L’Europe politique et les cycles Uranus/Neptune

Derniers cycles Uranus-Neptune[1]  :

965-1136 (Balance) : Naissance de l’Empire Romain Germanique (962), les cathédrales poussent comme des champignons sur tout le territoire européen. Urbain VII donne le coup d’envoi de la première croisade en 1095 juste après l’opposition entre les deux planètes.

1136-1306 (Balance) : le roman cède sa place au gothique et, bien que les correspondances mériteraient plus de précision, les Croisés tentent de se maintenir en Palestine. En Europe Philippe le Bel met fin au pouvoir des Chevaliers de l’Ordre du Temple en 1307.

Les valeurs partagées étaient alors en relation avec l’axe Bélier-Balance : une esthétique mise au service de la glorification de la foi jointe à une exacerbation du besoin de convaincre : prosélytisme mêlé de valeurs chevaleresques et missionnaires.

1306-1478 (Scorpion) : naissance de l’Empire Ottoman en 1299. Celui-ci dominera l’Europe jusqu’en 1648-1650 avant de commencer une interminable période de déclin.

1478-1650 (fin du Scorpion puis début du Sagittaire) : nous savons que cette période correspond exactement à la naissance, la croissance puis la division de l’Empire des Habsbourgs. Entre 1517 (Luther) et 1560-1570 l’Europe Réformée adopte sa forme géographique définitive. Sa carte sera fixée. Elle ne bougera pratiquement plus jusqu’au XXe siècle[2]. Cette fixation des limites religieuses correspond à l’opposition qui se forma plusieurs fois entre 1563 et 1569. Cet apogée du cycle Uranus-Neptune concrétise la séparation de l’espace européen en deux blocs religieux :  les chrétiens et les protestants.

Deux empires et deux systèmes de valeurs se partagent l’Europe pendant cette période de 172 ans : D’une part le monde ottoman né autour de la précédente conjonction de 1306 arrive au sommet de sa puissance ; d’autre part l’univers hispanique dont la flamme grandit avec ses conquêtes outre-atlantique. En 1492 Christophe Colomb découvre un nouveau continent dont l’or alimentera bientôt la suprématie espagnole sur le monde jusqu’à ce que Charles Quint puisse affirmer que le Soleil ne se couche jamais sur son Empire. Mais, en 1650, le traité de Westphalie et la nouvelle conjonction Uranus/Neptune mettent fin à ce grand rêve européen. Côté Ottoman le « Sultanat des Femmes » (1648-1656) annonce le début du déclin. Ce qui anime le cœur des hommes d’alors ? Une passion irraisonnée pour le combat au nom de la foi (Scorpion) mêlée au désir de conquérir de Nouveaux Mondes pour s’enrichir (Sagittaire).

1650-1821 (Sagittaire) : Plusieurs tentatives hégémoniques françaises sur l’Europe (de Louis XIV à Napoléon I). L’Angleterre poursuit son ascension et devient le plus grand des empires maritimes en Europe. A l’exception remarquable de cette dernière, les nations qui dominaient le cycle précédent et dont nous avons longuement parlé comme l’Espagne, les Pays-Bas et la Suède reviennent au second rang en termes d’importance sur la scène européenne. Même l’Empire ottoman entame une période de déclin. Paul Kennedy attribue ce renouveau de l’Europe à deux facteurs : la finance et la géographie[3]. On pourra toujours remarquer que la finance correspond aux valeurs Scorpion du cycle précédent, alors que la géographie évoque le Sagittaire, là où se forme précisément la nouvelle conjonction Uranus/Neptune.

Avant 1650 la scène politique européenne était bipolaire avec les Habsbourg d’Espagne et d’Autriche d’un côté qui combattaient une coalition d’Etats protestants, plus la France. Après cette date les alliances sont plus mouvantes, une Europe multipolaire se dessine.

1821-1993 (Capricorne) : Hégémonie de la mentalité pragmatique et commerciale anglo-saxonne. Londres devint progressivement la capitale du monde économique. Depuis 1993 et surtout depuis la monnaie unique mise en service en janvier 2002, l’Angleterre risque de perdre son influence en raison de son ambivalence entre sa fidélité historique aux valeurs libérales et autoritaires des Etats-Unis (les cycles Uranus-Pluton) et sa proximité géographique avec l’Europe communautaire qui suit un autre rythme et porte d’autres valeurs symbolisées par les cycles Uranus-Neptune : l’invention et la solidarité. Alliée à Pluton, l’inventivité « uranienne » sert la puissance et le contrôle au risque d’une surveillance généralisée de type « big brother », avec Neptune elle sert l’unification des consciences et le partage des même valeurs au risque d’une utopie sociale.

Au début du XXe siècle l’Europe est au sommet de sa puissance. L’opposition, c’est-à-dire l’apogée du cycle Uranus-Neptune se forme entre 1906 et 1911. Ce cycle scande les nombreuses tentatives d’unification du continent, depuis Charlemagne jusqu’au traité de Maastrich en passant par Charles Quint. Paul Valéry, avec la pertinence qui le caractérise, parlera à propos de l’Europe du début du siècle d’une « Europe des maxima »[4] :

« Partout où l’esprit européen domine, on voit apparaître le maximum de besoins, le maximum de travail, le maximum de capital, le maximum de rendement, le maximum d’ambition, le maximum de puissance, le maximum de modification de la nature extérieure, le maximum de relations et d’échanges. Cet ensemble de maxima est Europe, où image de l’Europe. »

Suite aux deux guerres mondiales, ce bel édifice s’effondra comme un château de cartes pendant que Uranus et Neptune étaient en phase décroissante. Cette période est à mettre en parallèle avec le Siècle d’Or de l’Espagne sous le règne de Philippe II… qui s’effondra lui aussi avec une rapidité inattendue en raison de la dégénérescence du sang dynastique. Le second carré de 1954-1956 annonçait une renaissance de l’idée européenne avec la tentative d’union économique de Jean Monnet, prélude à l’Europe communautaire d‘aujourd’hui.

1993 – 2165 (Capricorne) : Le traité de Maastricht (1993) impulse un nouvel élan, discret et difficile comme lors de chaque conjonction, à l’idée européenne. De l’autre côté de l’atlantique les Etats-Unis, le Canada et le Mexique signent un accord de libre échange (l’ALENA) en décembre 1993. On a pu dire du mois de décembre 1993 qu’il avait changé la face du monde. Grâce à ces nouveaux grands marchés, les échanges commerciaux entre les pays signataires de l’ALENA ont, à ce jour, triplé. Si les U.S.A. ont profité de cette opportunité pour étendre un peu plus leur influence économique sur le monde, ils ne sont pas porteurs des valeurs de la conjonction. Par contre, en Europe, l’esprit d’unité (Neptune) utilise le grand marché (Uranus) pour insuffler de nouvelles valeurs au vieux continent. Valeurs qui devront s’afficher de plus en plus clairement jusqu’au carré de 2039-2042 et atteindre leurs « maxima » en 2078-2082. De ce point de vue la « mission » de l’Europe contemporaine n’est pas seulement économique, la révélation progressive et la mise en forme institutionnelle des valeurs « neptuniennes » de partage et de solidarité fonde son identité.

Le double cycle Uranus-Neptune commencé en Capricorne entre 1821 et 2165 souffle sur le monde des valeurs représentées par ce signe : sens de la responsabilité individuelle, idéologie du travail et de l’effort, ambition, développement d’une aristocratie (capricorne) financière (Uranus) qui remplace l’ancienne aristocratie du sang et de l’honneur et, à partir de 1993 : décroissance économique, sens des limites et de la rareté des ressources, faire un maximum de choses avec un minimum de dépenses, autonomie des individus et développement des marchés locaux. Ce qui est encore une idéologie en 1993 pour certains visionnaires utopiques deviendra concret à partir du carré de 2039 et sera vu par tous comme une nécessité lors de l’opposition de 2078. Il semble que les conséquences de l’épuisement des ressources de la planète prendront un peu de temps avant d’être prises en considération politiquement, économiquement et socialement. Les valeurs qui dominent et domineront encore l’Europe sont en relation avec l’axe zodiacal Cancer-Capricorne : la responsabilité individuelle et ses paradoxes comme l’individualisme poussé jusqu’au narcissisme, un Etat non interventionniste avec une omniprésence de l’administration et des réglementations, une personnalisation des besoins joint à la dépersonnalisation de l’individu. Le capricorne, c’est aussi un signe astrologique qui se réfère au sens du temps, à l’histoire, à la conservation du patrimoine, à un mélange d’ambition personnelle et de respect de la structure sociale.

J’ignore si c’est une loi générale mais il semble que, sur le plan politique, les 172 premières années élaborent progressivement un monde bipolaire où deux idéologies s’affrontent : Christianisme/Islam (965-1136), Espagne catholique et pays protestants (1478-1650), libéralisme et « socialisme » (1821-1993). La bipolarisation des valeurs est suivie par une seconde phase de 172 ans dans le même signe du zodiaque qui propose un monde politiquement multipolaire, comme celui qui se dessine sous nos yeux depuis la fin de la guerre froide.

En 1993 nous entrions donc dans la seconde phase du processus commencé en 1821 dans le signe du Capricorne. Depuis la mort de Napoléon Bonaparte[5] en 1821 le visage de la civilisation a lentement et inexorablement changé. La science et l’industrie tentent à leur tour une entreprise hégémonique sur la planète. Ce qui guide maintenant les européens ce ne sont plus des idéaux de justice conquérante au nom d’une « vérité transcendante » qui impose sa « loi » (axe Bélier-Balance , les Croisés), ni une foi missionnaire prête aux pires atrocités pour sauver des âmes (Scorpion-Sagittaire, les guerres des Habsbourgs) mais les valeurs du travail et de l’ambition personnelle (Capricorne). Le vin nouveau à été tiré, maintenant il faut le boire. De ce point de vue la « société des loisirs » tant annoncée reste peu probable. La création d’un méta-environnement technoscientifique devrait se poursuivre globalement jusqu’au milieu du XXII ième siècle avec une première phase de réorientation et de critique vers 2039-2042 (premier carré).  Négativement on y verra une emprise croissante de la technocratie, des lois et autres règlements contraignants limitant l’innovation et, surtout, la reconnaissance de la spécificité de l’individu. La raison d’Etat prime sur l’état du moi, ses humeurs, sa fragilité, ses rêves. l’Histoire étouffe les histoires. Toutes proportions gardées, cette situation s’apparente aux règles complexes de la chevalerie et de l’héraldique qui firent la loi à une autre époque. Bref ! avocats, technocrates et autres législateurs ont encore de beaux jours devant eux !

Aujourd’hui, c’est-à-dire depuis 1993 et jusqu’à l’opposition de 2078-2082, les seules « valeurs » qui se développent régulièrement dans nos sociétés, en plus de la bureaucratie et de la législation, sont les avancées technologiques : Internet, téléphones portables, matériel médical, gigantesques outils scientifiques comme le L.H.C (Large Hadron Collisonneur), jeux vidéos et armements deviennent de plus en plus sophistiqués. Certains se mettent parfois à rêver d’hommes bioniques, un mélange de technologie et de biologie, une sorte d’espèce nouvelle dotée de super-capacités et vivant dans une méta-réalité peuplée d’informations virtuelles (Internet 2.0). Au début du siècle dernier les découvertes scientifiques engendraient de nouvelles technologies, aujourd’hui le rapport s’est inversé : il nous faut des outils de plus en plus onéreux et complexes pour vérifier les théories scientifiques. En d’autres temps les valeurs qui habitaient le cœur des hommes étaient différentes : liberté de penser au Siècle des Lumières, générosité et luttes sociales avec le socialisme du XIXe siècle suivie de la tentation faustienne de métamorphoser la nature humaine pour créer un « surhomme » au milieu du XXe siècle.

Au début de cet ouvrage nous citions Peter Drucker pour qui « à intervalles de quelques siècles, l’Histoire de l’Occident a l’habitude d’entrer soudainement en métamorphose. Elle franchit ce que j’ai appelé une « coupure ». En quelques dizaines d’années, la société se trouve complètement remaniée – dans sa conception du monde, ses valeurs fondamentales, ses structures sociales et politiques, ses arts, ses grandes institutions. En l’espace de cinquante ans, un monde nouveau surgit. Et les hommes qui naissent alors sont incapables ne serait-ce que de se représenter le monde où vivaient leurs grands-parents, et où leurs propres parents étaient nés ». Quel adolescent aujourd’hui pourrait comprendre et se représenter le monde dans lequel vivaient les hommes du XXe siècle avec ses luttes idéologiques, ses guerres mondiales, les enjeux de la décolonisation et la division de la planète en deux blocs idéologiques ?

C’est exactement en 1993 que fut mis sur le marché Mosaic, le premier moteur de recherche qui rendit Internet accessible au grand public. Sa simplicité d’utilisation est à l’origine du développement fulgurant du monde virtuel qui est en train de changer radicalement nos manières de vivre et de communiquer. Et, pour rester dans les événements symboliques qui en disent long, Kasparov, le champion du monde d’échecs, est battu pour la première fois par un ordinateur le 31 août 1994.

Sur le plan politique la conjonction de 1993 donnait un nouvel élan à la construction européenne avec l’entrée en vigueur du grand marché unique des douze pays de la C.E.E., l’abolition des frontières et la libre circulation des personnes. Depuis, l’Europe n’a cessé de s’étendre sur un mode juridique. Un processus pacifique assez semblable à celui qui donna aux Habsbourgs la suprématie sur le vieux continent grâce à un extraordinaire jeu d’alliances matrimoniales. Le demi-carré (45°) se formera en mai 2019 et le carré (90°) en 2039, deux moments privilégiés pour questionner la pertinence de la croissance géopolitique de l’Europe communautaire et réadapter éventuellement les institutions fondatrices pour assurer la stabilité du système politique. Les décisions prises en 2039-2042 suite à une crise et à un renouvellement des institutions européennes conditionneront la suite des événements, à savoir un nouvel échec et des divisions entre Etats qui remettront en cause la construction de l’Europe politique lors de l’opposition de 2078-2082. A moins que ne prédomine une nouvelle vision : la conscience que la construction européenne atteindra son apogée. Il s’agira ensuite de développer les dimensions sociale, culturelle, artistique, voire spirituelle de l’édifice économico-politique élaboré entre 1993 et 2078. Cette dernière date correspond analogiquement à l’« Europe des maxima » des années 1910 chantée par Paul Valéry. Juste avant son effondrement dans le cataclysme des deux guerres mondiales.

Ce texte est extrait de Vers un Modèle Astrologique de l’Histoire. (éditions de Janus) 


[1] José Luis San Miguel de Pablos, Le grand cycle Uranus-Neptune (Cédra-Astralis).

[2] Emmanuel Todd, L’invention de l’Europe (Seuil).

[3] Paul Kennedy, Naissance et déclin des grandes puissances p.109 (Petite Bibliothèque Payot).

[4] Paul valéry, Variété (Gallimard).

[5] La mort de Napoléon I sur l’île de Sainte-Hélène n’est évidemment pas un point de repère historique significatif, par contre la bataille de Waterloo le 18 juin 1815 signe la fin définitive de l’Empire à la fin du cycle Uranus-Neptune. On sait que les conjonctions de fin de cycle correspondent à la « mort » des ambitions confusément présentes au moment de la conjonction (1650), affirmées au premier carré (1696-1699) et arrivées au maximum de leurs possibilités lors de l’opposition (1735-1738) puis en crise lors du second carré (1783-1785). A partir de 1815-1821 l’hégémonie française sur l’Europe prend fin.

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