Pourquoi réenchanter le monde ?

A vrai dire nul ne réenchante le monde, il s’agit seulement d’une question de regard. L’œil utilitariste rend la nature utile, la vision poétique la rend belle et lumineuse. Aujourd’hui, il ne suffit plus d’améliorer notre savoir technique, il nous faut aussi découvrir un ordre sensé du monde et notre place dans celui-ci. Tel était déjà le programme de Descartes. Un projet dont seul le premier pas est en voie d’accomplissement, et avec quel brio ! Il faudrait aujourd’hui compléter cet immense succès qui nous conduit droit vers des déséquilibres psychologiques et planétaires mortels par un « Traité de la Mythode », une jolie expression que nous empruntons à Gilbert Durand. C’est-à-dire explorer le monde imaginal, cette réalité invisible qui est comme la racine céleste des choses visibles. En ces espaces inconnus fleurissent les mythes ; les légendes ; les sources d’inspirations des créateurs, des inventeurs et des mystiques ; les esprits des plantes ; les ondines et l’âme du Monde. Cet univers, que toutes les cultures, à l’exception notable de la notre, ont exploré à le pouvoir, pour celui qui le contacte, de susciter de la joie et de le transformer profondément. C’est à cette exploration que nous souhaitons consacrer ce site, sur la base de nos travaux en symbolisme, mais aussi en consacrant des espaces aux différentes initiatives qui « réenchantent le monde », que ce soit dans les arts, la politique, la littérature, l’économie, le développement intérieur ou la science.

Lingam.logo

réenchanter le monde

 

Qu’est-ce qu’un symbole ? 

C’est un langage. Grâce à lui nos rêves nous parlent, la nature s’exprime, l’univers murmure. Le lecture symbolique est un formidable moyen pour entrer en contact avec les autres mondes, avec ces "énergies signifiantes" qui organisent notre vie quotidienne au moins autant que les forces mécaniques. La racine grecque sumbolon signifie « rassembler » et désigne un « objet de reconnaissance ». Le symbole est un pont entre le visible et l’invisible. Une fleur, une situation, un événement, un style de vêtement, une couleur, un mot, une lettre, un son, une parole, un geste, un rêve… tout est symbole pour celui qui sait voir ce qui transparaît derrière ce qui paraît. Pour l’esprit mécanique ces choses précédemment citées sont logiques et de l’ordre du démontrable. Pour le symboliste ces même choses existent afin de montrer quelque chose, car l’univers n’est pas seulement une immense horloge, c’est aussi un éternel dialogue où s’échangent en permanence des flux d’informations palpitantes.

Si vous vous inscrivez à la newsletter vous recevrez automatiquement, environ une fois par mois,  la mise à jour des derniers articles de ce blog ainsi que le calendrier de nos activités.

Documents liés

La voie symbolique

Causalisme et/ou symbolisme : un débat fondamental (1)

Causalisme et/ou symbolisme : un débat fondamental (2)

Symbole et modernité

De « la Méthode » vers « la Mythode » ?

Décoloniser l’imaginaire

La force du symbolique

L’homme réunifié

 

 

Gémeaux

Les Gémeaux

Curieux de tout, aspirant à tout voir, à tout faire, la personnalité Gémeaux se disperse très souvent dans des activités multiples.

Cela pourrait ressembler à un lâcher de petits ballons multicolores par une brise légère, à un feu d'artifice réalisé dans l'intimité d'un cercle d'amis. Ainsi, la curiosité des Gémeaux est-elle insouciance, légèreté, papillonnage, très différente de celle du Bélier qui va droit au but. Les jumeaux du zodiaque procèdent par petites touches, un pas à droite, un pas à gauche, un détour par-ci, un détour par-là, jusqu'à ce qu'ils arrivent à leurs fins. L'être transforme sa vie en une aventure au quotidien, il va à la découverte de son milieu physique, émotionnel et intellectuel en testant les différentes possibilités, mais aussi les limites essay writer is easier than never. Contrairement au Sagittaire - signe opposé - il se sent peu attiré par le monde lointain des idées philosophiques et de l'exotisme culturel. Il a besoin de comprendre le kaléidoscope du réel qui affleure dans "l'ici et maintenant". Chaque événement, même le plus insignifiant, suscite en lui une avalanche de questions entraînant avec elles une kyrielle de réponses possibles. L'être s'ingénie à suivre les mille chemins du monde où il vit, en croyant naïvement qu'il suffit d'en démonter le mécanisme pour le connaître. Aussi ne cesse-t-il de faire des découvertes extraordinaires... pour lui seul, tel l'enfant émerveillé portant son regard pour la première fois sur une fleur.

gemeaux

Sa joie consiste à découvrir des choses auxquelles il n'avait encore jamais pensées. Il imagine des scénarii à partir d'idées éparses prises ça et là. Le cheminement de ses processus mentaux n'est évident que pour lui seul, il est l'inventeur des associations d'idées, le sportif émérite du neurone... Cependant, son mental s'appuie sur le sens des réalités tangibles développées dans le signe du Taureau. Les idées qu'il manipule le concernent directement, il se réfère aux expériences de sa vie quotidienne, s'occupe de ses problèmes, élabore des cadres de références conceptuels personnels. Il tisse ainsi la toile de ses idées et l'attache solidement au rocher de l'expérience afin que la personnalité, encore potentielle, puisse s'épanouir en un lieu sûr. Aussi n'est-il pas surprenant de constater que les mots sont aux Gémeaux ce que les objets sont au Taureau : un outil de valorisation de soi, un moyen de s'étendre, et devenir plus que lui-même. Dans la langue des oiseaux, le NOM s'oppose au MON, tout comme le Gémeaux polarise et inverse l'énergie du Taureau. Pour lui, le langage est un jeu, il s'amuse à assembler les mots pour jouir de leurs consonances rares ou originales. Or nommer une chose c'est la connaître, la définir dans notre conscience. De cette façon, nous pouvons l'objectiver, la mettre dans une catégorie connue et ainsi court-circuiter les valeurs archétypales inconscientes auxquelles elle se rattache. Elle ne suscite plus la peur. C'est le poète piégeant l'imaginaire et le fantasque dans le filet des mots afin de transformer l'univers hostile et mystérieux de sa psyché en un lieu connu et familier. Les Gémeaux, par le jeu des mots et le jeu de mots, apprivoisent leur environnement. Par-delà cette curiosité qui les caractérise si bien, il y a un profond désir de se protéger de l'emprise de l'objet et de la sensation telle qu'elle fut expérimentée en Taureau. L'individu comprend peu ses sentiments profonds, il intercale le verbe entre lui et l'intimité qu'il n'ose établir avec lui-même ou avec l'autre : "je sais qui tu es, comment tu t'appelles, je suis donc différent de toi, je peux t'objectiver, mettre une barrière entre ma nature encore incertaine et ta présence".

La personne sensibilisée aux énergies Gémeaux apparaît comme une éternelle adolescente, l'esprit toujours en alerte, accompagné d'une pointe de naïveté. Elle se regarde agir, s'observe, dialogue avec elle-même, se raconte des histoires drôles. Lequel de ses nombreux moi est-elle vraiment ? Grossièrement, il existe deux types de Gémeaux, selon que le thème indique une dominante extravertie ou introvertie. Dans le premier cas, l'être accentue le côté mental de sa personnalité. Il peut afficher un certain cynisme, une ironie mordante, de telle sorte qu'il ferait un parfait pamphlétaire, à moins qu'il n'apparaisse sous les traits d'un petit lutin, l'œil pétillant de malice, amoureux des farces et des calembours. Les Gémeaux introvertis sont aux prises avec une sensibilité à fleur de peau : on ose à peine l'effleurer de peur de la blesser. Il traverse parfois des périodes de morosité sans bien savoir pourquoi. En effet quelque soit la dominante du thème, un des problèmes-clés de ce signe est de reconnaître les sentiments et les émotions qui l'habitent. Il peut se sentir complètement paralysé lorsqu'il se trouve contraint à exprimer directement son affectivité. Il s'en tire généralement par une pirouette intellectuelle, à moins que ce ne soit par une remarque tranchante qui coupe court à toute discussion. C'est peut-être le signe du zodiaque le moins porté à l'introspection émotionnelle. Cependant, il sent intuitivement que, au-delà de celle-ci, existe un lieu de lumière pure débarrassée des ombres de ce qu'il nomme parfois la "sensiblerie" humaine.

Gémeaux:Photo

Il possède une remarquable faculté d'adaptation et établit facilement des contacts avec tout le monde. Sa vivacité d'esprit le rend apte à saisir instantanément la teneur du discours de l'autre et à y répondre du tac au tac. Une telle facilité de compréhension conduit quelquefois la personnalité à s'intéresser à une multitude de sujets sans jamais rien approfondir. Trop confiante en ses facultés intellectuelles, elle ne peut se concentrer longtemps sur un problème sans en éprouver de l'ennui. La diversité, les expériences multiples et toujours renouvelées sont une condition sine qua non à sa joie de vivre. Un des mots-clés de ce signe pourrait être "instabilité". Contrôlée, elle est la garantie d'une riche moisson d'expériences ; non contrôlée, elle est la source d'un papillonnage pouvant aboutir à un sentiment de fragmentation de la personnalité et par suite, à un épuisement nerveux.

La personnalité s'étend grâce au nombre de ses relations. En d'autres termes, la sensation intime de son importance est proportionnelle à la densité et à l'étendue du réseau de connaissances dont il est le centre. Très souvent, il parle plus qu'il n'écoute, et n'a que faire des projets sociaux et des théories intellectuelles qui n'ont aucune incidence sur sa vie. Il se meut dans la bulle de son environnement, plus ou moins large selon le niveau du vécu, en explore toutes les circonvolutions, en démonte tous les mécanismes, note, classifie, ordonne selon ses concepts personnels, expérimente... Puis, saturé de vagabondages, il daigne tourner son regard - et non son cerveau ! - à l'intérieur de lui-même. Il réalise alors que sa motivation la plus inavouée est la recherche de l'âme-sœur qui abolira la dualité qui le partage et le disperse sans cesse.

Il devient alors de plus en plus conscient qu'il en est du savoir comme de l'énergie électrique ou de l'énergie nerveuse : on ne peut le stocker ! Afin de conserver ses découvertes, il peut être tenté d'écrire. Il consignera dans un journal ses expériences personnelles ainsi que toute association d'idée nouvelle. Cela est également pour lui un bon moyen d'acquérir une plus grande stabilité. Ce monde intellectuel, tout frémissant de l'instant présent, commence ainsi à s'inscrire dans la durée. Mais si les paroles sont éphémères, les écrits se vident par perte du sens. On peut stocker des signes, mais pas la signification dont ils sont porteurs. C'est ainsi que le troisième signe achève la mission dont il est investi en préparant le terrain à l'étape suivante : le Cancer. Après avoir découvert la multiplicité du réel, rayonné et raisonné en son sein, tenté de le fixer en un éternel présent, la personnalité Gémeaux qui a usé de tous les possibles, aspire maintenant à une tâche nouvelle : approfondir et laisser mûrir cette riche moisson sur la base d'une union conjugale exclusive.

Vidéo sur les Gémeaux

Taureau

Le Taureau

Ce signe se manifeste ici sur un mode de sensorialité pré-rationnelle. L'être perçoit le monde par le flair, d'une façon très physique, bien plus que par la raison. L'individu "sent" instinctivement ce dont il a besoin sans se donner la peine d'analyser les situations : il possède un "bon sens" naturel très sûr. L'élan du Bélier devient enracinement, la spontanéité se mue en puissance. Les ardentes flammèches de l'origine perdent leur liberté d'expression en entrant dans la substance. En d'autres termes, l'être acquiert une secondarité de réaction. Il s'efforce de réaliser ses objectifs de façon aussi parfaite que possible, d'où un certain nombre d'hésitations avant de se lancer dans un projet examples on stem cell research help. Il peut également vérifier et re-vérifier longuement et avec minutie le travail déjà réalisé afin de se rassurer sur sa qualité.

taureau

L' être réceptif aux inergies "Taureau" juge choses et gens en fonction de la sensation de bien-être qu'ils lui procurent. En conséquence, la personnalité de ce type doit lutter contre une certaine inertie, contre une tendance naturelle à se laisser vivre dans un égoïsme confortable. Ce signe de terre attache de l'importance aux valeurs concrètes, il éprouve une nécessité profonde de s'enraciner dans le réel afin de trouver stabilité et nourriture. Point d'envolées philosophiques ni de problèmes métaphysiques : ce qui est est. La personnalité aime, par exemple, se sentir bien dans ses meubles (généralement robustes et rustiques) ou se promener sur ses terres, riches et cultivables. L'inergie Bélier, toujours présente, est simplement recouverte d'un manteau qui la canalise en vue de la réalisation d'un but utile. En effet, ce signe attache beaucoup d'importance à la grandeur du labeur, au travail bien fait. Les préoccupations peuvent être "organiques" et, par exemple, induire chez la personne un intérêt prononcé pour la nature et les problèmes écologiques, ou encore un goût particulier pour les plaisirs de la table et les nourritures simples. Si le but est social, l'être coopère avec d'autres, il démontre une grande capacité de travail, une patience à toute épreuve, il fait preuve d'endurance, de résistance physique et psychique, mais aussi d'entêtement et d'obstination si des obstacles se dressent devant lui. Lorsque le soleil franchit les premiers degrés de ce signe, le feu du Bélier n'est pas encore totalement apprivoisé, il "couve sous la braise" et éclate quelquefois en de violentes colères. La personnalité, mue par de puissantes passions, est capable de remettre en cause, sur un coup de tête, des résultats patiemment acquis.

L'être chez qui les inergies Taureau prédominent a besoin de se sentir propriétaire pour se sentir être, il découvre son identité à travers ce qu'il possède. L'étendue de sa personnalité est à la mesure de celle de ses biens... des biens dont il lui faut palper la réalité concrète ! Souvent son sentiment de sécurité est tellement identifié à ses possessions qu'il éprouve beaucoup de difficultés à accepter le moindre changement. A l'extrême, il proclame : "j'ai toujours été comme cela, je ne changerai jamais". Il se sent blessé dans sa propre chair si quiconque entreprend de toucher à ses acquis. Le besoin de posséder représente une expérience indispensable à la construction de sa personnalité.

Taureau

Le trait de son tempérament le plus caractéristique est une forme de respect inconditionnel de la vie et de la nature qui peut le conduire au don de l'amour universel. L'être "sait" instinctivement que la matière est "grosse" de la vie. Au niveau individuel, il œuvre patiemment pour révéler au monde le secret intime de l'objet : la beauté. Puis, plus tard, il le percevra comme le manteau radieux de la Divinité.

L'inergie sexuelle et la possessivité sont deux qualités-clés de ce signe. Toutes deux trouvent leur résolution dans le signe opposé, le Scorpion. Au niveau socio-culturel, la sexualité a un but utile, procréateur, celui de la venue au monde d'un enfant afin que puisse se construire dans le Cancer, un foyer : elle est instinct de reproduction. Au niveau individuel, elle représente une inergie capable de mettre en contact le "petit soi" avec le Soi : elle relie la personnalité à l'âme. Au niveau spirituel, elle devient pouvoir créateur. L'artiste du Taureau est avant tout un sensitif qui perçoit au plus profond de sa chair l'harmonie et la beauté. Ses domaines de prédilection peuvent être la poterie ou la peinture... et plus généralement toutes les disciplines liées au sens du toucher, représentatives de la plasticité de l'objet. Les œuvres d'art ne sont pas forcément réalistes, mais elles expriment toujours la puissance et la densité du réel. Ainsi, l'artiste de la Balance sera plus sensible à l'harmonie des couleurs alors que le Taureau vibre à l'unisson d'un bleu ou d'un vert particuliers.

La personnalité se construit et s'affirme progressivement au fil des rondes zodiacales. A l'étape Taureau, elle va tout d'abord à la découverte de la matière, de son corps et de ses besoins biologiques. Elle expérimente toutes les sensations que procure la jouissance de la matière. Puis, socialement, elle se construit une identité en développant un statut de propriétaire. Au niveau individuel, la personnalité réalise que si la possession fût une aide, elle est à présent l'entrave. De profonds bouleversements s'annoncent. Le Taureau devient alors le signe de la mort de la forme afin que le désir puisse céder une place croissante à l'aspiration. Essayons de définir le sens attribué à ces termes :

Le désir est l'attrait de la personnalité pour le monde extérieur "objectif". Dans le Bélier, c'est le désir pour le désir. Dans le Taureau, c'est le désir pour la satisfaction du désir. L'aspiration se manifeste lorsque la personnalité tourne son regard vers l'intérieur, vers la "vie", ou vers l'âme qui incorpore sa matière. Dans ce cas, elle acquiert une puissante volonté capable de renverser les montagnes. Cependant, celle-ci peut être mise au service de l'ego : il s'ensuit alors des personnalités qui bouleversent tout sur leur passage, hommes-bulldozer aux idées bien arrêtées. Il est particulièrement difficile de leur en faire changer, pour le meilleur comme pour le pire, car ils se sentent guidés par une profonde conviction intérieure et un besoin inconscient de domination, de modeler l'univers selon leurs désirs. Positivement, la formidable inergie taureau, précédemment orientée vers la recherche d'un bien-être organique, est maintenant utilisée consciemment pour concrétiser les idées-semences du Bélier. Tel fut le cas de Karl Marx, avec le Soleil, la Lune et Vénus dans le Taureau, l'ascendant est en Verseau.

Lorsque l'individu n'est pas occupé à remodeler la matière mentale, émotionnelle ou physique de son environnement, il s'oriente tout entier dans un effort de fusion avec le Soi. Citons Pierre Teilhard de Chardin et Jean Marie Vianney (curé d'Ars) qui ont respectivement six et quatre planètes dans le signe du Taureau. Nous observons alors un effort de spiritualisation de la substance. En effet, Teilhard de Chardin considère que la matière couve une puissance spirituelle. Par une ascèse de détachement, il parvint à déchiffrer en filigrane, à travers le cosmos, la figure divine du Christ. Si l'on accorde quelque crédit à la tradition spirituelle de l'humanité, il semble que Bouddha reçut l'illumination à la suite d'une pleine lune de mai. Or, le Bouddhisme est essentiellement une philosophie qui éveille l'être à la façon de réorienter le désir et d'éliminer la souffrance. Sa profonde sagesse sur la nature et l'impermanence du réel conduit au détachement et à la découverte d'un centre de conscience indépendant. Ainsi, les valeurs du Taureau (permanence de la substance, beauté, richesse...) sont relativisées. La personnalité ne s'y identifie plus. En d'autres termes, Bouddha indiqua, six siècles avant notre ère, comment réaliser ce changement de centre de conscience, de quelle façon transmuer le désir en aspiration. Quoi qu'il en soit, que l'option choisie soit une transformation des valeurs matérielles (Marx) ou un détachement de celles-ci (Bouddhisme) le sujet de préoccupation de l'être reste le même.

Vidéo sur le Taureau

Le Bélier

 

Le Bélier

"Désir" est ici le mot-clé. Non pas le désir du Taureau , qui est volonté de posséder et de conserver, mais le désir de désirer. Peu importent le but ou les résultats de l'initiative, l'important est de se sentir porté, soulevé, enivré par l'expérience même de l'impulsion qui passe à travers soi : l'être se donne tout entier à la jouissance de la vie qui le traverse. L'action, la vitesse, le sport, ne sont que des moyens par lesquels il expulse le trop plein d'inergie qui bouillonne en lui. Rien n'épuise plus le Bélier que le repos. Ce signe est celui des multiples recommencements : que le désir soit satisfait ou abandonné pour cause d'inaccessibilité immédiate, l'activité s'exprime en dents de scie. Tantôt enthousiasme et passion sont les mots-clés de son existence ; tantôt il recule, las de devoir toujours aller de l'avant et tout à coup incertain de ses propres motivations. Cette attitude de "moi d'abord", ponctuée de périodes de doutes, apparaît paper format includes introduction, results, vue de l'extérieur, comme de l'égoïsme, mais il s'agit d'un égoïsme inconscient, l'être étant tout entier plongé dans la subjectivité. Les trois signes de Feu présentent ce caractère individualiste : Le Bélier est mû par un "égoïsme sacré".

belier

Il pressent au fond de lui-même qu'avant de tenir compte des autres il doit construire sa personnalité - coûte que coûte. C'est un égoïsme par excès d'inergie. Le Lion manifeste un égoïsme de type "moi-je". Persuadé de l'unicité de sa personnalité, il s'affirme. Il s'agit d'un excès de conscience de sa propre valeur. L'égoïsme du Sagittaire est plus subtil. Il tend à enfermer les autres dans une vision du monde qu'il démontre de façon implacable. Il comprend ses compagnons, mais peut combattre leurs idées avec la plus grande intolérance. Porté par les ailes du désir, le Bélier se construit une personnalité. Il cherche sa voie en exagérant son indépendance et ses revendications. Ses paroles sont franches et directes, quelques fois involontairement blessantes car il en mesure mal la portée. Peu enclin à la diplomatie, il a tendance à dire ce qu'il pense, peu importe si on le lui demande ou non. Il apporte avec lui la fraîcheur de la spontanéité, la puissance de l'authenticité. Mais aussi l'étincelle qui embrase les situations délicates. Au fond de lui-même le Bélier ne sait pas très bien qui il est, d'autant plus qu'il ne prend que rarement le temps de s'arrêter pour regarder vers l'intérieur. Cette situation est symbolisée par les deux hyperboles du glyphe : l'une se dirige vers la gauche, en direction des Poissons ; la seconde, orientée vers la droite, indique la recherche perpétuelle de nouveaux possibles. Dans le premier cas l'être ressent confusément une attirance vers le passé, un désir inconscient de se réfugier dans la sécurité d'une famille ou d'un groupe qui rayonne chaleur et protection. Au fond de lui-même le Bélier sait intuitivement que sa quête effrénée d'aventures est la meilleure façon de se protéger de son passé. L'inactivité signifierait pour lui un retour dans les brumes de la confusion émotionnelle. Au pire, il peut développer certaines qualités de médiumnité ou imiter inconsciemment les comportements de son compagnon ou de sa compagne dans une recherche désespérée d'identité. Tout cela signe une réceptivité non contrôlée à l'inconscient collectif symbolisé par les Poissons. Dans ce cas, dans l'intimité de son cœur, l'être mû par des inergies Bélier sait que ses exigences d'indépendance - et d'égalité avec les hommes s'il s'agit d'une femme - sont incertaines et fragiles. Sa plus grande angoisse est d'être dévoré par un passé auquel il échappe en se jetant dans de nouvelles passions et dans de nouvelles revendications. Le Bélier a constamment besoin d'être rassuré et soutenu de l'extérieur, tout en voulant croire de toutes ses forces à l'illusion de son indépendance. Il recherche un personnage idéal auquel il puisse s'identifier, qui puisse lui donner une raison de vivre. S'il se sent épaulé il est capable de toutes les audaces, dans le cas contraire il hésite entre la nostalgie et l'aventure, le romantisme et la passion, la sécurité prison et l'incertitude de la liberté. Puis, devenu conscient de sa puissance, l'être commence à créer et à entreprendre, il se lance dans les affaires, s'investit dans une association, ou devient le chevalier d'une noble cause, selon le contexte thématique. Dans tous les cas il aspire à une réussite qui le mènera loin du contexte traditionnel de sa jeunesse. S'il adopte les modes de vie imposés par la collectivité, c'est que ceux-ci représentent une commodité pour arriver à ses fins. Mais il est très capable d'une subite volte-face et de brûler ce qu'il a jadis adoré.

Bélier

Rien ne l'empêche de défendre avec acharnement et conviction un idéal pendant une partie de sa vie, cependant si celui-ci ne répond plus à son attente il peut le laisser choir et s'engager tout aussi passionnément dans une autre aventure. A présent le désir n'est plus une sollicitation confuse du monde extérieur mais une aspiration à se réaliser en tant que personne. L'individu cherche à incorporer en lui les qualités de l'Homme Idéal qu'il admire chez d'autres. Ces êtres sont constamment dans le feu ; partout où ils vont ils apportent purification et inergie, stimulent leur environnement, lancent spontanément des idées, initiatrices de nouvelles aventures. L'aventure - physique, émotionnelle, ou mentale - devient son leitmotiv car, par ce moyen, il sent l'inergie vivifiante de l'Univers couler en lui. La tradition associe à chaque signe du zodiaque une partie du corps : la tête pour le Bélier. Cela signifie que l'inergie du signe se focalise particulièrement dans et par ce lieu, ainsi que la fonction qu'il symbolise. A un niveau superficiel on lira qu'il est sujet aux accidents à la tête (coups, rupture d'aponévrose, éventuellement forceps à la naissance) en raison de la tension à laquelle celle-ci est soumise. A un second niveau, la tension n'est plus extérieure mais intérieure. La tête est le berceau des idées, là où naissent les pensées semences. Devenu conscient de l'inergie du signe sur le plan physique (vitalité, capacité de passer à l'action) et sur le plan émotionnel (diriger le désir vers un but), il lui reste à l'apprivoiser sur le plan mental. Ce sont les fameuses cavales mangeuses d'hommes du mythe d'Hercule. Les pensées non contrôlées dispersent l'inergie de l'être, éparpillent son sentiment d'intégrité. A cette phase de son développement il devrait apprendre à cultiver le silence et se rappeler sans cesse cette remarque de William Thackeray : "Sème une pensée, tu récolteras une action ; sème une action, tu récolteras une habitude ; sème une habitude et tu récolteras un caractère ; sème un caractère et tu récolteras une destinée." Le contrôle conscient du mental ouvre la porte du royaume spirituel, l'être entre alors en contact avec l'inergie pure du signe qui est Vie et Amour se manifestant au moyen de l'Idée. Chaque pensée-semence apporte avec elle la puissance d'impact nécessaire à sa croissance et l'amour nécessaire à son intégration dans le monde. Le processus-clé est ici celui de la Résurrection. Dans la nature le Feu du Bélier éveille et stimule l'Étincelle de Vie de chaque forme et la pousse à progresser. Du point de vue spirituel il s'agit peut-être du signe de plus grande liberté - et de plus grande incertitude ! C'est le moment où l'appel de l'âme au renouveau de la personnalité est le plus pressant. La pression exercée sur cette dernière est si intense qu'elle se sent littéralement contrainte par la toute puissance du désir divin. Du point de vue de l'âme, l'équinoxe de printemps est la période du cycle annuel qui lui offre la plus grande liberté, le moment où elle peut potentiellement insuffler une nouvelle étincelle de vie au sein de l'être en incarnation.

Vidéo sur le signe du Bélier

L’entreprise icarienne

L'entreprise, se sont avant tout des individus. Or l'individu est à la fois un être rationnel et un être symbolique. Quelque soient ses objectifs les deux voies sont toujours indissociables et intimement mélangées. Si je désire une voiture c'est à la fois pour des raisons rationnelles (me déplacer) et symboliques : la voiture est aussi l'expression de ma propre valeur, de ma réussite, une manière d'afficher l'image ma personnalité. La voiture doit donc être à la fois efficace, rapide, économique et esthétique, puissante, confortable.

Nos sociétés occidentales ont développé depuis trois siècles des outils physico-mathématiques extrêmement performant pour maîtriser et appliquer les lois du monde physique régi par la rationalité. D'où notre extraordinaire savoir-faire en termes d'infrastructures, de ponts, de téléphones, de voitures, de cartes à puces, de grattes ciel et autres merveilles technologiques.

Il  nous manque encore la connaissance des lois du monde symbolique pour prendre en charge et déployer l'aspect esthétique, l'aspiration à la beauté et au sens, de la nature humaine. Une entreprise qui saurait répondre à ces aspirations, loin d'être défavorisée dans la course à la compétitivité, serait immédiatement reconnue comme nouvelle et, répondant aux besoins du plus grand nombre, fructifierait en dehors du système actuel. Un système devenu mécanique et robotisé à force de rationalité.

Nous vivons dans un univers économique extrêmement efficace qui a éradiqué les famines et les épidémies, qui donne à certains beaucoup plus que leurs besoins. Mais nul ne sait où va ce système, beaucoup ont l'impression d'être l'otage d'une machine soudain emballée qui roule pour elle seule.

Aveuglément. Elle distribue richesse et facilités à tous ceux qui ont su ou pu se placer au bon endroit au bon moment comme le suggère la spéculation boursière. A tel point que la question n'est plus de savoir s'il faut ou non aller vers la mondialisation de l'économie : c'est un fait qui est en marche, que nous le voulions ou non, imposé par l'histoire et ses aléas.

La question serait plutôt de savoir de quelle mondialisation nous voulons, et quel sens nous voulons lui donner. Il faudra peut-être un jour inverser les priorités : le sens devrait gouverner l'économie. Aujourd'hui c'est la richesse économique, individuelle et collective, qui donne sens à nos vies et à nos efforts.

L'entreprise icarienne, c'est une entreprise qui se construit des ailes pour échapper au labyrinthe infernal des chemins de traverse ne conduisant nulle part, pour s'évader de ces itinéraires touffus, semblables aux circuits financiers, semblables aux parcours des marchandises sur le globe, semblables à la multiplicité des "idées" et des "conseils" qui, sous couvert de nouveauté, promettent des ersatz d'autoroute pour sortir de la complexité.

L'entreprise icarienne, c'est aussi une entreprise qui ne se brûle pas les ailes au soleil de midi, car elle connaît son rôle et son sens au sein du plus grand tout où elle produit et dont elle dépend. Evitant ainsi de se croire à l'image Dieu (ou de la vérité, ou de la pensée dominante, ou le héraut d'un système idéologique) elle évite la chute. Une banque prête et reçoit des capitaux : pour qui ? pour faire quoi ? quelle image de la société défend-t-elle inconsciemment (ou non) ? Bref! avant de se servir, à quoi sert-elle ? La NEF est un bon exemple de banque qui annonce aux épargnant à quoi sert leur argent. Un producteur d'électricité doit, certes, fournir la population en énergie. Est-ce suffisant ? Que signifie "alimenter le corps social en énergie ?". L'industrie nucléaire, par exemple, ne devrait-elle pas se pencher sur la teneur symbolique du mythe de Faust pour comprendre son identité, les peurs irrationnelles qu'elle soulève, les réels dangers qu'elle fait encourir à l'humanité et enfin les conditions pour ne pas être broyée par son aventure faustienne ? Le développement de la métaphore du fonctionnement du corps humain avec le cœur (biologique / nucléaire) qui pulse la force vitale (sanguine / électrique) vers toutes les cellules du corps (physique / social) n'enrichirait-elle pas AREVA en lui fournissant de nouvelles valeurs sur la manière de concevoir son travail ?

L'entreprise icarienne c'est une entreprise qui connaît et honore son identité et sa mission. celles-ci conditionnant et soutenant sa notoriété et ses productions. Un marchand de salades qui sortirait de la "logique financière"- plus expressément de la folle spirale concurrentielle qui anime notre société - pourrait-il encore vendre des produits emplis de pesticides, d'engrais chimiques, d'insecticides et autres poisons violents ? Combien de paysans ont leur jardin "bio" pour leur consommation personnelle à côté de leurs champs "industriels" dont les produits sont réservés à la vente ?

Une entreprise icarienne, contrairement à une entreprise libérale, ne vit pas sur un seul niveau de réalité car elle comprend que, créée par et pour des hommes, elle se doit de résonner avec la nature humaine dans sa globalité, une nature physique mais aussi émotionnelle, mentale, spirituelle....

Une entreprise icarienne, contrairement à une entreprise libérale, ne s'échine pas à parcourir le plus rapidement possible les chemins complexes de la concurrence pour monter sur la plus haute marche du podium du profit. Ayant réalisé sa note, étant fermement en accord - au sens musical - avec l'idée directrice qui l'anime, elle comprend l'importance de la coopération pour accomplir ensemble une mondialisation non concurrentielle.

Une mondialisation qui serait comme une symphonie où chaque entreprise aurait sa partition à jouer, mais où aucune ne répéterait indéfiniment le même morceau en laissant croire au public hypnotisé qu'il s'agit là du véritable chant de la Terre! Nous parlons par images, mais comment faire autrement ? La vision précède toujours la réalisation. Dire ou tenter de dire d'une manière non métaphorique ce que devrait être la mondialisation serait une gageure car, ici comme ailleurs, l'avenir se construit par épigénèse.

La forme de la civilisation mondiale dans cinquante ans est à peu près imprévisible. Mais ce qui est prévisible, ce qui est laissé à notre volonté, c'est le filum de sens sur lequel l'humanité va s'accorder - toujours au sens musical ! - pour réaliser l'unité planétaire. Si ce mythe est darwinien alors les cinquante prochaines années seront marquées par la victoire des tenants de la lutte pour la vie, de la concurrence, du non sens généralisé érigé en justification d'un pouvoir sans limites des uns sur les autres.

Peu importe à vrai dire de qui sur qui. Si le mythe est icarien et orphique, s'il inclue la multidimensionnelle de l'être humain, s'il reconnaît la complémentarité des savoirs technologique et symboliques - de la science et du sens -, alors les cinquante prochaines années seront telles. Tout cela ne dépend pas de notre savoir-faire, de nos prouesses technologiques, d'une invention nouvelle, mais de quelque chose de beaucoup plus simple à la portée de chacun : du regard que nous portons sur le réel.

Le filet d’Héphaïstos et Pygmalion, considérations astrologiques

Dans un précédent article nous avons développé le sens symbolique de deux structures mythologiques : Pygmalion et le filet d’Héphaïstos. Voici à présent leurs contreparties astrologiques afin de monter à quel point les mythes sont vivants à travers nos parcours d’existences.

Le filet d’Héphaïstos

Les indices astrologiques de ce mythe sont assez simples : une conjonction Vénus/Mars dominante, en aspect avec les autres acteurs du drame : Mercure, Neptune et Soleil.

Dominique Strauss-Khan, 25 avril 1949 à 11h10, Neuilly sur Seine (France)[1]

Le thème de D.S.K. présente une illustration parfaite des personnages mythologiques mis en jeu. La conjonction Vénus/Mars signe la passion nocturne des amants, mise soudain dans la lumière publique par les feux médiatiques par un Soleil (Hélios) qui les éclaire tous les deux en maison X. Cette triple conjonction appartient à la structure du « moi » puisque le soleil est le maître de l’ascendant Lion. Vénus et Mars, conjoints au maître de l’AS, deviennent dominants dans le thème natal. Cet amas planétaire à donc toutes les chances de passer du plan psychologique vers celui des événements. Quant à Mercure/Hermès, il est en Taureau, conjoint à Vénus, et complète ainsi la scène mythologique.

L’épisode médiatique de l’été 2011 fut donc la mise en scène d’une structure archétypale – d’où son pouvoir de fascination - avec Nafissatou Diallo dans le rôle de Vénus, D.S.K. dans celui de Mars, les médias ont endossé celui d’Alectryon et les avocats de Mercure. Quand à « Neptune », il est figuré par une nouvelle Lune progressée en maison XII au moment des faits. Le héros du feuilleton mythologique de l’été du encore verser une amende pour se libérer de sa prison-filet et traverser le sentiment de honte en reconnaissant publiquement sa « faute ».

Et puis, ultime ironie de l’histoire, le coq (Alectryon) qui annonce le nouveau soleil est le symbole de l’état Français. Or celui qui était promis aux plus hautes fonctions publiques fut victime d’un dysfonctionnement du Galinacée. En d’autres termes cet épisode devrait, plus amplement, nous interroger sur l’état de l’Etat français : somme nous occupés à fuir notre propre lumière, c’est-à-dire le génie de la nation, où à annoncer le futur de la civilisation comme le firent en leur temps les révolutionnaires de 1789 ?

Bien sûr, les transits au moment des faits ont extériorisé le mythe sous une forme événementielle.  Le 14 mai 2011 (inculpation) Uranus passe sur la Lune, réactivant son opposition à Neptune et la confusion entre la personne et la déesse, Jupiter céleste est en conjonction à Mars natal, il amplifie les désirs… et une nouvelle progressée se forme en maison XII, sur le cinquième degré du Cancer, dont le Symbole Sabian est étonnamment parlant : « une automobile écrasée par un train gît près d’un passage à niveau ». Rudhyar propose l’interprétation suivante : « la probabilité de désastre lorsqu’un désir irrationnel vient contrarier le cours impersonnel et presque inéluctable des usages collectifs »[2].

Sylvio Berlusconi, 29 septembre 1936, 5h40, Milan (Italie).

Ses frasques passionnent et désespèrent l’Italie. Le thème présente un sextile entre Vénus et Mars qui encadre les acteurs du mythe du « filet magique » : Vénus-Aphrodite, Mercure-Hermès, Soleil-Hélios et Neptune-Poséidon. Néanmoins, ici, le Soleil en Balance est dominant car il est conjoint à Mercure, le maître de l’AS. Il est lui-même « les projecteurs médiatiques » qu’il contrôle à son avantage. Un sextile à plus de recul qu’une conjonction. Cet aspect permet « d’organiser » ses passions sans s’identifier totalement à elles lorsqu’elles surgissent comme dans la conjonction.

Notons également la présence d’une opposition Lune-Neptune, comme sur le thème de DSK.

Bill Clinton, né le 19 août 1946, 8h51, Hope (Arkansas, U.S.A.)

L’ancien président des Etats-Unis passa lui aussi sous les fourches caudines d’une humiliation publique suite à une affaire sentimentale. Son thème présente une conjonction Vénus-Mars qui encadre Neptune. Celle-ci appartient à la structure du « moi » puisque Vénus est maîtresse d’un ascendant situé en Balance. Ses mésaventures sont assez semblables à celles de D.S.K : révélation par les médias d’une liaison, reconnaissance publique de sa « faute » et prix financier à payer. Par contre la triple conjonction se place en maison XII, celle des « choses cachées » et de la transcendance. Longtemps ses passions « vénus-mars » furent tenues secrètes.

Notons encore le sesqui-carré (135°) qui sépare la Lune de Neptune dans le thème de Bill Clinton.

La maison XII valorisée par la présence d’un amas planétaire, incluant le maître de l’As, le relie fortement aux forces de l’inconscient collectif et tend de faire de lui un bouc-émissaire lorsque ces énergies ne sont pas conscientisées, positivement cette connection à l’âme des peuples lui confère du charisme puisqu’il sent ce que les personnes veulent entendre. Dès le début de sa présidence, Clinton fait face à de nombreuses attaques personnelles de la part de ses adversaires politiques. Il sera ainsi victime d'un véritable acharnement de la droite conservatrice et de l'extrême droite. Après ses deux mandats il sera blanchi. Sauf pour l’affaire Lewinsky entre mai 1997 et novembre 1998. Pendant cette période Uranus s’oppose à l’amas en X et Saturne à l’autre amas en XII.

Les épouses et le mythe de Pygmalion

Les hommes cités plus haut possèdent tous dans leur thème un aspect dissonant Neptune-Lune, ce qui crée une confusion, au risque d’idéaliser la femme de chair (Galatée) en l’élevant au rang d’une déesse (Aphrodite). Or ces personnages ont rencontré leur « Pygmalion » en la personne de leurs épouses. Tout se passe comme si un aspect de tension entre la Lune à Neptune rendait l’homme disponible au rêve de façonnage des femmes pygmaliennes.

Les indices astrologiques du mythe se déduisent de son contenu. Un aspect entre Saturne et Mars pour la statuaire et une relation tendue (carré, opposition, demi-carré et sesqui-carré) entre Mars et Vénus. Le coup de burin qui frappe la statue de Galatée peut en effet se lire de deux manières contraires : une violence contre ce que l’on aime (carré Vénus-Mars) et/ou le désir de modeler l’autre sur le modèle de la beauté et du potentiel de réalisation que l’on perçoit en lui. En résumé « Pygmalion » est une association de trois planètes : Saturne, Vénus et Mars, avec un aspect de tension entre les deux dernières.

Anne Sinclair, née le 15 juillet 1948 à 16h30, New-York (U.S.A.)

Elle possède avant toute chose un mythe de Prométhée (Lune Noire en Verseau et Uranus en opposition au Maître de l’AS) et, secondairement, un mythe de Pygmalion avec un carré Vénus-Marsvalorisé (Vénus opposée au maître de l’A.S. et Mars en maison X) soutenu par Saturne en sextile à Vénus.

Hilary Clinton, 26 octobre 1947, 20h00 à Chicago (U.S.A.)

C’est un mythe de Pygmalion presque parfait avec une conjonction Saturne-Mars en carré à une vénus en scorpion et en maison V. celui-ci est identitaire, il fait partie du « moi », puisque Vénus est conjointe au maître de l’Ascendant.

Véronica Lario (Mme Berlusconi), née le 19 juillet 1956, 19h05, à Bologne (Italie).

Le maître de l’As relie le carré Vénus-Mars par quinconce et trigone. En 2009, « excédée par le comportement de son mari », elle décide de demander le divorce. Pendant cette période Uranus rétrograde entre 26° et 23° des poissons, réactivant le carré Mars-Vénus natal, et au trigone de la triple conjonction natale Mercure-Soleil-Uranus en VII.

Voici un thème masculin, celui de Georges Bernard Shaw[3] qui écrivit une pièce de théâtre à succès sur le mythe de Pygmalion :

Il présente exactement les facteurs astrologiques qui sont mis en scène pour procéder à la naissance Galatée : Saturne est valorisé par sa conjonction au maître de l’Ascendant, Mercure ; on observe également un carré Vénus-Mars mis en lumière par la présence du Soleil. Enfin un demi-sextile (large) relie Sature à Vénus.

Tous les Pygmaliens ne sont pas des artistes. Le signe et la maison de Vénus indiquent le type d’œuvre que la force de l’amour cherche à façonner. La conjonction Soleil-Vénus en Lion de Georges Bernard Shaw oriente son œuvre vers l’expression théâtrale et le jeu des dialogues (AS Gémeaux) ; Anne Sinclair à une Vénus en maison VII et en Gémeaux : c’est son compagnon qu’elle tente de façonner à l’aide de ses conseils ; Hilary Clinton à une Vénus en maison V, celles des projets, des enfants et des engagements affectifs. Il en est de même pour Véronica Lario, mais Saturne rétrograde au MC suppose une transformation du « moi » plutôt que celui des autres.

Luc Bigé

http://universite.dusymbole.free.fr


[1] Les dates de naissance proviennent de astrotheme.fr.
[2] Dane Rudhyar, Astrologie de la personnalité (Librairie de Médicis).
[3] George Bernard Shaw est né le 26 juillet 1856 à 0h55 à Dublin (Irlande).

Les Amazones, l’univers est-il accueillant ?

La fille d’Eurysthée, Admétè, brûlait d’envie de nouer autour de sa taille la ceinture d’or qui appartenait à Arès. Hercule fut chargé d’aller quérir l’objet auprès des Amazones, ces femmes guerrières qui méprisaient le mariage.

Hercule jeta l’ancre dans le port de Thémiscyra. La Reine des Amazones, Hippolyté, eut vent de sa venue ainsi que de l’objet de son voyage. Elle décida immédiatement de lui rendre une visite de courtoisie, totalement pacifique. Séduite par la prestance du héros, elle lui offrit spontanément sa ceinture d’or en témoignage de son amour. Las ! Héra, métamorphosée en Amazone, répandit partout le bruit que l’étranger était venu pour enlever la reine. La rumeur enfla si rapidement qu’il fut impossible de l’étouffer. Très en colère, les cavalières réagirent immédiatement en enfourchant leurs montures. Elles partirent au grand galop dans l’intention de détruire le navire de l’intrus. En apercevant au loin le nuage de poussière soulevé par tant de haines, le héros crut en une manœuvre déloyale de la Reine. Sans l’interroger plus avant il la tua, lui arracha sa ceinture et se débarrassa violemment des assaillantes en les massacrant.

Cet épisode explore les trois grandes thématiques que Vénus connaît bien : la question du lien, la nature du don et le passage du monde terrestre vers le monde des étoiles puisque la Ceinture est une image symbolique de la ceinture zodiacale. Celle-ci débute à 0° du bélier – le signe de Mars/Arès – mais il est tout aussi légitime de le faire commencer à 0° Balance – le signe de Vénus/Aphrodite puisqu’il s’agit des deux lieux où écliptique et équateur céleste se croisent. Vénus et Mars sont dépositaires d’une ceinture d’or, l’un et l’autre codent le commencement du zodiaque. Les Amazones sont les enfants d’Arès et d’Harmonie, elles portent dans leurs gènes la violence du combat au nom de l’harmonie.

Pour l’heure les amazones sont des femmes « Bélier », volontaires, intuitives et impulsives, qui aspirent de toutes leurs forces à se donner au héros venu les visiter. Pourtant la chose est risquée. La situation mythique est exactement inversée par rapport à celle que dû affronter Pâris. La force guerrière des Amazones leur à, jusqu’à présent, réussit. Elles savent ce qu’elles veulent, ont fondé une civilisation et conquit de nombreux territoire, elles savent même harnacher leurs chevaux ! Toutes ces qualités symboliques Pâris devra les apprendre. Une Amazone moderne serait une femme qui sait exactement ce qu’elle veut, à réussit une carrière brillante et s’accomplit dans la liberté de ses élans. Un seul problème : les hommes sont réduit à moins que rien et n’ont pas droit à la parole. Intuitives, les Amazones savent parfaitement cela. C’est pourquoi, avec la meilleure volonté du monde, leur Reine offre sa ceinture au valeureux guerrier qui l’accoste. Offrit sa ceinture, ce n’est pas rien ! En donnant au héros le symbole de sa royauté elle se donne toute entière à l’homme qui est venu la chercher. C’est le rêve secret du Bélier, dont l’histoire biblique à retenu sa vocation sacrificielle. La femme libre aspire à se donner totalement à l’autre dans son désir de produire ce lien absolu qui, comme une ombre, la taraude. La face obscure de Pâris et de la Balance consistait à nier la violence que ses choix et ses non-choix soulevaient dans la relation, la face obscure d’Hippolyté et du Bélier consiste à, soudainement, tout donner à l’autre au risque de se perdre. Lorsque la Reine offre sa ceinture emblématique à l’étranger la « panique » s’empare d’elle. Son nom décrit sa nature profonde puisque « Hippolyté » se traduit précisément par « panique des chevaux ». Devant l’imminence de la Rencontre la femme panique et perd le contrôle de ses élans intérieurs.

Alors l’axe de la Ceinture pose cette éternelle question : faut-il se lier ou se délier ?

Toute relation est abdication d’une part de liberté, pourtant ma liberté ne peut avoir de sens sans l’autre. Comment se lier sans s’enchaîner, comment se délier tout en conservant un dialogue authentique ? En un mot, comment métamorphoser le lien en relation ?

Les Amazones ont quelques idées là-dessus, très imparfaites. Elles surent, « pour la première fois dans l’histoire » précise Apollodore, harnacher leurs chevaux pour engager le combat. Mais elles se nomment encore avec des noms d’animaux comme « Jument » et « Jument Noire » ou des vocables qui signent la rupture du lien comme « celle qui arrache » et « celle qui détache les chevaux ». Elles établissent des cités et épanouissent leur civilisation en créant du lien social, mais elles aspirent à rester vierges et dénient un rôle public à l’autre sexe. Ces femmes-là désirent sincèrement se lier avec ce qui vient de l’étranger (Hercule), avec leurs élans intérieurs (les chevaux) et avec le collectif (les villes) mais cela ne leur réussit qu’imparfaitement à chaque fois : elles engagent par erreur un combat contre Hercule, leurs chevaux sont encore à moitié sauvages, et le Héros apparaît lorsque les conquérantes ont dû se retirer d’une grande partie de l’Asie précédemment conquise. La femme Amazone aspire de tout son cœur à créer du lien mais, au fond d’elle-même, elle « sait » mieux que les autres car son intuition ne la trompe jamais. Et puis, « donner sa ceinture », signifierait surtout, imagine-t-elle, perdre l’initiative et le contrôle sur sa vie et sur son destin.

Alors surgissent des bouffées de panique à l’instant même où l’alliance devient possible. Pour comprendre cela il suffit de ramener cette expérience sur le plan psychologique. Combien de couples se séparent au moment même où ils décident de se marier ou simplement de vivre ensemble dans un appartement commun ? La proximité quotidienne avec l’autre les fait passer du statut d’amants à celui de compagnons, littéralement « ceux qui mangent le même pain ». Cette nouvelle alliance ne va pas de soi car la nature de la relation à l’autre se transforme. Et, pour qui vit sur le plan de Vénus (la séduction) ou de Mars (la conquête), cette proposition de rencontrer l’autre sur le mode du don, c’est-à-dire du partage mutuel, suscite une peur panique. Alors les amants détruisent par la fuite ou par la violence cette alliance naissante.

Héraclès se croit trahi alors qu’il est simplement aimé. Le héros ne reconnaît pas ces femmes pour leurs justes intentions. L’homme ne voit pas encore que l’univers fonctionne aussi selon une autre loi que celle de la compétition et de la lutte : la générosité du don corrélée au sentiment de gratitude envers la bonté de l’univers. Habitué à prendre ce qu’il désire sous l’impulsion d’une virile volonté il néglige cet acte d’amour et tue l’infortunée. La Reine des  Amazones est fascinée par la beauté physique d’Hercule dont Vénus est l’emblème, le Guerrier est encore habité par le démon du combat dont Mars est le représentant. Peut-être eussent-il pu devenir amants comme Vénus et Mars lors de l’épisode du filet d’Héphaïstos. Mais le don gratuit de la ceinture soulève un vent de panique et Hercule imagine d’improbables scénarii. La femme ne cherche-t-elle pas à le manipuler ? Est-ce un calcul ? Agit-elle ainsi pour l’inciter à baisser sa garde ? De leur côté, les Amazones ne croient pas non plus en la bonne volonté de l’homme et pensent à une ruse.

Est-il si difficile pour l’homme et la femme de recevoir en toute confiance, sans arrière-pensées ? Nous savons généralement prendre ou donner… mais recevoir ? Cela suppose de croire en la bonté gratuite : la sienne, celle des autres et celle de l’univers. Cette attitude d’une angélique simplicité est littéralement révolutionnaire car elle implique un changement de plan de conscience. En effet, si l’univers est accueillant il n’est plus nécessaire de calculer pour obtenir la première place ni de s’interroger pour savoir si une anguille se cache sous la roche, ni même de lutter compétitivement pour obtenir la plus grosse part du marché. En un mot, la tâche d’Hercule et d’Hippolyté consiste à reconnaître puis à vaincre leur peur profonde du monde extérieur. Longtemps l’homme et la femme crûrent que le combat était une nécessité, voire même un mode de fonctionnement naturel. Ne nous raconte-t-on pas que la « lutte pour la vie », que le système économique traduisit en « compétitivité nécessaire », sont inéluctables dans notre monde biologique et social ? Le mythe nous rappelle qu’un combat permanent pour la survie conduirait à la destruction de la civilisation (des Amazones), de la féminité (Hippolyté) et nous empêcherait de contacter collectivement un nouveau plan de conscience : celui du don et de l’amour partagé (la Ceinture).

Faut-il rappeler que la symbiose et les divers modes de coopération biologiques comme, par exemple, la pollinisation, furent infiniment plus efficaces pour l’évolution des espèces que la sélection dite « naturelle » ? L’épisode des Amazones nous met collectivement en garde contre les idéologies de conquête, si répandues dans notre monde, depuis la vie amoureuse jusque dans les politiques économiques.

Peut-être est-ce l’un des Travaux les plus difficiles à accomplir. Malgré son apparente facilité – prendre une ceinture à une femme, ceinture qui est donnée, que diable ! -  Hercule échoue. La Reine est morte et le carnage se répand comme une traînée de poudre.

L’homme et la femme concernés par cet épisode mythologique comprennent que leur volonté de conquérir le ciel par la force, la civilisation par la violence, la réussite économique par la compétitivité… bref ! « la Ceinture par la guerre » est un obstacle à la poursuite de leur évolution. Les héros observent une chose nouvelle à laquelle ils n’étaient pas préparés : ils peuvent vaincre sans combat, dans une totale confiance en la bonté et en la gratuité du geste de l’univers.

Réussir ce Travail, c’est donc accepter de recevoir. L’échec d’Hercule et d’Hippolyté souligne sa suprême difficulté.

La troupe des Amazones que combattit Hercule appartiennent à la vie intérieure de l’homme et de la femme. Le héros à pour tache d’éliminer (de « tuer ») les forces qui minent la confiance mutuelle ente les amants, les forces contraires qui retardent l’émergence d’une civilisation fondée sur ce simple et nouveau regard : le sens de la gratitude.

Le guerrier défait d’abord Aella « ainsi nommée pour sa légèreté à la course » : l’homme « tue » son incroyable vélocité à échapper sans cesse au regard de l’autre et à la confrontation, il se libère de sa tendance à la fuite de la rencontre. Puis vint le tour de Prothoë, « qu'on disait être sortie victorieuse de sept combats en duel » : il renonce à sa remarquable habileté à se défendre avec succès sur tous les plan de son être, de ses attitudes physique à ses certitudes métaphysique. Eriboée qui « se vantait de n'avoir besoin d'aucun secours » représente sa difficulté à demander de l’aide, par crainte, orgueil ou simple désir d’autonomie. C’est pourtant la première condition pour recevoir. Puis vint le tour des compagnes d’Artémis chasseresse, Celéno, Eurybie et Phoebé, toutes trois très averties dans l’art du tir à l’arc. « Lancer des flèches » est aussi une manière de céder à la panique et de se protéger du monde extérieur. Hercule vainquit encore Philippis, Déjanire, Astérie, Marpé, Tecmesse et Alcippe sur lesquelles nous manquons, hélas, d’informations. En tout, l’archer tua douze Amazones célèbres. Il défit douze obstacles contraires à l’union des cœurs. Alors Mélanippè, l’une de leurs trois Reines, « perdit son royaume et sa liberté ». Or son nom se traduit par « Jument Noire ». Quelle beauté dans le mythe ! La « jument noire » perd sa liberté et son royaume ! Cette image extraordinaire nous dit exactement ceci : les élans obscurs de l’être perdent leur pourvoir de manipulation.

Sous prétexte de liberté et de réussites, d’exploits et de conquêtes, combien de « jument noire » et d’Amazones belliqueuses intérieures, motivées par une secrète panique, nous mènent-elles par le bout du nez ?

En tuant « panique des chevaux » (Hippolyté) et en désamorçant le pouvoir de la « Jument Noire » (Melanippè) l’homme et la femme habités par cet épisode mythologique se débarrassent de leur peur de la rencontre (la Ceinture d’or) et de toutes leurs stratégies incroyablement performantes mises au point pour cacher de sombres élans derrières des qualités enviables. Des trois reines des Amazones il ne reste plus que Antiopé. Celle-ci sera faite prisonnière et offerte en cadeau à Thésée. Robert Graves traduit Antiopé par « le visage faisant face ». Il reste la conscience lucide.

Le passage de la défiance à la confiance ne s’accomplit pas par des armées, des traités d’amitié, des échanges économiques ou même des palabres. Le mythe propose deux voies complémentaires. Celle du don gratuit, féminine et radicale, choisie par Hippolyté qui offre son royaume à l’étranger. Mais elle à l’inconvénient d’induire une prise de risque pouvant aller jusqu’à la destruction. Que dire en effet d’une personne ou d’une entreprise qui donnerait tout, en attendant avec confiance (et naïveté) que le monde le lui rende au centuple ? Cette attitude est pourtant fondamentalement juste mais, pour s’accomplir, elle appelle l’œuvre masculine du guerrier intérieur qui « tue » les douze obstacles à la confiance mutuelle.

L’amour est une antidote efficace contre la peur. Mais il est insuffisant pour la désamorcer durablement. Hippolyté a compris cela en tombant amoureuse de l’étranger. Elle fut néanmoins broyée par la panique qui assourdissait son cœur.

L’art de laisser arriver les choses ne va pas de soi. Comment expérimenter concrètement cette bonté de l’univers ? Par exemple en partant sur les routes totalement imprégné de l’instant présent, sans savoir ce que vous aller manger à midi ni où vous allez dormir le soir. Alors la panique fondamentale qui habite tout être humain par rapport à ses besoins fondamentaux sera clairement vue et confrontée. Alors, peut-être, de nombreuses « Hippolyté » surgiront au détour d’une rue, les mains emplies de présents. « Peut-être », car le héros connaît la loi de résonance. Il sait que s’il n’a pas encore tué sa « jument noire » intérieure celle-ci ressurgira un jour coin d’une rue sombre pour le paniquer et le rendre à nouveau violemment « compétitif ». Il sait aussi qu’il ne rencontrera la bonté de l’univers que s’il a déjà contacté cette bonté-là au fond de son propre cœur.

Pygmalion, façonner l’autre au nom de l’amour ?

Les planètes sont des dieux. Leurs aventures sont les nôtres.

Au cœur du psychisme humain se jouent de grandes scènes mythologiques infiniment plus fondamentales que nos conditionnements culturels et sociaux. Par elles et grâce à elles nous nous transformons en profondeurs, à condition toutefois d’oser les vivre pleinement. Ces forces signifiantes ne sont pas personnelles, elles appartiennent à l’univers des archétypes, elles nous traversent et, en passant, nous transforment.

Chacun d’entre nous est en résonance avec un ou plusieurs mythes fondateurs qui sont autant de points de contact avec le monde spirituel. Parfois les événements qu’ils représentent nous harponnent, mais c’est pour mieux nous élever vers la lumière. Pourtant le mythe en soi n’est pas le plus essentiel, c’est le processus de métamorphose auquel il nous convie qui compte. Ces archives sans âge du psychisme humain jouent le rôle de la carte géographique vis-à-vis du territoire. Elles nous indiquent les vraies pistes et les faux chemins, les directions et les buts, les gares et les oasis, les pièges et les points de vue panoramiques. Mais elles ne nous dispensent jamais de partir, bien au contraire !

« Vénus » provient de la racine indo-européenne wen qui signifie « désirer » ; le Latin le transforma en veneris « désir sexuel », mot qui a donné le français « venin ». Ainsi de « valeur » à « vénéneux » en passant par « vénal » Vénus cache dans son étymologie toute la gamme de ses applications.

Façonner l’autre au nom de l’amour ?

Roi de Chypre, le lieu de naissance de Vénus, Pygmalion s’éprit de la déesse dès qu’il l’aperçut. Hélas ! celle-ci se refusa à lui. Alors il décida de sculpter son corps dans la pierre. Au fur et à mesure du progrès de l’œuvre, l’homme devint éperdument amoureux de l’image naissante. Désespéré de vivre un amour à sens unique, il supplia la (vraie) déesse d’avoir pitié de lui. Sensible à ses pleurs, Aphrodite pénétra dans la statue et lui donna la vie. La pierre animée prit le nom de Galatée (« d’une blancheur de lait »). Pygmalion est amoureux, non d’une personne, mais d’un idéal de pureté. Galatée porte dans son nom la couleur blanche d’une perfection sans tache. Il y a une grande naïveté à façonner une relation amoureuse exactement conforme à l’image idéale portée dans le cœur. Le nom se du sculpteur se traduit par « poing qui tremble ». Le poing est exactement contraire à une main ouverte, disponible et sensible, capable de donner et de recevoir. Ses cinq doigts se referment avec force sur un seul objectif. Pygmalion est une obsession qui ne sert qu’un seul but : révéler la beauté de l’autre au nom de l’amour. Geste grandiose auquel la déesse va répondre. Geste ambigu, comme le sont toutes les rencontres avec une situation archétypale. Geste désespéré car jamais une statue pierre ne sera une vraie Vénus.

Sans obsession, rien de grand ne pourrait se produire. Sans une inaltérable passion, rien de magique ne surgirait. L’amour du Pygmalien pour sa bien aimée la transforme en une déesse nimbée de beauté. Sa force attractive est si puissante qu’Aphrodite accepte de donner un peu d’elle-même a cette image adulée. Et pourtant ! Galatée n’est pas Vénus mais seulement son image, même parfaite.

Pygmalion imagine que, au nom de l’amour, il va pouvoir façonner l’autre pour l’accomplissement de sa beauté intérieure. Mais l’autre devient un « objet » que le Pygmalien en herbe tente de conduire à la découverte de son âme. En réalité l’artiste est amoureux, non d’une personne, mais d’un idéal qu’il projette sur celle-ci. L’amour éclaire et rehausse la beauté de l’autre, mais vouloir réaliser cette vision en cherchant à le façonner au meilleur de lui-même pour lui donner une nouvelle existence… n’en ferait qu’un bel objet simulant la beauté vivante.

Même si toutes deux naquirent sur la même île, Galatée n’est pas Vénus. L’âme de l’autre a besoin d’un espace d’accueil pour se révéler, elle ne peut se mouler dans une forme pré-figurée, si lumineuse et si juste soit-elle. La beauté intérieure d’un compagnon ou d’une compagne ne peut jamais être totalement sculptée par la volonté tremblante d’une passion ébahie, ce serait la diriger vers des espaces de révélation qui ne sont pas exactement les siens. Elle a surtout besoin d’une main ouverte pour l’accueillir sans prises de pouvoir, sans direction assignée, sans qualités prérequises.

Pygmalion oublie volontiers qu’il façonne une image. Il pense vivre avec une déesse alors que la femme qu’il voit devant lui est le fruit de son habileté jointe à son imagination amoureuse. Il perçoit d’abord la lumière et les dons de l’autre, sans savoir accueillir ses ombres.

Mais la vie n’offre pas que des Pygmalions amoureux. Des études ont montré que lorsque les enseignants attendent de bons résultats de leurs élèves ainsi qu’une amélioration de leurs capacités intellectuelles cela se produit comme imaginé. Mais l’inverse est vrai : si les professeurs n’attendent aucun résultats particuliers, les performances des étudiants vont stagner ou même diminuer.

L’amour est un puissant catalyseur qui accompagne la révélation et la croissance des dons de chacun. Mais combien de ces étudiants suivront plus tard, disons une filière littéraire, alors que leur vocation est scientifique, simplement parce que leur professeur de français sut les aimer ?

Et pourtant ! celui qui ne serait façonné par aucun lien d’empathie mourrait de solitude. L’autre devient tel qu’il est vu. Est-il vraiment vu tel qu’il est ? C’est en tout cas la question que devrait se poser Pygmalion.

Nous sommes en présence d’une situation archétypale qui affiche sa contradiction intrinsèque. L’amour porté aux autres révèle leurs qualités, mais celui-ci contient toujours une part de d’obsession qui enferme dans des formes préétablies. Cette « conjonction des opposés » garantit l’évolution du psychisme. Elle maintient la personne dans un état de questionnement permanent, bien plus stimulant que toutes les réponses qui pourraient lui être proposées.

Ajoutons qu’il est dangereux pour un simple mortel de coucher avec une vraie déesse ! Anchise s’en souvient encore. Remarqué par Aphrodite, celle-ci se métamorphosa en mortelle pour séduire l’appétissant jeune homme, ce qui ne fut pas très difficile ! Pourquoi un tel artifice ? On raconte que tout mortel qui aurait une relation directe avec un dieu ou une déesse vieillirait prématurément. Et Anchise ne voulait pas encourir ce risque ! Le sachant, la déesse prit soin de ne lui révéler son identité qu’après avoir partagé son lit. Elle lui demanda ensuite de garder le plus grand secret sur leur aventure. Or, un jour qu’Anchise était ivre, il se vanta de sa nuit mémorable. Entendant cela, Zeus, par pure jalousie, lui envoya la foudre et le jeune homme devint boiteux pour le restant de ses jours.

Le contact avec un dieu ou une déesse ressemble à un « coup de foudre » amoureux, il tétanise la psyché et le corps, il les immobilise et les fige sous l’effet d’une révélation foudroyante. Curieusement « Anchise » évoque le français « hanche » qui est précisément le lieu corporel qui alimente notre foi envers le divin.

Par son amour obsessionnel focalisé sur sa compagne, un groupe d’élèves, un projet social où une œuvre artistique, le pygmalien ouvre une porte par où va descendre la présence d’un Dieu, ou d’un archétype. Cela est nécessaire car tout projet à besoin d’une âme pour devenir vraiment vivant, pour quitter l’état de la pierre de taille emplie d’objectivité, de mesures et de retours sur investissements. Le défi de Pygmalion consiste à se laisser féconder par la force que sa concentration bienveillante à suscité, à se laisser éblouir et tétaniser par la révélation des beautés qu’il appelle de toute son âme. Alors seulement la déesse, son âme, pourra prendre tout l’espace dont elle a besoin.

Crise actuelle et mutation ontologique

"Quand Dionysos guidera, la terre dansera"
Euripide

Les crises actuelles – écologique, économique, énergétique et éthique – ne sont pas banales au sens où elles ressembleraient à des soubresauts inévitables dans le processus d’évolution continu de la civilisation humaine. Leurs analyse symbolique montre que nous sommes à la veille d’un profond changement de la nature humaine, mutation qui s’amorce déjà.

Vaste programme que « guérir la planète » ! Qu’est-ce en effet que « guérir » ? Qu’est-ce vraiment que la « planète » ? Et que signifient ces deux termes accolés ? L’être humain devrait-il y jouer un rôle, et si oui lequel ? Et comment ?

Pour simplifier il nous faut poser des hypothèses et adopter une posture philosophique, sans quoi ces questions seraient pour le moins abscondes et susceptibles d’interprétations multiples. Admettons ici que la maladie est le signe visible d’une disharmonie entre les parties d’un tout. Le symptôme désigne également le processus de la guérison visant à recouvrer cet équilibre perdu, mais à un niveau de conscience à la fois plus précis et plus inclusif. Admettons encore que la « Terre » est un être vivant et, comme le précise le Tibétain, une planète non-sacrée. Posons enfin l’hypothèse qu’une planète sacrée a réussi à fusionner son anima mundi avec sa nature matérielle et biologique. Qu’est-ce qu’un espace sacré si ce n’est une géographie orientée où chaque point cardinal est porteur de sens, c’est-à-dire d’une force signifiante qui imprègne les mondes visibles ? Nous pourrions alors envisager la maladie actuelle de la planète comme un processus nécessaire pour sa sacralisation. Ce sont ces points que nous allons développer.

La « maladie » actuelle

Il y a plusieurs manières de la diagnostiquer. La première, développée par le W.W.F.[1] et certains spécialistes de l’évolution, consiste à remarquer que nous nous dirigeons à marche rapide vers la sixième grande extinction. Cinq extinctions de masse ont déjà impacté la vie sur la Terre. Entre 50% et 95% des espèces ont alors disparu, selon des époques. La plus ancienne répertoriée, il y a 500 millions d’années, vit la disparition des trilobites et des brachopodes qui avaient alors envahi le milieu marin ; la plus récente, il y a 65 Ma procéda à l’élimination des dinosaures et, avec eux, disparurent 50% des espèces vivantes. Celle d’aujourd’hui est beaucoup plus rapide que les précédentes puisque la vitesse de la disparition des espèces est environ mille fois plus élevée que lors des autres catastrophes. Son origine est bien sûr anthropique. L’action de l’homme sur l’environnement avec l’agriculture, l’urbanisation, l’industrialisation et la pollution entraîne des modifications irréversibles de la biosphère. Il semble que de tels phénomènes aussi radicaux surviennent lorsqu’une espèce vivante a conquis tout l’espace disponible, mettant ainsi l’ensemble de l’évolution biologique dans une impasse. C’était le cas pour les trilobites du Cambrien et les dinosaures du Crétacé, c’est le cas aujourd’hui pour l’homo sapiens.

Pourtant, malgré la succession de ces catastrophes, la courbe représentant l’accroissement du nombre des espèces vivantes en fonction du temps revient toujours là où elle aurait dû être si ces phénomènes n’avaient pas eu lieu. Les « catastrophes » sont en effet suivies de l’apparition d’une floraison d’espèces nouvelles. Tout se passe comme si, en danger, la vie développait une extraordinaire créativité. C’est, du reste, grâce à la disparition des dinosaures que l’homme existe. Les mammifères apparurent à peu près en même temps que les dinosaures, au Trias Supérieur, il y a quelque deux cent trente millions d’années. Pendant 165 millions d’années, ils ont évolué dans l’ombre des grands reptiles, se transformant certes, mais restant petits – d’une taille inférieure à celle d’un chat - et peu diversifiés. Puis les dinosaures disparurent. Une dizaine de millions d’années « seulement » après la catastrophe de la limite Crétacé-Tertiaire, il existait déjà des mammifères d’une taille fort respectable (de la taille d’un ours), adaptés à des modes de vie variés.  Aujourd’hui, 65 millions d’années après la crise, notre monde est peuplé de rats, de chauves-souris, de baleines, d’éléphants, de fourmiliers, de guêpes, de chevaux et d’humains. Ce monde si varié est le résultat d’une vaste radiation évolutive grâce à l’effacement forcé des dinosaures. Ainsi les grandes extinctions sont toutes de formidables facteurs, si ce n’est de « progrès », du moins de renouvellement.

La crise formidable que traversent les autres règnes de la nature sous nos yeux aveuglés est accompagnée d’une crise de l’humanité prise dans la totalité de son histoire. Il y a plusieurs manières de la montrer, nous n’en développerons que deux ici[2]. Depuis l’époque des chasseurs-cueilleurs, il y a environ deux cent mille ans, la vitesse des communications s’est accélérée d’une manière exponentielle. Celle-ci conditionne à son tour l’accélération des découvertes, la transmission des idées et la rapidité des évolutions techniques et sociales.

Il y a trente mille ans la tribu primitive ne connaissait encore que la parole et les jambes, elle avait besoin d’un temps considérable pour transmettre ses idées à ses voisins. Plusieurs millénaires s’écoulaient parfois avant que des peuples d’origines différentes ne se rencontrent et décident de guerroyer ou d’échanger leurs poteries et leurs femmes. Il y a cinq mille ans environ les peuples nomades puis les agriculteurs réussirent à domestiquer des animaux pour se déplacer : chameau, cheval et âne. La communication devint tout à coup considérablement plus rapide, le délai pour échanger des idées passe subitement du siècle à l’année. Depuis trois siècles seulement, le monde industriel multiplie à l’envie les voitures, les voies télégraphiques, les bateaux de gros tonnage et les avions de lignes si bien que le temps de déplacement moyen pour transmettre une information d’un point à l’autre de la planète se réduit à la journée. Finalement, depuis moins de trente ans, Internet va à la vitesse de la lumière. Toute nouvelle découverte scientifique est instantanément transmise vers tous les laboratoires de la planète. Chemin faisant les moyens de communication se sont libérés du sujet en passant de la personne au cheval, puis  à la voiture et enfin à l’ordinateur, cet écran derrière lequel nous regardons le monde avec un processus de désinvestissement affectif croissant, à moins de vivre dans la bulle de l’imaginaire. La vitesse de transmission du savoir accélère le processus d’évolution en réduisant considérablement le temps mis par une invention pour faire le tour de la planète, mais son prix est cher payé car l’homme pense de moins en moins à ce qu’il est pour se décentrer de plus en plus de lui-même et évacuer sa participation sensible au monde extérieur.

Les moyens d’échange sont à l’avenant. Ils passent eux aussi de la terre vers le ciel, du concret vers l’abstrait. L’objet troqué par les nomades se transforme d’abord en jeton d’argent ou de bronze chez les agriculteurs. Puis le métal perd de sa densité pour se multiplier sous la forme de papier-monnaie et d’actions avec l’industrie. Finalement il disparaît dans l’invisible, véhiculé sur les ondes des échanges bancaires, réduit à un simple chiffre sur un compte dans le tourbillon généré par les échanges informatiques. Au final, le cheval, le champ et la chèvre sont devenus des nombres purs.

Et puis, entre le néolithique et maintenant, nous vivons une extraordinaire accélération du temps. Non qu’il le soit dans l’absolu, mais notre sens du temps est lui-même réduit au très court terme. Aujourd’hui nul n’envisage sérieusement l’avenir à plus de 10 ans alors que les Egyptiens construisaient des tombeaux-pyramides pour assurer la vie éternelle de leurs occupants avec vivres, bétail et serviteurs. Pourtant si, comme nous le suggérions précédemment, l’accélération de l’histoire est proportionnelle au temps que met une information pour faire le tour de la planète, infiniment longue (relativement à une vie humaine) à l’âge des cavernes, rapide comme l’éclair aujourd’hui, une telle accélération ne pourra plus se poursuivre. Après les chasseurs-cueilleurs, les agriculteurs, les industriels et les créatifs culturels, nous savons qu’il est impossible d’aller vers un « cinquième âge », non seulement en raison de sa vacance mythologique, mais aussi pour une cause purement physique : la vitesse de la lumière est théoriquement et expérimentalement indépassable.

Devant nous, le mur.

N’est-il pas symptomatique que ce lieu qui réunit vitesse maximale, des valeurs réduites à des chiffres sur un compte bancaire, le culte du nombre pur qui efface l’éthique, là où le temps est devenu de l’argent… s’appelle précisément Wall Street, la « rue du mur » ?

Après les nomades, les agriculteurs, les industriels et les informaticiens, il n’y aura pas de cinquième époque de la civilisation car la vitesse de la lumière est physiquement indépassable.

À moins d’un changement radical de la nature humaine.

Aujourd’hui le choix est entre l’Apocalypse et l’Illumination. La crise actuelle n’est pas économique ni même écologique, elle est ontologique. Elle invite l’être humain à une initiation collective qui le conduira vers une nouvelle espèce. Et toute initiation suppose un abandon radical de l’ancienne manière de se représenter le monde.

La grande mutation ontologique

Existe-t-il des signes de son approche ? Et à quoi pourrait-elle bien ressembler ? Comment faire aussi bien que le dinosaure qui sut si remarquablement se transformer à l’approche de la grande catastrophe en devenant oiseau ? Quel « oiseau » va jaillir de l’homme moderne, cette merveille en péril ?

mutation ontologiqueLes premières tentatives historiques pour aller vers un « homme nouveau » datent seulement de la « grande guerre » 1914-1948, une période rythmée par deux rencontres successives entre Saturne (le principe de réalité) et Pluton (le principe de métamorphose)[3] et marquée par la découverte de cette dernière planète en 1930 par Percival Lowell et Clyde Tombaugh. Les deux faces de son sens astrologique sont déjà codées dans les noms de leurs découvreurs : la « mort (tomb) pour autant que (aught) »… d’un côté et le « bon amour » de l’autre ! « Percer héroïquement le val (percival) qui conduit vers l’amour du cœur à moins de rencontrer la tombe de l’espèce humaine »…. Tel est le programme symbolique de Pluton et, historiquement, de la seconde guerre mondiale d’où jaillit une nouvelle vision politique barbare et immature : le national-socialisme prit le pouvoir au Reishtag en 1931, exactement un an après la découverte de Pluton. A l’Est, cette tentative pour créer un « homme nouveau » était déjà dans l’air depuis quelques années. Entre 1917 et 1933 les soviets imposèrent au peuple russe une marche forcée vers le communautarisme au nom d’un idéal de transformation de la nature humaine. Si les formes politiques meurent en raison de leur immaturité, les idéaux persistent dans l’inconscient collectif. Après l’échec des tentatives de métamorphoses du vieil homme en un nouvel homme par le mythe et la guerre (le nazisme), puis par la collectivisation et l’idéalisme (le communisme), la voie mécanique et matérialiste persiste : nos « élites » rêvent encore d’homme bionique et de « superman » au génome « amélioré » en qui se fondent nanotechnologies, biologie et puces électroniques.

Ces trois tentatives, un peu folles, sont fondées sur une conception matérialiste de l’homme (la biologie moderne), sur un idéalisme aveuglant (le communisme) et, d’une manière plus radicale avec le national-socialisme, sur le mythe d’une race pure ancestrale. Si l’inconscient collectif affirme l’urgente nécessité de transformer la nature humaine, il a des difficultés pour l’accomplir. Mais enfin, les dinosaures ne sont pas devenus oiseaux en un seul jour ! L’adhésion de la conscience humaine au mythe du surhomme s’est révélée foncièrement destructrice, elle a choisi la voie de la mort et non la percée du voile vers l’amour. L’idéalisme forcé de la société socialiste sans classes a rapidement sombré dans la rééducation idéologique. Enfin les choix contemporains pour bricoler le corps humain sont certainement aussi dangereux, bien que nous ne nous en rendions pas encore compte, car ils idolâtrent notre matière biologique, ce temple de l’Esprit.

Existe-t-il alors une quatrième voie qui conduirait vers la transformation de l’homme ?

L’année de la découverte de Pluton, en 1930, Sri Aurobindo publiait à Pondichéry un opuscule intitulé the superman. Il développera plus tard cette vision dans un autre ouvrage, La manifestation du Supramental sur la Terre.

Cette vision devient-elle aujourd’hui une réalité ? Les témoignages recueillis par le réalisateur autrichien Peter-Arthur Straubinger dans son documentaire « Lumière » semblent aller dans ce sens[4]. Combien sont-elles ces personnes qui ne se nourrissent plus que d’énergie éthérique (ou prana), sans nourriture solide et parfois sans eau, dans le monde ? Mille, cinq mille, dix mille ? Les opinions divergent sur ce point. Nous en avons rencontré deux, l’une au Portugal est mère de famille, elle cuisine pour ses enfants. L’autre habite à Nantes et vit de prana depuis maintenant huit ans. Tous deux vivent intensément dans le cœur. Henri Monfort organise des sessions de 21 jours pour mettre en place la nourriture pranique. Il insiste sur l’alignement des corps physique, émotionnel, mental et spirituel pour accomplir cette mutation ontologique et définit trois critères de réussite : une division par deux du temps de sommeil, la sensation d’avoir une grande énergie et la stabilisation du poids corporel. La plupart des personnes ayant réussi le changement de nourriture l’ont fait progressivement en devenant végétariennes puis crudivores et enfin praniques. Et puis il y a le cas étonnant de ces jeunes artistes « respiriens » en Equateur, Camila et Akahi, qui viennent de mettre au monde une petite fille[5]...

Ce qu’il y a de remarquable, c’est que ce phénomène soit mondial et indépendant des philosophies, des religions et des pratiques spirituelles. Certains y sont arrivés spontanément en réalisant soudain qu’ils ne pouvaient plus manger de nourriture, d’autres en pratiquant le processus de 21 jours proposé par Jasmuheen, d’autres encore par de longues pratiques de chi kong et des exercices respiratoires assidus.

Ce qui est remarquable c’est que pour la première fois dans l’histoire de l’humanité certains spécimens de notre espèce rompent le cercle mortifère où la vie doit se sustenter de la mort des autres espèces. Ici la vie se nourrit de la vie.

Et la légèreté, la liberté, la souplesse et l’ouverture du cœur l’emportent sur les autres considérations.

La chose semble si simple et si incroyable que la presque totalité des scientifiques et l’immense majorité du public adoptent une attitude de déni face à l’évidence[6] ! Tout se passe comme si la conscience ordinaire ne voulait ou ne pouvait pas voir la mutation en cours qui bouleverse radicalement cent mille ans de croyances : il faut manger de la nourriture solide pour vivre. Cela pose évidemment une question aujourd’hui sans réponse : comment font donc les cellules pour se nourrir uniquement de prana ?

Après les tentatives collectives avortées, ou en voie de l’être, du national-socialisme, du communisme et de l’homme bionique, après la réussite individuelle des respiriens chez quelques spécimens de l’espèce humaine tout autour de la planète, existerait-t-il d’autres signes avant-coureurs qui nous indiqueraient que la grande mutation de l’être humain est en cours ?

On sait que la radioactivité est corrélée avec le symbolisme de Pluton. La première réaction nucléaire réalisée en laboratoire le fut à la veille de la découverte de la planète, par le scientifique Allemand Otto Hahn en décembre 1929 ; les accidents de Tchernobyl et de Fukushima éclatèrent lorsque Pluton avait une position remarquable dans le ciel : son entrée en Scorpion en avril 1986 au demi-carré d’Uranus puis en Capricorne au carré de cette même planète en mars 2011. Deux zones d’exclusions s’ensuivirent, redonnées à la nature et donc libres de la pression de sélection liée à la présence de l’espèce humaine.

Comment lire symboliquement ces événements ? Est-ce le signe que le moment est venu d’intégrer psycho-spirituellement ce que la matière radioactive réalise objectivement, à savoir les trois caractéristiques de la radioactivité : l’émission spontanée de lumière, la transformation de l’état de la matière et une manifestation physique a-causale[7] ?

Mais n’est-ce pas cela que vivent les respiriens contemporains ? Ils se nourrissent de lumière, ils ont radicalement changé les habitudes plurimillénaires du corps humain et se laissent guider par les synchronicités de leur existence. Alors, plus besoin de « zones d’exclusion » pour libérer la planète de la voracité humaine puisque l’agro-alimentaire n’aura plus lieu d’être, pas plus que les industries pharmaceutiques et le modèle consumériste qui est le plus souvent une consolation compensatoire liée au faible alignement entre les corps physique, émotionnel, mental et spirituel de l’homme.

Certes, la planète est malade car de nombreuses espèces disparaissent à une vitesse vertigineuse. Et la race humaine arrive au terme d’un long développement psychologique et social qui n’a, aujourd’hui, pas d’autre horizon qu’un mur opaque : celui de la bourse. Pourtant la Nature et l’âme du monde ont plus d’un tour dans leur sac. Les grandes catastrophes écologiques, rarissimes dans l’histoire longue de la planète, cinq ou six seulement, permirent à chaque fois l’explosion de la vie et la floraison de nouvelles espèces. Le seul défi réel est de savoir si nous saurons accompagner consciemment ce passage historique en choisissant de devenir une nouvelle espèce, ou si la pression des événements sera l’aiguillon de notre métamorphose vers un monde où l’espace sera sacré et où le temps de la causalité sera dissous.


[1] World Wildlife Fund, http://www.wwf.fr/
[2] Luc Bigé, Prométhée, la sublime irrévérence (Janus).
[3] Luc Bigé, Les sept jours de la création d’Israël (Janus).
[4] Voir également les entretiens diffusés par la chaîne de télévision Internet http://suprememastertv.com/fr/bmd/?sca=bmd3 au mot clef « breatharianism » (sous-titrés en 42 langues dont le français).
[5] Tous deux se nourrissent uniquement de prana depuis plusieurs années. Si le corps peut vivre normalement dans ces conditions il peut également enfanter, comme le montre leur témoignage diffusé sur YouTube : http://pranique.com/video/tuavucevideo-camilacastilo-enceinte.html
[6] Dans le même ordre d’idée, mais à un degré moindre, un journaliste écrivait un jour dans un grand mensuel français, à l’occasion d’une enquête sur l’Inde, que Saï Baba, disait-on, transformait des objets en cendres. On sait qu’il n’en est rien puisqu’il matérialise, entre autres choses, de la vibuti, cette « cendre » qui les Indiens de l’ashram utilisent pour souligner l’espace du troisième œil. Tout se passe comme si la pensée de la matérialisation lui paraissait si impossible que, en une sorte de déni inconscient, il avait transformé le phénomène en quelque chose de supposé plus acceptable car observable dans la nature : réduire des objets en cendres. Pourtant des milliers de personnes, dont l’auteur de ces lignes, ont pu observer la création de vibuti et en ramener un peu chez eux !
[7] Voir l’article de Hubert Reeves dans l’ouvrage collectif  La Synchronicté, l’âme et la science (Albin Michel).

L’astrologie

L'astrologie est infiniment plus qu’une technique capable de parler de la personne et, éventuellement, des événements qui ponctuent sa vie. C’est avant tout, à nos yeux, une philosophie pratique qui a le mérite de relier l’abstrait avec le concret, l’archétype avec la vie quotidienne et le sens avec l’événement. C’est pourquoi un thème astrologique se déploie à la fois sur les plans métaphysique (le sens de l’existence), psychologique (la connaissance de soi) et pratique (sa mise en œuvre dans sa vie).

Souvent les écoles d'astrologie se spécialisent dans l’une ou l’autre de ces approches alors que celle-ci entrent en permanence en résonance les unes avec les autres. Les événements qui m’arrivent me parlent de qui je suis sur le plan psychologique. Ce « qui », à son tour, sert de véhicule pour l’expression des forces transpersonnelles présentes à la source de toute poésie et de toute création.

Certes, la prédiction des événements à partir du thème natal est possible. Encore faut-il se demander quel sens cela peut avoir. Trop souvent la prédiction sert à figer la conscience dans l’attente ou dans l’angoisse de ce qui est supposé advenir. Ce serait alors faire une astrologie enfermante qui focalise l’attention du consultant sur une forme événementielle au risque d’éclipser l’élargissement de conscience que cet événement pourrait produire.

D’une manière un peu provocante nous disons souvent que le monde extérieur n’existe pas. Il est simplement le reflet de nos plus intimes pensées. Tout ce qui nous arrive – une rencontre, un changement professionnel ou une maladie -  pourra alors être lu d’une manière symbolique car cet « événement » est un sens refusé qui s’est cristallisé dans une forme objective. Lorsque ce sens est intégré dans la conscience l’événement n’a plus lieu d’être, ou, en tout cas, ne pose plus de difficultés. Chaque situation extérieure devient alors un vivant miroir de nous-même qui nous aide à grandir, c’est-à-dire à devenir ce que l’on est. Le rôle de l’astrologue ne devrait pas être, dans ces conditions, de prévoir un événement mais de montrer en quoi cette situation peut se produire et se produira si sa signification profonde n’est pas perçue par avance. C’est ainsi que l'astrologie prédictive pourra enchaîner sur la seconde fonction de la lecture du thème : la connaissance de soi

L’interprétation psychologique du thème natal ne remplace pas un travail thérapeutique. Si la lecture du thème entraîne des prises de conscience, l’expérience montre que celles-ci sont souvent recouvertes par le retour dans la vie quotidienne. Par contre, la lecture astrologique  peut avantageusement accompagner un travail thérapeutique en dirigeant l’attention de la personne vers la nature de ses mémoires de souffrance, mais aussi vers ses dons et ses qualités particulières pour l’aider à déployer sa nature profonde. De plus, le thème dira le type de travail de développement personnel le plus adéquat, et le meilleur moment pour l’accomplir.

Descendre au cœur de soi-même ouvre sur les autres et sur le monde. Non d’une façon conventionnelle et culturelle, mais par la voie du cœur. C’est là toute la thématique du mythe de Narcisse qui décrit avant tout un processus de connaissance de soi. Aller au fond de son unicité ouvre à grand battant les portes de l’universel. A ce moment-là l’astro-psychologie devient une astro-mythologie et la question « comment puis-je réussir ma vie et développer mon potentiel ? » devient « comment puis-je accomplir mon destin et réussir la mission de mon âme ? ». Les grands mythes comme Prométhée, Icare ou Narcisse nous proposent une sorte de mode d’emploi de développement spirituel en nous mettant en garde contre les pièges du chemin. Le thème natal est alors utile pour connaître notre (ou nos) mythe fondateur. Nous entrons ici dans l'astrologie de la Lune Noire qui décrit comment l’universel s’incarne avec ferveur et intransigeance dans une personne particulière.

Ce contact direct avec l’étincelle divine en soi, ce plan métaphysique de l’être, ouvre encore un nouveau chemin : la contact avec l’anima mundi, l’âme du monde. L’astrologue qui s’engage dans cette exploration pratique ce qu’il est convenu d’appeler l'astrologie mondiale. Ici encore, la prédiction des événements mondiaux ne devrait être que la conséquence d’une philosophie et d’une vision, elle ne peut pas être un fin en soi. L'astrologie mondiale questionne le sens dans l’Histoire (et non pas le sens de l’histoire) et, pour le formuler comme cela, décrit les rythmes d’incarnation de l’âme du monde sur la Terre au moyen des communautés humaines. Ce n’est pas l’histoire qui a crée les mythes, mais les mythes qui produisent l’histoire. Ce sujet est en réalité d’une extrême importance. Mieux le comprendre nous permettrait, enfin, de prendre collectivement en main les conditions de notre futur, plutôt de que vivre dans une civilisation chaotique qui avance sans direction ni but.

L'astrologie est une science du sens qui fonde sans jamais les figer des systèmes de valeurs. C’est un langage composé de symboles qui nous facilite cette grande traversée qui va du questionnement sur des événements particuliers à notre existence jusqu’à la compréhension des grands défis de l’histoire du monde, en passant par le développement personnel et le questionnement spirituel. Cela peut paraître extravagant, mais la raison en est simple : la nature n’obéit pas seulement à des lois mécaniques, elle fonctionne aussi comme une unité où événements, psychologie, transcendance et Histoire s’interfécondent en permanence. Cette unité est ordonnée par la pensée analogique qui est précisément celle qu’utilise l'astrologie et, plus largement, les systèmes symboliques.