La grande mutation


Au début de cet ouvrage nous citions Peter Drucker pour qui « à intervalles de quelques siècles, l'Histoire de l'Occident a l'habitude d'entrer soudainement en métamorphose. Elle franchit ce que j'ai appelé une "coupure". En quelques dizaines d'années, la société se trouve complètement remaniée - dans sa conception du monde, ses valeurs fondamentales, ses structures sociales et politiques, ses arts, ses grandes institutions. En l'espace de cinquante ans, un monde nouveau surgit. Et les hommes qui naissent alors sont incapables ne serait-ce que de se représenter le monde où vivaient leurs grands-parents, et où leurs propres parents étaient nés ». Quel adolescent aujourd’hui pourrait comprendre et se représenter le monde dans lequel vivaient les hommes du XXe siècle avec ses luttes idéologiques, ses guerres mondiales, les enjeux de la décolonisation et la division de la planète en deux blocs idéologiques ?

C’est exactement en 1993 que fut mis sur le marché Mosaic, le premier moteur de recherche qui rendit Internet accessible au grand public. Sa simplicité d’utilisation est à l’origine du développement fulgurant du monde virtuel qui est en train de changer radicalement nos manières de vivre et de communiquer. Et, pour rester dans les événements symboliques qui en disent long, Kasparov, le champion du monde d'échecs, est battu pour la première fois par un ordinateur le 31 août 1994.

Sur le plan politique la conjonction de 1993 donnait un nouvel élan à la construction européenne avec l’entrée en vigueur du grand marché unique des douze pays de la C.E.E., l’abolition des frontières et la libre circulation des personnes. Depuis, l’Europe n’a cessé de s’étendre sur un mode juridique. Un processus pacifique assez semblable à celui qui donna aux Habsbourgs la suprématie sur le vieux continent grâce à un extraordinaire jeu d’alliances matrimoniales. Le demi-carré (45°) se formera en mai 2019 et le carré (90°) en 2039, deux moments privilégiés pour questionner la pertinence de la croissance géopolitique de l’Europe communautaire et réadapter éventuellement les institutions fondatrices pour assurer la stabilité du système politique. Les décisions prises en 2039-2042 suite à une crise et à un renouvellement des institutions européennes conditionneront la suite des événements, à savoir un nouvel échec et des divisions entre Etats qui remettront en cause la construction de l’Europe politique lors de l’opposition de 2078-2082. A moins que ne prédomine une nouvelle vision : la conscience que la construction européenne atteindra son apogée. Il s’agira ensuite de développer les dimensions sociale, culturelle, artistique, voire spirituelle de l’édifice économico-politique élaboré entre 1993 et 2078. Cette dernière date correspond analogiquement à l’« Europe des maxima » des années 1910 chantée par Paul Valéry. Juste avant son effondrement dans le cataclysme des deux guerres mondiales.

La triple conjonction Saturne/Uranus/Neptune formée entre 1988 et 1993 est suffisamment rare pour en dire un mot ici. Elle revient tous les 684 ans et se déplace de 64° dans le sens du zodiaque : 6° Cancer (-60), 10° Vierge (- 623), 14° Scorpion (1307) et 19° Capricorne (1993).

Une première triple conjonction prit place entre –60 et -54 en Cancer. C’est en –60, au moment exact de la rencontre d’Uranus avec Neptune, que César, Pompée et Crassus s’associent pour former le premier triumvira. Afin d’asseoir sa popularité, César se lance rapidement dans la guerre des Gaules (-58/-52). La conjonction de Saturne à Pluton de –58 n’est pas étrangère à ce déploiement d’ardeurs guerrières. A partir de l’hiver 54/53 la situation en Gaule se détériore et les révoltes se multiplient - la conjonction Saturne/Uranus est exacte en –54 - mais la reddition de Vercingétorix en –52 mettra fin à ces velléités d’indépendance.  C’est le 14 février -44 que le Sénat confère à César la « dictature perpétuelle ». Alors tout espoir de retour à la République disparaît, l’Empire romain est né. L’assassinat du dictateur un mois plus tard ne changera pas le cours de l’histoire. Après 14 ans de guerre civile Octave deviendra le maître absolu d’un empire pacifié. En trente ans la face du monde a changé pour longtemps.

Le rassemblement suivant des trois planètes se passait entre 622 et 626 dans le signe de la Vierge, c’est-à-dire en synchronicité exacte avec la naissance de l’Islam. En un peu plus de trente années les conquêtes musulmanes furent fulgurantes, elles conditionnent encore aujourd’hui la géopolitique du monde. Nous ne pouvons détailler ici les données astrologiques remarquables et complexes qui accompagnèrent l’assassinat d’Ali le 24 janvier 661, le quatrième successeur du Prophète. Ce drame conduisit au premier schisme et à la formation des courants Sunnites et Chiites. Ces derniers considèrent qu’Ali est le premier successeur de Mahomet et nient la légitimité des quatre précédents.  Bien qu’ils soient minoritaires dans l’Islam les Chiites sont majoritaires en Iran et en Irak. Ce courant religieux prit naissance lors du carré Uranus/Pluton de 661. Pour simplifier, le monde Sunnite résonne avec les cycles Uranus/Neptune et la communauté Shiite avec Uranus/Pluton… comme son « belligérant » actuel, les U.S.A.. Il se trouve que la triple conjonction Saturne/Uranus/Neptune de 1988-1993 du Capricorne formait un trigone (120°) à celle de la Vierge de 622-626… et que la conjonction Uranus-Pluton de 1965 naquit également en Vierge. Tout se passe comme si de vieilles mémoires historiques s’étaient réveillées en 1965 et en 1993, et remontaient dans les consciences musulmanes. Le chiisme hiérarchique et centralisé depuis 1965, et le sunnisme plus ouvert et plus « européen » depuis 1993 refont surface dans la politique mondiale.

Il faut encore citer la triple conjonction de 1306 dans le signe du scorpion qui suivit la fondation de l’empire Ottoman (1299) et accompagna l’épanouissement de la culture islamique.

Peut-on comparer les bouleversements des années 1988-1993 aux grandes transformations géopolitiques qui prirent racine en –60 (César), puis en 622 (l’hégire) et, dans une moindre mesure, en 1306 (l’empire Ottoman) ? Il est certes trop tôt pour l’affirmer, mais il serait prudent d’envisager la période 1988-1993 comme ayant posé les semences d’un monde totalement nouveau dans lequel vivront de nombreuses générations d’êtres humains pendant les sept prochains siècles. Ce ne sera évidemment pas 684 ans d’hégémonie européenne ni de réveil des peuples sud-américains ! Il faut concevoir ce temps comme un processus cyclique avec ses phases d’expansion (1993-2042), de diffusion (2042-2080 environ), de déclin ou de développement culturel (2080-2125) et enfin de remise en question ou de disparition (2125-2166).

Nous avons, jusqu’à présent, évoqué les grandes forces signifiantes qui animent les processus historiques avec la nouvelle Renaissance scientifique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe (conjonction Neptune-Pluton) ; le développement des technologies de l’information au risque de la manipulation, la poursuite de l’essor des U.S.A. et un questionnement sur la place de la Chine dans le monde, notamment une limite possible de son développement économique et, enfin, la triple conjonction Saturne/Uranus/Neptune de 1988-1993 qui concocte une nouvelle unité européenne et l’épanouissement de l’Amérique du Sud. Ces « blocs » sont porteurs d’idéaux et de valeurs distinctes qui devront trouver leur territoire d’influence géopolitique au fur et à mesure des interactions entre les trois planètes les plus lentes du système solaire : Uranus et les valeurs d’invention, de liberté, de changement, de révolte et d’indépendance ; Neptune et les valeurs de communion, de partage, de générosité et d’humanisme ; Pluton et les valeurs de métamorphose, de volonté de puissance, de sacrifice et d’affirmation identitaire. Cependant, pour rentrer dans le monde réel, celui des événements économiques, sociaux et politiques, ces valeurs que sont au fond la liberté (Uranus), l’égalité (Neptune) et la fraternité (Pluton) doivent se densifier et prendre des formes. C’est là le rôle de Saturne et de Jupiter dans le symbolisme astrologique. Nous avons longuement montré dans cet ouvrage comment les cycles de Saturne avec Neptune tentèrent de matérialiser l’utopie et, ailleurs, comment les cycles de Saturne avec Pluton explorent un difficile mariage entre le droit et la force[1]. Nous allons maintenant entrer dans le vif de l’histoire en explorant les cycle actuels de Saturne avec respectivement Uranus, Neptune et Pluton.

Pour comprendre comment cela fonctionne il faut se rappeler que ce modèle astrologique de l’histoire ne fonctionne pas avec une logique causale mais relève de la pensée analogique. D’autre part il ne traite pas des événements mais du sens. Chercher une causalité tournerait vite à l’absurde et entraînerait de facto le rejet de ce modèle. En effet il n’existe aucun rapport de cause à effet entre une crise économique et la position d’Uranus et de Saturne dans le ciel par exemple. Il n’existe pas non plus de relation mécanique entre les différentes valeurs attribuées à Uranus : libéralisme, génie créateur, invention, indépendance, impatience, individualisme, mythe du Progrès et sens du paradoxe. Pourtant on sent bien intuitivement que tous ces éléments sont liés par quelques chose. Ce « quelques chose » est un archétype, une force signifiante, un idéal – peu importe la manière de le désigner – unique qui anime la personne (indépendance), le modèle économique (libéralisme), la pensée (génie créateur), l’émotion (impatience) et le modèle social (mythe du Progrès). Certaines nations comme la Chine moderne n’ouvrent la porte qu’à la dimension économique de l’archétype « Uranus » avec l’ « économie socialiste de marché » sans que celui-ci  ne soit intégré dans la vie sociale (la démocratie) et psychique (la liberté individuelle). Ce simple exemple, le fait qu’un état totalitaire puisse devenir une puissance économique mondiale sans passer par la démocratie, montre que tous ces éléments de sens ne sont pas liés entre eux par la causalité. Accepter de penser analogiquement nous permet d’entrer dans le monde du sens et de percevoir comment un fil signifiant « s’incarne » dans des formes aussi diverses que celles que nous venons de citer. Les éléments de notre réalité s’agrègent en un nuage de formes psychiques et événementielles qui, en relation avec d’autres nuages, dessinent les printemps et les automnes des nations et des civilisations. Ce sont donc ces « climats » sociaux, politiques, et idéologiques que nous décrivons ici. Et, pour filer la métaphore, l’orage qui éclate soudainement prend les passants dépourvus de parapluie par surprise. Par contre un orage annoncé aura cette vertu de leur proposer le choix de s’en protéger… ou de profiter des bienfaits de ce don du ciel !



[1] Les sept jours de la création d’Israel (Janus)

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