Le végétarisme comme nouveau monde

Voici un bon article de synthèse sur le végétarisme qui explore ses dimensions philosophiques, éthiques et nutritionnelles.

Le végétarisme comme nouveau monde

En simplifiant à l'extrême deux dieux antagonistes et complémentaires se partageaient deux régimes alimentaires dans la Grèce Antique. Apollon le végétarien et Dionysos qui adorait la viande crue. Chacune de ces alimentations correspond au développement d'une voie spirituelle. La première est fondée sur la conscience et la lucidité, la seconde sur l'énergie et la capacité de libérer en soi puis de "maîtriser" la puissance vivante des instincts. Ces deux approches complémentaires correspondent, dans le symbolisme du corps humain, respectivement aux fonctions symboliques de la glande pituitaire et de la glande pinéale. Nous développons cela dans l'opuscule du Parchemin Magnifique consacré aux cinq sens.

Comment interpréter une planète rétrograde en astrologie ?

Notre société technique et extravertie a peu l’habitude d’explorer par implication directe le monde magique. L’implication est directe lorsque la personne devient son propre laboratoire, lorsqu’elle commence à ressentir les courants d’énergies subtiles qui l’entoure et la compose. Quant au monde « magique », si décrié par la rationalité scientifique et la tradition intellectuelle contemporaine, comment le définir puisqu’il est précisément ce qui ne se décrit ni par la raison ni par l’objectivité ? Il est composé de l’ensemble des phénomènes réputés incompréhensibles que la pensée passe le plus souvent sous silence en les jetant négligemment dans la poubelle des hasards et des illusions : synchronicités, guérisons par les mains ou à distance, magie des pentacles, lieux et objets « chargés », télépathie, apparitions d’êtres non charnels, intuitions, états d’Eveil, joie sans causes, contact sensible avec les plantes, chamanisme, etc. La liste serait aussi longue qu’hétéroclite puisque nous ne possédons pas aujourd’hui, à l’instar des théories scientifiques sur le monde objectif, de modèle cohérent capable d’ordonner tout cela.

L’astrologie a bien sur un pied dans le monde magique. Régis Dutheil y voyait un système de synchronicités permanent[2]. Alexander Ruperti, lors de ses séminaires, récusait sans cesse la thèse des « influences astrales » et préférait parler de ciel intérieur analogue au ciel extérieur. Quoi qu’il en soit il n’existe aujourd’hui en science aucune force connue capable d’expliquer le phénomène astrologique et de le classer dans l’univers de l’objectivité rationnelle. De là à le jeter dans la poubelle des illusions il n’y a bien sûr qu’un pas… qu’il faut bien se garder de franchir !

Pour parler symboliquement, la journée se compose en moyenne de douze heures de jour et de douze heures de nuit. En d’autres termes, un cycle total de manifestation procède autant de l’objectivité solaire avec ses valeurs de raison, de conscience, de lucidité, de maîtrise et de force que de la « subjectivité » lunaire avec ses humeurs liées à sa sensibilité au monde invisible, celui de la nuit. L’un sans l’autre serait terrifiant. Le jour sans la nuit nous conduirait rapidement au totalitarisme d’une conscience qui chercherait à tout contrôler au nom du bien, du vrai et de la rationalité technique. La prédominance de la nuit rappellerait le fonctionnement des sociétés préscientifiques où les jeteurs de sorts et les sorciers font la loi en s’appuyant sur la peur des gens. Or nous avons développé, depuis Descartes, une « science du jour » capable de changer les conditions objectives de notre vie, il nous manque encore une « science de la nuit » afin de comprendre comment fonctionnent ces forces « psychiques » qui animent et organisent la réalité invisible au moins autant que la causalité scientifique. Une journée se compose de deux fois douze heures, un cycle d’expérience a autant besoin de la clarté que de l’obscurité pour accomplir son cercle parfait.

Planètes rétrogrades

Planètes rétrogradesDans un thème astrologique, les planètes directes nous parlent de notre manière de vivre dans le jour, les planètes rétrogrades de notre exploration du monde de la nuit. Longtemps la clarté a valu sur le sombre à tel point que la rétrogradation des planètes dans le thème natal était considérée comme un phénomène négligeable où comme une souffrance liée à on ne sait quel « karma négatif ». La nuit est-elle négative par rapport au jour ? La personne qui affirme cela révèle simplement qu’elle est encore prisonnière de sa culture, d’une culture qui n’a de cesse de considérer l’objectivité et la raison comme seuls moyens de connaissance. En réalité les personnes porteuses de planètes rétrogrades dans leur thème astrologique sont à cent lieues de ce débat : elles vivent dans le monde de la nuit. Et si souffrance il y a, car souffrance il y a, c’est lorsqu’elles cherchent à utiliser leurs planètes rétrogrades comme des planètes directes sous la pression des « bons » conseils de leur entourage. Car une planète directe aime bien conseiller : « bouge-toi un peu, fais un effort, pratique un sport » dit vaillamment Mars direct à Mars rétrograde ; « exprime-toi, concentre-toi un peu, sois plus curieux ! » pérore un Mercure direct qui cherche à réveiller un Mercure rétrograde ; « participe plus à la vie sociale, prends ton espace ! » encourage un Jupiter direct. Chacun le sait, les bonnes intentions pavent l’enfer de larges avenues. L’enfer des planètes rétrogrades, c’est de s’efforcer avec conscience de suivre les conseils des planètes directes. Elles vont alors à contre courant de leur nature profonde.

Si celles-ci sont peu prolixes en conseils comme leurs consœurs directes, elles ne sont pas avares en affirmations péremptoires : « la vérité c’est que le monde manque de chercheurs spirituels ! » affirme unilatéralement un Mercure rétrograde en Sagittaire ; « il faut pratiquer une discipline au quotidien afin que cela devienne une habitude de vie ! » répète à qui veut l’entendre un Saturne rétrograde en maison VI… tout en culpabilisant de ne pas y réussir chaque jour ; « l’amour est une romance où des choses extraordinaires vont prendre place » aime laisser entendre un Neptune rétrograde en V… malgré les nombreuses désillusions qu’il a déjà traversé. Car les planètes rétrogrades sont tellement absorbées par la vérité qui habite leur âme qu’elles ne voient plus le monde du jour, elles se laissent volontiers aller à croire que la vérité qu’elles cherchent avec l’avidité d’un nouveau converti, est universelle.

Sur le thème astrologique, lorsqu’une planète rétrograde, elle revient vers le Soleil qu’elle a laissé derrière elle en prenant de la vitesse. Elle remonte en quelque sorte le mouvement de la vie symbolisé par la roue zodiacale, littéralement « le serviteur de la vie »[3]. Cette façon d’avancer à contre-courant a deux conséquences : la fonction psychologique concernée n’est plus soutenue par la force vitale des habitudes ni par celle de l’égrégore du groupe. Elle se sent comme « hors circuit », abandonnée de l’aisance caractéristique des planètes directes qui sont soutenues par les acquis du passé, l’éducation et la force des consensus collectifs. Elles expérimentent alors une sorte de chaos, un sentiment d’incompétence, l’impression de ne pas savoir faire selon les standards de leur environnement. A cette confusion s’ajoute une avidité pour la recherche de nouveaux chemins : avidité de savoirs avec Mercure, expérimentations amoureuses répétitives et difficilement explicables avec Vénus, recherche de modes d’action non compétitifs et non-violents avec Mars. Tout se passe comme si la planète rétrograde avait pour mission de découvrir puis d’affirmer une nouvelle manière d’être, une manière encore inconnue et incompréhensible pour les porteurs de planètes directes. La seconde conséquence est plus subtile à percevoir : une planète rétrograde semble se soumettre aux « dictats » normatifs des personnes porteuses de planètes directes, mais, en réalité, tout cela glisse sur elle et elle n’en faitt finalement qu’à sa tête. Elles est tellement plongée dans sa subjectivité, dans sa nuit intime, dans la perception de ces pépites de sens qui brillent comme des étoiles dans le firmament de l’Obscur, que le monde extérieur ne l intéresse absolument pas. Un enfant avec Mercure rétrograde en XII se questionnera très tôt sur l’existence de Dieu, en VIII sur son propre fonctionnement psychologique tel que ses rencontres le lui révèle, en IV sur la nature des liens familiaux qui tissent sa propre identité… alors, dans ces conditions, comment peut-il s’intéresser au fonctionnement du pied à coulisse et aux derniers résultats sportifs ? Ces questionnements sont toujours intimes et « secrets », ils n’apparaissent pas extérieurement. Pour une raison simple : les planètes rétrogrades sont mal outillées pour s’exprimer. Elles ne savent tout simplement pas comment faire. Mercure ne sait pas dire ce qui le préoccupe intimement, même si, en signe d’air, il n’est pas avare de paroles… tant que cela ne le concerne pas directement ; Vénus rétrograde n’a jamais appris à dire « je t’aime » même si l’amour et la beauté occupent une place prépondérante dans la vie de la personne ; Saturne rétrograde ne sait pas dire « non » et refuser quelque chose qui ne l’intéresse pas. L’incompétence de la rétrogradation dans le monde extérieur n’a d’égal que sa compétence dans l’exploration de sa vie intérieure. Mais comprenons-nous bien : il ne s’agit pas du psychologue qui a appris sa science sur les bancs de l’université ! L’exploration de la nuit, nous l’avons souligné, suppose que la personne soit en permanence son propre laboratoire. Elle est comme immergée en elle-même et incapable de parler de son expérience en cours. Elle-même ne sait pas où elle va. Elle a déjà franchi un grand pas lorsqu’elle accepte cette marginalité naturelle et ne cherche plus à imiter le comportement des planètes directes.

Le pas suivant consiste à comprendre que les lois du monde magique sont inversées par rapport à celles du monde objectif. Avec Mars direct, il faut se battre pour affirmer ses points de vue et se faire une place au soleil ; avec Mercure direct il faut avoir du répondant et savoir argumenter ses analyses pour convaincre ; avec Saturne direct il faut prendre des responsabilités et assumer joyeusement le sentiment de solitude issu de sa position sociale. Inversement, avec des planètes rétrogrades il s’agit idéalement d’apprendre à se réaliser dans le non-effort. Les « il faut » des autres les agacent profondément. Le non-effort consiste à laisser vivre la nouvelle vie qui hante le cœur, à accepter les nœuds psychologiques qui surgissent, à conserver une foi sans attente vis-à-vis du nouveau cristal de sens qui deviendra pleinement conscient au moment de la conjonction entre la planète qui rétrograde et le Soleil[4]. Arrivée à ce point, la personne commence à comprendre de l’intérieur que ce qu’elle avait toujours perçu comme un handicap est en vérité une grâce. La grâce de la profondeur et de l’inspiration. Combien de Mercure rétrogrades chez les orateurs ! Combien de Vénus rétrogrades chez les hommes politiques porteurs de valeurs, combien de Mars rétrogrades chez les apôtres de la non-violence, de Jupiter rétrogrades chez les réformateurs sociaux et de Saturne rétrogrades qui surent changer le vieil homme qu’ils étaient en un nouvel homme ! Bien sûr ces exemples font plus figures d’exceptions que de cas généraux, mais ils nous montrent comment nous pouvons transformer une rétrogradation si nous décidons de l’accueillir, de la prendre en main et de reconnaître le travail qu’elle accomplit au fond de la psyché. Comment se fait le retournement ? Par la reconnection de la fonction planétaire au ressenti intérieur de l’être, par son contact toujours plus intime avec son âme, avec son Soleil.

Évoquons à grands traits chacun de ces retournements

Avec Mercure, la pensée se désintéresse du monde objectif et se tourne vers l’intérieur. Ce qu’elle questionne semble ne soucier personne. Elle voit soudain des détails invisibles aux yeux de ses compagnons, mais elle est incapable d’exprimer la nature de son nouveau monde tellement elle est lente lorsqu’il s’agit de dire quelque chose. C’est que la personne est engagée dans le long processus de la recherche d’une nouvelle manière de penser et de comprendre. Elle s’interroge beaucoup sur son propre fonctionnement psychologique, s’intéresse parfois à l’astrologie comme outil d’exploration de ses mystères intimes. Au bout du compte, lorsque Mercure sera sortie de la boucle de rétrogradation en progressions, elle aura développé une manière de voir et de dire qui pourra étonner ses compagnons par des intuitions qui semblent surgies des profondeurs de la nature.

Avec Vénus rétrograde, il est difficile de dire « je t’aime », d’exprimer ses sentiments et de se confronter à la vie réelle dans ses relations amoureuses. C’est que la personne porte en elle une image de l’amour très spéciale qui a peu à voir avec la nature de la personne aimée. Elle comprend peu ses motivations et pourquoi elle se retrouve sans cesse dans des schémas répétitifs qui lui semblent pourtant incontournables. Elle cherche au fond d’elle-même une nouvelle manière d’aimer. Selon la force de Mars, elle pourra séduire beaucoup en cherchant à travers ses multiples partenaires l’âme sœur qui les réunit tous, ou se réfugier dans une période monastique car personne ne semble la comprendre. L’art, son art à elle, sera souvent un moyen de dire ces valeurs profondes. Au terme de cette longue période de quête, la personne aura compris que la séduction est un obstacle à l’amour, elle deviendra porteuse de valeurs nouvelles par ce qu’elle est devenue.

Avec Mars rétrograde, la compétitivité, le plaisir de sentir l’énergie fuser et le goût du combat propres à la planète directe sont comme effacés. Le désir a des difficultés à s’exprimer lorsqu’il s’agit de satisfaire les besoins du moi. Se défendre, défendre ses intérêts personnels, n’a plus de sens. Évidemment, cette lacune est longtemps vécue comme de la faiblesse par le porteur d’un Mars rétrograde. C’est que la vie lui demande de prendre conscience de l’énergie vitale qui est à sa disposition et de la réorienter consciemment. Des techniques comme le taï chi pourront l’aider par exemple. Un jour, la personne comprend par l’expérience que son énergie et ses désirs sont infiniment plus efficaces lorsqu’ils sont mis au service d’une œuvre ou d’une activité impersonnelle qui ne nourrit pas son ego. Alors Mars retrouve sa fonction première : se mettre au service de la vie.

Avec Jupiter rétrograde, il est parfois difficile de prendre son espace et de réussir matériellement au sens où l’entend notre modèle de civilisation consumériste. Bien sûr, la personne participe à la vie sociale. Mais elle se sent tellement décalée ! Il existe une telle différence entre le fonctionnement de groupe qu’elle pressent comme possible au fond de son cœur et la réalité de sa vie socioprofessionnelle ! Chaque jour elle souffre de cette incompréhension viscérale. Pourtant, elle se sent protégée intérieurement par les anges. Cela lui donne la force de continuer et d’avoir foi dans sa vision. Arrivée au terme de ce processus de maturation intérieure consacré à la vision d’une nouvelle manière de concevoir le sens de la communauté et l’usage de l’argent, ses compagnons viendront la chercher pour lui proposer des responsabilités professionnelles où elle aura la possibilité de rénover le tissu social grâce aux évidences qui auront poussé en elle.

Avec Saturne rétrograde, la fonction « interdit » est tournée vers l’intérieur et sans efficacité par rapport aux demandes du monde extérieur. Aussi la personne a-t-elle de la difficulté à dire « non » tout en culpabilisant d’avoir cédé si facilement à la demande de son ami(e) ou de ses enfants. Un jour, elle comprend qu’un « non » est en réalité un « nom », son nom. L’affirmer pleinement revient à se mettre debout, à renoncer à se prendre pour dieu en cherchant sans cesse à être parfaite, et à affirmer depuis le cœur de son cœur son identité profonde. Une identité qui remplace enfin le nom du père absent, manquant, ou parfois trop autoritaire (si Saturne rétrograde est fortement valorisé dans le thème). Saturne rétrograde offre l’opportunité à la personne de renouveler complètement son identité. Jung est sans doute un bon exemple de cela. En général ces personnes se sentent fragiles et démunies par rapport à la « dure réalité de la vie », mais c’est qu’elles ignorent encore tout de leurs ressources. Il leur faut souvent des conditions difficiles pour réaliser à quel point elles sont fortes et capables de faire face aux difficultés. Leur résistance psychique est sans égale car Saturne, en se tournant vers l’intérieur, est un bon outil pour gérer le processus de métamorphose et de reconstruction du moi. Une reconstruction fondée sur les valeurs du Soi, du Soleil de naissance, et non plus sur l’éducation et la tradition.

Quant aux rétrogradations d’Uranus, Neptune et Pluton elles nous offrent l’opportunité de contacter directement la qualité d’énergie de la planète. Avec Uranus rétrograde la personne se sent radicalement différente des autres et a un besoin de liberté non négociable. Elle développe une sorte de toucher mental où elle devient capable de sentir la présence des Idées platoniciennes. Avec Neptune, elle apprend la transparence en s’ouvrant toujours plus au rythme du cosmos qui la porte de sommets extatiques en vallées profondes d’ombres et de nudité. Avec Pluton, elle commence à sentir dans son corps les forces de mutations qui sont à l’œuvre dans chacune de ses cellules. L’angoisse incompréhensible qui la hantait jusqu’à présent se montre enfin sous un nouveau jour, celui de la vie qui cherche un chemin dans sa matière corporelle.

Que dire encore des rétrogradations ?

Que dire, si ce n’est accentuer une fois de plus leur importance dans le thème astrologique ! En fait chaque planète devrait être lue non seulement en signe, maison et aspect mais aussi dans sa relation de phase avec le Soleil. La boucle de rétrogradation des planètes intérieures est l’occasion de reconnecter la pensée (Mercure) et les valeurs (Vénus) aux besoins essentiels de l’être humain, aux besoins du Soi. Quant à la boucle de rétrogradation des planètes extérieures, elle tente de corriger tous les excès et les peurs générés dans l’emploi de celles-ci depuis leur conjonction avec la Soleil (les excès, le sentiment de toute puissance) et le carré croissant à l’astre du jour (les peurs, les décisions avortées). En d’autres termes, chaque planète directe porte le niveau de conscience généré lors de la précédente boucle de rétrogradation. Que serait en effet le jour sans la nuit ?


[1] Cet article évoque le sens des planètes rétrogrades sur un thème astrologique. Ces idées sont développées, avec des exemples d’interprétation, dans un ouvrage du même auteur publié aux éditions de Janus : Planètes rétrogrades, terres intérieures.
[2] Régis Dutheil, « un nouveau modèle temporel : synchronicité et a-causalité dans l’univers supralumineux ». Revue de biomathématique n° 97, p 27 (1987).
[3] D'après le Larousse « zodiaque » viendrait de zooi-dia-kon ou zooi eikon, c'est-à-dire « image d'animaux ». C’est peu vraisemblable car quatre signes ne sont pas zoomorphes et, surtout, le principe qui consiste à vouloir tirer l'origine à partir de la figuration dérivée semble défectueux. C’est comme si, par exemple, on essayait de tirer l’étymologie de « Citroën » à partir des chevrons de la marque. On peut cependant imaginer une autre étymologie à partir de Zoe diakonos ,  diakonossignifiant « serviteur » et zoe, la « vie » : le « serviteur de la vie ». Le  mouvement du Soleil sur l’écliptique renvoie à la « vie » (zoe) et le dessin des signes renvoie à son « serviteur » (diakonos). Il existe donc douze manières de servir la vie, c’est-à-dire la Grande Déesse, notoirement mise en scène dans les douze Travaux d’Hercule.
[4] Cela n’est vrai que pour les planètes qui naviguent à l’intérieur de l’orbite terrestre, Mercure et Vénus. Les planètes extérieures rétrogradent lors de leur opposition au Soleil, par conséquent l’interprétation sera un peu différente.

Les blessures du prométhéen

Les blessures du prométhéen

Les « pathologies prométhéennes » résultent d’un dysfonctionnement non pas psychologique mais mythologique. En d’autres termes la cause de la pathologie n’est ni à rechercher dans les gènes ni dans une perturbation due à l’environnement affectif ou social, mais dans l’accomplissement encore imparfait du mythe fondateur dont la personne est porteuse. Les « maladies mythologiques » sont des appels de l’âme. Elles signent les nécessaires réajustements entre un appel intérieur impérieux et un comportement extérieur qui se refuse encore à la grande aventure. Nous en avons ici répertorié quelques-unes, sans prétention à l’exhaustivité.

Précisons qu’une même pathologie peut avoir au moins quatre causes fondamentales :

–                 Une cause physique : si je mange trop j’aurai mal au ventre

–                 Une cause systémique : si j’ai peur de mon environnement j’aurai mal au ventre

–                 Une cause mythologique : si je refuse ma créativité mentale j’aurai mal au ventre

–                 Une cause ontologique : le mal de ventre est un processus normal de naissance à soi-même.

Avant de traiter une maladie il convient donc de s’interroger sur sa cause possible : faut-il soigner avec un médicament qui aide à la digestion (cause physique) ; faut-il modifier ma manière de vivre (cause systémique) ; est-ce un l’appel puissant de mon âme, c’est-à-dire de mon besoin fondamental (cause mythologique) ; ou encore faut-il laisser s’accomplir le processus initiatique qui m’habite (cause ontologique) ?

Nous ne traitons ici que des maladies d’âme. Une migraine, par exemple, n’est pas nécessairement prométhéenne, même si elle peut l’être.

L’anorexie, une maladie des hauteurs

Prométhée refuse toutes les chaînes, la première d’entre elles étant l’incarnation de l’âme dans le corps. Il existe ici une révolte contre le fait d’être né et un impérieux désir de retourner vers l’essence des choses en se dématérialisant toujours plus, en retrouvant aussi ce feu dynamique et puissant que confère automatiquement toute expérience volontaire de privation de nourriture. Par l’anorexie, le prométhéen tente de revenir vers Ouranos, vers le Ciel Etoilé, là où brille la clarté de l’Esprit et la légèreté du souffle alliés à la toute puissance de l’intention. Pour lui « incarnation » signifie  être enchaîné au rocher de la matière corporelle. L’alliance qu’il devrait apprendre à sceller passe par la reconnaissance du corps.

Le mal de tête, une créativité inaboutie

Nous avons déjà noté la relation miroir entre la « pense du haut » et la « panse du bas » : la  même structure labyrinthique apparaît dans la forme du néocortex et celle des intestins, ce dernier terme signifiant par ailleurs « dans la tête » (in-testus). Souvent, chez l’enfant, le « mal de ventre » se manifeste lorsqu’une information n’est pas digérée. Le ventre est une soupape de sécurité à une tête encombrée, la diarrhée une élimination de pensées inassimilées. Or le prométhéen, nous l’avons vu, manque de sel biliaire : les intestins ne jouent pas leur rôle d’exutoire à une tête en danger d’asphyxie par une nourriture intellectuelle surabondante. L’énergie des pensées sauvages inabouties engendre alors pression dans la tête. Après l’anorexique regret du monde de la toute puissance stellaire voici les pensées créatrices inexpérimentées, encore incapables de trouver leurs chemins vers une réalisation matérielle. Alors la tête subit la pression de leur sarabande.

L’absence de « digestion » symbolique entraîne donc des « mi-graines ». C’est-à-dire, dans la langue des oiseaux, une semence coupée en deux. Cette « graine »  là, cette pensée inaboutie, n’a donc aucune chance de germer.  Deux désirs essentiels se font de l’ombre, s’empêchant mutuellement toute croissance. L’absence de « d’I-gestion » (gérer à partir de son axe vertical, le I) entraîne un risque de dissociation de la volonté : on veut deux choses en même temps sans pouvoir exprimer (faire pousser) ni l’une ni l’autre (mi-graine).  La « mi-graine »  reproduit exactement la forme du cerveau avec ses deux hémisphères. Au pire elle signe un état de schizophrénie, de dissociation de la personnalité entre deux objectifs fondamentaux et contradictoires : liberté et sécurité, indépendance et dépendance, etc. Elle manifeste la dimension d’ambivalence qui accompagne  l’ensemble de la geste prométhéenne.

Les problèmes de digestion, une assimilation imparfaite des émotions

Le rôle symbolique de la digestion est, nous l’avons vu, de « gérer à partir du I ». C’est-à-dire d’assimiler les informations en provenance de notre environnement  pour les rendre consubstantielles à soi-même, à notre verticalité, à notre nature particulière d’être humain. Ce rôle d’assimilation, la digestion l’exécute tant sur le plan biologique que sur le plan symbolique. Chez le prométhéen cette fonction est accomplie plus aisément par le feu végétal (le fenouil porteur de braise) que par le feu liquide (les acides biliaires). En d’autres termes il assimile les chocs grâce au fonctionnement extrêmement sensible de son corps de vitalité bien plus que par une acceptation émotionnelle. Le végétal correspond en effet symboliquement à l’énergie vitale car la plante se nourrit de lumière ;  le liquide, on le sait, image les émotions. Il arrive toutefois un moment où le feu vital ne peut plus complètement compenser le déficit en sels biliaires. Alors le processus de digestion récrimine.

La colère, une révolte inaboutie de l’Enchaîné

Après la tentation des étoiles au risque de l’anorexie, après le poudroiement de la créativité intellectuelle au risque de la migraine,  vient la colère refoulée. Celle-ci se focalise naturellement sur le foie puisque sa détérioration est la conséquence de la colère de Zeus qui envoie son aigle mangeur de chair. La médecine chinoise, par une toute autre voie, considère également le foie comme le siège de la colère. Dans cette structure les maladies du foie (hépatites, cirrhoses) sont la conséquence d’une contradiction psychique insoluble : le désir d’aventure, de prendre des risques, d’innover et d’aller de l’avant, confronté à un sentiment de culpabilité et une peur de l’échec. Cette nouvelle ambivalence  provoque une d’inhibition « résolue » par la maladie du foie. En ce moment mythologique particulier le prométhéen sait dans sa chair que l’aventure de la liberté pourrait générer un déluge dans sa vie personnelle. Enchaîné au rocher de son impuissance, il se refuse à exprimer sa nature essentielle par peur de l’échec. Emprisonné dans la tour d’ivoire de sa hautaine solitude il refuse l’humble amour des « petits oiseaux » et subit les outrages de l’orgueilleux aigle noir. La clé consiste ici à retrouver sa foi, son foie, sa confiance en soi, sa capacité à s’exprimer dans sa différence puis pour sa différence. La clé a aussi pour nom modestie et simplicité.

Les maladies du foie ou le futur incertain

La blessure de culpabilité infligée par l’aigle du remord – il « re-mord » en effet chaque jour – détruit automatiquement le moindre projet d’avenir. Aucun devin, si doué soit-il, ne lira jamais dans un foie déchiqueté. Le sentiment de ne pas avoir d’avenir, d’être sans projet, est si douloureux chez le prométhéen qu’il demande à son foie de le prendre en charge sous la forme d’une maladie. Rien ne sert alors de soigner le viscère, il est préférable de reconnaître le pressant appel de l’âme à une remise en route vers des futurs de lumière, car tous les futurs ne conduisent pas au déluge.

L’acuité visuelle : pour vivre dans le présent

L’organe de la vision du futur est attaqué par l’oiseau à l’œil perçant, le foie est dévoré par l’aigle.  L’aveuglement de Prométhée sur l’avenir, sur son avenir, est compensé par la vue à nulle autre pareille de l’oiseau de Zeus fixant le monde à partir d’inaccesibles sommets. Tout se passe ici comme si la vision dans le temps, la vision du futur, était remplacée par une vision de l’espace. Un nouveau retournement de la conscience point à l’horizon de l’expérience du prométhéen. Car que fait l’œil ? Il capte le feu de la lumière. Les ondes sont ensuite réinterprétées par le cerveau pour construire une image de la réalité. L’Enchaîné apprend à regarder l’ensemble de ce qui est plutôt que l’idéal de ce qui pourrait être. Il apprend à recevoir la lumière de l’existant plutôt que de distribuer aux hommes la vision d’une utopie. Généralement, le prométhéen affiche une grande acuité visuelle qui lui enseigne sans cesse l’importance de ce qui est là, ici et maintenant. Elle lui rappelle que le présent est un présent offert par l’univers… à condition toutefois de le vivre dans la présence à soi-même, comme immobilisé au rocher de sa nature profonde. C’est ainsi que les enfants de Prométhée  reconstruisent le sens de leur propre valeur et leur unité intérieure. Une unité que la vision déçue des lendemains que chantent avait passablement entamé.

La dépression, une régression du feu

Qui joue avec le feu se brûle, qui s’est brûlé craint même les allumettes. Une expérience des sommets est suivie d’une descente dans l’ombre de la vallée. La dépression prométhéenne est un reflux du feu : la vie ne se déroule plus, les choses ont perdu de leur éclat. Plantes, animaux et humains ne prospèrent plus. C’est là l’une des conséquences de l’aventure prométhéenne de l’homme occidental. L’homme moderne éprouve une diminution de sa joie de vivre et de son énergie, l’enthousiasme a cédé devant les assauts répétés de la tristesse. Les voleurs de feu de la Renaissance nous laissent ce lourd héritage. Après l’enthousiasme pour un monde de Progrès où le feu des Lumières devait éclairer l’humanité vint la jarre de Pandore avec ses maux : le travail, la maladie, la vieillesse, le désespoir mêlé à l’utopie.  Sur le plan individuel la dépression signe une régression du feu. Mais c’est aussi une maladie de notre civilisation car, collectivement, notre feu régresse par la prise de conscience des conséquences et des dangers du vol de la connaissance. Le prométhéen dépressif rencontre alors l’opportunité, voire la nécessité intérieure, de passer d’un feu à l’autre. La toute puissance du désir, interdite de projection sur les choses, devrait d’élever vers le cœur. Deucalion, le créatif inspiré par ses tripes, devrait remonter vers Prométhée, le créateur inspiré par l’esprit. Les prométhéens sentent avec plus d’acuité que d’autres les limites d’une société de consommation essentiellement préoccupée par le bien-être du ventre, ils sentent dans leur chair la nécessité de développer le feu du frêne : l’intelligence du cœur. Les dépressifs vivent une inconfortable transition entre deux feux : la sexualité, la reproduction et la production ne les intéressent plus, ils aspirent à une autre lumière, à la satisfaction d’un désir plus essentiel.

Parfois l’intensité du feu de l’esprit stimule de manière excessive celui des fesses. La part d’ombre de l’être est alors mise en lumière sous la forme d’une augmentation de l’instinctivité et de troubles sexuels. L’ange devient bête.

L’incendie volontaire représente une autre forme de la régression du feu.  L’individu inapte à assimiler l’intensité de l’appel de sa transformation intérieure la projette en son extérieur. Incapable de se brûler dans la flamme de la métamorphose l’incendiaire accomplit tout de même son acte de néantisation : la forêt part en fumée, sacrifiée au dieu du feu. Seul ce rituel impérieux peut satisfaire un temps l’inexorable génie de la transformation qui habite l’être hanté par son dieu. Le plus souvent ce feu est d’ordre sexuel car il s’agit du plus matériel des feux. Ne pouvant devenir plus tangible encore il n’a d’autres choix que de sortir de la sphère symbolique pour se manifester dans la flamme ardente qui anéantit les forêts et les frênes.

D’une manière générale le prométhéen est sensible aux maladies en « hyper » en raison de sa tendance à « jouer avec le feu ». Lorsque ce feu nouveau – qu’il soit sexuel ou spirituel – est trop violent, il stimule excessivement  un centre psychique ou un organe.

L’argent, une gestion difficile

Sans développer ici une analyse argumentée signalons que le sucre est l’analogue symbolique de l’argent. Or le foie gère la diffusion et le stockage du glucose sanguin. Le prométhéen risque par conséquent d’alterner entre le trop (stockage) et le trop peu (diffusion) dans l’emploi de son argent liquide. Entre la prodigalité et l’avarice au quotidien son foie oscille.

La blessure scandaleuse

Et puis il y a la blessure. Une blessure intrinsèque à l’épopée du Titan. Jusqu’à présent les pathologies prométhéennes étaient dues à un non-accomplissement du mythe : refus de l’incarnation (anorexie),  créativité mentale inaboutie (migraine),  sentiment d’insuffisance personnelle joint à un désir d’aventure (pathologies du foie) et opportunité de changer ses valeurs profondes (dépression). Pourtant la blessure est une donnée immédiate de l’histoire de Prométhée. Tout prométhéen porte en lui un lieu de souffrance qui est aussi la signature de son identité spirituelle. Le scandale de cette souffrance injuste qu’aucun événement de sa vie biologique ou psychique ne saurait ni expliquer ni justifier lui semble d’abord inacceptable. C’est néanmoins en cherchant à la comprendre et à vivre pleinement sa dimension symbolique qu’il accomplit sa destinée. Beethoven eut des crises de surdité dès son plus jeune age, malgré cela il accomplit son destin de compositeur hors norme ; Fulgence Bienvenüe, l’ingénieur  qui fut à l’origine du métro parisien, eut le bras gauche arraché par accident à l’age de 20 ans, malgré cela  il consacra sa vie à la réalisation de ce projet de construction jugé scandaleusement novateur à son époque. Et, non sans ironie, il fonda la première station de métro à « Mont-Parnasse », précisément là où Deucalion s’échoua après le déluge et créa une nouvelle race d’hommes. Le prométhéen devrait donc s’interroger sur le lieu corporel de sa souffrance, car là est la clef de sa mission spirituelle.

Éloges de la faiblesse

Le chemin vers la victoire

Il y a dans le monde une voie toujours victorieuse et une voie qui ne l’est jamais. Celle qui est toujours victorieuse s’appelle douceur, l’autre, la voie qui ne vaine jamais : violence. Elles sont toutes les deux aisées à connaître, mais l’homme les ignore.

C’est pourquoi on disait, dans la haute antiquité : les violents l’emportent sur ceux qui le sont moins qu’eux-mêmes ; la victoire des doux provient d’eux-mêmes. Les premiers sont en grand danger dès qu’ils rencontrent leur égal, les seconds ne connaissent aucun danger. De ceux qui de cette façon se domptent eux-même, de ceux qui de cette façon se chargent du gouvernement du monde, on peut dire qu’ils vainquent sans vouloir vaincre, qu’ils gouvernent sans vouloir gouverner.

Maître Yu dit : « Désires tu la rigidité ? Tu l’obtiendras par la souplesse. Désires tu la force ? Protèges la par la faiblesse. Pratiques la souplesse et tu deviendras ferme. Exerce-toi dans la faiblesse et tu deviendras fort. Si tu observes donc avec attention la conduite (des gens), tu prévoiras leur avenir, malheur ou bonheur. Le violent vainc celui qui l’est moins que lui, mais, quand il se heurte à qui lui ressemble, il lui faut se durcir (il y a risque de cassure) ; la supériorité du doux étant en lui-même, il possède une puissance sans mesure.

Lao Tan dit :

« Les armes sont-elles puissantes ? Elles seront détruites.

Un arbre est-il puissant ? Il se brisera.

Ce qui est mou, ce qui est faible, voilà es amis de la vie

Ce qui est rigide, ce qui est violent, voilà les amis de la mort.[1] « 

 [1] Citation du Tao te King, 76

 

Le coq de combat

Ki sio-tseu dressait un coq de combat pour le roi Siuan de Tcheou. Dix jours (après le début du dressage), le roi s’enquit, « le coq est-il déjà bon pour le combat ? », l’autre répondit « pas encore, il est vaniteux et suffisant ».

Dix jours se passèrent, le roi réitéra sa demande. L’autre dit encore : « Pas encore, il réagit à chaque ombre, à chaque bruit ». Dix jours plus tard, le roi s’enquit de nouveau. Toujours rien, lui fut-il répondu. « Il a encore le regard trop irrité et un air triomphateur ». Enfin, après dix autres jours, comme la demande se renouvelait (Ki Siao-tseu) déclara : « Il y est presque ! Quand d’autres coqs chantent cela ne fait aucune impression sur lui. En le regardant, on croirait voir un coq en bois. Sa force intérieure (te) est parfaite. »

Les autres coqs n’osaient s’approcher de lui ; (au contraire), ils se détournaient et s’en allaient.

 

Extraits de Lie Tseu, Le Vrai Classique du vide parfait, p.88 et p.94, Gallimard.

 

La crise actuelle

Retrouvez l'intégralité de cette conférence sur http://despassages.com
Dans cette série de 8 audioconférences d'une vingtaine de minutes, dont voici la première partie, nous montrons pourquoi la crise actuelle n'est pas seulement économique, sociale ni même écologique. Notre époque est face à une mutation considérable qui suppose une transformation profonde de la nature humaine. Dans la seconde partie nous évoquons les clefs qu'à utilisé le vivant pour affronter ce type de crise ontologique, La vie sur Terre a en effet déjà subit cinq grandes extinctions. Nous sommes au début de la sixième en raison des activités humaines. A chaque fois le vivant s'est transformé et à survécu.

Voir la quantique ?

La mécanique quantique appartient au processus de réenchantement du monde dans la mesure ou ses conséquences fondamentales comme la non-séparabilité, la "dualité" onde/corpuscule et la notion de champ unifié donnent une légitimité scientifique à un monde nouveau où la compétition, la concurrence et l'individualisme ne seraient plus les facteurs dominants. Même si les lois de la microphysique ne peuvent être appliquées au monde ordinaire, elles permettent de le penser autrement.

Voici une excellente conférence sur la mécanique quantique, très pédagogique,  qui a le mérite d'allier science avec design et art. On peut néanmoins regretter la dernière réponse donnée à un auditeur sur la question de l'homéopathie qui casse un peu l'ambiance. Il faut rappeler ici que les grandes découvertes ne se déploient pas dans l'institution mais dans ses interstices. Poincaré fit une avancée majeure dans sa recherche lorsqu'il mit le pied sur un bus le conduisant à Rouen, Einstein publia les trois articles qui allaient révolutionner le physique classique alors qu'il travaillait au bureau des brevets à Bernes, Newton accepta l'idée d'un effet sans contact direct (la gravitation) parce qu'il était passionné par l'alchimie (et accessoirement l'astrologie). L'orateur reconnaît lui-même que les nouvelles idées des universitaires ne leurs viennent pas dans leurs bureaux mais à la cafétéria,  Les grandes découvertes se dévoilent hors des sentiers battus, au propre comme au figuré. Privilégier ces interstices est donc crucial pour "réenchanter le monde".

La notion de localité. Notamment la seconde partie avec Etienne Klein

L’univers interconnecté

Voici une très belle synthèse entre physique classique, mécanique quantique, prana et ouverture du cœur. A écouter jusqu'au bout.

L'univers interconnecté avec Nassim Haramein

Le signe du cancer et l’estomac

L’estomac est un viscère appartenant au tube digestif. Ce dernier est un dedans qui intériorise un dehors. Il reçoit des aliments en provenance du monde extérieur. Grâce à ce viscère creux le sujet se construit pas à pas en symbolisant le monde, en le « métabolisant » en langage biologique. « Symboliser » est en effet l’art de se mettre en contact avec quelque chose d’inconnu puis d’élaborer une réalité intérieure fondée sur le sens, le ressenti et la compréhension de ses perceptions. Le sujet se construit et se transforme grâce à d’incessants processus de symbolisation qui consistent à faire d’une perception extérieure une identité intérieure.

Le projet de l’estomac est de se remplir, de devenir plein. En ce lieu symbolique, le sujet prend naissance. Qu’est-ce, en effet, qu’un sujet sinon une plénitude posée là, comme une bulle puissante, sensible et fragile dans le grand vide des choses étrangères ? Toute perturbation de cette bulle de soi suscite des sautes d’humeur.

Biologie

La chute des aliments dans le sac stomacal stimule la sécrétion des sucs gastriques dans la paroi du viscère puis intervient un brassage mécanique qui favorise leur dissolution. L’acide chlorhydrique composant le suc gastrique est extrêmement corrosif. Il déforme les protéines, tue les bactéries et réduit la taille des molécules organiques. Sur le plan symbolique, cette lyse est aussi une « analyse ». Une analyse acide, sans concession, qui détruit l’apparence phénoménale des expériences-aliments pour n’en conserver que les éléments fondamentaux. Au contact du monde extérieur le « sujet » commence à produire de l’acide, mais il est aussi brassé, tourneboulé, bouleversé. Dans ce vase intime que de tempêtes et de désillusions ! Parfois l’acidité devient de la médisance si les reflux gastriques tentent de s’échapper de la poche où ils sont normalement circonscrits. Ils « brûlent » l’œsophage et la cavité buccale, métaphore d’un verbe acerbe inexprimé. Contrairement aux intestins et aux reins qui filtrent les substances, l’estomac ne choisit pas. Il accueille tout ce qui lui est servi. Parfois en récriminant mais toujours sans discriminer. On comprend à quel point la vie d’une personne centrée sur cet organe pourra être chahuté et combien elle devra l’avoir bien accroché pour accueillir les hauts et les bas des nourritures affectives. On comprend aussi à quel point la critique sera l’attitude défensive d’un « moi » immergé dans un monde extérieur jugé aussi immense qu’hostile.

Néanmoins la « critique acide » est une activité nécessaire au bon fonctionnement de l’estomac comme à l’élaboration du « moi ». En agissant ainsi la personne sépare en fines parties les expériences-aliments qu’elle reçoit. Elle se différencie du monde extérieur en affermissant progressivement l’île subtile de son « moi », elle est alors de moins en moins remuée par les grandes vagues retournantes nées de l’océan des choses étrangères. Lorsque l’ouverture sensible du moi est trop vaste, le monde extérieur est vécu comme une agression permanente que la personne est incapable de filtrer ou même d’accueillir. Alors elle rejette par le vomissement ce trop plein de choses subtiles qui envahissent sa conscience. Un excès de sensibilité « lunaire » la conduit à imiter le comportement de Cronos/Saturne qui vomit ses enfants. Les astrologues y verront bien sûr une manifestation de la complémentarité entre le Cancer et le Capricorne auxquelles ces planètes sont associées.

L’estomac symbolique est la promesse d’une profonde évolution pour celui qui réussit à faire sien ce qu’il admire chez les autres. Il « absorbe » leurs qualités. N’est-ce pas aussi cela « manger » ? Cette stratégie est très profondément inscrite dans le psychisme archaïque. Les Gaulois, dit-on, s’appropriaient la force et l’intelligence de leurs ennemis vaincus au combat en buvant dans leurs crânes. Curieusement, le christianisme à maintenu le sens premier de l’acte de manger puisque, au moment de la communion, les croyants absorbent le Corps du Christ et boivent Son Sang pour mieux s’imprégner de sa Présence. Du déguisement vestimentaire à « l’Imitation du Christ », le mimétisme aide la personne à intégrer les qualités qu’elle admire chez les autres. Agissant ainsi, elle les démystifie et se libère de l’admiration qui consiste à « dévorer des yeux » les êtres aimées. Dans le cas contraire, l’autre deviendrait une « proie » fort sympathique séduite par la trame miroitante des feux qui l’honorent. Peu importe que l’on théorise ou non le mimétisme. Le plus important est de le vivre puisque l’estomac appartient à l’espace sensible de l’Eau et se destine à l’élaboration du sujet.

L’ego qui souhaite échapper à l’enfermement narcissique devrait éviter l’écueil de l’absorption de l’autre. Il a pour tâche d’incorporer les qualités qu’il juge exemplaires et non de dévorer des formes qu’il aime avec admiration. L’estomac digère les expériences en les soumettant au rude malaxage des sucs gastriques ! Une personne qui refuserait la souffrance du deuil, cette l’opération de destruction des images et des souvenirs pour se réapproprier une simple essence d’expérience, serait comme Narcisse[1]. Elle ne verrait dans le monde extérieur qu’une image d’elle-même, sans la symboliser, sans la métaboliser, sans la transformer, sans la détruire et s’offrir la chance de devenir un être à part. Car tout se passe parfois comme si l’estomac voulait avaler tout rond ce que les yeux admirent sans se donner la peine de l’acidification douloureuse par les sucs gastriques. Douloureuse, car l’estomac propose un processus de mort des images et des formes reçues du monde extérieur pour n’en retenir que l’essentiel. « Nourrir » et « mourir » sont si proches ! Grandir est un processus de deuil. L’estomac le rappelle à sa manière en absorbant du vivant pour le transformer en substances mortes. La langue des oiseaux n’est pas en reste : le J que dessine le « Je » naissant dans la poche stomacale évoque en même temps les multiples petites morts qui égrènent l’existence dans l’expression « ci-gît ».

Un estomac accompli possède donc sur le bout des doigts l’art du deuil. L’être psychique fonctionne exactement comme le viscère biologique : il reçoit par voie sensible des informations du monde extérieur puis il les fait siennes en les « tuant ». Grâce à ce processus de mort, la mémoire des choses et les souvenirs disparaissent pour se transformer en une essence d’expérience. De l’image, il ne conserve que l’idée de beauté ; de la souffrance du manque il honore sa sensibilité. Mais mourir pour grandir n’est pas toujours facile. La tentation est grande de rêver dans son estomac, de ne conserver que le désir de plénitude en refusant l’arrachement du deuil. Alors surgit l’addiction. Lorsque l’estomac ne symbolise plus il absorbe sans cesse le monde extérieur. Il collectionne les objets, les images, les souvenirs, les amours, les rêves artificiels ou les livres… tout ce qui le remet en contact avec ses richesses intérieures non encore intériorisées. Chacun d’eux joue le rôle de la célèbre madeleine de Proust. Le collectionneur absorbe le monde et le dépose au creux de sa maison-estomac dans l’espoir de se sentir comblé. Mais s’il oublie de métaboliser les objets qu’il rassemble, ceux-ci s’accumulent et il court le risque de vivre de drame de Cronos qui vomit ses enfants.

Les trois niveaux de lecture de l’estomac symbolique sont donc  « manger ou être mangé » dans l’involution ; « se changer ou être mangé » dans l’évolution ; « devenir consubstantiel au Réel » dans la transvolution. L’involution confronte la personne au sens de sa fragilité mais aussi à une violence possessive ; l’évolution consiste à entrer dans le processus de symbolisation et de deuil ; la transvolution porte au plus haut point les conséquences de l’incorporation des essences.

La grande et importante tâche de l’estomac consiste finalement à métamorphoser un « moi » narcissique en un « je » centré et utile au reste de l’organisme. Le doute sur soi (« est-ce thomas ? ») désarçonne son rêve de toute puissance ; l’irritation l’oblige à reconnaître l’autre dans sa réalité inabsorbable donc imparfaite à ses yeux. Mais, un jour, l’homme engage sa responsabilité par un « Je » : il affirme son estomac. Il réalise sa juste place au point médian des extrêmes corporels.

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L’estomac et l’œsophage

À force de vouloir tout conserver dans sa maison-estomac, la personne se retrouverait dans la situation délicate de Cronos, le Titan qui avalait ses enfants.

Mythologie

Le plus jeune des fils d’Ouranos et de Gaïa castra son père. C’est ainsi qu’il mit un terme à l’incroyable fécondité du couple primordial. Il s’unit ensuite à sa sœur Rhéa qui lui donna six enfants. Pour s’assurer de son trône et éviter le sort qu’il infligea naguère à son père, le Titan ne trouva rien de mieux que d’avaler sa progéniture à l’exception notable du petit Zeus. Sa mère lui épargna en effet l’engloutissement en le remplaçant par une pierre que le Gourmand absorba aussitôt. Cronos, le Saturne des Romains, est donc un dieu mâle enceint de ses œuvres. Dans son immense estomac gisent des dieux ! Le sait-t-il seulement ? Le doute est permis quand on sait avec quelle avidité il avala le rocher que lui présenta Rhéa en substitution à son dernier-né. Tous ces trésors lui restent sur l’estomac faute d’en percevoir l’essence divine.

Heureusement, une déesse va l’aider à accoucher de ses œuvres. Métis fit boire au Titan un émétique, si bien que Cronos ne tarda pas à régurgiter pêle-mêle le contenu de son vaste ventre. Hélas ! Les dieux nés de sa bouche se révoltèrent contre leur père durant dix longues années au terme desquelles celui-ci perdit son trône. « Métis », l’accoucheuse de Cronos, se traduit par « Ruse », mais c’est beaucoup plus que de la simple astuce. La déesse personnifie l’intelligence féminine dont Hésiode affirme « qu’elle sait plus de choses que tout dieu ou homme mortel ». Les hommes possèdent une intelligence logique et abstraite, celle du logos, du verbe. Les femmes affichent une pensée adéquate, sensible à la nature des choses et qui sait comment résoudre immédiatement les situations les plus dramatiques. Une femme douée d’esprit de finesse va donc résoudre l’enfermement narcissique de Cronos et mettre fin à son avidité, à son perpétuel sentiment de vide intérieur. Une sage-femme en vérité. Mais il serait trop simple et dangereux pour un Narcisse d’attendre la rencontre salvatrice avec une femme-mère qui l’aiderait à accoucher de lui-même ! C’est la conscience de Métis qui le libérera de son enfermement psychique au creux de son ventre, c’est sa sensibilité immédiate aux besoins de ses proches qui lui permettra de vomir ses tripes en expulsant ses « dieux », ses dons et ses qualités intérieures. Le mythe ne peut offrir plus de clarté : un jour, l’estomac doit vomir son contenu. Un jour, la conscience des multiples demandes de la vie ordinaire impose à la personne centrée sur son estomac d’offrir au monde le meilleur d’elle-même : les plus digérées de ses expériences. Cette lecture est bien sûr psychologique mais elle vaut aussi sur le plan spirituel car l’estomac est le ventre d’où les dieux sont appelés à naître. Il s’agira alors d’exposer un travail longuement maturé dans le creuset de la vie intérieure. Vomir ses œuvres ! Telle est la destinée mythologique de l’estomac.

Et que régurgite-t-il, le Titan gourmand ? Des merveilles qu’il conservait jalousement cachées au creux de lui-même, mille qualités à nulles autres pareilles ! Entrer dans le processus de création en offrant au monde le fruit d’une longue maturation est la solution que le mythe propose pour soulager les maladies de l’estomac. Les « dieux », entendons ici les œuvres issues du processus de symbolisation, sont prêt à entrer dans la lumière.

Au début le manque de confiance en soi et un narcissique besoin d’être aimé enferment la personne dans son estomac. « Est-ce Thomas ? », « est-ce t’homme as ? », « est-ce que tu es bien l’as des hommes ? ». Le doute surgit au nom d’un perfectionnisme imaginaire et retient le vomissement de l’œuvre. Il faut du courage pour passer cette barrière du doute et oser vomir son Grand Œuvre. Derrière le doute se cache son contraire : la toute puissance. Cronos n’est-il pas assis sur le trône du roi des dieux, un siège royal qu’il juge plus important que la vie de ses enfants ? Le contrôle et le sentiment de suprématie dessinent bien souvent la face cachée du doute et de la peur de l’échec. Les choses sont pourtant si simples : si le vomi est une essence de dieux, c’est aussi du vomi ! Nul ne crée une œuvre parfaite dès le premier essai.

Vomir suppose d’ouvrir la valve qui clôt normalement la partie supérieure de la poche stomacale, le cardia.

« Le principal remède psychique aux maux d’estomac sera d’élever toute expérience de l’altérité au niveau sensible. La construction du moi doit se faire dans le plaisir de l’altérité plus que dans celui des drogues ou de l’alcool. L’autre est aussi une nourriture pour le cœur[1].

Apprendre à déverrouiller la porte du haut pour vomir ses créations, si bien nommée le cardia ! Seule la conscience d’autrui abolit l’encombrant désir de perfection et autorise l’œuvre à se présenter au monde dans son humble tenue de bouillie.

Pathologies

Les pathologies de l’estomac sont liées à une dépendance maternelle, à la femme ou à la mère. Ou encore à une addiction aux drogues douces comme le tabac et le hachich. Pour être précis les effluves du tabac vont dans les poumons via la fumée et dans l’estomac par la médiation de la salive. Elles stimulent l’étage cardio-pulmonaire en augmentant la conscience de soi tout en apaisant les peurs « viscérales ». Fumer conforte la conscience du moi et donne l’impression d’être plus efficace. Derrière ce rideau de fumée persiste le refus de souffrir, de s’ouvrir à sa vulnérabilité et le rêve nostalgique d’un monde parfait dont le premier souvenir est la relation fusionnelle avec la mère. La femme est perçue comme un personnage tout-puissant qui devrait répondre à tous les besoins. Angoissée devant les angularités du monde réel, la personne s’enferme dans son estomac pour rêver. Elle échappe aussi à la toute puissance des personnages du monde extérieur. Le corps, faute de mieux, envoie des signaux pathologiques pour signaler ce dysfonctionnement : Le mérycisme, qui est le retour dans la bouche d'aliments ingurgités dans l'estomac, manifeste exactement le drame de Cronos qui refuse de donner le jour à ses « enfants ». L'autodigestion, qui se caractérise par la digestion de l'estomac et du tube digestif en général, signale une absence de symbolisation, une difficulté à se construire en se différenciant du monde extérieur joint à une dépréciation de soi-même. Le météorisme, c'est-à-dire l’accumulation de gaz dans l’estomac, révèle que la pensée (l’Air) encombre le ressentit au risque de perturber le contact direct avec soi. Il faudrait apprendre à vivre simplement le réel plutôt que de chercher sans cesse à le comprendre. Le cardiospasme se caractérise par un rétrécissement du cardia. Des spasmes empêchent le passage des aliments de l'œsophage vers l'estomac. Il faudrait s’interroger sur sa capacité à se laisser toucher par le monde extérieur et son désir de rester « dans sa bulle ». L’ hyperpéristaltisme désigne l'exagération du péristaltisme, c'est-à-dire des mouvements du tube digestif qui font progresser le bol alimentaire. La volonté prime sur le ressenti. Peut-être est-il temps de lâcher prise et de renoncer à vouloir à tout prix élaborer une image de soi irréelle. l’ulcère est remarquablement décrit par A. Gandolfier[2] :

« L’estomac s’enflamme quand le moi ne trouve pas son compte dans cet acte de manger l’autre, de le toucher aussi. Dans l’ulcère, l’être n’accepte pas la frustration du partage relationnel. Le sac stomacal est le trou par lequel le réel fait appel à la nourriture venant en lieu et place de cette réalité. D’où la pathologie de la perforation qui est ouverture sur le non-moi car la réalité ne peut pas être symbolisée suite à un événement dramatique. »

Et la toxicomanie : lorsqu’une personne consomme des drogues hallucinogènes elle s’enferme dans son estomac pour rêver. Elle tente de devenir l’héroïne de son monde intérieur dans le vase clos de son imaginaire.

D’autres pathologies de l’estomac sont générées par un excès d’acidité. Le viscère lyse, découpe en milliers de minuscules éléments les nourritures pour construire le moi. Lorsque l’acide prédomine de manière anormale l’autocritique tourmente la personne. A moins que cette critique ne se projette sur ses compagnons, signe visible d’une faiblesse du « moi » qui cherche à briser le monde extérieur pour mieux le digérer. En découpant les pensées et scrutant les attitudes de son entourage en petits morceaux sans jamais les recevoir dans leur globalité, le sujet fragile se place en posture de toute puissance (« j’ai toujours raison ») et refuse de se laisser toucher par l’intégralité du mystère de l’autre. Critiquer renforce l’estomac et satisfait un moi faible qui affirme désespérément un perfectionnisme imaginaire ! Le censeur joue alors le rôle de Cronos qui a peur de se laisser détrôner, de perdre sa toute puissance, c’est un père qui critique ses enfants et les enferme dans la nuit de son ventre, les empêchant ainsi de naître en devenant eux-mêmes. Ce n’est pas encore un citoyen capable de dire « Je », ni un écologiste au cœur débordant de gratitude face aux merveilles du vivant.

La peur est un sentiment qui appartient à l’ensemble des viscères : une peur profonde est dite « viscérale ». Néanmoins les peurs sont infiniment précieuses dans le processus d’évolution[3] :

« Selon le symbolisme des Winnebagos, la peur est en général le signe du réveil de l’état conscient, du sens des réalités, voire d’une conscience naissante »

Elles sculptent les contours du moi, dessinent ses limites et lui enseignent le respect du monde extérieur. Elles le protègent aussi d’une démesure qui pourrait nourrir une toute puissance potentiellement présente dans le feu du désir associé à la figure du Bélier sacrifié dans le chaudron de la résurrection que le corps symbolise par le bol pelvien et les ovaires[4]. Sans peurs, le sujet se risquerait dans des aventures qui l’anéantirait sous la pression des forces physiques, psychiques ou spirituelles inattendues, comme dans une interminable tempête. Le « je » ne pourra explorer l’immensité de l’Océan que lorsque l’énergie-conscience sera fermement enracinée dans le cœur et son embarcation : les côtes. Alors la porte du diaphragme s’ouvrira et la conscience, infiniment disponible, entr’apercevra l’Immense. Toutes les constructions identitaires élaborées dans l’Eau sentimentale du bassin seront balayées, emportées dans un grand souffle d’effroi et d’amour.

Servir la vie

Les huit viscères proposent autant de manières de servir la vie. Mais il faut quelqu’un pour accomplir cette grande et difficile tâche. Le contenu du ventre, comme lieu de genèse du « nouvel homme », sera lu de trois manières distinctes : le processus de la formation de la personnalité avec les peurs qui l’accompagne (involution), une expression pleine et entière d’un « sujet » (évolution) toujours tenté par la démesure au risque de se rêver un homme-dieu. Et enfin comme un processus de soumission aux demandes du cœur lorsque s’ouvre la porte du diaphragme, avec ses résistances et ses refus (transvolution). C’est seulement lorsque tout cela sera accompli que les viscères porteront vraiment leur nom de serviteurs de la vie, de « vie sert ». Les naissances de « l’enfant-moi » puis de « l’enfant-je » et enfin de « l’enfant-Roi » représentent les trois niveaux de lecture du symbolisme du ventre, sous l’ombrelle protectrice de l’anima, la grande déesse. La mère est en effet le soutien de l’enfant-moi ; puis l’enfant-je devient une « dame-oiselle » ou un « dame-oiseau » qui sort du nid familial en prenant langue avec son autre moitié ; enfin la « D’Ame » se révèle comme l’indéfectible soutient de l’enfant-Roi, du Soi naissant dans l’espace du cœur.

C’est pourquoi le signe du Cancer est associé à l’estomac. C’est pourquoi la maternité, le deuil, la critique, la différenciation du moi, l’accueil de la souffrance, la transformation des souvenirs en essence d’expérience, le piège de la toute-puissance, l’écoute du cœur, l’ouverture au mystère de l’altérité et la production d’une œuvre appartiennent à la destinée des personnes pour qui l’intégration de la Lune représente le prochain pas à accomplir dans leur vie spirituelle.

(Extrait du Parchemin Magnifique)

Notes et références :

[1] L’éveil de Narcisse, éditions de Janus

[1] Linda Gandolfi et René Gandolfi, La Maladie, le mythe et symbole (éditions du Rocher).

[2] Linda Gandolfi et René Gandolfi, La Maladie, le mythe et le symbole (éditions du Rocher).

[3] C.G. Jung, C. Kerenyi, Paul Radin ; Le Fripon Divin (éditions Georg)

[4] Le Parchemin Magnifique, opuscule 7

Ayahuasca

Ayahuasca

Il ne servirait à rien de raconter une expérience de vision avec l’ayahuasca pour, me semble-t-il, deux raisons. Chaque physiologie et chaque psychologie humaine est différente si bien que les expériences nées de l’ivresse sont spécifiques. La seconde raison est plus mystérieuse aux yeux de la rationalité occidentale. L’intelligence de la plante crée une sorte d’alliance avec l’intelligence du corps de l’expérimentateur si bien que le processus qui en résulte est au-delà de toute prévision. Tout se passe comme si l’ayahuasca connaissait le chemin de la transformation intérieure du sujet malgré lui et ses présupposés conscients. C’est pour cela que, à chaque fois, les expériences sont différentes mais suivent néanmoins un chemin continu et impensable d’une cérémonie à l’autre. C’est du moins mon expérience confirmée par plusieurs curanderos (guérisseurs) après avoir bu l’extrait de chacruna et d’ayahuasca au Brésil et ici au Pérou une trentaine de fois environ. Mais avant de tenter d’explorer plus avant ce processus il convient de donner quelques points de repères pour mieux comprendre cette médecine si naturelle pour les natifs du bassin amazonien et pourtant interdite en Europe et en Amérique du Nord où elle est officiellement considérée comme une drogue dangereuse.

Origine

L’ayahuasca (Banisteriopsis caapi) est une liane de la forêt amazonienne qui utilise les arbres pour tuteur et s’élève très haut vers la lumière, sa force est si considérable qu’il lui arrive de casser les troncs qui la supportent. En la mélangeant lors d’une cuisson particulière aux feuilles de la chacruna[1] (Psychotria viridis) les curanderos produisent un liquide amer ayant la densité du miel qui est bu lors des cérémonies, aussi bien par le chaman que par les participants. L’usage traditionnel du breuvage est essentiellement de guérir les participants sur les plans physique, psychologique, relationnel et dans leur relation au « sacré ». Nous mettons ce dernier terme entre guillemets car la notion de sacré est dépendante de la culture d’un groupe humain, l’occident chrétien n’y appose pas le même sens que le chaman animiste.

Le terme « ayahuasca » fut improprement traduit part « liane des morts ». Il vient du mot Quechua « ayawasca » formé de l’agglutination de aya et wasca : la « corde (wasca) des cadavres (aya) ». Cadavre, dans la pensée Quechua, désignant exclusivement le corps du défunt. Néanmoins le nom le plus probable de l’ayawasca est ayaqwasca qui signifie la « liane amère » [2]. Or ces peuples qui pensent par analogie et sont sensibles aux synchronicités ne se limitent certainement aux propriétés gustatives de la boisson pour la caractériser. Que signifie alors « amer » dans l’univers symbolique ? Quatre saveurs fondent l’expérience gustative : le sucré, le salé, l’acide et l’amer. Le sucre protège et sécurise, le sel ferme le corps énergétique et individualise, l’acide est un feu critique qui découvrira un jour ses flèches d’innocuité et l’amer libère l’« âme » de ses enfermements[3]. Cette lecture rejoint l’interprétation des cultures amazoniennes qui considèrent que l’ « amer » est une essence. Chaque être, y compris les minéraux, est habité par une essence qui l’anime, ce que nous appelons parfois « l’esprit des plantes » en ce qui concerne le monde végétal. Chaque être humain possède une essence spécifique (âme, anima, esprit… selon les points de vue), de même une espèce végétale est habitée, vivifiée, animée par une essence « amère » spécifique douée d’une vie autonome et d’une intelligence spécifique. La « liane amère » est donc bien plus qu’une boisson au goût désagréable, elle dialogue avec l’essence du sujet qui l’absorbe et lui révèle son « âme ». Une consommation de psychotropes non ritualisée et sans chaman expérimenté pour la diriger risquerait cependant d’entrainer un effet contraire à celui recherché : l’essence des substances, matérialisée dans la saveur amère risquerait de prendre possession de l’esprit humain pour des intérêts qui lui est propre. Comme le remarque Patrick Deshayes « cette pensée loin d’être une pensée arriérée ou archaïque est au contraire extrêmement élaborée. C’est une pensée d’une grande complexité qui est opérante et considérablement active dans la gestion de la consommation de psychotropes ». Le chaman est parfois appelé huni mukaya, « celui qui domine l’amer ».

Notons que, dans le corps, le foie sécrète la bile amère. Or le breuvage d’ayahuasca inhibe les enzymes du foie qui est symboliquement la « mère » du système des viscères. Ces derniers symbolisant les huit manières d’élaborer le « moi » qui s’affiche dans le nombril, là où le « nom brille » (le Parchemin Magnifique, opuscule VIII, à paraitre).

Ayar

En premier plan la Chacruna et en arrière plan la liane d'Ayahuasca

L’ayahusaca est-elle dangereuse ?  

De nombreuses études ont montré que son absorption n’entrainait aucune dépendance ni toxicité. Par contre il convient d’éviter absolument son interaction avec d’autres psychotropes, l’alcool et la consommation d’antidépresseurs[4]. Ici, en Amazonie, les cérémonies d’ayahuasca et les « diètes » sont accompagnées de prescriptions alimentaires très précises afin que les esprits des plantes absorbées soient à la fois opératifs et inoffensifs.

Par ailleurs l’usage thérapeutique, initiatique ou religieux des substances hallucinogènes est une constante dans l’histoire des civilisations partout autour du monde. Ce n’est que très que récemment, au XIXe siècle, avec le développement de la médecine scientifique, que le discours dominant a radicalement changé. Le tabac, l’alcool et les psychotropes devinrent des ennemis à abattre, dans les limites des intérêts économiques de certaines entreprises multinationales. Cette interdiction des substances hallucinogènes exclue toute compréhension anthropologique et symbolique de leur usage[5]. Cette posture s’est surtout radicalisée à la fin des années 1960 en réaction à la « contre-culture » née du mouvement Hippie et des travaux de Timothy Leary[6] et Richard Alpert. Des études sont en cours pour évaluer scientifiquement les effets thérapeutiques de l’ayahuasca, notamment ici, au centre Takiwasi, dans le cadre d’une cure de désintoxication pour toxicomanes. D’une manière générale plusieurs études ont montré « des améliorations en ce qui concerne la santé mentale et la douleur physique six mois après avoir commencé à assister à des cérémonies de Santo Daimé et de l’Uniao do Vegetal[7] ». Le breuvage s’est avéré efficace pour remédier à la dépendance de drogues, la dépression et l’anxiété. En outre de nombreuses communautés locales consomment de l’ayahuasca depuis des générations sans présenter de dysfonctionnements individuels ou collectifs[8].

D’après les témoignages que nous avons recueillis, les cérémonies d’ayahuasca conduisent parfois à des changements de vie radicaux où la personne retrouve sa quête essentielle, les appels immémoriaux de son âme. Ainsi à Raphaëlle, la plante a enseigné la musique et le chant et Marie a découvert sa vocation artistique grâce à l’ayahuasca.

Extrait vidéo d'un entretien avec Raphaelle 

Pourquoi une interdiction dans la plupart des pays européens ?

De toute évidence la décision légale d’interdire l’usage de l’ayahuasca ne repose sur aucune étude médicale. Les enquêtes ethnologiques montrent par ailleurs que les cérémonies d’ayahuasca conduisent à des processus de guérison et de rééquilibrage social. L’histoire de cette interdiction en France est contée ici par Ghislaine Bourgogne, elle se fonde sur un fait divers monté en épingle bien plus que sur des faits scientifiques ou des enquêtes de terrain. Si certaines précautions doivent effectivement être prises, il ne viendrait à personne l’idée d’interdire les voitures sous prétexte qu’un chauffard sans permis risque de percuter un mur. C’est pourtant ce qui s’est passé ici. Une substance thérapeutique utilisée en Amazonie depuis des dizaines de siècles qui guérit le corps, rééquilibre le psychisme et élargit la conscience en est venue à être considérée comme une drogue dangereuse à interdire pour cause d’addiction possible, or il n’y a strictement rien d’addictif dans cette médecine.

Le processus de diète

Si l’ayahuasca ne présente pas de dangers pour la santé il convient néanmoins de l’utiliser précautionneusement avec une personne expérimentée (chaman) et en suivant un régime alimentaire approprié pour la raison que nous avons évoquée plus haut : l’esprit de la plante œuvre de conserve avec l’esprit de l’expérimentateur. Dans la conception chamanique les relations entre l’invisible et la santé sont imbriquées. La diète commence par une cérémonie d’ayahuasca et se poursuit par une retraite solitaire d’une semaine à un mois dans la jungle, accompagnée d’une ou deux autres plantes généralement non psychotropes qui agissent comme des « thérapeutes » et soignent des dysfonctionnements spécifiques. Elle se termine ensuite par une dernière séance d’ayahuasca afin d’évaluer le chemin parcouru.

Dans cette vidéo nous évoquons le processus de diète que nous avons suivi.

Puis survient une longue période dite de « post-diète » avec un régime dénué de sucre (même les fruits), de porc, d’alcool, de piment et sans relation sexuelle afin de ne pas perturber le corps énergétique qui est occupé à intégrer, digérer et assimiler les expériences de la diète. En fait les plantes continuent à travailler le corps et la conscience longtemps après leur absorption.

L’approche scientifique habituelle des états modifiés de conscience se heurte à un dilemme méthodologique. A propos des champignons hallucinogènes Christian Ghasarien écrit[9] : « les gens se divisent en deux catégories : ceux qui ont pris le champignon, et sont disqualifiés par le caractère subjectif de leur expérience, et ceux qui ne l’ont pas pris et son disqualifié par leur totale ignorance du sujet ! ». Ne peut-on envisager une troisième posture qui consisterait à considérer la psyché des l’observateurs comme un terrain d’expérimentation, où l’intersubjectivité des participants serait le fondement d’une objectivité[10] ? Que sait-on vraiment de la mésange, de Banisteriopsis caapi ou du minerai de cuivre ? Description et classification sont nécessaires mais insuffisantes. L’observation du biotope des plantes et l’éthologie des animaux ne suffisent pas non plus car toutes ces approches ne disent rien sur la nature de la Nature, sur son essence. L’expérience de l’ayahuasca est un puissant outil pour explorer la dimension « conscience » du vivant, cette aptitude que l’homme expérimente chaque jour en s’en croyant l’unique dépositaire, sans l’ombre d’une preuve. Bien sûr, cela nécessite un protocole qui reste à élaborer pour ne pas tomber dans des dérives hallucinatoires. C’est exactement le rôle du laboratoire en ce qui concerne la face matérielle du réel. Les chamans de l’Amazonie ont, à leur manière et depuis des millénaires, développés ce genre de méthode de manière totalement empirique cependant.

Il reste encore de nombreuses questions, notamment sur la nature de l’esprit des plantes, le processus de guérison et la cosmovision amérindienne. Ce sont elles que nous explorerons dans de prochains articles.

 

Notes et références

[1] La chacruna apporte au mélange le D.M.T. (N,N-diméthytryptamine) qui procure les visions, alors que la liane d’ayahuasca fournit les molécules qui évitent au D.M.T d’être immédiatement détruite par les sucs gastriques. Les amazoniens disent joliment que la chacruna est la lumière qui permet la lecture du livre représenté par la liane d’ayahuasca. (Université des passages : préparation de l’ayahuasca - audio)

[2] Patrick Deshayes, De l’amer à la mère, quiproquos linguistiques autour de l’Ayahuasca (C.N.R.S).

[3] Luc Bigé, le Parchemin Magnifique, opuscule VIII : les viscères (à paraître en ebook). La langue des oiseaux lira « l’âme erre » dans « l’amer ». L’âme qui sait libérer ses larmes par la boisson amère retrouve la fluidité du mouvement et la joie.

[4] J.C. Callaway : phytochemistry and neuropharmacology of ayahuasca in Ayahuasca : hallucinogens, Consciousness and the Spirit of Nature, Metzner R., New York Thunder’s Mouth Press, 1999.

[5] C. Sueur, A. Benezech, D. Deniau,, Met B. Lebeau, C. Ziskind ; les substances hallucinogènes et leurs usages thérapeutiques (première partie). Revue de la littérature.

[6] Timoty Leary, la politique de l’extase (édition Fayard)

[7] Il s’agit de deux mouvements religieux du Brésil qui utilisent l’ayahuasca lors de leurs cérémonies.

[8] Anderson, B.T. et al, Statement on ayahuasca, International Journal of Drug Policy, Volume 23, issue 3, May 2012, p 173-175.

[9] C. Ghasarien, Usage de l’Ayahuasca et du San Pedro dans les pratiques néo-shamaniques contemporaines. Institut d’ethnologie, Neuchâtel, Suisse.

[10] Luc Bigé, La Force du Symbolique (éditions Dervy).