Christian Bobin

Cette page, proposée par Albin Virdis, est consacrée aux ouvrages de Christian Bobin qui, par sa fraicheur spirituelle et sa poésie contribue sans nul doute au réenchantement du monde (L.B).

Christian BOBIN est l’auteur d’ouvrages dont les titres s’éclairent les uns les autres :

« Souveraineté du vide, Eloge du rien, le très Bas, la plus que vive, la présence pure, la lumière du monde, la femme à venir… ».

Je sais peu de choses de lui et c’est tant mieux. Ce que l’on sait de quelqu’un empêche de le connaître et ce que l’on en dit empêche de le voir. Pour le comprendre il suffit d’imaginer quelqu’un qui deviendrait tout ce qu’il voit.

Voici quelques extraits des œuvres qui ont le plus émerveillé mon âme.

Le Très Bas

La grandeur de Dieu est dans les choses simples.

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La première chose que nous devrions savoir est que les ânes voient les Anges, et cela ne devrait guère nous surprendre. Il suffit de voir ces bêtes peu glorieuses, leurs yeux délavés de fatigue et leurs oreilles surtout, leurs pauvres oreilles fanées, à demi cassées, oui il suffit de voir ces sacs d’os et de poils pour comprendre que tant de disgrâce ne peut qu’attirer la grâce surabondante des Anges, aussi nécessairement que l’aimant attire la limaille. La deuxième chose que nous devrions savoir est que la vérité peut fort bien sortir de la bouche d’un âne, et là non plus nous ne devrions pas être étonnés : la vérité ne doit rien à la grandeur supposées de nos fortunes ou de nos esprits.  La vérité tient sa lumière en elle-même, non dans celui qui la dit. Elle n’est grande, quand elle est, que par sa proximité avec la vie pauvre et faible. L’idiot de Nazareth le savait bien, juché sur un ânon aux portes de Jérusalem, sacré roi par la foule, quelques heures avant d’être mis à mort par elle : la vérité n’est jamais si grande que dans l’humiliation de celui qui l’annonce.

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Tout le monde est occupé

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Je m’appelle Manège, j’ai neuf mois et je pense quelque chose que je ne sais pas encore dire. Mon cerveau est plié en huit comme une nappe de coton. En huit ou en seize. Dépliez la nappe, voilà ma pensée de neuf mois : d’une part, les coccinelles n’ont pas bon gout. D’autre part, les ronces brûlent. Enfin, les mères volent. Bref, rien que d’ordinaire. Il n’y a que du naturel dans ce monde. Ou si vous voulez, c’est pareil : il n’y a que des miracles dans ce monde.

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La plus que vive

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Tu meurs à quarante-quatre ans c’est jeune. Aurais-tu vécu mille ans, j’aurais dit la même chose. Ton rire me manque. L’automne et l’hiver qui ont suivi ta mort, je les ai occupés à déchiffrer pour toi ce petit jardin d’encre. Pour y entrer, deux portes – un chant et une histoire. Le chant, c’est le mien. L’histoire, je n’en suis que le conteur. Je l’offre à tes enfants, tes 3 vies éternelles. Je les invite à fouler la terre de ce livre, afin de s’emparer d’une lumière qui n’est à personne et dont tu fus la servante exemplaire.

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La lumière du monde

Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir.

La fin de notre vie ne coïncide pas forcément avec le jour de notre mort : pour certain elle vient bien avant, mais pour celui qui est vraiment vivant elle ne vient peut-être jamais.

Très peu de vraies paroles s’échangent chaque jour, vraiment très peu. Peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler.

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Aimer quelqu’un c’est le lire. C’est savoir lire toutes les phrases qui sont dans le cœur de l’autre, et en lisant le délivrer. C’est déplier son cœur comme un parchemin et le lire à haute voix. Une mère lit dans les yeux de son enfant avant même qu’il sache s’exprimer. Il suffit d’avoir été regardé par un nouveau-né pour savoir que le petit homme sait tout de suite lire. Il dévore le visage de l’autre. Ce qui peut se passer de plus terrible entre deux personnes qui s’aiment, c’est que l’une des deux pense qu’elle a tout lu de l’autre et s’éloigne. Peut-être que chacun de nous est comme une maison avec beaucoup de fenêtres On peut appeler de l’extérieur et une ou deux fenêtres vont s’éclairer mais pas toutes. Et parfois, exceptionnellement, ça va s’éclairer partout, mais ça, c’est extrêmement rare. Quand la vérité éclaire partout, c’est l’amour.

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La femme à venir

Albe dort sans ennui les soirs d’été. Elle épuise les dernières joies de l’heure, la fraicheur de l’air sur le visage, la douceur d’une absence sur les choses, puis elle monte dans sa chambre. Elle marche d’un pas léger sur le parquet. Le bois égratigne les pieds nus, c’est délicieux. Elle grimpe sur le lit, se glisse dans les draps. Elle s’endort dans le champ des étoiles.

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Il y a une méchanceté dans le cœur, si enfoncée qu’on ne pourrait l’enlever sans mourir aussitôt. On appelle ça le désir. C’est un des noms pour dire le sombre comme le clair. C’est un nom  qui dit le sombre dedans le clair. La pensée qui se fige, l’air qui s’alourdit. L’espace qui se resserre. Plus de place, sinon pour deux qui s’apprêtent à se dévorer l’un l’autre. C’est Albe qui prend l’initiative, fait glisser sa robe d’un seul geste. Il n’y a rien en-dessous. Il y a Dieu en-dessous. Dieu et toute la meute des Anges.

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