Le signe du cancer et l’estomac

L’estomac est un viscère appartenant au tube digestif. Ce dernier est un dedans qui intériorise un dehors. Il reçoit des aliments en provenance du monde extérieur. Grâce à ce viscère creux le sujet se construit pas à pas en symbolisant le monde, en le « métabolisant » en langage biologique. « Symboliser » est en effet l’art de se mettre en contact avec quelque chose d’inconnu puis d’élaborer une réalité intérieure fondée sur le sens, le ressenti et la compréhension de ses perceptions. Le sujet se construit et se transforme grâce à d’incessants processus de symbolisation qui consistent à faire d’une perception extérieure une identité intérieure.

Le projet de l’estomac est de se remplir, de devenir plein. En ce lieu symbolique, le sujet prend naissance. Qu’est-ce, en effet, qu’un sujet sinon une plénitude posée là, comme une bulle puissante, sensible et fragile dans le grand vide des choses étrangères ? Toute perturbation de cette bulle de soi suscite des sautes d’humeur.

Biologie

La chute des aliments dans le sac stomacal stimule la sécrétion des sucs gastriques dans la paroi du viscère puis intervient un brassage mécanique qui favorise leur dissolution. L’acide chlorhydrique composant le suc gastrique est extrêmement corrosif. Il déforme les protéines, tue les bactéries et réduit la taille des molécules organiques. Sur le plan symbolique, cette lyse est aussi une « analyse ». Une analyse acide, sans concession, qui détruit l’apparence phénoménale des expériences-aliments pour n’en conserver que les éléments fondamentaux. Au contact du monde extérieur le « sujet » commence à produire de l’acide, mais il est aussi brassé, tourneboulé, bouleversé. Dans ce vase intime que de tempêtes et de désillusions ! Parfois l’acidité devient de la médisance si les reflux gastriques tentent de s’échapper de la poche où ils sont normalement circonscrits. Ils « brûlent » l’œsophage et la cavité buccale, métaphore d’un verbe acerbe inexprimé. Contrairement aux intestins et aux reins qui filtrent les substances, l’estomac ne choisit pas. Il accueille tout ce qui lui est servi. Parfois en récriminant mais toujours sans discriminer. On comprend à quel point la vie d’une personne centrée sur cet organe pourra être chahuté et combien elle devra l’avoir bien accroché pour accueillir les hauts et les bas des nourritures affectives. On comprend aussi à quel point la critique sera l’attitude défensive d’un « moi » immergé dans un monde extérieur jugé aussi immense qu’hostile.

Néanmoins la « critique acide » est une activité nécessaire au bon fonctionnement de l’estomac comme à l’élaboration du « moi ». En agissant ainsi la personne sépare en fines parties les expériences-aliments qu’elle reçoit. Elle se différencie du monde extérieur en affermissant progressivement l’île subtile de son « moi », elle est alors de moins en moins remuée par les grandes vagues retournantes nées de l’océan des choses étrangères. Lorsque l’ouverture sensible du moi est trop vaste, le monde extérieur est vécu comme une agression permanente que la personne est incapable de filtrer ou même d’accueillir. Alors elle rejette par le vomissement ce trop plein de choses subtiles qui envahissent sa conscience. Un excès de sensibilité « lunaire » la conduit à imiter le comportement de Cronos/Saturne qui vomit ses enfants. Les astrologues y verront bien sûr une manifestation de la complémentarité entre le Cancer et le Capricorne auxquelles ces planètes sont associées.

L’estomac symbolique est la promesse d’une profonde évolution pour celui qui réussit à faire sien ce qu’il admire chez les autres. Il « absorbe » leurs qualités. N’est-ce pas aussi cela « manger » ? Cette stratégie est très profondément inscrite dans le psychisme archaïque. Les Gaulois, dit-on, s’appropriaient la force et l’intelligence de leurs ennemis vaincus au combat en buvant dans leurs crânes. Curieusement, le christianisme à maintenu le sens premier de l’acte de manger puisque, au moment de la communion, les croyants absorbent le Corps du Christ et boivent Son Sang pour mieux s’imprégner de sa Présence. Du déguisement vestimentaire à « l’Imitation du Christ », le mimétisme aide la personne à intégrer les qualités qu’elle admire chez les autres. Agissant ainsi, elle les démystifie et se libère de l’admiration qui consiste à « dévorer des yeux » les êtres aimées. Dans le cas contraire, l’autre deviendrait une « proie » fort sympathique séduite par la trame miroitante des feux qui l’honorent. Peu importe que l’on théorise ou non le mimétisme. Le plus important est de le vivre puisque l’estomac appartient à l’espace sensible de l’Eau et se destine à l’élaboration du sujet.

L’ego qui souhaite échapper à l’enfermement narcissique devrait éviter l’écueil de l’absorption de l’autre. Il a pour tâche d’incorporer les qualités qu’il juge exemplaires et non de dévorer des formes qu’il aime avec admiration. L’estomac digère les expériences en les soumettant au rude malaxage des sucs gastriques ! Une personne qui refuserait la souffrance du deuil, cette l’opération de destruction des images et des souvenirs pour se réapproprier une simple essence d’expérience, serait comme Narcisse[1]. Elle ne verrait dans le monde extérieur qu’une image d’elle-même, sans la symboliser, sans la métaboliser, sans la transformer, sans la détruire et s’offrir la chance de devenir un être à part. Car tout se passe parfois comme si l’estomac voulait avaler tout rond ce que les yeux admirent sans se donner la peine de l’acidification douloureuse par les sucs gastriques. Douloureuse, car l’estomac propose un processus de mort des images et des formes reçues du monde extérieur pour n’en retenir que l’essentiel. « Nourrir » et « mourir » sont si proches ! Grandir est un processus de deuil. L’estomac le rappelle à sa manière en absorbant du vivant pour le transformer en substances mortes. La langue des oiseaux n’est pas en reste : le J que dessine le « Je » naissant dans la poche stomacale évoque en même temps les multiples petites morts qui égrènent l’existence dans l’expression « ci-gît ».

Un estomac accompli possède donc sur le bout des doigts l’art du deuil. L’être psychique fonctionne exactement comme le viscère biologique : il reçoit par voie sensible des informations du monde extérieur puis il les fait siennes en les « tuant ». Grâce à ce processus de mort, la mémoire des choses et les souvenirs disparaissent pour se transformer en une essence d’expérience. De l’image, il ne conserve que l’idée de beauté ; de la souffrance du manque il honore sa sensibilité. Mais mourir pour grandir n’est pas toujours facile. La tentation est grande de rêver dans son estomac, de ne conserver que le désir de plénitude en refusant l’arrachement du deuil. Alors surgit l’addiction. Lorsque l’estomac ne symbolise plus il absorbe sans cesse le monde extérieur. Il collectionne les objets, les images, les souvenirs, les amours, les rêves artificiels ou les livres… tout ce qui le remet en contact avec ses richesses intérieures non encore intériorisées. Chacun d’eux joue le rôle de la célèbre madeleine de Proust. Le collectionneur absorbe le monde et le dépose au creux de sa maison-estomac dans l’espoir de se sentir comblé. Mais s’il oublie de métaboliser les objets qu’il rassemble, ceux-ci s’accumulent et il court le risque de vivre de drame de Cronos qui vomit ses enfants.

Les trois niveaux de lecture de l’estomac symbolique sont donc  « manger ou être mangé » dans l’involution ; « se changer ou être mangé » dans l’évolution ; « devenir consubstantiel au Réel » dans la transvolution. L’involution confronte la personne au sens de sa fragilité mais aussi à une violence possessive ; l’évolution consiste à entrer dans le processus de symbolisation et de deuil ; la transvolution porte au plus haut point les conséquences de l’incorporation des essences.

La grande et importante tâche de l’estomac consiste finalement à métamorphoser un « moi » narcissique en un « je » centré et utile au reste de l’organisme. Le doute sur soi (« est-ce thomas ? ») désarçonne son rêve de toute puissance ; l’irritation l’oblige à reconnaître l’autre dans sa réalité inabsorbable donc imparfaite à ses yeux. Mais, un jour, l’homme engage sa responsabilité par un « Je » : il affirme son estomac. Il réalise sa juste place au point médian des extrêmes corporels.

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L’estomac et l’œsophage

À force de vouloir tout conserver dans sa maison-estomac, la personne se retrouverait dans la situation délicate de Cronos, le Titan qui avalait ses enfants.

Mythologie

Le plus jeune des fils d’Ouranos et de Gaïa castra son père. C’est ainsi qu’il mit un terme à l’incroyable fécondité du couple primordial. Il s’unit ensuite à sa sœur Rhéa qui lui donna six enfants. Pour s’assurer de son trône et éviter le sort qu’il infligea naguère à son père, le Titan ne trouva rien de mieux que d’avaler sa progéniture à l’exception notable du petit Zeus. Sa mère lui épargna en effet l’engloutissement en le remplaçant par une pierre que le Gourmand absorba aussitôt. Cronos, le Saturne des Romains, est donc un dieu mâle enceint de ses œuvres. Dans son immense estomac gisent des dieux ! Le sait-t-il seulement ? Le doute est permis quand on sait avec quelle avidité il avala le rocher que lui présenta Rhéa en substitution à son dernier-né. Tous ces trésors lui restent sur l’estomac faute d’en percevoir l’essence divine.

Heureusement, une déesse va l’aider à accoucher de ses œuvres. Métis fit boire au Titan un émétique, si bien que Cronos ne tarda pas à régurgiter pêle-mêle le contenu de son vaste ventre. Hélas ! Les dieux nés de sa bouche se révoltèrent contre leur père durant dix longues années au terme desquelles celui-ci perdit son trône. « Métis », l’accoucheuse de Cronos, se traduit par « Ruse », mais c’est beaucoup plus que de la simple astuce. La déesse personnifie l’intelligence féminine dont Hésiode affirme « qu’elle sait plus de choses que tout dieu ou homme mortel ». Les hommes possèdent une intelligence logique et abstraite, celle du logos, du verbe. Les femmes affichent une pensée adéquate, sensible à la nature des choses et qui sait comment résoudre immédiatement les situations les plus dramatiques. Une femme douée d’esprit de finesse va donc résoudre l’enfermement narcissique de Cronos et mettre fin à son avidité, à son perpétuel sentiment de vide intérieur. Une sage-femme en vérité. Mais il serait trop simple et dangereux pour un Narcisse d’attendre la rencontre salvatrice avec une femme-mère qui l’aiderait à accoucher de lui-même ! C’est la conscience de Métis qui le libérera de son enfermement psychique au creux de son ventre, c’est sa sensibilité immédiate aux besoins de ses proches qui lui permettra de vomir ses tripes en expulsant ses « dieux », ses dons et ses qualités intérieures. Le mythe ne peut offrir plus de clarté : un jour, l’estomac doit vomir son contenu. Un jour, la conscience des multiples demandes de la vie ordinaire impose à la personne centrée sur son estomac d’offrir au monde le meilleur d’elle-même : les plus digérées de ses expériences. Cette lecture est bien sûr psychologique mais elle vaut aussi sur le plan spirituel car l’estomac est le ventre d’où les dieux sont appelés à naître. Il s’agira alors d’exposer un travail longuement maturé dans le creuset de la vie intérieure. Vomir ses œuvres ! Telle est la destinée mythologique de l’estomac.

Et que régurgite-t-il, le Titan gourmand ? Des merveilles qu’il conservait jalousement cachées au creux de lui-même, mille qualités à nulles autres pareilles ! Entrer dans le processus de création en offrant au monde le fruit d’une longue maturation est la solution que le mythe propose pour soulager les maladies de l’estomac. Les « dieux », entendons ici les œuvres issues du processus de symbolisation, sont prêt à entrer dans la lumière.

Au début le manque de confiance en soi et un narcissique besoin d’être aimé enferment la personne dans son estomac. « Est-ce Thomas ? », « est-ce t’homme as ? », « est-ce que tu es bien l’as des hommes ? ». Le doute surgit au nom d’un perfectionnisme imaginaire et retient le vomissement de l’œuvre. Il faut du courage pour passer cette barrière du doute et oser vomir son Grand Œuvre. Derrière le doute se cache son contraire : la toute puissance. Cronos n’est-il pas assis sur le trône du roi des dieux, un siège royal qu’il juge plus important que la vie de ses enfants ? Le contrôle et le sentiment de suprématie dessinent bien souvent la face cachée du doute et de la peur de l’échec. Les choses sont pourtant si simples : si le vomi est une essence de dieux, c’est aussi du vomi ! Nul ne crée une œuvre parfaite dès le premier essai.

Vomir suppose d’ouvrir la valve qui clôt normalement la partie supérieure de la poche stomacale, le cardia.

« Le principal remède psychique aux maux d’estomac sera d’élever toute expérience de l’altérité au niveau sensible. La construction du moi doit se faire dans le plaisir de l’altérité plus que dans celui des drogues ou de l’alcool. L’autre est aussi une nourriture pour le cœur[1].

Apprendre à déverrouiller la porte du haut pour vomir ses créations, si bien nommée le cardia ! Seule la conscience d’autrui abolit l’encombrant désir de perfection et autorise l’œuvre à se présenter au monde dans son humble tenue de bouillie.

Pathologies

Les pathologies de l’estomac sont liées à une dépendance maternelle, à la femme ou à la mère. Ou encore à une addiction aux drogues douces comme le tabac et le hachich. Pour être précis les effluves du tabac vont dans les poumons via la fumée et dans l’estomac par la médiation de la salive. Elles stimulent l’étage cardio-pulmonaire en augmentant la conscience de soi tout en apaisant les peurs « viscérales ». Fumer conforte la conscience du moi et donne l’impression d’être plus efficace. Derrière ce rideau de fumée persiste le refus de souffrir, de s’ouvrir à sa vulnérabilité et le rêve nostalgique d’un monde parfait dont le premier souvenir est la relation fusionnelle avec la mère. La femme est perçue comme un personnage tout-puissant qui devrait répondre à tous les besoins. Angoissée devant les angularités du monde réel, la personne s’enferme dans son estomac pour rêver. Elle échappe aussi à la toute puissance des personnages du monde extérieur. Le corps, faute de mieux, envoie des signaux pathologiques pour signaler ce dysfonctionnement : Le mérycisme, qui est le retour dans la bouche d'aliments ingurgités dans l'estomac, manifeste exactement le drame de Cronos qui refuse de donner le jour à ses « enfants ». L'autodigestion, qui se caractérise par la digestion de l'estomac et du tube digestif en général, signale une absence de symbolisation, une difficulté à se construire en se différenciant du monde extérieur joint à une dépréciation de soi-même. Le météorisme, c'est-à-dire l’accumulation de gaz dans l’estomac, révèle que la pensée (l’Air) encombre le ressentit au risque de perturber le contact direct avec soi. Il faudrait apprendre à vivre simplement le réel plutôt que de chercher sans cesse à le comprendre. Le cardiospasme se caractérise par un rétrécissement du cardia. Des spasmes empêchent le passage des aliments de l'œsophage vers l'estomac. Il faudrait s’interroger sur sa capacité à se laisser toucher par le monde extérieur et son désir de rester « dans sa bulle ». L’ hyperpéristaltisme désigne l'exagération du péristaltisme, c'est-à-dire des mouvements du tube digestif qui font progresser le bol alimentaire. La volonté prime sur le ressenti. Peut-être est-il temps de lâcher prise et de renoncer à vouloir à tout prix élaborer une image de soi irréelle. l’ulcère est remarquablement décrit par A. Gandolfier[2] :

« L’estomac s’enflamme quand le moi ne trouve pas son compte dans cet acte de manger l’autre, de le toucher aussi. Dans l’ulcère, l’être n’accepte pas la frustration du partage relationnel. Le sac stomacal est le trou par lequel le réel fait appel à la nourriture venant en lieu et place de cette réalité. D’où la pathologie de la perforation qui est ouverture sur le non-moi car la réalité ne peut pas être symbolisée suite à un événement dramatique. »

Et la toxicomanie : lorsqu’une personne consomme des drogues hallucinogènes elle s’enferme dans son estomac pour rêver. Elle tente de devenir l’héroïne de son monde intérieur dans le vase clos de son imaginaire.

D’autres pathologies de l’estomac sont générées par un excès d’acidité. Le viscère lyse, découpe en milliers de minuscules éléments les nourritures pour construire le moi. Lorsque l’acide prédomine de manière anormale l’autocritique tourmente la personne. A moins que cette critique ne se projette sur ses compagnons, signe visible d’une faiblesse du « moi » qui cherche à briser le monde extérieur pour mieux le digérer. En découpant les pensées et scrutant les attitudes de son entourage en petits morceaux sans jamais les recevoir dans leur globalité, le sujet fragile se place en posture de toute puissance (« j’ai toujours raison ») et refuse de se laisser toucher par l’intégralité du mystère de l’autre. Critiquer renforce l’estomac et satisfait un moi faible qui affirme désespérément un perfectionnisme imaginaire ! Le censeur joue alors le rôle de Cronos qui a peur de se laisser détrôner, de perdre sa toute puissance, c’est un père qui critique ses enfants et les enferme dans la nuit de son ventre, les empêchant ainsi de naître en devenant eux-mêmes. Ce n’est pas encore un citoyen capable de dire « Je », ni un écologiste au cœur débordant de gratitude face aux merveilles du vivant.

La peur est un sentiment qui appartient à l’ensemble des viscères : une peur profonde est dite « viscérale ». Néanmoins les peurs sont infiniment précieuses dans le processus d’évolution[3] :

« Selon le symbolisme des Winnebagos, la peur est en général le signe du réveil de l’état conscient, du sens des réalités, voire d’une conscience naissante »

Elles sculptent les contours du moi, dessinent ses limites et lui enseignent le respect du monde extérieur. Elles le protègent aussi d’une démesure qui pourrait nourrir une toute puissance potentiellement présente dans le feu du désir associé à la figure du Bélier sacrifié dans le chaudron de la résurrection que le corps symbolise par le bol pelvien et les ovaires[4]. Sans peurs, le sujet se risquerait dans des aventures qui l’anéantirait sous la pression des forces physiques, psychiques ou spirituelles inattendues, comme dans une interminable tempête. Le « je » ne pourra explorer l’immensité de l’Océan que lorsque l’énergie-conscience sera fermement enracinée dans le cœur et son embarcation : les côtes. Alors la porte du diaphragme s’ouvrira et la conscience, infiniment disponible, entr’apercevra l’Immense. Toutes les constructions identitaires élaborées dans l’Eau sentimentale du bassin seront balayées, emportées dans un grand souffle d’effroi et d’amour.

Servir la vie

Les huit viscères proposent autant de manières de servir la vie. Mais il faut quelqu’un pour accomplir cette grande et difficile tâche. Le contenu du ventre, comme lieu de genèse du « nouvel homme », sera lu de trois manières distinctes : le processus de la formation de la personnalité avec les peurs qui l’accompagne (involution), une expression pleine et entière d’un « sujet » (évolution) toujours tenté par la démesure au risque de se rêver un homme-dieu. Et enfin comme un processus de soumission aux demandes du cœur lorsque s’ouvre la porte du diaphragme, avec ses résistances et ses refus (transvolution). C’est seulement lorsque tout cela sera accompli que les viscères porteront vraiment leur nom de serviteurs de la vie, de « vie sert ». Les naissances de « l’enfant-moi » puis de « l’enfant-je » et enfin de « l’enfant-Roi » représentent les trois niveaux de lecture du symbolisme du ventre, sous l’ombrelle protectrice de l’anima, la grande déesse. La mère est en effet le soutien de l’enfant-moi ; puis l’enfant-je devient une « dame-oiselle » ou un « dame-oiseau » qui sort du nid familial en prenant langue avec son autre moitié ; enfin la « D’Ame » se révèle comme l’indéfectible soutient de l’enfant-Roi, du Soi naissant dans l’espace du cœur.

C’est pourquoi le signe du Cancer est associé à l’estomac. C’est pourquoi la maternité, le deuil, la critique, la différenciation du moi, l’accueil de la souffrance, la transformation des souvenirs en essence d’expérience, le piège de la toute-puissance, l’écoute du cœur, l’ouverture au mystère de l’altérité et la production d’une œuvre appartiennent à la destinée des personnes pour qui l’intégration de la Lune représente le prochain pas à accomplir dans leur vie spirituelle.

(Extrait du Parchemin Magnifique)

Notes et références :

[1] L’éveil de Narcisse, éditions de Janus

[1] Linda Gandolfi et René Gandolfi, La Maladie, le mythe et symbole (éditions du Rocher).

[2] Linda Gandolfi et René Gandolfi, La Maladie, le mythe et le symbole (éditions du Rocher).

[3] C.G. Jung, C. Kerenyi, Paul Radin ; Le Fripon Divin (éditions Georg)

[4] Le Parchemin Magnifique, opuscule 7

Ayahuasca

Ayahuasca

Il ne servirait à rien de raconter une expérience de vision avec l’ayahuasca pour, me semble-t-il, deux raisons. Chaque physiologie et chaque psychologie humaine est différente si bien que les expériences nées de l’ivresse sont spécifiques. La seconde raison est plus mystérieuse aux yeux de la rationalité occidentale. L’intelligence de la plante crée une sorte d’alliance avec l’intelligence du corps de l’expérimentateur si bien que le processus qui en résulte est au-delà de toute prévision. Tout se passe comme si l’ayahuasca connaissait le chemin de la transformation intérieure du sujet malgré lui et ses présupposés conscients. C’est pour cela que, à chaque fois, les expériences sont différentes mais suivent néanmoins un chemin continu et impensable d’une cérémonie à l’autre. C’est du moins mon expérience confirmée par plusieurs curanderos (guérisseurs) après avoir bu l’extrait de chacruna et d’ayahuasca au Brésil et ici au Pérou une trentaine de fois environ. Mais avant de tenter d’explorer plus avant ce processus il convient de donner quelques points de repères pour mieux comprendre cette médecine si naturelle pour les natifs du bassin amazonien et pourtant interdite en Europe et en Amérique du Nord où elle est officiellement considérée comme une drogue dangereuse.

Origine

L’ayahuasca (Banisteriopsis caapi) est une liane de la forêt amazonienne qui utilise les arbres pour tuteur et s’élève très haut vers la lumière, sa force est si considérable qu’il lui arrive de casser les troncs qui la supportent. En la mélangeant lors d’une cuisson particulière aux feuilles de la chacruna[1] (Psychotria viridis) les curanderos produisent un liquide amer ayant la densité du miel qui est bu lors des cérémonies, aussi bien par le chaman que par les participants. L’usage traditionnel du breuvage est essentiellement de guérir les participants sur les plans physique, psychologique, relationnel et dans leur relation au « sacré ». Nous mettons ce dernier terme entre guillemets car la notion de sacré est dépendante de la culture d’un groupe humain, l’occident chrétien n’y appose pas le même sens que le chaman animiste.

Le terme « ayahuasca » fut improprement traduit part « liane des morts ». Il vient du mot Quechua « ayawasca » formé de l’agglutination de aya et wasca : la « corde (wasca) des cadavres (aya) ». Cadavre, dans la pensée Quechua, désignant exclusivement le corps du défunt. Néanmoins le nom le plus probable de l’ayawasca est ayaqwasca qui signifie la « liane amère » [2]. Or ces peuples qui pensent par analogie et sont sensibles aux synchronicités ne se limitent certainement aux propriétés gustatives de la boisson pour la caractériser. Que signifie alors « amer » dans l’univers symbolique ? Quatre saveurs fondent l’expérience gustative : le sucré, le salé, l’acide et l’amer. Le sucre protège et sécurise, le sel ferme le corps énergétique et individualise, l’acide est un feu critique qui découvrira un jour ses flèches d’innocuité et l’amer libère l’« âme » de ses enfermements[3]. Cette lecture rejoint l’interprétation des cultures amazoniennes qui considèrent que l’ « amer » est une essence. Chaque être, y compris les minéraux, est habité par une essence qui l’anime, ce que nous appelons parfois « l’esprit des plantes » en ce qui concerne le monde végétal. Chaque être humain possède une essence spécifique (âme, anima, esprit… selon les points de vue), de même une espèce végétale est habitée, vivifiée, animée par une essence « amère » spécifique douée d’une vie autonome et d’une intelligence spécifique. La « liane amère » est donc bien plus qu’une boisson au goût désagréable, elle dialogue avec l’essence du sujet qui l’absorbe et lui révèle son « âme ». Une consommation de psychotropes non ritualisée et sans chaman expérimenté pour la diriger risquerait cependant d’entrainer un effet contraire à celui recherché : l’essence des substances, matérialisée dans la saveur amère risquerait de prendre possession de l’esprit humain pour des intérêts qui lui est propre. Comme le remarque Patrick Deshayes « cette pensée loin d’être une pensée arriérée ou archaïque est au contraire extrêmement élaborée. C’est une pensée d’une grande complexité qui est opérante et considérablement active dans la gestion de la consommation de psychotropes ». Le chaman est parfois appelé huni mukaya, « celui qui domine l’amer ».

Notons que, dans le corps, le foie sécrète la bile amère. Or le breuvage d’ayahuasca inhibe les enzymes du foie qui est symboliquement la « mère » du système des viscères. Ces derniers symbolisant les huit manières d’élaborer le « moi » qui s’affiche dans le nombril, là où le « nom brille » (le Parchemin Magnifique, opuscule VIII, à paraitre).

Ayar

En premier plan la Chacruna et en arrière plan la liane d'Ayahuasca

L’ayahusaca est-elle dangereuse ?  

De nombreuses études ont montré que son absorption n’entrainait aucune dépendance ni toxicité. Par contre il convient d’éviter absolument son interaction avec d’autres psychotropes, l’alcool et la consommation d’antidépresseurs[4]. Ici, en Amazonie, les cérémonies d’ayahuasca et les « diètes » sont accompagnées de prescriptions alimentaires très précises afin que les esprits des plantes absorbées soient à la fois opératifs et inoffensifs.

Par ailleurs l’usage thérapeutique, initiatique ou religieux des substances hallucinogènes est une constante dans l’histoire des civilisations partout autour du monde. Ce n’est que très que récemment, au XIXe siècle, avec le développement de la médecine scientifique, que le discours dominant a radicalement changé. Le tabac, l’alcool et les psychotropes devinrent des ennemis à abattre, dans les limites des intérêts économiques de certaines entreprises multinationales. Cette interdiction des substances hallucinogènes exclue toute compréhension anthropologique et symbolique de leur usage[5]. Cette posture s’est surtout radicalisée à la fin des années 1960 en réaction à la « contre-culture » née du mouvement Hippie et des travaux de Timothy Leary[6] et Richard Alpert. Des études sont en cours pour évaluer scientifiquement les effets thérapeutiques de l’ayahuasca, notamment ici, au centre Takiwasi, dans le cadre d’une cure de désintoxication pour toxicomanes. D’une manière générale plusieurs études ont montré « des améliorations en ce qui concerne la santé mentale et la douleur physique six mois après avoir commencé à assister à des cérémonies de Santo Daimé et de l’Uniao do Vegetal[7] ». Le breuvage s’est avéré efficace pour remédier à la dépendance de drogues, la dépression et l’anxiété. En outre de nombreuses communautés locales consomment de l’ayahuasca depuis des générations sans présenter de dysfonctionnements individuels ou collectifs[8].

D’après les témoignages que nous avons recueillis, les cérémonies d’ayahuasca conduisent parfois à des changements de vie radicaux où la personne retrouve sa quête essentielle, les appels immémoriaux de son âme. Ainsi à Raphaëlle, la plante a enseigné la musique et le chant et Marie a découvert sa vocation artistique grâce à l’ayahuasca.

Extrait vidéo d'un entretien avec Raphaelle 

Pourquoi une interdiction dans la plupart des pays européens ?

De toute évidence la décision légale d’interdire l’usage de l’ayahuasca ne repose sur aucune étude médicale. Les enquêtes ethnologiques montrent par ailleurs que les cérémonies d’ayahuasca conduisent à des processus de guérison et de rééquilibrage social. L’histoire de cette interdiction en France est contée ici par Ghislaine Bourgogne, elle se fonde sur un fait divers monté en épingle bien plus que sur des faits scientifiques ou des enquêtes de terrain. Si certaines précautions doivent effectivement être prises, il ne viendrait à personne l’idée d’interdire les voitures sous prétexte qu’un chauffard sans permis risque de percuter un mur. C’est pourtant ce qui s’est passé ici. Une substance thérapeutique utilisée en Amazonie depuis des dizaines de siècles qui guérit le corps, rééquilibre le psychisme et élargit la conscience en est venue à être considérée comme une drogue dangereuse à interdire pour cause d’addiction possible, or il n’y a strictement rien d’addictif dans cette médecine.

Le processus de diète

Si l’ayahuasca ne présente pas de dangers pour la santé il convient néanmoins de l’utiliser précautionneusement avec une personne expérimentée (chaman) et en suivant un régime alimentaire approprié pour la raison que nous avons évoquée plus haut : l’esprit de la plante œuvre de conserve avec l’esprit de l’expérimentateur. Dans la conception chamanique les relations entre l’invisible et la santé sont imbriquées. La diète commence par une cérémonie d’ayahuasca et se poursuit par une retraite solitaire d’une semaine à un mois dans la jungle, accompagnée d’une ou deux autres plantes généralement non psychotropes qui agissent comme des « thérapeutes » et soignent des dysfonctionnements spécifiques. Elle se termine ensuite par une dernière séance d’ayahuasca afin d’évaluer le chemin parcouru.

Dans cette vidéo nous évoquons le processus de diète que nous avons suivi.

Puis survient une longue période dite de « post-diète » avec un régime dénué de sucre (même les fruits), de porc, d’alcool, de piment et sans relation sexuelle afin de ne pas perturber le corps énergétique qui est occupé à intégrer, digérer et assimiler les expériences de la diète. En fait les plantes continuent à travailler le corps et la conscience longtemps après leur absorption.

L’approche scientifique habituelle des états modifiés de conscience se heurte à un dilemme méthodologique. A propos des champignons hallucinogènes Christian Ghasarien écrit[9] : « les gens se divisent en deux catégories : ceux qui ont pris le champignon, et sont disqualifiés par le caractère subjectif de leur expérience, et ceux qui ne l’ont pas pris et son disqualifié par leur totale ignorance du sujet ! ». Ne peut-on envisager une troisième posture qui consisterait à considérer la psyché des l’observateurs comme un terrain d’expérimentation, où l’intersubjectivité des participants serait le fondement d’une objectivité[10] ? Que sait-on vraiment de la mésange, de Banisteriopsis caapi ou du minerai de cuivre ? Description et classification sont nécessaires mais insuffisantes. L’observation du biotope des plantes et l’éthologie des animaux ne suffisent pas non plus car toutes ces approches ne disent rien sur la nature de la Nature, sur son essence. L’expérience de l’ayahuasca est un puissant outil pour explorer la dimension « conscience » du vivant, cette aptitude que l’homme expérimente chaque jour en s’en croyant l’unique dépositaire, sans l’ombre d’une preuve. Bien sûr, cela nécessite un protocole qui reste à élaborer pour ne pas tomber dans des dérives hallucinatoires. C’est exactement le rôle du laboratoire en ce qui concerne la face matérielle du réel. Les chamans de l’Amazonie ont, à leur manière et depuis des millénaires, développés ce genre de méthode de manière totalement empirique cependant.

Il reste encore de nombreuses questions, notamment sur la nature de l’esprit des plantes, le processus de guérison et la cosmovision amérindienne. Ce sont elles que nous explorerons dans de prochains articles.

 

Notes et références

[1] La chacruna apporte au mélange le D.M.T. (N,N-diméthytryptamine) qui procure les visions, alors que la liane d’ayahuasca fournit les molécules qui évitent au D.M.T d’être immédiatement détruite par les sucs gastriques. Les amazoniens disent joliment que la chacruna est la lumière qui permet la lecture du livre représenté par la liane d’ayahuasca. (Université des passages : préparation de l’ayahuasca - audio)

[2] Patrick Deshayes, De l’amer à la mère, quiproquos linguistiques autour de l’Ayahuasca (C.N.R.S).

[3] Luc Bigé, le Parchemin Magnifique, opuscule VIII : les viscères (à paraître en ebook). La langue des oiseaux lira « l’âme erre » dans « l’amer ». L’âme qui sait libérer ses larmes par la boisson amère retrouve la fluidité du mouvement et la joie.

[4] J.C. Callaway : phytochemistry and neuropharmacology of ayahuasca in Ayahuasca : hallucinogens, Consciousness and the Spirit of Nature, Metzner R., New York Thunder’s Mouth Press, 1999.

[5] C. Sueur, A. Benezech, D. Deniau,, Met B. Lebeau, C. Ziskind ; les substances hallucinogènes et leurs usages thérapeutiques (première partie). Revue de la littérature.

[6] Timoty Leary, la politique de l’extase (édition Fayard)

[7] Il s’agit de deux mouvements religieux du Brésil qui utilisent l’ayahuasca lors de leurs cérémonies.

[8] Anderson, B.T. et al, Statement on ayahuasca, International Journal of Drug Policy, Volume 23, issue 3, May 2012, p 173-175.

[9] C. Ghasarien, Usage de l’Ayahuasca et du San Pedro dans les pratiques néo-shamaniques contemporaines. Institut d’ethnologie, Neuchâtel, Suisse.

[10] Luc Bigé, La Force du Symbolique (éditions Dervy).

Le bélier et le système génital féminin

Ce texte est extrait du Parchemin Magnifique, opuscule VII : Bassin, système génital et système excrétoire.

Le Bélier sacrificiel

Jésus crucifié puis ressuscité fut surnommé « l’agneau de Dieu ». Lorsque Abraham s’apprêta à sacrifier son fils Isaac celui-ci fut miraculeusement remplacé in extremis par un bélier, en témoignage de l’obéissance du patriarche à la demande de Yahvé. Mais les monothéismes n’ont pas le monopole de la figure symbolique du bélier sacrificiel. Nous savons que la toison d’or appartenait à un bélier volant sacrifié dans le jardin d’Arès. On se souvient également de Médée qui plongea un agneau démembré dans le chaudron magique pour redonner son trône à Jason, et que le pourtour du bol d’argent de Gundestrup offrait au regard des divinités à tête de bélier qui meurent puis ressuscitent rajeunies. Dans tous les cas, le bélier métaphorise un processus de mort sacrificielle suivi d’une renaissance.

Ces étonnantes convergences s’expliquent peut-être par l’observation que le buste du Bélier est codé dans la morphologie féminine. La tête de l’animal dessine exactement le système génital féminin[i] :

 

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Lorsque Médée plonge un agneau dans son chaudron magique elle dévoile sa géographie intime ! Néanmoins, le vieux roi apprit à ses dépens qu’il ne suffisait pas de s’immerger dans une bassine d’eau bouillante pour redevenir vert. Seule la sourcière a le pouvoir de le rajeunir car elle intériorise l’éros et dirige la force jusqu’à sa bouche par la prononciation des formules magiques appropriées. La magicienne est celle qui sait orienter ses énergies sexuelles vers sa gorge. Elle transforme l’intensité vitale en paroles et produit un miracle. Elle « comprend » que les régions sexuelle et laryngée sont morphologiquement inversées et en correspondance l’une avec l’autre. De manière plus romantique, la femme conserve dans son petit bassin le secret de l’éternelle jeunesse. Lorsqu’elle l’élève jusqu’à sa bouche, elle propose à l’homme un baiser qui les rendra tous les deux jeunes et alertes comme aux premiers printemps de leur adolescence.

« Médée » vient d’une racine grecque qui a donné « méditer » au sens de « conceptualiser », et de « réfléchir ». La magicienne rappelle ce message si important déjà transmis par les héros de la hanche comme Jacob, Carmen et le Roi-pêcheur : il est essentiel de penser pour poser des questions, de conceptualiser pour nommer les forces, afin que le processus de renaissance dans le nouveau monde s’accomplisse avec succès.

Que savons-nous du mammifère qui meurt puis ressuscite ?

La constellation du Bélier

Dans le ciel, une figure approximativement triangulaire dessine la constellation du Bélier. Il s’agit de l’animal dont la toison en or est conservée dans le jardin d’Arès. Son buste est « caché » derrière une série d’étoiles qui évoquent, dans le corps, le triangle « pubien » dont nous avons déjà noté qu’il représentait la porte vers l’Autre Monde. Dans le ciel, comme dans le corps féminin, le « bélier » est caché derrière une porte triangulaire. Le Caché, c’est l’autre nom d’Amon, le dieu à figure de bélier si important dans l’ancienne Egypte. Quelle puissance et quel secret voilent cette partie du corps, si ce n’est celui de la procréation et, par analogie, de la création ? Ce qui expliquerait pourquoi le Bélier devint le nom du premier signe zodiacal : il procède à tous les commencements. Nous négligerons ici les descriptions psychologiques du signe[ii] pour nous intéresser au mystère métaphysique qu’il sous-tend : la question de l’origine.

La perception intuitive du mystère de l’Origine crée de l’angoisse. Une Origine à la fois inatteignable et inconceptualisable, irrémédiablement « Cachée ». Le corps la nomme « Éros », le mythe orphique de la création également. La Genèse décrit ce passage comme celui de la Création vers la Formation. Quelle que soit la formulation symbolique, l’intention reste la même : franchir un voile, passer du monde métaphysique vers celui de l’incarnation avec ses objets, ses couleurs et ses bruits.

Comment formuler cela autrement ? L’univers des physiciens naquit d’une singularité initiale, le Big Bang ; le monde des Titans et des dieux sortit d’une « faille » originelle, le « chaos » ; quant au bébé il jaillit du ventre maternel par une autre faille. Le Bélier « sait » qu’au-delà de toutes ces « fenêtres » qui s’ouvrent sur le monde sensible, un univers immense reste caché derrière elles. Alors oui, son angoisse est métaphysique. Il pressent le tournoiement ininterrompu des forces mystérieuses et insondables qu’il nomme la « Vie » mais qui, sur le chemin du retour, l’appellent à traverser la mort. Pourquoi la mort ? Parce que l’animal est toujours celui du sacrifice !

L’expérience du sacrifice est une partie intégrante du destin des Béliers. Naturellement, les femmes sont particulièrement porteuses de cette mémoire puisque le buste de l’animal se love dans leur petit bassin.

Quoi de plus emblématique que la procréation biologique pour symboliser la création d’un nouveau monde ? L’univers naquit du Caché exactement comme le bébé naît de l’obscurité du ventre. Le ciel conserve la trace de ce surgissement dans le triangle des étoiles dites du « bélier » et le corps dans le triangle pubien qui voile le système génital féminin si semblable au buste du mammifère.

Derrière l’enthousiasme pour tous les commencements qui caractérise ce signe astrologique subsiste un contact profond avec l’Origine, l’angoisse du vide, le non-représentable, l’inconceptualisable et l’impensable[iii]. Le sacrifice du Sans-Forme produisit le monde manifesté. Certains béliers se souviennent de ce passage qui va de l’invisible vers le visible en termes d’énergie. Ils le reproduisent dans leur vie ordinaire par des prises de risques, dans des combats dangereux ou en devenant cascadeurs. Mars/Arès, le maître traditionnel du signe, domine sur la voie de l’involution lorsque la mort est sans cesse frôlée par défi. Lorsque la conscience s’en mêle, dans l’évolution, l’utilité du sacrifice apparaît. Il surgit soit sous la forme d’événements extérieurs qui empêchent le sujet de réaliser ses désirs, soit dans le choix de se dévouer pour une famille ou une cause. Grâce à ce « sacrifice », le sujet découvre des capacités créatrices nouvelles, hors de tous les sentiers balisés. Découverte difficile car il entre périodiquement dans la peur du vide, parfois dans la tentation suicidaire. C’est que retentit intensément l’appel de l’Origine, le désir inconscient et puissant de revenir vers le Soi en franchissant à nouveau le voile qui sépare la vie ici-bas de son Origine, la complexité de la vie humaine de son innocence première. Et puis, dans la transvolution, la personne renoue enfin avec cette Origine après avoir traversé l’angoisse du Rien. Ce Vide devient paradoxalement le propulsif qui la conduit à accomplir la fonction spirituelle du bélier : initier un Nouveau Monde.

Selon le niveau de lecture, le « sacrifice » prend donc des sens distincts. Goût du risque et défi quotidien de l’accident dans l’involution ; obéissance au contexte social et familial aux dépens de ses désirs essentiels : cette phase douloureuse du processus d’évolution est nécessaire pour que la conscience regarde enfin vers l’intérieur, elle qui était si habituée au sport, à la vitesse et à l’action. Ce retournement déstabilise la confiance en soi, née de toutes les réussites dans la fulgurance extérieure. L’angoisse du Vide surgit, suivie du désir de mourir. Alors le sujet n’a plus d’autre choix que de sacrifier sa volonté personnelle afin que l’Œuvre prévue de toute éternité par le Soi s’accomplisse à travers lui.

Le Bélier détient la volonté spirituelle du sacrifice. Subie, l’homme devient « bouc-émissaire » ; utilisée, il risque de tomber dans son contraire, la figure du bourreau ; transformée, il s’immolera sur l’autel pour accomplir le dessein de Dieu.

Sa relation paradoxale au pouvoir conduit le sujet tantôt à dominer, tantôt à plier sans combattre. L’animal qui guide le troupeau est aussi l’emblème de la soumission. Ce schéma mythologique est remarquablement illustré par l’histoire d’Abraham à qui Yahvé demanda d’immoler son fils Isaac. En acceptant d’égorger son enfant Abraham démontre sa soumission absolue à la volonté de Dieu. Voyant cela, Yahvé se réjouit et envoie un bélier pour remplacer Isaac comme offrande sacrificielle. La soumission totale à un archétype, l’abandon du « moi » à un unique composant de l’univers métaphysique, est à la fois héroïque et générateur d’angoisse de mort.

Pour compléter cette exploration de la figure du Bélier voyons comment il apparaît dans les rêves éveillés[iv] :

« Le mouton du rêve non seulement invite au passage, mais il entraîne au franchissement, il participe au mouvement libérateur ». « Il est grand en ce qu’il ouvre un chemin. »

Que dire d’autre pour symboliser cette partie du corps qui représente le système génital féminin et le canal de la naissance ?

« Le mouton imaginé est un signe de résurrection. Quelles que soient les les racines de la problématique, lors de son apparition ce qui était figé retrouve la flexibilité, ce qui était comme mort redevient vivant. La psyché inhibée par l’emprise du mental retrouve sa capacité naturelle de métamorphose »

Corps, rêves et mythes puisent dans la même source du savoir. Le chaudron pelvien avec son éros bouillonnant est le lieu de la résurrection de ce qui est mort.

Au creux du petit bassin, l’homme sacrifie des idéaux devenus inutiles. Les explorateurs des pieds, des chevilles, des genoux, des cuisses et des hanches demandaient sans cesse : « où vais-je ? » « quel est le sens de ma vie ? », « quelle est ma voie ? ». Devant le bassin, le sujet se pose. Il descend au creux de son espace intérieur et sacrifie ses anciens rêves. Alors une autre question surgit : « Où est ma place ? ». Sa quête s’achève lorsqu’il réalise que sa place est précisément là où il se trouve, d’instant en instant.

La femme a littéralement la tête dans le petit bassin. Elle est profondément consciente que toute pensée est vivante, qu’œuvre de chair et œuvre d’esprit ne diffèrent guère que par leur Source. Le système génital de l’homme est extériorisé alors que celui de la femme reste majoritairement à l’intérieur du corps. La femme intériorise la force pour croître en conscience alors que l’homme l’extériorise et l’utilise pour comprendre puis agir sur les objets du monde. La force est intérieure dans le monde féminin alors qu’elle est projetée vers l’extérieur dans l’univers masculin. C’est pourquoi, en termes psychologiques, les femmes résistent mieux aux dépressions et sont plus à l’aise dans les processus de transformation psychique, comme le « développement personnel » aujourd’hui à la mode ; alors que les hommes choisissent souvent la transformation du monde par la science et la technologie, ou s’investissent dans des activités sportives. In fine les hommes sont fragiles intérieurement et forts physiquement, les femmes s’avèrent vulnérables dans l’exercice de la force et résistantes au stress.

Le thème du « sacrifice du bélier » sembla si important aux premières civilisations que deux des trois monothéismes choisirent de l’accentuer en le signant sur la biologie corporelle du nouveau-né.

Ce texte est extrait du Parchemin Magnifique, opuscule VII : Bassin, système génital et système excrétoire.

 

Notes

[i] Source des illustrations : wikipedia.

[ii] Pour une lecture psychologique des signes du zodiaque se reporter par exemple à notre ouvrage, La symphonie du Zodiaque (édition de Janus), ou encore au livre de Dane Rudhyar Le rythme du Zodiaque (édition du Rocher).

[iii] L’impensable n’est pas l’impensé. Ce dernier laisse une lueur d’espoir au sujet qui se dit que, un jour, le mystère sera éclairci. L’impensable ne pourra jamais être pensé, d’où le vertige qui surgit lorsque l’être réalise profondément qu’une partie du réel, et non des moindres, est absolument hors de contrôle.

[iv] Georges Romey, l’encyclopédie de la symbolique des rêves (Quintessence)

Comment explorer le symbolisme du corps humain ?

Nous avons mis en ligne sur youtube une conférence publique donnée récemment sur le symbolisme du corps humain

Le corps humain ! faut-il l’appeler « objet », « sujet » où « temple » ? Et qu’en est-il vraiment du corps-temple ? Dans cette conférence nous explorons sa nature en laissant parler ses symboles, c'est-dire la forme de ses organes, leurs noms lus symboliquement et les mythes grecs qui se rapportent à ses différentes parties, comme par exemple l'histoire de Prométhée qui eut son foie dévoré par l'aigle de Zeus.

Belle lecture !

Les symboles des planètes (II)

Vénus : le Soleil de la Terre

Le symbole de cette planète représente une croix surmontée d’un cercle. L’incarnation sur la terre (la croix) sous l’ombrelle du Soi (le cercle). Ou encore l’art de laisser émerger la conscience (Soleil) à partir des expériences vécues dans l’ici et maintenant (la croix).

La position supérieure du cercle sur la croix établit la souveraineté de l’Esprit sur la matière, ce qui se traduit par « le feu (Soleil) qui dirige la matière (la croix) ». Il est bon de se souvenir que la mari de Vénus est précisément Héphaïstos, le forgeron divin qui fourbit les armes des dieux et les bijoux des déesses. Il connaît les secrets du feu pour sculpter la matière. La beauté de Vénus est la conséquence de l’art de son époux. Bijoux et armes nouent et dénouent des liens, ceux du mariage et de la mort. Or créer et dissoudre des liaisons, n’est-ce pas la grande affaire de l’amour dont Vénus est passée maîtresse ? Notons par ailleurs que les parties du corps gouvernées par Vénus, le cou et les reins, le Taureau et la Balance, supportent des objets lieurs comme des cravates, des colliers et des ceintures.

Le glyphe de Vénus code sa fonction astrologique : permettre l’émergence du Soleil de la terre, de la conscience à partir de l’expérience (le sens des valeurs), du Feu qui dort dans les choses (la beauté), de l’amour qui permet à chacun de grandir en donnant le meilleur de soi, ou son contraire, la perte de son Soleil au profit des choses de la terre : la « vénalité » qui dérive de la racine veneris qui donna aussi « Vénus ». Tout dépend qui, du cercle ou de la croix, l’emporte à ce jeu là !

L’idéogramme de Vénus représente un feu solaire qui colle la croix de la matière. C’est bien sûr toutes les formes d’amour, mais aussi les aimants, les ciments, la gravitation, l’attirance sexuelle, les charmes, le charme, les contrats… partout ou une « colle » lie la matière, les corps ou les idées (contrat) pour produire une oeuvre de lumière et, idéalement, plus de beauté.

Mars : la Terre du Soleil

Ici une croix (ou un flèche) se dirige en oblique, vers la droite, à partir d’un cercle. Situation (presque) contraire à celle que proposait Vénus. Puisque la croix surmonte approximativement le cercle, c’est-à-dire symboliquement de manière déséquilibrée et jamais atteinte, le glyphe se lira comme « la matière de l’Esprit ». Mars rend l’Esprit visible en lui donnant une forme matérielle, il ne conserve que ce qui de l’idéalisme solaire peut être réalisé. Ce symbole d’une sphère surmontée d’une croix est d’ailleurs posé entre les mains de nombreux empereurs devenus immortels grâce à l’art pictural de Vénus ! Ce sont des guerriers (Mars) qui ont pris la fonction suprême car en eux brûle la volonté de concrétiser un idéal. C’est pourquoi, au plus haut niveau, Mars est la planète du service lorsque la personnalité répond à une impulsion du Soi. Qu’est-ce d’autre en effet que « matérialiser l’esprit » ?

Et comment servir ? En ouvrant des canaux par où le flux de l’énergie circule jusque dans les profondeurs de notre terre corporelle. Telle fut la spécialité du plus grand des héros Grecs, Hercule[1]. Dans les mythes, la fonction guerrière est symbolisée par des objets creux, par des espaces qui canalisent l’énergie comme l’armure, la torche, le canal ou le heaume. Le corps n’est pas en reste puisque le muscle, l’organe de la force biologique, est lui-même composé de filaments d’actine et de myosine qui s’emboîtent les uns dans les autres. Le zodiaque suit le même mouvement si l’on remarque que les deux signes dédiés à Mars « contraignent » une force. La naissance en Bélier est une contrainte obligée pour l’Esprit qui entre dans le « tombeau » du corps » et, avec la mort en Scorpion, le corps est confiné dans un tombeau alors que l’âme en sort. La tête et les organes sexuels, associés respectivement au Bélier et au Scorpion, sont également des objets creux qui canalisent l’Esprit (en haut) et la force génésique (en bas).

L’image du sportif, souvent associée à Mars, n’est que la conséquence de cela : l’homme et la femme ont appris à canaliser mentalement leurs énergies dans leurs corps. Mais c’est aussi l’art de la guerre - une expression qui associe curieusement Mars et Vénus -, l’engagement militant au nom d’une Cause et, ultimement, le service au sens spirituel, c’est-à-dire la posture d’un sujet qui laisse l’œuvre œuvrer à travers lui pour produire une œuvre. Partout et toujours Mars rend visible la Matière de l’Esprit.

Vénus et Mars sont donc des fonctions contraires, complémentaires aussi. Vénus révèle l’Esprit de la matière pendant que Mars matérialise l’Esprit, il crée une terre pour l’idéal solaire.

Notons que la flèche de Mars se dirige vers la droite. Elle porte le Feu (cercle solaire) loin dans le futur, comme un flambeau qui éclairerait la nuit. L’absence d’hyperbole souligne le caractère entier de la personne. Mars « tire en avant » le cercle solaire du Soi (ou du moi) pour son agrandissement. D’où son aspect profondément individualiste, tant en Bélier qu’en Scorpion.

Jupiter, l’âme de la terre

Une hyperbole surmonte la branche horizontale de la croix. Elle est placée sur son extrémité gauche. Le croissant lunaire accompagne et nourrit le déploiement spatial de la croix terrestre. L’idéogramme se lit : « l’âme de la matière ». La Lune est à comprendre au sens de anima, littéralement « ce qui anime », ce qui donne le mouvement, le changement et la multiplication. C’est pourquoi Jupiter gouverne logiquement les signes du voyage : le Sagittaire pour les grandes expansions sociales, géographiques et spirituelles ; les Poissons pour l’exploration des mondes invisibles. Ces signes sont également associés aux organes de la locomotion : les cuisses et les pieds. Bref ! Jupiter est bien le maître du mouvement des choses, comme son glyphe l’indique. Ces mouvement sont « horizontaux » puisque la Lune se place précisément sur l’horizontale. Ils favorisent l’avoir, l’espace, la joie qui naît d’un sentiment de croissance. L’hyperbole orientée vers la gauche est l’indice d’un certain conservatisme et d’un respect du passé.

C’est pourquoi il ne faut pas s’attendre, de la part des hommes politiques souvent marqués par Jupiter, d’innovations et d’inventions. Ils se contentent d’entériner dans des lois ce qui existe déjà. Planète conservatrice, symbole du pouvoir social et religieux, Jupiter intègre la Lune (la foule, le nombre) dans son glyphe, mais pas le Soleil. Il fait bouger les « masses » mais se coupe des besoins de l’Esprit.

Explorer la nature de l’âme du monde, de l’anima mundi, n’est-ce pas le désir secret des Sagittaires et des Poissons ? Les premiers dans le visible et les seconds dans l’invisible….

Saturne, la matière de l’âme

L’idéogramme est une croix avec la Lune placée sous sa branche verticale. La fameuse faucille du Grand Faucheur qui supprime radicalement toute velléité d’expansion en donnant le coup fatal. Ce glyphe est bien l’inverse de celui de Jupiter. La Lune « nourrit » la ligne verticale du temps alors que, avec Jupiter, elle alimentait la ligne horizontale de l’espace. Cette planète ancre la croix de l’expérience terrestre dans les profondeurs. C’est pourquoi elle est associée à l’architecture, la rigueur, le capitalisme et la science. Elle pose des borne à l’espace et définit au cordeau les limites d’une propriété. Qu’est-ce que la mise en évidence de la « matière de l’âme » si ce n’est le travail de l’architecte qui, grâce au compas et à l’équerre, rend visible les mouvements qui planent dans les mondes subtils ? Le mouvement du compas trace un cercle parfait sur la feuille, il manifeste exactement la « matière du mouvement ». Cette œuvre demande patience et concentration, ascèse et rigueur, précision et observation : toutes ces qualités naissent lorsque le sujet devient semblable à une ligne verticale, aussi intensif qu’elle, et fait du temps son allié.

Cronos/Saturne est un dieu mâle enceint de ses enfants puisqu’il les avala. Il faut en effet un temps de maturation intérieure, dans l’espace clôt du ventre, pour maturer et digérer ce que Jupiter à conquit. Planète de la profondeur donc, comme le suggère son idéogramme. Et lorsque la coupure d’avec le monde extérieur devient frustration surgit la tristesse, le sentiment de solitude de ne plus se sentir lié aux autres dans l’espace. La fameuse mélancolie. La croix surmonte la Lune : l’expérience contrôle l’imagination. C’est pourquoi Saturne peut construire des machines, qui ne sont que des pensées matérialisées, des imaginations rendues visibles. Bien sûr, on peut lire l’engloutissement de ses enfants et la dominance de la croix de l’incarnation sur l’imaginaire lunaire comme une attitude de refoulement. Mais ce serait méconnaître sa divinité ! Le mythe est sans ambages : Saturne intériorise et rend consubstantiel à lui-même la riche moisson d’images et de possibilités engrangées par la Lune. Il prend le temps de les digérer. Et qu’est-ce que digérer sinon faire d’un extérieur un intérieur ?

Le capricorne et le verseau associés à cette planète « densifient » l’âme (la Lune) en raréfiant le mouvement (pour le capricorne) et en le réduisant aux lignes géométriques de l’épure (pour le verseau). Les genoux et les chevilles, associées à ces signes, sont des articulations : elles concentrent l’énergie pour lui donner une direction, une orientation nouvelle, et lui faire traverser un voile[2].

Notons au passage le contraste avec le symbole de la Lune Noire, un Saturne inversé, puisque l’hyperbole se place en haut de la ligne verticale de la croix. Elle reçoit l’information « pure », sait intuitivement ce qui est juste, mais n’est pas encore descendue dans la croix de l’incarnation. D’où son désir d’absolu et son refus des concessions[3].

Ces quatre planètes - Vénus, Mars, Jupiter et Saturne - forment donc entre elles une sorte de carré logique (aristotélicien exactement) que ne désavouerait pas la linguistique moderne. D'un côté les planètes solaires ou spirituelles, de l'autre les planètes animique ou lunaires[4].

Planètes solaires Planètes lunaires
Vénus, l’esprit de la matière Jupiter, l’âme de la matière
Mars, la matière de l’esprit Saturne, la matière de l’âme

-

Mercure

Son glyphe réunit l’ensemble des symboles de base puisque la Lune surmonte le Soleil qui surmonte lui-même la croix. Hermès/Mercure est appelé, dans la Table d’Émeraude, le trismégiste, « le trois fois grand », car il organise et réunit les trois niveaux de la réalité : l’expérience de l’incarnation représentée par la croix, l’âme animatrice avec la Lune et le Soleil de l’Esprit ou de la pure existence. Mercure réunit donc dans son symbole l’âme, l’Esprit et le corps. Il est grand dans chacun de ces domaines. N’est-ce pas cela qui lui permit de devenir le messager des dieux ?

Il se lit de la manière suivante : la réceptivité à l’illimité (Lune) nourrit l’Esprit (Soleil) pour une action sur la matière (croix). Mais il pourra aussi se comprendre de bas en haut : l’expérience de l’incarnation augmente la conscience de soi pour l’ouvrir sur l’infini.

Lune et Soleil sont comme posés sur la branche verticale de la croix. Point d’expansion dans l’espace, mais un mouvement d’abstraction vers les hauteurs. La Lune achève donc ici sa fonction générale de mise en mouvement, d’animation, des autres symboles. Avec Jupiter elle augmentait l’espace conquis, avec Saturne elle intensifiait le temps des profondeurs, à présent elle se pose sur le cercle solaire et élargit la conscience. Une conscience qui se met en mouvement devient sensible à tout ce qui n’appartient pas à son cercle de référence. La réflexion (Lune) touche la conscience (Soleil) et se matérialise (croix). Qu’est-ce d’autre qu’une information ? Rappelons que « connaissance » signifie littéralement « naître avec ». L’information proposée par Mercure est là pour élargir, agrandir, ouvrir, la conscience du « moi » symbolisée par le cercle solaire.

Le symbole de Mercure l’androgyne, l’éternel adolescent aussi, relie encore les contraires. Le Soleil avec la Lune, l’enfance avec l’age de raison, le féminin avec le masculin[5]. C’est aussi la fonction de l’information que de passer d’un émetteur vers un récepteur, de relier « celui qui sait » avec « celui qui ne sait pas ».

Enfin, les planètes « lunaires » sont associées à des métaux blancs ou gris. Le plomb pour Saturne, l’argent pour la Lune et l’étain pour Jupiter. Les planètes solaires sont d’une couleur soutenue : le rouge du fer oxydé pour Mars, l’or jaune pour le Soleil et le vert pour le cuivre de Vénus.

On voit que les symboles des planètes ne sont pas choisis au hasard, ils résultent d’une intention qui « fait système » et qui exprime leur nature profonde. Loin d’être un produit de la superstition, le système astrologique est avant tous un système philosophique codé dans ses symboles.

Lors de l’interprétation du thème chaque planète du septénaire dira, selon la nature du signe, des maisons et des aspects qu’elle forme, la manière dont la personne pourra répondre à ces questions :

-       De quelle parcelle de l’Esprit est-tu le dépositaire : le Soleil

-       Comment laisser grandir en toi ce qui est grand : la Lune

-       Comment matérialiser l’Esprit (Mars) : quel est ton œuvre ?

-       Comment spiritualiser la Terre (Vénus) : quelles sont tes valeurs ?

-       Comment explorer la nature de l’âme du monde ? (Jupiter)

-       Et la rendre consubstantielle à toi-même ? (Saturne)

-       Comment faire circuler l’énergie et l’information pour réunir l’Esprit, l’âme et le corps ? (Mercure)

Et les transsaturniennes ?

Bien que leurs glyphes soient nouveaux, on peut faire confiance à l’intelligence de l’inconscient pour y glisser des messages ! Ces trois planètes, comme Mercure, sont « trois fois grandes ». Mais elles relient le corps, l’âme et l’esprit à leurs manières. Voici quelques propositions.

Uranus

La cercle est surmonté d’une croix, avec une Lune à chaque extrémité de la ligne horizontale de cette croix. Le glyphe réunit donc les valeurs de Mars avec celles, redoublées, de la Lune.

La matière, la croix de l’expérience et du corps, est tiraillée par deux mouvements contraires. Et le cercle sous la croix suggère l’émergence d’un nouveau Soleil grâce à cette tension. Il existe un choc entre le passé et le futur, entre l’hyperbole tournée vers la gauche et celle qui lorgne vers la droite le long de la ligne horizontale de l’espace. Extraversion, donc. Mais inconfortable, car l’âme cherche à faire exploser les limites de la croix, les limitations de la matière et de l’incarnation. Qui s’étonnera alors de la réflexion et de la sensibilité (Lune) contradictoire (Lunes opposées) des « uraniens » dans leur vie sociale (ligne horizontale) ?

Uranus cherche à exploser la matière en révélant ses contradictions pour libérer une nouvelle conscience, un nouveau Soleil. Le mouvement est exacerbé en raison des deux « Lunes ».

Il est intéressant de comparer Uranus avec Jupiter. L’hyperbole nourrit l’espace avec Jupiter, les deux hyperboles le tiraillent avec Uranus.

Neptune

L’hyperbole lunaire s’enfonce dans la branche verticale de la croix. Le cercle, pas toujours dessiné, se place sous la croix. Ici, la réceptivité à l’illimité entre directement dans la croix de l’incarnation. Les mouvements de l’âme touchent directement le corps. Après la tension dans l’expérience ordinaire de la vie avec Uranus, voici l’infusion de la transcendance dans la ligne verticale du temps. Confusion et sens corporel de l’illimité se côtoient. Peut-être est-ce pour cela que le cercle de la nouvelle conscience émergeante n’est pas toujours représenté. Neptune est le dieu de l’Océan et des tremblements de terre. Il propose d’aller au-delà de l’au-delà puisque l’Océan mythique borde le monde connu, il propose encore de perdre ses repères. Et toute personne ayant vécu un tremblement de terre sait ce que cela veut dire.

Ce sont aussi les paradis nés des substances chimiques, ersatz de Neptune qui fait descendre l’âme (la Lune) sensible aux étoiles (tournée vers le haut) dans l’expérience directe du corps (la croix). Les mystiques ne renieront pas cette planète ! La transformation est profonde puisque l’hyperbole touche la ligne verticale de l’ancrage dans le sol. Elle dissout le temps, la rigueur, bref ! toutes ces valeurs qui étaient naguère nourries par la Lune lorsque celle-ci se plaçait au pied de la croix (Saturne). Uranus « cassait » la bonne conscience sociale de Jupiter, à présent Neptune dissout le sens du temps et le goût pour l’ascèse de Saturne.

Pluton

Pour l’heure cette planète termine la série, Sedna et les autres n’ayant pas encore de symbole. Comme Mercure, Pluton réunit les trois niveaux de la réalité. La croix de l’incarnation est surmontée d’une hyperbole lunaire, en son centre émerge – ou est affirmé, selon la manière de le dessiner – un cercle solaire. Un nouveau Soleil, un nouvel Esprit, est en train de naître. Il apparaît du fait du travail de Neptune et d’Uranus. En effet, Uranus à sorti le sujet de son horizontalité en lui disant « debout, lève le nez au ciel », puis Neptune à saupoudré ce nez d’effluves mystiques, d’encens et autre onguents. Alors les certitudes du « moi » se sont dissoutes dans cette présence de l’infini et une nouvelle conscience émergea des cellules du corps. Elle sortit de dessous la croix pour dialoguer avec l’autre Soleil, avec l’Esprit des hauteurs sans assises matérielles (pas de croix dans son symbole) qui symbolise l’astre central.

Depuis la Terre nous avons Vénus, Mercure et le Soleil. Chaque étape est une augmentation : la croix terrestre s’additionne du cercle de l’Esprit (Vénus) qui se chapeaute ensuite de la Lune (Mercure). Enfin les trois fusionnent dans le symbole solaire. De l’autre côté du système solaire, nous avons au contraire une diminution suivie d’une renaissance : Mars porte la croix terrestre, mais bancale, en diagonale, comme instable. Puis le cercle de la planète rouge disparaît dans les glyphes de Jupiter et de Saturne qui proposent les premières expériences de la vie « sans moi », sans « Esprit ». La participation sociale (Jupiter) comme l’ascèse ou le travail scientifique (Saturne) demandent, au moins un peu, un effacement de la conscience individuelle. Mais aussi le renoncement aux questions métaphysiques portées par l’Esprit. C’est pour mieux renaître dans un autre « état d’Esprit », dans un autre état d’être amené par la succession d’Uranus, de Neptune puis de Pluton. Uranus brise l’horizontalité de l’avoir jupitérien, Neptune allège la tension vers les hauteurs propre à Saturne… afin que Pluton, « le Riche », dévoile son secret né des ombres du Monde du Dessous, des entrailles du corps : un autre Soleil, un Esprit renouvelé surgit de la masse des cellules corporelles qui organise la métamorphose de l’homme et du monde, depuis 1930, date de la découverte de Pluton.

[1] Luc Bigé, La voie du Héros, le douze travaux d’Hercule (Editions de Janus).

[2] Le Parchemin Magnifique, une exploration du symbolisme du corps humain

[3] Luc Bigé, La Lune Noire, un vertige d’absolu (Editions de Janus)

[4] Odilon Cabat, communication personnelle, à qui nous devons l’ensemble de cette réflexion.

[5] Le code secret des jours de la semaine : Mercredi, le Fripon Divin. Ebook

Document lié : le sens des planètes en astrologie (cours, abonnés)

Les symboles des planètes (I)

Le sens des planètes est codé dans la manière de les représenter. Ces glyphes obéissent à une règle de composition précise avec l’intervention de cinq signes élémentaires :

Le cercle : O

L’hyperbole : )

La ligne verticale et la ligne horizontale qui se combinent pour former une croix : +

Le point : .

Qui représentent :

Le cercle solaire : O

Le croissant lunaire : )

La croix terrestre qui marque l’espace-temps, le topos : +

Le potentiel non manifesté : .

On voit alors immédiatement que :

Le Soleil est formé du cercle et du point en son centre.

La Lune est représentée par un demi-cercle et une hyperbole.

Mars et Vénus sont inversés, si l’on accepte que la flèche de Mars est une croix en oblique. La croix est d’ailleurs dessinée telle quelle dans le symbolisme alchimique et par l’astrologie allemande.

Jupiter et Saturne forment un autre couple d’inversions, puisque la Lune se place respectivement sur la ligne horizontale et sur la ligne verticale.

Enfin Mercure est le seule planète du septénaire qui réunit les trois symboles du Soleil, de la Lune et de la Terre.

Voyons cela en détail.

Le point
Le point se situe aux confins du paradoxe, charnière entre le non-manifesté et le manifesté. Entité mathématique abstraite, il occupe par définition un espace nul. En lui résident pourtant à l’état de germe des potentialités infinies. La meilleur image est peut-être la singularité initiale, le fameux « Big Bang », qui contenait en germe l’ensemble de l’univers que nous connaissons dans un espace et un temps rigoureusement nuls. Leibniz, dans ses études des mathématiques binaires, disait déjà « un suffit à tirer tout de rien ». Le langage usuel est à l’avenant. N’avons-nous pas ces expressions contraires à propos du « point » : « un point c’est tout » et « il n’y en a point » ? En sa double facette, le point représente toujours l’unité absolue, qu’elle soit potentielle dans chaos indifférencié d’avant la Genèse ou Nirvana accompli empli de soi-conscience. En ce lieu originel et final tout à la fois la séparation pas ou plus.

La manifestation du potentiel du point dans toutes les directions de l’espace va produire la sphère, que nous réduisons au cercle sur la feuille de papier.

Le cercle

L’observation de l’environnement met en évidence deux catégories d’objets. Dans la première nous pouvons classer les pierres, le montagnes, les cristaux, les constructions humaines… alors que la seconde contient les arbres, les fleurs, les bactéries et les animaux. Ce qui les différencie ? La manifestation de la vie. Tout ce qui est vivant, en effet, possède des formes fondées sur la courbe. Alors que le règne minéral utilise des lignes droites et des angles. La cellule biologique et le cristal sont les représentants les plus simples de ces deux catégories. Le cercle et l’hyperbole appartiennent à l’univers du vivant, la croix au monde de l’objet, à la réalité matérielle. Pour être complet, il faudrait citer une troisième catégorie d’objets comme la fumée et le brouillard, composés de myriades de points en désordre. Ils relèvent de la symbolique des quatre éléments, le Feu, l’Air, l’Eau et la Terre dont nous ne pouvons discuter ici.

Le cercle est toujours centré, il est défini par une équidistance de ses points au centre. Il suggère un double mouvement d’involution-manifestation et d’évolution-retour-au-centre. Il pulse comme un expire et un inspire. Il représente donc le principe vital, que l’œuf et le soleil symbolisent si merveilleusement. Comme le point, et comme tout symbole, il est détenteur d’un paradoxe. En lui se côtoient l’énergie vitale (le soleil astrologique comme hyleg) et l’Esprit puisqu’il est aussi traditionnellement associé à l’or et à son sujet : Dieu. L’Esprit est pure volonté de vie qui pulse aux rythmes mystérieux du fatum, ce que Nietzsche avait déjà pressenti dans sa chair.

La croix
Elle se compose d’une ligne verticale et d’une ligne horizontale réunies par un point central. Son horizontale conquiert l’espace. Sa verticale creuse et s’élève dans une tension ascétique vers les extrême, la terre et le ciel. Cette ligne propose profondeur et hauteur. Elle appartient à la sphère du temps. La ligne horizontale sépare le ciel de la terre, le haut du bas, elle affirme la première dualité. La verticale réunit ce que l’autre à séparé. De la dualité produite par l’horizontale naît la conscience. Comment apprécier la musique, en effet, s’il n’y avait pas de silences entre les notes ? Comment savoir le jour en l’absence de la nuit ? Et que dire de l’appréciation d’un bonheur qui sort d’une période d’épreuves ! L’expérience de la dualité fortifie la conscience. Puis, la tension verticale permettra l’intégration de cette conscience dans un sujet concentré qui porte avec égalité ses racines dans l’ombre de l’humus et la clarté de l’azur. La croix est donc un principe d’évolution et d’incarnation. C’est pourquoi elle est associée au symbole de la Terre, une croix dans un cercle. Elle demande au sujet de découvrir un équilibre entre ses valeurs d’être (verticale) et d’avoir (horizontale), entre l’effort (verticale) et la joie (horizontale) car le sentiment de joie est la conséquence naturelle d’une expansion de la conscience qui reçoit plus d’amour, plus de reconnaissance, plus d’argent ou plus de contact spirituel. Plus simplement, une expérience humaine se place toujours au centre de la croix, dans un espace horizontal et un temps vertical réunis, dans ce que nous appelons communément « l’ici et maintenant ».

La conscience humaine naît de l’expérience de la croix. Ce qui en nous dit « je » est la résultante de nos précédentes croissances en possessions (partie gauche la ligne horizontale de la croix), de nos espoirs et ambitions à venir (partie droite de la ligne horizontale de la croix) et d’une énergie qui nous traverse. Cette dernière pourra venir d’en haut et s’appellera alors « inspiration », « volonté de vie », « dynamisme ». Et d’en bas, elle se nommera alors « racines », « ancrage », et « histoire ». La croix matérialise les ingrédients pour la naissance et l’évolution de la conscience dans un lieu particulier. Elle nourrit l’expansion du point central afin que celui-ci devienne au final un soleil conscient. C’est pourquoi la croix est aussi le grand symbole de l’Incarnation et de la Crucifixion, de la naissance divine. Elle matérialise, du point de vue astrologique, la projection en un lieu du « père-soleil » et de la « mère-lune » ou, si l'on préfère, la manifestation singulière de ces deux lumières ici-bas.

L’hyperbole
Ni cercle, ni croix, l’hyperbole pousse ses deux extrémités vers l’infini. Nous avons ici une image de la réceptivité à l’illimité[1]. Elle offre la possibilité d’une ouverture sur quelque chose de neuf et d’impensé. Avec l’hyperbole se déploie notre capacité d’intégrer de manière vivante et sensible un nouvel élément du plus-grand-tout. Ce sont des antennes tournées vers les mondes galactiques.

Ces symboles sont vivant. Nous sommes tous un point unique, empli de potentiels, qui a pour devoir de se déployer comme un Soleil, en évitant le brouillard des points dispersés. Nous avons tous une croix à porter, conditions de la métamorphose de notre conscience pour son envol. Et nous avons tous une sensibilité spécifique qui ouvre notre conscience au sens du mystère.

Ces trois signes, dans l'alchimie, correspondent au Soufre qui coagule (le feu solaire), au Mercure qui dissout (le croissant lunaire, humide) et au Sel qui cristallise ou précipite. Dans la tradition, il correspondent à l’Esprit (Soleil), l’âme (la Lune) et la matière (la croix). Enfin, si l’on se place du point de vue de la psyché, ce sera l’animus (soleil), l’anima (lune) et la materia (croix).

La lecture symbolique à ceci de déroutant de prime abord : elle ne se fonde pas sur une logique linéaire, causale, démonstrative, mais sur une pensée analogique où plusieurs niveaux de lecture coexistent et fonctionnement en même temps. Ainsi le « Soleil » dans un thème est à la fois le représentant de Dieu, de l’énergie vitale, de la conscience de soi déployée, de l’animus et du père.

Voyons à présent comment ces trois fondamentaux sont codés dans le sept des planètes traditionnelles.

Le Soleil et la Lune
Ils sont dessinés avec leurs propres symboles, le cercle et le croissant, sans la croix. Cette particularité les rend « immatériels » comme la lumière. Ceci est d’ailleurs souligné par leur nom astrologique de « luminaires ». Représentant des principes inaltérables, ils ne gouvernent qu’un seul signe, le Lion et la Cancer respectivement, alors que les autres planètes en gouvernent deux, l’un mâle et l’autre femelle (ou diurne et nocturne).

Le Soleil est un principe unitaire coagulant (le Feu) alors que la Lune est un principe multiplicateur dissolvant. L'unitaire étant considéré comme mâle du fait de sa capacité d'établir une loi générale. Le multiple, le double ou la division étant considéré comme femelle du fait de sa capacité de se dédoubler en enfantant. C'est pourquoi l’on parle d’une « cellule mère » pour désigner une cellule qui vient de se diviser, et non d’une « cellule-père » malgré la neutralité sexuelle. L’industrie qui multiplie les biens de consommation est également composée de « Sociétés mères » et de « filiales ».

Dans le glyphe du Soleil, le point et le cercle sont assemblés. L’énergie primordiale de l’univers, la volonté centrale de l’être, rayonne dans toutes les directions pour se fermer sur le cercle de la conscience. La circonférence marque les limites de son expansion, sa « largeur d’Esprit » précisément. Elle contient et organise l’énergie du point, comme le fait par exemple une cellule biologique pour l’information génétique codée dans son noyau. Le glyphe du Soleil évoque à la fois l’atome de Bohr et la forme du système solaire, deux autres systèmes unitaires, complets en soi. Le symbole solaire propose d’atteindre un équilibre entre la puissance du potentiel de l’être (le point) et sa résistance (le cercle) afin qu’une conscience se manifeste, afin qu’une œuvre de lumière apparaisse. En biologie le noyau et la membrane de la cellule jouent ces rôles.

Rappelons que, dans un thème, le Soleil n’est pas le Soi, mais notre manière particulière de Le contacter. Le glyphe solaire est un petit symbole de la Totalité au sein du grand Tout qu’est le Zodiaque. Chaque journée qui passe, l’astre se décale d’un degré environ. Ce degré est l’une des trois cent soixante facettes de la Totalité qui est, ce jour là, éclairé. La nature de cette cuvette de sens est précisée par les différents systèmes de degrés symboliques comme les symboles sabians et les degrés monomères. C’est pourquoi chaque jour est porteur d’une qualité particulière. C’est aussi pourquoi les révolutions solaires dessinent le « programme » du Soi pour l’année en cours.

Le symbole de la Lune se dessine en traçant un demi-cercle fermé par une hyperbole. Le demi-cercle rappelle le symbole solaire, il en a la nature mais est encore en voie de formation. Tel est d’ailleurs ce que nous suggère les phases de la lune. Le secret de ce luminaire « humide » qui représente la division et le nombre, le mouvement et l'animation des êtres ? Chaperonner la croissance en ses innombrables facettes afin que le « moi » devienne semblable à un Soleil, un miroir sensible du « Soi ». Par son hyperbole la Lune ouvre à l’illimité, par l’imaginaire elle propose les impossibles de la lucidité. Ces improbables nourrissent l’expansion du demi-cercle, jusqu’à sa complétude. Formulé autrement, la Lune est médiatrice[2]. Elle rend accessible à la psyché les forces sauvages et puissantes des archétypes, elle aplani aussi les angularités du réel. C’est la fonction de l’âme qui réunit l’Esprit avec le corps, de l’anima qui rassemble conscient et inconscient, de la femme qui accueille une étincelle spirituelle pour lui conférer un corps lors du processus de l’enfantement. La Lune est initiatrice, elle accompagne tous les passages. Dans le monde matériel, c’est à l’aide de sels d’argent, de « sels de Lune », que l’on faisait naguère des photographies, des images, ces « choses » qui ne sont ni des Idées platoniciennes (Soleil), ni des masses pesantes (Terre), mais des entre-deux. Sur le plan spirituel ce symbolisme s'est répercuté sur la Vierge Marie, dont les pieds reposent sur la Lune, et à qui les chrétiens demandent une intercession médiatrice. Elle « catalyse » la grâce divine sur le croyant exactement comme le satellite réfléchit la lumière du Soleil afin d’éclairer la Terre plongée dans la nuit du doute.

Dans les glyphes planétaires l’hyperbole, ou croissant lunaire, évoque la puissance dissolvante de l'eau, son pouvoir de division, de séparation, de multiplication et ultimement de mort. Car les nombres croissent et décroissent. Car l’eau est à la fois l’origine de la vie et le signe de la mort, cette grande dissolution de l’âme dans les eaux imaginales lorsque quelqu’un est « liquidé » et que ses feux s’éteignent.

La racine étymologique de « Lune » est mensis qui veut dire « mois ». A rapprocher également de mens, l’« esprit » au sens du mental. La lune réfléchit donc, dans les deux sens du terme. Au sens d’une multiplication de l’image comme un miroir, au sens d’une multiplication des pensées comme l’autre réflexion. Rappelons que le glyphe de Mercure, l’autre penseur, porte haut le croissant lunaire. La Lune, c’est une réflexion vagabonde qui, au grée de ses écoles buissonnières, nourrit la conscience de soi (le demi-cercle). Mercure, nous le verrons, propose une réflexion (Lune) centrée sur une identité (cercle) et capable d’une oeuvre incarnée (la croix).

Deux planètes arborent un cercle et une croix, Vénus et Mars (suite…)

[1] Marcelle Senart,  Le Zodiaque : Clef de l’ontologie appliqué à la psychologie 

[2] Luc Bigé, Le Chœur des planètes (éditons de Janus)

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Vers une Nouvelle Alliance

Les pays en voie de développement envient parfois notre modèle de société. Leurs habitants rêvent d’un monde d’abondance où la technologie libèrerait de l’effort et produirait plus de plaisir. Quand à nous, les habitants de ce monde développé, nous n’en comprenons que trop les limites avec la perte du lien social et l’ambiguïté du travail qui est à la fois un droit, une nécessité et un immense absorbeur de conscience et de liberté. Nous avons aujourd’hui la conscience plus où moins claire que notre modèle économique conduit l’humanité à sa perte en raison de la surexploitation des ressources naturelles et des conséquences des pollutions engendrées. Tout se passe comme si le modèle de société que nous avons choisi n’avait plus de maître à bord. Il roule pour lui-même et sa propre survie, sans se préoccuper des conséquences à moyen et long terme. La machine qui devait libérer l’homme de la servitude, dans l’esprit des Lumières, exerce en réalité un pouvoir subtil sur notre manière de vivre ensemble. Par un retournement de situation dont l’histoire à le secret l’esprit de la machine à absorbé l’être humain dans ses filets.

Qu’est-ce à dire ? Pour voir cela clairement il faut le recul d’un long séjour en Inde, en Amérique du Sud ou en Afrique, à moins que quelques semaines dans la solitude de la forêt ou du désert ne suffisent. Que voyons nous au retour ? Un monde ultramécanisé et froid, un monde qui impose sa volonté de domination à une nature blessée de toutes part par des routes, des tunnels, du béton, des pesticides… bref ! par une volonté de puissance sans failles ; un monde étrange où l’idéal est devenu un fonctionnalisme sans erreurs : pas d’embouteillages, pas de ruptures de stocks, pas de conflits, pas de manques, pas de peurs, pas de bruits, pas d’échec…. La sécurité et l’abondance sont devenus ses mots d’ordre. Or tous ces termes qualifient le fonctionnement d’une machine parfaite : alimentation, fonctionnement, production, sécurité, rendement, silence, efficacité et contrôle. L’homme « civilisé » perd peu à peu son humanité au profit de l’esprit de la machine : son corps est envisagé comme une mécanique, ses pathologies sont restaurées par des spécialistes qui changent ses organes, réparent ses dysfonctionnements grâce au bistouri et à la chimie et qui, bientôt, modifieront son programme génétique ; son environnement est perçu comme une carrière à ciel ouvert où il suffit de puiser ; la réussite de sa vie se mesure à la quantité de biens consommés et produits ; son seul objectif est de faire baisser une courbe : celle du chômage, enfin le degré de la civilisation est mesure au nombre d’objets fabriqués et à l’augmentation du PIB national.

Nous sommes devenus des barbares technologiques.

L’homme occidental qui a inventé la machine pour le libérer des servitudes du travail est en train d’échouer en raison même du succès de son entreprise : les qualités imputables à une machine idéale sont devenus des idéaux humains incontournables : efficacité, rendement, sécurité, abondance, production….

Allons nous nous laisser spolier de notre humanité par, qui plus est, l’extraordinaire désir de liberté et de vérité qui fut à l’origine de la grande aventure des Lumières ?

Le combat ne se joue pas dans la politique, la science ou même l’éducation et la redistribution des richesses. Il se joue dans notre esprit. Il se joue dans notre œil. Il se joue dans notre conscience. Car de notre manière de percevoir le monde que dépend notre action sur celui-ci et, par suite, le type de civilisation que nous construisons. Bien sûr, il faut un minimum d’adéquation entre la vision et le réel pour que cela fonctionne. Cependant tout décalage, si infime soit-il, entre le réel et notre représentation du réel finit par devenir un gouffre et ouvrir une béance. Nous imaginons alors qu’il faut lutter contre les dysfonctionnements sociaux, économiques et écologiques… alors que ceux ci sont des bénédictions. Ils nous montrent à corps et à cri que le modèle d’un homme-machine et d’une civilisation uniquement technologique et économique claudique quelque part. Ce déséquilibre risque de laisser un lourd héritage aux générations futures.

Et si le degré de civilisation se mesurait à la capacité des habitants d’une nation à vivre dans la joie ?

L’état d’humanité n’est pas donné à la naissance, c’est un état à conquérir : et si c’était cela l’idéal civilisé, aider l’enfant à accomplir sa condition d’homme ? Curieusement toutes les grandes civilisations, sauf la nôtre, ont produit un type humain spécifique : les Grecs ont créé l’orateur et le citoyen libre, les romains le guerrier et le sénateur, le Moyen-âge donna naissance à la chevalerie et même l’Angleterre victorienne produisit la figure du Lord. Qu’avons-nous à proposer comme accomplissement d’un type humain « idéal » au jugement de l’Histoire ? Un consommateur pollueur ? A moins que ce ne soient les figures du technicien, du savant et de l’expert ? Est-ce cela un idéal humain ?

Et si notre relation au monde n’était pas fondée sur la violence et le contrôle mais la confiance et l’accueil de l’incertitude ?

Et si… ?

Et si… ? Il est inutile voire dangereux de construire un nouvel idéal pour contrebalancer l’immense emprise de l’esprit de la machine sur la nature humaine. Car tout chercheur, qu’il soit spirituel, scientifique, artiste ou les trois ensembles, sait au moins une chose avec certitude : ce n’est jamais lui qui a raison, c’est la nature qui a toujours le dernier mot. En d’autres termes ce n’est pas une meilleure idéologie, une nouvelle religion, une société technique mieux raisonnée ou une révolution qui nous sortira de l’impasse où nous a conduit notre désir prométhéen de liberté.

Raisonner en termes de « solutions » est encore un souvenir du machinisme. On peut solutionner une panne, bricoler une adaptation, voire créer un nouvel outil. Mais tout cela s’appuierait sur le présupposé dont nous venons d’esquisser les désastreuses conséquences : l’homme est une mécanique et la civilisation se mesure à sa production.

Il n’y a pas de réponse.

S’il n’y a pas de réponse, il n’y a que des réponses.

La prise de conscience totale et sans illusions de notre situation présente ouvre d’immenses perspectives de liberté. La perception intime de nos conditionnements et l’acceptation sans réserve de notre incapacité à les changer… génère un immense fou rire qui fait voler éclat l’illusion du monde, l’illusion de nos représentations.

Alors quoi ? Alors rien.

Arrivé à ce point je ne puis user que de métaphores.

Chaque lumière de la ville participe à l’illumination de la cité et contribue au dessin d’un canevas dont elle ignore tout. Pourtant, sans elle, celui-ci serait incomplet.

Chaque étoile dans le ciel participe à une constellation, pourtant elle ne brûle que par elle-même et pour elle-même.

Héraclite, en son extraordinaire langage scientifico-poétique, l’avait déjà compris : « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». A quoi bon chercher à créer des îlots de stabilité au milieu du courant des choses passagères ? Cela n’aurait qu’une seule conséquence : freiner et perturber le mouvement incessant de la vie.

Quelqu’un écrivit un jour « le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison ». Serions-nous devenus fous ?

Et Maître Eckart : « la rose est sans ’pourquoi’ ». Oserons-nous devenir semblable à la rose en son immense beauté ?

Une autre image empruntée à la mythologie grecque pourrait voler à notre secours pour percer le mur de la raison. Nous sommes les enfants des Lumières et de Prométhée qui, en leurs incroyable générosité pour aider l’humanité, osèrent la transgression des dogmes et des croyances ancestrales pour apporter aux hommes quelques éclats de feu. Pourtant le Titan, symbole de notre civilisation, à refusé un cadeau des dieux, Pandore dont le nom signifie « tous les dons » (Pan doros). Ce cadeau est difficilement acceptable car il représente ce qui angoisse la civilisation prométhéenne au plus profond de ses représentations.

Pandore et ses attributs symboliques sont des évidences aussi difficiles à intégrer que nécessaires pour celui qui aspire, ne serait-ce qu’un peu, à un monde plus humain[1]. Ce sont :

-       La partie féminine de lui-même. L’impatience créatrice du Titan supporte mal les valeurs d’accueil, d’ouverture et de réceptivité propres au féminin. Prométhée féconde les hommes par sa flamme, il leur donne l’intelligence et la passion, la passion de l’intelligence pour les plus prométhéens d’entre eux, mais il ne sait pas se laisser féconder comme le ferait une femme.

-       L’art du tissage ensuite. Une tapisserie résulte de l’entrecroisement de deux fils, la trame horizontale et la chaîne verticale. Le symbole du tisserand évoque bien plus qu’un simple vêtement. Il est là pour révéler une image secrète. Destin, dessin et dessein s’entrelacent dans le monde imaginal. En termes plus contemporains, les ficelles verticales du tapis cosmique représentent les différents archétypes, les fils horizontaux les multiples niveaux de conscience possibles. Quand au morceau de laine qui serpente entre les deux, il représente la manière dont la personne – le tisserand – dirige sa vie. Les croisements sont le lieu d’un  événement produit par deux facteurs : la force d’un sens qui cherche à se faire reconnaître par la voie des symboles et la logique des forces physiques, historiques et sociales dont l’individu est la fine pointe. C’est pourquoi un « événement » se lira à la fois symboliquement … et logiquement car il doit obéir aux lois de sa nature matérielle. Le motif que révèle le tapis achevé représente la destinée accomplie de l’homme. Pandore, qui manie à merveille cet instrument, accomplit son destin : elle sait créer et représenter exactement la volonté de la Vie. Sa création révèle le rêve de Dieu. Elle rend l’invisible visible. Évidemment, Prométhée ignore le secret du tissage. Il ne crée pas pour manifester l’invisible Destin : il transgresse pour révéler ce qui est caché par dieux. L’art du tissage signe exactement le complémentaire symbolique de la création Prométhéenne. La tisseuse révèle et accomplit le Destin, le Prométhéen force celui-ci en affirmant sa totale liberté. Sa construction est sa signature, alors que l’étoffe tissée par Pandore est la signature de la Vie. L’homme devrait alors s’interroger pour déterminer si sa créativité est « Pandorienne » ou « Prométhéenne » : il devrait se demander s’il invente pour révéler la beauté du Monde ou pour se révéler lui-même au monde et en être connu.

-       Aphrodite répand le charme autour de la belle Pandore. Certes, une lecture superficielle nous apprend que la demoiselle est charmante, douée d’une beauté sans pareil grâce à la protection de la déesse de l’amour. Mais le mythe nous a habitué à plus de sagacité. Le « charme » désigne aussi le pouvoir ensorcelant de la magicienne. Un savoir à la fois irrationnel et opératif, un savoir analogique fondé sur des liens de sympathie qui assemblent entre eux, au-delà de toute rationalité logique, les différentes parties de l’univers. La science contemporaine a redécouvert cela avec l’interdépendance quantique des particules élémentaires. Une fois encore les qualités de Pandore sont à mille lieues de la nature de Prométhée, le logicien de l’ultime qui ne jure que par la clarté des concepts. Pour lui le charme est ensorcellement, quand il n’est pas pure fadaise à reléguer au rang des illusions. Ce savoir « magique » manié par les sorciers et les sourciers, par les astrologues et les tireuses de cartes, par les méditants et les rêveurs, chacun selon son degré de sensibilité, est une action engendrée à partir de la mystérieuse tapisserie du Destin dont même les dieux ignorent le motif général. Chaque homme est un minuscule point de couleur sur cette Toile Inconnue, chaque dieu y est représenté par un territoire plus ou moins vaste. En tissant, Pandore voit peu à peu se dessiner le dessein de la Vie ; en charmant elle active les liens de sympathie qui unissent les différents acteurs de l’univers, sans jamais s’en séparer. Prométhée ne tisse ni ne charme. L’art du tissage rappelle au Titan qu’une action purement intelligente est insuffisante pour apporter le bonheur à l’humanité. Il lui manque la vision globale du Plan formé par la chaîne et la trame du Cosmos, la conscience de ce qui devrait s’accomplir pour que cette humanité-là évolue dans le sens rendu probable par la biosphère et souhaité par l’Esprit. Le mystère des charmes apprend au prométhéen que l’intuition logique et le maniement du paradoxe ne sont pas les seuls modes explicatifs du réel, mais qu’il existe une autre rationalité qui maintient le monde dans une trame serrée de liens « sympathiques », au sens de la physique du Moyen Age. Cette connaissance sensible, féminine, provient du cœur, d’Aphrodite, de la déesse de la beauté et de l’amour.

-       Les Grâces ornent le cou de Pandore de colliers d’or. Les Grâces sont les divinités de la beauté. La gorge désigne le lieu d’où la parole sort de l’ombre, aussi le collier marque-t-il la dimension créatrice de Pandore. Une créativité solaire, royale, lucide (l’or) autour de la question de la beauté (les Grâces). Une création porteuse de joie et d’enthousiasme. Une fois encore Pandore intervient en contrepoint de Prométhée, le savoir joyeux de la dame équilibre l’enthousiasme froid[2] du Titan.

Ainsi Pandore apporte avec elle tous les dons : l’acceptation de se laisser féconder par l’Esprit, la sensibilité féminine, le sens de la totalité, l’intuition du destin, une création joyeuse en harmonie avec la nature et une parole pédagogique. Par sa présence elle rappelle que le mot grec « cosmos » signifie aussi « beauté » et pas seulement « ordre ».

Accepter Pandore c’est déjà, simplement, accepter un cadeau. Le Prométhéen vole le feu de la connaissance et le donne aux hommes. Mais grande est sa difficulté à recevoir quelque chose ou quelqu’un qui pourrait le féconder.

Accepter Pandore c’est laisser s’éveiller sa dimension féminine, le sens du multiple, du renouvellement et de l’impermanence spontanée de toutes choses. C’est sentir que le présent est un cadeau, un présent sans cesse renouvelé.

Accepter Pandore c’est accepter humblement que derrière toute théorie, si éclairante soit-elle, les fils d’un mystérieux Destin tissent la toile d’un devenir qui dépasse de très loin la signature de la personne, fut-elle le génie des génies.

Accepter Pandore c’est reconnaître la composante « magique » de l’univers.

Accepter Pandore c’est s’ouvrir à la beauté autant qu’à l’ingéniosité. Platon et ses disciples subodoraient déjà que de la beauté n’émanait pas seulement la séduction mais aussi la Vérité.

Et si notre monde Prométhéen osait, sur doigt tendu de Pandore, enfiler une Nouvelle Alliance ?

[1] Prométhée, la sublime irrévérence (édition de Janus)

[2] Nous n’avons pas trouvé d’autre expression pour désigner la passion intellectuelle du Prométhéen qui se laisse facilement entraîner dans un discours enflammé au risque de perdre les liens sensibles qui l’unissent à ses compagnons et à la Nature. Ces liens, il devra un jour les retrouver, fut-ce contraint et forcé comme le rappelle l’épisode de l’enchaînement au Rocher suivi du déluge climatique.