Etes-vous un Narcisse ?


Etes-vous un Narcisse ?

Tout le monde n’appartient pas à cette grande famille des Narcisses. Certains se sentent plus proches de Prométhée avec leur impatience pour créer un monde de Progrès et de conscience, d’autres partagent les visées de Faust pour qui la connaissance est un outil de pouvoir, voire de manipulation. D’autres encore ignorent les clins d’œil de ces « dieux » pour porter leurs enthousiasmes vers l’harmonieuse bonté d’Orphée, le désir d’élévation d’Icare ou les plaisirs d’Aphrodite. Nous naissons tous dans une famille biologique, sans doute non choisie, imposée par le hasard de la naissances et les circonstances de l’histoire. Mais nous pouvons retrouver notre famille mythologique, notre famille de cœur.

Comment savoir si nous appartenons au grand groupe des Narcisses ? C’est assez simple, il suffit de se sentir concerné par la majorité des thèmes suivants :

-       Les miroirs, qui réfléchissent sans cesse la question fondamentale : « qui suis-je ? »

-       Les belles boites, métaphores de la beauté du corps et de son intériorité secrète

-       Les coquillages et  les formes ovoïdes, métaphores de la maison et du corps

-       Les pastèques, les melons et les autres fruits gorgés d’eau

-       Les narcisses, et plus généralement les plantes à bulbes

-       Les argiles  qui rappellent à Narcisse son premier devoir : se construire lui-même.

-       Une « maison mémoire » emplie d’objets souvenirs et de choses états-d’âme, où son inverse de style « zen » : l’eau, cette surface sensible qui capte tout mais ne retient rien est le lieu sans traces où Narcisse commence l’initiation à sa vérité intérieure

-       Les images sous des formes aussi diverses que les photos, les cartes postales, la télévision, le cinéma… Narcisse est un visuel : il se nourrit d’images, s’exprime par elles, vit avec elles.

-       Les alcôve,  autant de rappels de ce lieu secret où Narcisse se connut lui-même. Evidemment toutes les formes sont possibles. Il peut s’agir d’un bar à vin qui reproduit plus ou moins des conditions matricielles, ou d’une pièce de méditation, où encore d’un atelier d’artiste.

-       Les dîners amoureux en tête à tête : Narcisse qui se mire dans l’œil-lac de l’autre

-       L’éclat du regard

-       La beauté du corps

-       Les jardins d’agrément, souvenir du Céphise

-       L’eau, l’hypersensibilité de Narcisse

-       Une trousse de médicaments, palliatifs ou accompagnateurs de la souffrance

-       Une forme de violence pendant la grossesse de la mère, le viol de Liriopé

-       La rédaction d’un journal intime

-       Le peuple juif par son attachement au passé et son errance imposée par les événements historiques possède une composante narcissique. Comme Narcisse, il s’agit d’un « héros victime ».

-       Le destruction périodique de ses œuvres, car Narcisse se sépare toujours et encore des résidus jugés immatures qui encombrent la voie de son accomplissement. Narcisse doit mourir, or mourir c’est se débarrasser de soi-même, plus précisément de tout ce que l’on croyait être soi-même.

Quittons ces indices objectifs pour entrer dans le monde du désir :

-       Une difficulté à couper le cordon ombilical qui relie à la mère, à la bande d’amis et, finalement, à l’image de soi : les trois ruptures imposées par la vie à Narcisse

-       Une peur de la souffrance, car celle-ci est identitaire : la moindre blessure se répercute sur le « moi » et le déstabilise

-       Le fait de semer de la souffrance autour de soi par crainte de reconnaître puis d’accueillir sa fragilité dans sa relation à l’autre : Echo et Ameinias

-       L’homosexualité ou plus exactement un mélange de virilité et de féminité qui n’est cependant pas de l’androgynat : Narcisse est aimé autant des jeunes hommes que des jeunes femmes

-       Un idéalisme utopique, qui fait confondre la quête spirituelle avec un retour vers les rêveries matricielles du paradis perdu de l’enfance – qu’il fut vécu ou non comme tel.

-       Une fascination pour les images, autant de facettes d’un moi qui se cherche.

-       Parfois une faconde verbale qui tourne autour de sa vie personnelle comme un miroir sonore de soi : Echo. D’autrefois un silence de la parole lorsque le processus de connaissance de soi acquiert de la profondeur : le dessèchement d’Echo

-       Le besoin de créer une œuvre de beauté, qu’il s’agisse de sa propre personne, d’une production picturale ou musicale, ou encore de la construction d’un lieu-alcôve  dédié à la métamorphose.

-       Un obscur mais persistant sentiment de compagnonnage avec les Narcisses devenus célèbres comme  Proust, Oscar Wilde (qui possède aussi un mythe de Faust), Rembrandt, Le Caravage, Dali (avec un mythe de Prométhée), Van Gogh, Jean Genêt et… le Dalaï-lama.

-       L’addiction à quelque chose : son image, son corps, l’argent, la drogue, une collection : Narcisse à besoin de se remplir les yeux et de (se) posséder pour se sentir être.

-       La dialectique de la mémoire et de l’oubli

-       La subjectivité comme un moyen pour explorer objectivement l’âme du monde.

-       L’importance de la rêverie et de l’imaginaire, en raison de la signification du nom de Narcisse : « narcose ». Le sommeil n’est-il pas une narcose quotidienne ?  Et le quotidien n’est-il pas aussi, à un autre niveau, une rêverie, un lourd sommeil habituel et paresseux où ne coule plus le dynamisme vital de la Source ? Ces Narcisse-là chercheront alors l’Eveil en laissant se dissoudre leurs représentations d’eux-mêmes et de tout ce qu’ils crurent être un temps leur « moi » adoré.

-       La contemplation de la nature (Céphise)

-       La quête du temps, l’analyse de ses sensations et le travail sur la mémoire : autant de clefs de dépassement du mythe.

-       Le don de soi pour son art.

Les voies d’expressions symboliques d’Echo dans notre monde sont également multiples. Contentons-nous d’en proposer quelques unes : le coucou qui par son chant et son nom évoque le répétition du même ; les jeux de ping pong et de tennis où les allers et retours de la balle captivent le regard des spectateurs ; les mères porteuses qui abritent et nourrissent des « enfants-coucou » ; l’usage de l’expression « coucou, c’est moi ! » qui évoque le retour de quelqu’un ; la dyslexie qui est une pathologie de la répétition ; le perroquet qui répète les sons ; les écharpes et les voiles qui rappellent l’étymologie de nymphè ; les rimes poétiques qui réitèrent la sonorité finale du vers précédant ; la gémellité ; le signe zodiacal des Gémeaux ; les biographes et les biographies ; l’interview radiophonique, la harpe qui évoque la musique des anges… Autant pierres blanches qui signalent un « mythe d’Echo » et incitent à l’exploration de ce grand message symbolique qu’est la vie de la Nymphe.

im.cancer

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