sept jours de la création d’Israel (Janus)

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Mercure, la meilleure manière de se relier à soi-même et au monde

Mercure en astrologie

Dans un thème, Mercure représente la manière particulière qu'a la personne pour découvrir son environnement et se lier à lui sans danger. L'attitude de base consiste à  accentuer la légèreté, le mouvement, les affleurements par petites touches, la superficialité, la curiosité vite satisfaite, toutes choses qui permettent de ne jamais s'engager vraiment et respectent un vital besoin de liberté. Sans le bouclier de son habileté manuelle, intellectuelle, relationnelle, l'être se retrouve vite désemparé. Il devient le spécialiste de l’improvisation ; éternel adolescent il ne cesse de jouer la désinvolture. Un "jeu" qui peut le conduire à développer une véritable virtuosité dans un domaine qui réclame rapidité et ingéniosité si ce Mercure découvre une passion. Cependant il est vrai qu'en absence d'une bonne structure (Saturne) ou de puissantes ressources en inergies (Soleil, Mars) l'être, à force de frôlements multidirectionnels, risque la dispersion, voire l'épuisement nerveux ou mental.

Cette planète relie les deux pôles de toute dualité. Non pour en réaliser la synthèse mais afin d'en accentuer les différences. De cette comparaison surgit la prise de conscience et le pouvoir de nommer les choses, de re-connaître les objets intérieurs et extérieurs chaque jour côtoyés. Maître des mots, Mercure use et abuse parfois de son nouveau jouet. Du discours à la propagande, de la capacité de faire comprendre ses points de vue aux autres à la logorrhée verbale, de la finesse à la ruse, de la légèreté à la démission, de la libre pensée à l'inconstance dans ses opinions toutes les gradations existent selon les personnes, les jours et les humeurs ! A l'extrême, Mercure est profondément amoral, picorant ça et là en fonction de ses préoccupations immédiates. Plus tard les symboles produits par Mercure vont devenir des outils indispensables à une compréhension synthétique et globale du monde où se meut l'individu. Celui-ci commence à utiliser ses dons d'analyse pour se comprendre. Il décortique finement le fonctionnement du penseur, l'accès à la ruse lui est maintenant fort utile pour dépister le grand jeu de traces qui se noue entre le conscient et l'inconscient. Il découvre alors que le double sens du mot "réfléchir" ne recouvre en fait qu'une seule et même opération. En observant d'un œil détaché l'ombre et la lumière, le bien et le mal, le beau et le laid, l'agréable et le désagréable il comprend que chaque dualité forme un tout insécable comme la paume et le dos d'une même main. Ce qui était à ses débuts amoralité devient absence de jugement, regard objectif dénué de critique et d'appréciation. Fidèle image de son archétype, Hermès, l'individu maître de Mercure devient "le Messager des Dieux", celui qui comprend la double nature de toutes les instances psychiques et procède à leur réconciliation.

Outre ses dons d'habileté et de finesse Hermès est psychopompe, il guide l'âme des défunts dans le royaume des morts. Dans ce voyage il n'encourt aucun danger car il voit et comprend. Le recul procuré par la pensée et la parole est la condition sine qua non à toute aventure dans le labyrinthe de l'être où se côtoient sombres ruelles humides proches de l'éboulement et corridors lumineux. Au moyen de Mercure la toile où s'imprime le dessin de l'être global est tissée fil à fils, mot à mot, avec une même attention vigilante aux passages brodés de noir, de rouge ou de blanc.

L'infatigable trouvère va au-devant de sa dernière conquête : celle du vide. Comme son nom l'indique dans la langue des oiseaux, il va "vers le trou". Tout ce chemin, tout ce savoir, tous ces efforts et cette ingéniosité déployée pour rencontrer le trouble. Mais aussi qu'elle merveille que ce lieu de Silence, ce lieu neutre car non duel où se polarisent le "haut" et le "bas", les « inergies » de l'âme (Soleil) et les aspirations de la personnalité (Lune) . En acceptant le trouble, le non savoir, l'être entre consciemment dans ce point de contact qui est chenal de communication avec son âme. Là il reçoit les impulsions du Ciel qui seront traduites en paroles et en écrits dans la seule mesure de son développement mental antérieur.

Grâce à l'incorporation des inergies "mercuriennes" l'homme se détache du mythe ; par l'analyse il se décolle psychiquement de cette fascination-prison envers les archétypes qui caractérise la pensée magique des peuples primitifs. La mythologie chrétienne ne raconte pas autre chose lorsque Adam mange du fruit de l'arbre de la connaissance. Il s'ensuit une chute hors du paradis. Privé du soutien inergétique de l'archétype solaire (divin) l'homme foule pour la première fois le long sentier du temps.

Les quatre niveaux de lecture de Mercure se résument ainsi :

1. Jeu et superficialité afin de se protéger du contact direct de l'inergie solaire.

2. Discrimination : "cela est vrai ou faux".

3. Conciliation : "tout a un sens pour vérification et rectification de ce que je suis".

4. Canalisation. Le cerveau "trans-met" le Verbe.

On ne devrait pas sous-estimer l'importance de Mercure dans un thème natal en la réduisant simplement au mode de pensée propre à une personne. Par Mercure, l'être se dit. Il parle du "dit" de la déité (D.I.T.) qu'il est fondamentalement. S'approprier Mercure, s'approprier sa parole par-delà les savoirs et les réflexes mentaux superficiels, c'est avant tout exprimer une vibration, un son, que portent les mots. Cette vibration met l'être en contact avec son centre intérieur de lumière et ouvre ainsi le canal de la créativité. Planète intérieure à l'orbite de la terre, la plus proche du Soleil, Mercure est le Son par Qui nous existons avant d'être "leçon" mémorisée par l'ego lunaire.

Mercure dans les signes indique notre manière particulière de comprendre, d'ordonner et de communiquer nos perceptions. Par extension on y verra le type de mentalité de la personne, son type d'intelligence. C'est aussi la forme énergétique du mentat, la tonalité sur laquelle la personnalité reçoit les messages de l'âme.

En Maisons, Mercure indique le champ d'expérience vers où se dirige spontanément notre curiosité intellectuelle, le lieu dont nous sommes le plus aptes à formuler les mécanismes et les lois. Dans la Maison de Mercure nous sommes à l'aise pour communiquer nos idées et voir objectivement les tenants et les aboutissants d'une situation.

Mercure en signes de Terre (Taureau, Vierge, Capricorne). La personne possède une intelligence pratique. Avant de comprendre et d'accepter quelque chose elle a besoin de preuves tangibles. Une fois acquis, ce savoir doit s'appliquer à résoudre des problèmes concrets, même s'il s'agit d'équations mathématiques ou de questions juridiques. On apprend par la pratique et l'expérience tout au long de sa vie, amassant ainsi une somme de connaissances sûres et permanentes.

Mercure en signes d'Eau (Cancer, Scorpion, Poissons). La personne possède l'intelligence du cœur. Bien qu'il lui soit parfois difficile de différencier pensées et sentiments elle cherche à comprendre ses motivations personnelles ainsi que celles de son entourage. Le facteur humain joue un rôle essentiel dans les processus d'acquisition du savoir. Mis à l'aise émotionnellement l’être comprend avec beaucoup de finesse, surtout quand il s'agit de percevoir les mécanismes de la psyché ; en milieu hostile par contre il perd rapidement ses moyens car il se laisse impressionner par ses émotions.

Mercure en signe d'Air (Gémeaux, Balance, Verseau). La personne possède une intelligence de type encyclopédique. Elle a tendance à amasser des connaissances de type très divers, à lire beaucoup, parler beaucoup, se déplacer beaucoup. Elle épate volontiers ses amis par la pertinence de ses questions ou la sagacité de ses réponses. C'est une pensée sans cesse en mouvement, curieuse de tout, qui encourt le risque de la superficialité et de l'intellectualisme.

Mercure en signe de Feu (Bélier, Lion, Sagittaire). La personne possède une intelligence intuitive. Elle se sent à l'aise dans la formulation de projets de grande envergure. Elle convainc grâce à son enthousiasme et sa foi, entraînant à sa suite l’approbation et l'admiration de son entourage. Elle encourt le risque de se laisser séduire par des idées lumineuses mais sans substance, idéales mais inapplicables. La pensée se préoccupe de ce que le monde pourrait être bien plus que de ce qu'il est.

Mercure en Feu : on apprend grâce à la foi en ses maîtres.

Mercure en Air : on apprend par le jeu et par soi-même.

Mercure en Eau : on apprend comme on est aimé.

Mercure en Terre : on apprend par le corps et la pratique

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Le Soleil, la conscience d’être soi

Le Soleil en astrologie

L'astre central représente un état de plénitude potentielle ! Seule fonction qui ne dépende pas de l'Autre pour exister, il se définit par autoréférence : c'est l'être pur. Dans un thème il traduit le besoin qu'a l'individu de devenir lui-même, son aspiration consciente à s'exprimer en tant qu’unité individuelle. Utiliser l'inergie du signe Solaire revient à accroître sa confiance en soi et sa plénitude d'être. Le zodiaque représente ici les douze voies de croissance en conscience offertes à l'homme global.

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En signes de Feu : par l'expression de son individualisme et de son esprit d'entreprise l'être rayonne la joie et l'enthousiasme de sa nature profonde.

En signes d'Eau : par la reconnaissance et l'acceptation de sa sensibilité et de ses émotions l'individu découvre la plénitude intérieure.

En signes de Terre : par la construction et l'effort personnel sont atteintes la paix et la stabilité.

En signes d'Air : en développant capacité relationnelle et curiosité intellectuelle surgit le grand éclat de rire de la liberté sans limites.

Pour parvenir à la globalité de lui-même le Bélier devrait toujours conserver une totale confiance en son intuition, sentir la vie de l'univers se déverser en lui, affronter avec défi de nouveaux commencements comme des opportunités renouvelées d'affirmer sa personnalité. Il a besoin d'une cause pour laquelle dépenser ses inergies s'il ne veut sombrer dans le vide.

Le Taureau devrait s'attacher à ressentir son corps, à se construire un environnement matériel stable, à travailler la matière. La conscience de soi - du Soi - s'accroît de manière concrète et tangible à mesure que la personnalité accepte de s'incarner dans la matière.

Les Gémeaux devraient aller d'aventures en aventures en ne s'attachant qu'au changement, récolter une large moisson d'expériences variées, lire, parler, communiquer jusqu'à ce qu'il réalise son unité d'âme avec ses frères.

Le Cancer devrait laisser se déployer toute sa sensibilité, accueil à lui-même puis aux autres. Accepter et aimer son corps comme symbole de son identité.

Le Lion devrait affirmer sa personnalité haut et fort, quitte à porter de l'ombre sur son entourage. Par l'incarnation de son désir de paraître il finira par trouver sa juste place.

La Vierge se réalise en amenant à la perfection son petit coin d'univers. Elle atteint à la globalité d'elle-même lorsque son savoir devient utile.

La Balance se nourrit des activités culturelles de son milieu, elle atteint la plénitude dans une relation privilégiée avec l'Autre.

Le Scorpion devrait avoir le courage de regarder puis d'aimer l'obscurité de sa nature pour gagner le droit de dissiper les ténèbres extérieures. C'est le mythe de St-Michel qui tient en respect le Dragon, gardien du trésor.

Le Sagittaire devrait agir sur la base de sa connaissance des hommes et de leurs motivations. Dans son action il a besoin de légitimité ainsi que de réaliser une œuvre socialement significative.

Le Capricorne devrait développer sa capacité de maîtrise de lui-même pour assumer ensuite des responsabilités sociales.

Le Verseau, en allant à contre courant des valeurs normatives, rappelle au monde que l'aventure de la pensée n'est jamais terminée.

Les Poissons, réceptifs aux grands courants de l'invisible, nous rappellent la finitude de toute aventure trop humaine.

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La Marée Solaire

La Marée Solaire

Tout objet ou événement extérieur est susceptible de satisfaire à deux lectures : l’une, physique et quantitative, représentée par sa description et son observation objective ; l’autre, symbolique et qualitative, représentée par la perception intuitive de son sens. Appliquons cette logique-symbolique au système solaire en son entier en suivant la voie tracée par Rudhyar : l'inergie unitaire solaire se différencie au fur et à mesure de sa capture par les planètes et, ce faisant, révèle progressivement leur nature essentielle. Dans une optique symbolique, et par conséquent chargée de sens, nous pouvons considérer le système solaire comme un grand symbole cosmique dont le décodage clarifie les grands principes sur lesquels reposent toute construction : construction physique (une maison), biologique (une cellule), psychologique (un individu) et spirituelle (un Avatar). Planètes et luminaires sont les seuls composants du système astrologique à avoir une réalité matérielle indéniable. Signes et Maisons ont une réalité symbolique basée sur la puissance archétypale des chiffres de un à douze. Les Nœuds Lunaires, la Lune Noire, les planètes noires et, peut-être, d'autres lieux encore à découvrir, ont une réalité géométrique. Points vides de l'espace ils focalisent dans l’invisible - dans les profondeurs inconscientes du psychisme individuel et collectif - les inergies distribuées par les planètes. Dans une dernière série de facteurs astrologiques se classeront les parts arabes, le point d'illumination, la part d'Esprit etc., qui, tous, relèvent d'une opération arithmétique.

Les planètes sont des points de concrétisation d'un processus continu de croissance qui a sa source dans le Soleil, chacune d'elle est une étape à atteindre puis à dépasser dans un triple mouvement d'acquisition (phase cardinale), d'identification (phase fixe) et de lâcher prise (phase mutable) avant d'atteindre la station suivante.

 

Le Soleil

Unique par sa fonction - qui est de générer de l'énergie - et par sa taille, le Soleil apparaît ici comme source de vitalité. Prana, Ki ou énergie éthérique selon les traditions, il est l’énergie qui soutient tout organisme. Puissance rayonnante, il brûle d'une vive intensité en déversant de la lumière blanche, synthèse de toutes les couleurs. Sa correspondance microcosmique sera naturellement le noyau, le cœur, le centre de tout organisme, vivant ou inerte. Toute genèse, tout germe, prend son origine dans le Soleil réel et symbolique. Un organisme croît et crée toujours à partir de son centre, position indispensable car ce centre a un pouvoir intégrateur, pouvoir de gravitation ou de cohésion dans la nature, pour attirer à lui les "collaborateurs" dont il a besoin. Etre dans son Soleil revient à se placer au centre de soi-même, centre autour duquel gravitent tous nos "moi" transitoires et circonstanciels. Sur le plan astronomique, toutes les planètes sont confinées dans le champ d'attraction solaire. L'astre représente la force d'intégration qui permet à tout organisme de rester unifié. Sur les plans physique, biologique, psychologique et spirituel la fonction solaire sera toujours la même : une puissance d'intégration et de synthèse. Point-référence de toutes les planètes, il est le garant de l'unité du système solaire et, symboliquement, de tout organisme.

Mercure

Comme le suggère son mouvement oscillatoire décrit par les rapides passages de la planète d'un côté puis de l'autre de l'écliptique, Mercure sanctionne la première différenciation de l'énergie solaire. De plus son excentricité anormalement élevée (aplatissement du plan de l’orbite de la planète) suggère un mouvement d'inspir et d'expir, en réalité la naissance du rythme. Si le Soleil trouve sa correspondance avec le cœur des atomes, Mercure symbolise tout ce qui émane directement de ce centre. Ce sera l’électricité produite par un transfert d’électron, l’énergie nerveuse induite par une onde de dépolarisation, l’indice de toutes les différences de potentiel.

Avec Mercure naît la dualité - et la première dualité réside dans la polarité des particules chargées positivement et négativement - et par conséquent l’objectivation de l'immense puissance solaire indifférenciée. Avec la charge électrique apparaissent les premiers phénomènes d'attraction et de répulsion propres à Vénus.

Vénus

La mise en vibration du point solaire conduit naturellement à une nouvelle étape de la manifestation du cœur. Caractérisée, comme Uranus, par une rotation axiale rétrograde elle correspond à une individualisation de l’inergie. En effet si la révolution orbitale, qui est un mouvement autour d'un centre, se rapporte au collectif (comme cela est le cas pour le zodiaque, chemin parcouru par la Terre autour du Soleil), la rotation axiale se rapporte à l’individualité de la planète (les Maisons, rotation de la Terre en une journée). L'inclinaison de l'axe polaire par rapport à l'écliptique indique le degré d'implication de l'individu dans le collectif.

Vénus construit la forme archétypale ou ira se lover la matière lunaire, elle est le champ magnétique d'où émergent les lignes de force essentielles du futur individu. Uranus aura ce même rôle, construire un organisme unique et indépendant, mais du point de vue de l'affirmation extérieure (planète sise au-delà de l'orbite de la Terre) alors que Vénus, à l'intérieur de l'orbite de la Terre, définit sa forme essentielle.

La Lune

Satellite de la Terre, il procède à toute naissance. Naissance d'un organisme concret sur la base d'un champ de forme archétypal (Vénus) et de l'énergie électrique (Mercure). De par sa position privilégiée de satellite, la Lune se réfère essentiellement à toutes les expériences terrestres. Elle est centrée sur la Terre, sur le développement de la vie organique. A partir de notre planète les choses ne sont plus abstraites, mais reposent sur une cellule préoccupée de sa survie. La fonction de la Lune est d'offrir à la parcelle de vie (Soleil) qui a su se séparer de la totalité (Mercure) puis se créer une forme potentielle (Vénus), la substance adéquate à son expression concrète. Elle est directement concernée par tous les phénomènes de croissance, comme le suggère sa forme changeante. Elle nourrit l’être physique (aliments) comme l’être psychique (images, rêves).

Tous les facteurs lunaires (Nœud Nord et Nœud Sud, Lune, Lune Noire) sont circumterrestres, par conséquent ils décrivent l’évolution, le mûrissement puis le dépassement de l'ego.

 

Mars

Les organismes qui virent le jour à l'étape précédente ne demandent qu'à croître et à se multiplier, c'est une étape de conquête et d'invasion de nouveaux territoires.

Si l'énergie provient toujours du soleil, elle est assimilée par l'organisme lunaire. Aussi Mars représente l'activité, sous toutes ses formes, de cet organisme. Alors que le Soleil diffuse dans toutes les directions, Mars focalise son énergie dans une seule direction à la fois. Ici le plus faible disparaît irrémédiablement au profit du plus fort, c'est-à-dire ceux en qui l'énergie solaire est transformée avec le meilleur rendement. C'est une période de haute lutte. Au niveau biologique Mars symbolise la division cellulaire, la reproduction sexuelle, les comportements de défense du territoire et de conquête de nouveaux espaces. Cette planète est en relation privilégiée avec les organismes unicellulaires (virus, bactéries) et les organismes capables de transformer l'énergie lumineuse (chloroplastes) ou chimique (mitochondries). Cette phase d'évolution s'inscrit parfaitement dans la théorie Darwinienne de la sélection naturelle (Avec Pluton dans le rôle de facteur mutagène).

Les astéroïdes entre Mars et Jupiter représentent les obstacles que doivent surmonter les organismes biologiques pour s'étendre toujours plus loin. La phase de croissance se heurte nécessairement, tôt ou tard, à l'épuisement du milieu.

Jupiter

Lors de cette étape certains organismes comprennent les avantages de la coopération sur la compétition. Ainsi en est-il des Actinomycètes qui, lorsqu'ils disposent d'une grande quantité de nourriture sur le sol de la forêt, agissent comme un groupe de cellules individuelles, chacune étant indépendante de ses voisines et vaquant à ses propres occupations. Mais lorsque la nourriture vient à manquer, ces individus fusionnent en une entité collective. Ils se rejoignent pour devenir un être unique qui se déplace sur le sol de la forêt, et se séparent à nouveau lorsque la nourriture réapparaît. Cet exemple illustre clairement la fonction Jupitérienne qui est le passage d'un comportement individuel (Mars) à un comportement collectif sous la pression de la nécessité.

Avec Jupiter nous assistons à la formation d'organismes pluricellulaires mieux adaptés aux conditions difficiles de leur environnement. La synergie prime sur les efforts d'individus séparés et avides. Jupiter est cette fonction qui rassemble les siens en une unité plus vaste, il impose la formation de communautés de ressemblances. Communautés d'intérêts au niveau humain (corporations, partis, cercles d'amis, cercles de pensée…) ; au niveau biologique formation d'organes composés de cellules à même vocation. Ce rassemblement des cellules pour former des organes, et des hommes pour constituer des tribus, génère une nouvelle forme de chaleur . Une chaleur issue de la mise en commun du surplus d'énergie libéré par Mars, qui profite à l’ensemble de l’organisme ou de la communauté. Chaleur protectrice au sein de laquelle chacun va entamer le long processus de différenciation saturnien.

Saturne

Le grand processus d'attirance du semblable par le semblable mené à terme produit nécessairement des choses différenciées. Plutôt que de retourner vers une activité individualiste de type Martienne comme le fait l'actinomycète, l’organisme Saturnien découvre les avantages de la spécialisation et du cloisonnement. Les cellules se différencient, chacune accroissant sa compétence en vue de la production de quelques substances spécifiques. De plus, s'il souhaite maintenir cet embryon d'organisation interne, l’organisme doit apprendre à sélectionner les nutriments de son environnement en fonction de ses besoins. Il apprend, peu à peu, à fonctionner comme un tout séparé et autonome. Ici œuvrent les germes du processus d'individuation. Cette période saturnienne correspond à tous les processus de cloisonnement, de limitation et de structuration : la peau et les os en biologie, mais aussi les cellules hyperspécialisées comme les neurones, les frontières et les lois d'une nation, les moyens de production spécialisés (usines…), la Taylorisation du travail, etc.

N'oublions pas que si l'inergie vitale solaire paresse trop longuement sur l'une de ces stations planétaires elle creuse le sillon d'une impasse évolutive. Ainsi en fut-il des bactéries (Mars) comme de ses colonies de termites (Saturne), spécialisées à un tel degré de perfection qu'elles semblent défier le pouvoir transformateur du temps.

Idéalement l'énergie Solaire qui prit forme (Vénus) dans un organisme (Lune) fonctionnel (Jupiter) et spécialisé (Saturne) reflue vers son centre. Suite à la phase involutive d'incorporation de l’inergie universelle, vient la phase évolutive caractérisée par la formation d'une identité individuelle. Le corps biologique ou social précédemment élaborés deviennent le support d'une nouvelle qualité : la conscience de soi ou, sur le plan collectif, la conscience de groupe.

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Jung ou la métamorphose du vieil homme

Jung ou la métamorphose du vieil homme

Carl Gustav naquit un 26 juillet, sous le signe du Lion. L’ascendant du thème de Jung se situe en Capricorne, Saturne rétrograde en Verseau et en première maison. Dans un thème, l'ascendant représente toutes les expériences qu'il nous faut appri­voiser, découvrir et assimiler afin de gagner en liberté intérieure. Ces expériences sont toujours ten­tantes mais elles demandent de s'ouvrir à l'inconnu. Elles peuvent être sources de grandes satisfac­tions comme engendrer de puissants déboires. Tout se passe comme si l'individu devait expérimenter dans sa vie con­crète toute la gamme d'expression symbolique de cette nouvelle qualité d’être. Agissant ainsi, il expérimente un sentiment d'unicité et de liberté jamais rencontré auparavant. Alors que les inergies du signe ascendant doivent être ac­quises par l'expérience, celles du signe solaire font déjà partie de la personna­lité. Idéalement l'individu devrait s'appuyer sur la confiance en soi générée par l'expression des qualités du signe Solaire pour expérimenter, apprivoiser puis assimiler celles de son ascendant.

Très souvent, et pour cette raison, le signe à la pointe de la première maison est vécu de ma­nière plus excessive et surtout plus inconsciente quand aux conséquences, que le signe so­laire. Là ou est le Soleil, là est la conscience ; là ou est l'ascendant, là est le désir d'expérimenter.

On comprend pourquoi la première maison est essentielle dans un thème natal. Elle repré­sente le prochain pas à franchir en vue de l'évolution de la per­sonnalité repré­sentée par l'axe des noeuds de la Lune. La maison et le signe du maître de l’ascendant. représentent la manière (signe) et le champ d'expérience (maison) où l'individu ex­prime le plus aisément son unicité. Là, il se sent libre d’être vraiment lui-même. Là, il a le sentiment de grandir.

L’ascendant Capricorne de Jung souligne l'importance accordée par l'enfant à son père. Pour se sentir en sécurité il a besoin d'une référence masculine qui lui donne des limites claires et définies. Un enfant de ce type est souvent « attaché aux jupes de son père » par contraste avec l'enfant né avec un ascendant Cancer qui a toujours besoin de sa mère. Très tôt s'installe un processus d'identification et d'admiration pour l'image paternelle. Cependant la rétrogradation de Saturne ne favorise nullement cette identification à l'image père. La fonction « acquisition des limites » est tournée vers l'intérieur, incapable de percevoir avec mesure les règles imposées par la figure d’autorité. En réalité Jung à dans sa tête l’idée de ce que devrait être un père idéal, du coup il a tendance à juger l’homme en chair et en os, naturellement faillible, comme étant incompétent. La présence de Saturne en première maison souligne que sa quête essen­tielle est celle de son identité. Le défi proposé par Saturne en Verseau consiste à intégrer la nouveauté sans se laisser déstabili­ser. Une nouveauté qui prendra le visage de l’architecture et des formes géométriques abstraites propres au « mental supérieur » dont le Verseau et Uranus sont les représentants.

En une simple phrase le psychanalyste résume merveilleusement le paradoxe engendré par la présence simultanée d’un ascendant en Capricorne et d’une rétrogradation de Saturne[1] :

« "Père" signifiait pour moi digne de confiance et… incapable »

Ce père « incapable » joua pourtant un grand rôle dans la vie de son fils. Lorsque ses parents firent chambre à part - notons le carré Saturne-Lune du thème natal, la tension entre les valeurs masculines et fémi­nines dans la psyché de Carl Gustav se rejoue dans la mésentente de ses parents – l’enfant choisit de dormir dans la chambre de son père plutôt que dans celle de sa mère.

Ce fut encore son père qui lui offrit, lors de sa quatorzième année (opposition de Saturne à lui même), le plus beau cadeau qu'il ne reçut ja­mais :

"Mon père me glissa un billet dans la main et dit : tu peux maintenant aller seul sur le Rigi-Kulm; je reste ici, deux billets coûtent trop cher. Fais attention à ne pas tomber.

"Le bonheur me rendait muet ! Enorme montagne, si haute que je n'en avais jamais vu de semblable auparavant ! Si proche des montagnes de feu que j'avais vues dans mon enfance, déjà si lointaine ! J'étais en effet presque un homme: j'avais acheté pour ce voyage une canne de bambou et une casquette an­glaise de Jockey, comme il sied à ceux qui vont de par le monde et maintenant j'étais, moi, sur cette immense montagne ! Je ne savais plus qui de moi ou de la montagne était le plus grand ! Avec son souffle puissant la merveilleuse locomo­tive me propulsait vers de vertigineuses hauteurs où sans cesse de nouveaux abîmes et de nouveaux lointains s'ouvraient à nos regards. Enfin je me trouvai au sommet, dans un air nouveau, léger, inconnu, dans une immensité inimaginable : "oui me disais-je, c'est le monde, mon monde, le vrai monde, le mystère ou il n'y a pas de maîtres, pas d'école, pas de questions sans réponses, où l'on est, sans rien demander". Je me tenais soigneusement sur les sentiers, car il y avait de pro­fonds ravins. C'était solennel ! Il fallait être poli et silencieux, on était dans le monde de Dieu. Ici on le touchait réellement ! Ce cadeau fut le meilleur et le plus précieux que mon père me fit jamais."

Etonnante fraîcheur avec laquelle, à plus de 80 ans, Jung décrit cette scène !

La montagne, cette « inaccessible terre promise » de ses toutes pre­mières an­nées devint, à 14 ans, un lieu à conquérir. Mais l’adolescent n’a pas un Saturne direct, ce n’est pas un alpiniste parti à la conquête des sommets enneigés. En 1959 Hermann Hesse, qui avait ren­contré le psychanalyste disait de lui[2] : « Cet homme est une véritable montagne, un génie extraordinaire… ». A la fin de son parcours Jung était devenu « la montagne ». Il avait intégré en lui, digéré en quelque sorte, le symbole extérieur cher au Capricorne. Avec un Saturne direct il aurait pu devenir un grimpeur émérite, au lieu de cela il devint un archéologue du psychisme et découvrit la force et la profondeur de tous les sommets.

La relation avec la pierre, celle qui construit, la pierre du Capricorne, fut essentielle tout au long de sa vie. Toujours, il y trouva du ré­confort. Maçon talentueux, il avait un sens inné de la construction. Enfant, il s'amusait déjà à ériger des châteaux forts avec des presque rien, adulte il renoua avec le même jeu pour ne point sombrer dans la folie lors de sa difficile plongée dans son inconscient. A l'âge mûr il construisit de ses mains la tour de Böllingen, sa maison extérieure, symbole de sa réalisation intérieure. A la fin de sa vie il disait voir à travers la pierre ce que celle-ci lui demandait de sculpter. Il se contentait alors d’en révéler des formes. Toute l’existence de Jung fut un jeu de construction avec le rocher du Capricorne. Comme celle du facteur Cheval qui, avec une infinie patience, construisit son étrange palais dans la Drôme. Ici, avec la rétrogradation, ce qui est en jeu, c’est la construction intérieure dont l’élaboration de la maison extérieure est l’excuse.

Le sextile de Saturne rétrograde à Mars indique littéralement la capacité d'organiser (sextile) la pierre (Saturne) au moyen du burin (Mars)[3]. La co-dominante vénu­sienne ajoute à cela le sens esthétique. En sculptant, l'individu canalise ses énergies (Mars) pour cons­truire sa personnalité (Saturne en I). Dans ce contexte thématique le travail de la pierre est avant tout un travail sur soi.

Enfant, il avait sa pierre avec laquelle il entretenait un étrange jeu[4] :

« Assez souvent, lorsque j'étais seul, je m'asseyais dessus et alors com­mençait un jeu de pensée qui prenait à peu près la forme suivante : "je suis assis sur cette pierre. Je suis en haut, elle est en bas." Mais la pierre pouvait tout aussi bien dire : "Moi, je…" et penser : "je suis placée ici, sur cette pente, et il est placée sur moi" Alors se posait la question "Suis-je celui qui est assis sur la pierre, ou suis-je la pierre sur lequel il est assis ? - Cette question me troublait chaque fois; je me redressais, doutant de moi-même, me perdant en réflexions et me demandant "qui est quoi ?". Cela restait obscur et mon incertitude s'accompagnait du senti­ment d'une obscurité étrange et fascinante.

"... Cet instant m'est resté inoubliable , car il a illuminé pour moi, comme en un éclair, l'aspect d'éternité qui avait marqué mon enfance"

Vers l'âge de dix ans il sculpta dans sa règle un petit personnage « avec re­dingote, haut de forme et souliers reluisants » accompagné d'un petit galet peint qu'il avait découvert à proximité du Rhin[5].

"Le tout constituait mon grand secret auquel, d'ailleurs, je ne comprenais rien. Je portai le plumier avec le petit bonhomme tout en haut du grenier ou il m'était interdit de pé­nétrer. Je le cachai sur une poutre maîtresse de la charpente. J'en éprouvai une grande satis­faction, car personne ne le verrait. Je savais que personne ne pouvait le trouver là, que personne ne pouvait découvrir et détruire mon secret. Je me sentais sur de moi et le senti­ment troublant de désunion avec moi-même disparut."

Evidemment le personnage « en redingote et souliers reluisant » est, entre autres choses, une pro­jection de l'élitisme du Lion, de même que le jeu du « qui est qui » rappelle le goût du paradoxe et de l'inversion de la norme cher au Verseau. Cependant, c'est par l'entremise de la pierre que l'enfant se ré­concilie avec lui-même.

Remarquons qu'il existe deux « espèces » de pierre. Celle qui re­lève de Saturne, celle que l'on peut sculpter, et celle qui appartient à la symbolique de la Lune Noire. La Kabaa, la pierre sacrée de l'Islam, d'origine extrater­restre croie-t-on, en est l’image extérieure. Jung découvrit cette pierre sacrée en 1944, lorsqu'il faillit mourir. En songe sa personnalité se résor­ba alors dans une pierre lisse, noire comme du ba­salte et aussi dure que le granit.

Explorons à présent les diverses niveaux de lecture de la structure « ascendant Ca­pricorne / Saturne rétrograde » telles qu'elles furent expérimentées par Jung :

- Son identification inconsciente à son père eut pour conséquence de l'envelopper très tôt dans une aura de responsabilité et de sagesse. Enfant, il pa­raissait plus mur que son age. Parfois sa mère se confiait à lui comme elle aurait souhaité le faire avec son mari.

- Une grande puissance de concentration aida Jung toute sa vie durant. En réalité l'ambiguïté demeure, le thème suggère une surcompensation sous-tendue par un sentiment de ne pas se sentir à la hauteur de sa tâche. En ef­fet Saturne rétrograde ne serait pas maître d'un ascendant Capricorne, l'astrologue aurait volontiers suggéré une difficulté à ordonner son exis­tence et à gérer son temps.. Cette difficulté de poser clairement des limites devant les exigences du monde extérieur est assez typique de la rétrogradation de Saturne. De son propre aveu jamais Jung ne pouvait résister à un journaliste sollicitant un interview. Après un long débat intérieur entre le « oui » et le « non » il finissait toujours par accepter. De plus Saturne rétrograde en première maison est l’indice d'une déprécia­tion de sa valeur personnelle[6] :

« Tout succès l'étonnait, quelle que soit la joie qu'il lui causait et l'amertume qu'il éprouvait devant les critiques incompréhensives. Cependant le fait d'être compris et accepté constituait et demeurait pour lui un désir et une tentation. »

Son entourage était fasciné par ses longues journées de travail ou s'additionnaient séances d'analyse, lectures et écriture. Probablement compensait-il un sentiment de préciosité du temps qui toujours lui échappait. De même, comme le souligne sa biographe, Aniéla Jaffé, toute sa vie le conflit entre l'acceptation et le refus subsista (Saturne progressé reste rétrograde jusqu'à sa mort).

Ces quelques exemples soulignent à quel point on ne change pas son thème. Mais aussi à quel point il est loisible de l'approfondir dans une di­mension verti­cale, allant toujours plus loin dans la mise à jour des strates symboliques qui composent la personnalité.

Un saturne rétrograde devrait être vécu comme tel avec les désa­gréments que cela suppose dans l'appréhension de la réalité objective, et non transformé ar­bitrairement en un Saturne direct, du moins tant que les progressions n'indiquent pas le contraire. Une telle configuration astro­logique est un extraordinaire outil pour mettre de l'ordre dans son in­conscient. L'être sent intensément la pression des puissances subjectives qui cherchent à faire surface. D'une manière plus géné­rale une planète directe est aussi maladroite et inexpérimentée vis-à-vis du royaume sub­jectif que l'est une planète rétrograde par rapport à la vie objective.

Le sentiment de culpabilité symbolisé par la rétrogradation du maître de l’ascendant fut compensée par la lucidité envers soi-même typique d’un Soleil en Lion. L'un et l'autre s'articulent de la manière suivante[7] :

« Avoir des ennemis et être le plus souvent insoupçonné était pour moi inattendu, mais pas tout à fait incompréhensible. Tout ce que l'on me reprochait me mettait en colère. Cependant, au fond de moi, je ne pouvais pas le contester. Je savais si peu sur moi-même, et ce peu était si contradictoire, qu'il m'était impossible, en bonne conscience, de récuser un blâme. A vrai dire, j'avais toujours mauvaise conscience et j'étais conscient de ma culpabilité aussi bien actuelle que potentielle. Aussi étais-je particulièrement sensible aux reproches; tous m'atteignaient en un point plus ou moins vulnérable. Si je n'avais pas réellement commis la faute, j'aurais fort bien pu la commettre. Il m'arrivait même de noter des alibis pour le cas ou je serai accusé. Et je me sentais réellement allégé quand j'avais vraiment commis une blague. Alors, au moins, je savais le pourquoi de la mauvaise conscience. Naturellement je compensais mon incertitude intérieure en affichant une certitude extérieure, ou - mieux encore - la carence se compensait d'elle- même sans que je le veuille. »

L'expression « automatique » du Soleil en Lion est à rechercher dans l'interception du signe.

A la fin de sa vie, Jung découvrit le plus haut niveau actuellement connu des valeurs du Capricorne : le rôle du nombre comme facteur archétypal entrant dans la structure du monde psychique. Dans le royaume objectif (Saturne direct) le Capricorne symbolise l'esprit scientifique qui accumule des faits et des preuves expérimentales. Bien loin des envolées philosophiques du Sagittaire, il propose prudemment un modèle. Il scrute l'objet extérieur avec circonspection et lenteur mais arrive toujours à des résultats concrets, souvent spécialisés. La rétrogradation de Saturne en Maison I inverse le flux de l'attention consciente mais lui conserve toute sa spéci­ficité : Jung étudia « scientifiquement » le royaume de la psyché, il y découvrit les archétypes qui sont à l'univers intérieur ce que sont les objets à l'univers extérieur : ils ont une existence autonome et sont inconnaissables en soi. Le nombre-quantité qui entre dans les appareils de mesure et les équations mathé­matiques décrit l'univers objectif ; le nombre-archétype rythme l'évolution et la transformation des facteurs psychiques inconscients[8].

D'un point de vue plus événementiel, le psychanalyste termina sa vie en har­monie avec les valeurs du Capricorne. Sa maison de Böllingen était pour lui un refuge ou peu de personnes avaient l’autorisation de pénétrer. Comme l'ermite dans sa grotte, il y vivait sans eau ni électricité. Vêtu de vieux vêtements il refusait tout le confort mo­derne. Entre 1955 et 1957, deux an­nées durant, il grava dans la pierre son arbre généalogique.

Evidemment, il ne suffit pas d'être dépositaire d'un thème avec un ascendant en Ca­pricorne et un Saturne rétrograde, fut-il en première maison, pour s'appeler Jung. Gardons néanmoins à l'esprit que le psychanalyste réussit sa grande aventure grâce aux ingrédients psychiques contenus dans l’ascendant, mais aussi parce qu'il possédait une personnalité forte et affirmée (Soleil en Lion) ainsi qu'une facilité déconcertante à percevoir sous forme d'images les contenus de son inconscient (conjonction Lune-Neptune au Fond du Ciel et conjonction Soleil-Uranus en VII). Sa quête essentielle fut celle du sens (Lune Noire Sagittaire) bien qu'il finit par incarner dans sa personnalité la sym­bolique de la Montagne (ascendant Capricorne et Saturne rétrograde).



[1] C.G. Jung “Ma vie” p. 27, Gallimard (1973).

[2] Cité par Miguel Serrano dans C.G. Jung et Hermann Hesse p. 18 (Georg).

[3] Mars en Bélier forme un quinconce croissant avec Saturne dans le thème du facteur Cheval.

[4] C.G. Jung, Ma vie, p 40.

[5] C.G. Jung, Ma vie, p 41.

[6]Collectif, C. G. Jung et la voie des profondeurs p 43, La Fontaine de Pierre (1980).

[7] C.G. Jung, Ma vie p. 64-65.

[8] Voir l’ouvrage de Marie-Louise von Franz, Nombres et temps (La fontaine de pierre).

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Les planètes rétrogrades en astrologie

Planètes rétrogrades en astrologie

Les planètes semblent parfois « rétrograder » dans le firmament, c’est-à-dire revenir en arrière. Au lieu de suivre le mouvement apparent du Soleil comme d’ordinaire, elles paraissent remonter le ciel à contre-courant. Ce phénomène est une « illusion d’optique » due à la proximité du corps céleste de la Terre. Pourtant sa lecture symbolique nous conduira à relever l’extraordinaire importance des rétrogradations dans la lecture du thème natal.

Les rétrogradations, la croix de la Lune Noire et les nœuds lunaires nous parlent des dimensions invisibles de l’être humain, de ces parties de nous-même qui ne savent se dire aux yeux du monde mais qui, pourtant, sont si importantes pour la transformation et le déploiement de la vie profonde de la personne. Les nœuds de la Lune marquent le point de rencontre entre la trajectoire apparente du Soleil et le mouvement de la Lune dans le ciel, ils nous parlent de la maturation de la personnalité, de la manière dont l’être pourrait utiliser ses acquis et sa spontanéité (le nœud sud) pour avancer sur le chemin du développement personnel par l’acquisition de nouvelles capacités (le nœud nord). la Lune Noire matérialise ce point de l’espace où l’orbite de la Lune est à son maximum d’éloignement de notre planète. Là dort le dragon de nos peurs les plus profondes (la lune noire corrigée) qui garde l’entrée de la grotte où se trouve le trésor de notre vie, l’absolu de vérité et de lumière autour duquel tourne toute notre existence (la Lune Noire moyenne). Et puis il y a les rétrogradations. A ce moment là les planètes s’approchent au plus près de la Terre. A nouveau la géométrie est sollicitée. Lors de la rétrogradation ce n’est pas seulement l’objet « planète » qui est important mais aussi le lieu géométrique de l’espace que ce mouvement contraire vient renforcer. Ceci, du reste, n’est guère étonnant puisque le zodiaque et les maisons astrologiques sont également un découpage de l’espace et n’ont aucune réalité physique matérielle. D’une certaine manière l’astrologie ressemble plus à une sorte de feng-shui cosmique qu’à un jeu d’ « influences » qui impacteraient les êtres vivants.

Novalis écrivit un jour dans son Brouillon Général cette petite phrase extraordinaire : « le temps est un espace intérieur ». La raison est incapable d’assimiler ces six mots. Par contre se poser en silence pendant plusieurs jours dans un endroit isolé du monde permet de prendre conscience de la profondeur de cette intuition géniale. Lorsque nous sortons de notre dépendance au rythme inexorable des événements du temps objectif il se passe comme un retournement. Le rythme intérieur surgit, l’espace intime se déploie, et le programme secret de l’être reprend ses droits et se remet en route. En ces moments privilégiés où l’être est comme suspendu à lui-même, l’évidence du sens surgit dans une étoffe douce et sensible. La rétrogradation d’une planète, vécue de l’intérieur et non jugée à l’aune des performances d’une planète directe qui se meut avec le temps de horloges, ressemble à cela : à ce temps suspendu, à cet espace intime qui se déploie chaleureusement à partir du cœur de l’être. Lorsque le temps objectif semble s’arrêter l’espace intérieur commence à se déployer. C’est là, en astrologie, la fonction des rétrogradations : permettre à la personne de renouer avec son programme intime en la déconnectant du temps extérieur de la vie dite « normale ». La rétrogradation est comme une porte qui ouvre la conscience vers les mondes intérieurs, vers les terres inexplorées de notre réalité magique.

Nous allons donc explorer le sens des rétrogradations selon plusieurs points de vue :

- En analysant symboliquement le sens de la boucle dessinée dans la ciel par la planète lorsque celle-ci se met à rétrograder. Il existe neuf points remarquables et un processus composé de cinq phases. La rétrogradation sera alors perçue comme une suite de transformations et non plus comme un handicap insurmontable.

- En questionnant la géométrie : que nous révèle le mouvement de la planète ? Que signifie par exemple que les rétrogradations de Mercure dessinent un grand triangle dans le ciel alors que Vénus, de son côté, affiche une magnifique étoile à cinq branches ?

- En développant des exemples d’interprétation afin d’illustrer, de vérifier (et rectifier) les idées précédemment développées. Ces exemples ont aussi pour utilité de montrer la nécessaire recontextualisation des rétrogradations dans l’ensemble du thème astrologique. En élargissant cette recherche aux personnages publics nous avons été surpris du nombre d’écrivains et d’orateurs possédant un Mercure rétrograde par exemple, alors que cette position est d’ordinaire réputée silencieuse avec une difficulté à exprimer clairement ses idées. Le illustrations proposées sont choisie parce que la planète dominante du thème astrologique est rétrograde. Cette « dominante » se réfère soit à la manière dont la personnalité dirige sa vie (Jung, Freud, Hitler), soit à la quête d’absolu qui à porté son existence, parfois jusqu’au sacrifice (Jeanne Guyon, Simone Weil, Alexandra David Néel, Satprem). Dans le premier cas de figure la planète rétrograde forme un aspect avec un « facteur du moi » comme l’Ascendant, son maître ou simplement le Soleil ; dans le second cas la planète rétrograde est en relation avec la Lune Noire natale par jeu de maîtrise et/ou par aspect. Les illustrations sont donc plus que des exemples. Par leurs vies ces personnages hors du commun dirent silencieusement la manière la plus subtile et la plus puissante de vivre une rétrogradation.

Le Soleil intérieur brille pour tout le monde, mais chacun d’entre nous est seul pour révéler le rayon dont il est dépositaire. Personne ne peut le faire à notre place. Chaque rétrogradation est l’occasion de revenir vers le Soleil de notre vérité profonde afin d’en recontacter la chaleur et la force pour la manifester ensuite dans le monde, lorsque la planète redeviendra directe. Faire contact, se laisser habiter puis mouvoir par une nouvelle et étrange lumière dans le silence de son cœur, telle est la meilleure manière de profiter de l’extraordinaire opportunité des rétrogradations. Une opportunité sans flonflons ni médailles mais toute de « vérité », de patience et de vie en puissance.

In fine ce petit ouvrage aura accompli son but si, à sa lecture, il vient l’idée que les rétrogradations sont comme des perles en formation dans le secret de l’huître, des perles bientôt portées dans le monde afin d’en rehausser la beauté et la vigueur.

 

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La nature humaine, un Narcisse qui se regarde ?

La nature humaine, un Narcisse qui se regarde ?

 

 

 

La conscience de soi caractérise l’homme et le différentie des autres espèces vivantes. N’est-ce pas là aussi la grande aventure de Narcisse amené à découvrit qui il est ? La capacité de se donner la mort, par suicide ou par décision volontairement mûrie, semble également une spécificité de la nature humaine. N’est-ce pas ce que fit Narcisse ? En réalité les thèmes développés par le mythe sont les nôtres : l’amour, la relation à l’autre, la souffrance, la vie et la mort, la beauté, la jeunesse et la connaissance de soi. Et puis la solution aux errances de l’humanité ne tient-elle pas pour beaucoup dans la capacité de chaque individu à aller ver lui-même pour finalement rayonner sa nature aimante ? Si certains d’entre nous sont plus narcissiques que d’autres, nul n’échappe aujourd’hui aux questionnements que soulève la vie brève et en partie insouciante du fils de Liriopé. Certaines périodes historiques donnèrent une part belle à d’autres schémas mythologiques. Ainsi en fut-il du siècle des lumières qui, guidé par la flamme de Prométhée, fut tellement fasciné par le mythe du Progrès des connaissances censées apporter au monde la civilisation et la paix ! Quand au XXe siècle, celui qui enfanta de la bombe atomique, de deux guerres mondiales, du déverrouillage du code génétique, de la manipulation de l’information, de la mondialisation et de la spéculation financière, il ne rêva que de toute puissance et fut largement sous le contrôle des forces faustiennes. Mais au fond, par de-là toutes ces péripéties, l’homme reste l’homme avec sa lancinante question - « qui suis-je vraiment ? ». Avec, aussi, son inextinguible désir de se regarder dans le miroir. L’œil-lac prit son essor objectif avec la télévision ; la quête de la beauté s’élargit à la mode ; la vie, la mort et la souffrance sont aujourd’hui gérées par une industrie médicale florissante.

Et puis il suffit de regarder autour de soi et de lire les journaux : partout il n’est question que de l’homme, de ce qu’il fait, ne fait pas où pourrait faire. L’anthropocentrisme de l’être humain est effarent ! La civilisation occidentale fonctionne comme un immense Narcisse, elle ne voit qu’elle, semble autiste aux autres règnes de la nature excepté pour les blesser ou les utiliser à son profit. Les citadins oublient de perdre leur regard  dans le ciel étoilé et de mesurer leur petitesse à l’aune des infinités marines. Même la discipline théoriquement la plus ouverte au non-humain, l’écologie, évoque sans cesse le respect de « l’environnement ». Inconsciemment, elle place l’être humain au centre de la biosphère comme si la nature avait pour fonction de l’entourer, de s’en occuper, de le cajoler et d’entretenir ses plaisirs. Bref ! de l’« environner » comme une mère le ferait pour un bébé-humanité exigeant et immature. « Respecter l’environnement » reviendrait à faire de la Terre un immense jardin mis au service de l’homme, ce que l’on appelle aussi parfois le « développement durable ». Or ce n’est pas la réalité. Il suffit de se plonger dans la théorie de l’évolution, le darwinisme, pour réaliser que l’être humain est une espèce biologique  parmi d’autres au succès évolutif inattendu. En partie par hasard puisque sa naissance, elle la doit à la catastrophe écologique qui, il y a 250 millions d’années, fit disparaître les dinosaures. Nous ne devrions donc pas parler d’environnement mais de biosphère en nous percevant non pas au centre, mais seulement comme une partie spécifique – et relativement mineure – d’un monde vivant en permanente mutation. Il nous est aujourd’hui aussi difficile d’entrer en contact avec les autres règnes de la nature, de sentir la spécificité du monde végétal et d’accorder une « âme » - quelque soit le sens donné à ce terme – aux animaux qu’il fut malaisé à Narcisse de reconnaître l’amour d’Echo et la passion d’Ameinias. Comme l’enfant immature nous pensons que la beauté de notre humanité chérie des dieux justifie notre insolence vis-à-vis de la planète, et qu’il est sans importance de semer une invisible souffrance dans, par exemple, les conditions d’élevage des animaux, les abattoirs ou encore l’exploitation effrénée des espèces végétales. Comme Narcisse nous semons la mort autour de nous sans même nous en rendre compte : d’ici seulement vingt ans plus de trente-cinq pour cent des espèces vivantes disparaîtrons définitivement de la surface de la Terre. Comme Narcisse l’humanité est totalement imperméable à la réalité de ce qui l’entoure, excepté lorsqu’il s’agit de son propre confort. Les meilleures bonnes volontés écologiques modernes sont encore prisonnières d’une conception anthropocentrique de l’humanité. Elles rêvent d’un retour au jardin des origines (le Céphyse) où régnerait la beauté, l’abondance et l’insouciance. Or cela, nous prévient le mythe, serait une régression, une impossible chasse au cerf. Une écologie qui ne verrait la nature que par l’homme et pour l’homme ne serait qu’un « environnementalisme »  stérile et enfermant.

Nous savons que la clé du mythe passe par la connaissance de soi et l’acceptation de la souffrance qui accompagne ce processus. La conscience de l’autre en tant qu’autre, dans la reconnaissance pleine et entière de sa différence, passe par la plongée du regard dans ses profondeurs intimes jusqu’à la Source. Nous l’avons déjà souligné : c’est en devenant totalement unique que Narcisse atteignit à quelque chose d’universel. Pour sortir de l’enfermement il ne s’agit pas de s’ouvrir au monde de manière volontariste au nom d’une morale (chrétienne) ou d’une idéologie (socialiste) mais de s’enfermer encore plus, jusqu’à l’essence même de notre nature. Alors le contact réel et profond avec les autres vivants - plantes, animaux, univers – se produira naturellement. Pour clarifier cela prenons une métaphore biologique. Les généticiens ont creusé jusqu’au plus profond du corps humain pour en dégager finalement l’essentiel : la code génétique support de l’information biologique. Or, ce code, nous l’avons en commun avec tous les êtres vivants, du ver de terre aux grands singes. Ainsi en creusant jusqu’au cœur du cœur de notre réalité corporelle nous avons découvert un universel, une clé qui ouvre la porte secrète de l’ensemble du monde vivant. Si, pour Narcisse, se connaître c’est mourir à ses représentations la suite nous la connaissons, elle est inscrite en lettres immortelles au fronton du temple d’Apollon à Delphes : « connais-toi toi même »… et tu connaîtras l’univers et les dieux.

La connaissance de soi semble déjà d’une exploration difficile pour un individu particulier, comment dès lors la penser pour l’humanité prise comme un tout ? Comment découvrir et réaliser la fonction du règne humain en tant que simple participant au développement de la biosphère ? Aujourd’hui l’humanité-narcisse chasse encore le cerf de l’idéalisme  avec sa bande de potes : partis politiques et mouvements de masse. Pourtant cette chasse-là s’est toujours avérée décevante. Aucun cerf ne fut jamais enlacé dans les filets de la vie quotidienne. Le « Grand Soir » fraternel du socialisme et la société d’abondance promise par le capitalisme s’avèrent aujourd’hui n’être que des imaginations rêveuses d’une humanité qui n’a pas encore le courage de se regarder en face. Aujourd’hui le Narcisse mondial commence à réaliser cela. Il se sent perdu dans la forêt des espérances déçues et il ignore les appels d’Echo – les appels désespérés d’une nature dont il ne restera peut-être bientôt plus que la peau et les os. Et nous ne filons pas la métaphore, nous suivons simplement la logique symbolique de l’histoire de Narcisse !

Quand sortirons-nous de la Narcose ? Quand ouvrirons-nous notre sensibilité aux autres vivants ? Quand l’humanité s’éveillera-t-elle ?

Théoriquement, si nous suivons la logique symbolique de l’histoire, plusieurs domaines de la civilisation portent une responsabilité majeure pour accompagner l’Eveil du Narcisse mondial. Il s’agit de  l’art, de l’écologie, de l’audiovisuel, des cosmétiques et du monde médical, sans oublier les diverses formes de psychothérapie et de psychanalyse. Nous retrouvons ici les idées de Graf Durkheim qui avait remarqué que l’expérience de l’Eveil survenait souvent dans l’un des quatre environnements suivants : la contemplation de la beauté, l’immersion dans la nature, la vérité dans la relation à l’autre et l’expérience mystique.  Tous ces environnements tissent des liens d’amour entre le moi et le non-moi, tous prennent Narcisse par la main pour lui offrir l’immensité.

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